• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Entre néolibéralisme et populisme, la nuance est absente

Entre néolibéralisme et populisme, la nuance est absente

On voit que les néolibéraux courent tendanciellement vers le centre politique. Or le centre politique est le moins enclin à la démocratie, le plus enclin au consensus dur. Souvenirs de l'extrême-centre ? Si ça n'est pas le cas, ça y ressemble beaucoup, surtout sous notre gouvernance (gouvernance : une notion elle-même issue des think tanks du milieu, qui dilue le sociopolitique, le "facteur" humain, le choix et le collectif). A partir de là, on voit bien que les néolibéraux qualifient de populisme tout ce qu'ils jugent de la démagogie. Sauf que, de la démagogie, ils doivent eux-mêmes en faire. Alors "évidemment", avec eux, "ça n'est pas du populisme", "non", mais qu'est-ce, sinon de l'électoralisme, et quelle différence avec le populisme ? Surfer sur ce qui fonctionne parmi le peuple, pour plaire, ça synthétise, et ce n'est pas pour rien que Monsieur le Président a réactivé des symboles verticaux et patrimoniaux du pouvoir (de façon strictement communicante, sans conteste, mais ça veut donner du pain aux populistes tout en protégeant les néolibéraux, qui commencent à comprendre la nécessité d'une telle axiomatique d'appareil d'État, et de façon préfasciste, d'En Marche à Au Pas ... ). Bref, aucune différence entre le populisme et l'électoralisme néolibéral : c'est toujours une réfraction idéologique, entre "ennemis".

Une affiche du film Fast and Furious 8, emblématique :
la production néolibérale à usage populaire ;
et l'agitation populaire qui plébiscite.

 

Les régimes démocratiques, divers et variés

Beaucoup de points à clarifier. Et d'abord, que la notion de démocratie désigne des régimes tendant à accorder aux populations des parts décisives de la vie sociopolitique : dans l'Histoire européenne, on la retrouve à Athènes pour les citoyens, mais aussi dans les villes franches médiévales pour les propriétaires, en Angleterre dès le XVIème siècle avec les différentes chambres et la monarchie constitutionnelle, et à la Ière République française pour les grands propriétaires (qu'on le veuille ou non, la définition des populations à même de prendre part à des décisions varie : nous ne faisons pas voter les enfants).
On voit bien, aussi, que ce régime est plus ou moins direct. Mais on voit autant, que ce régime est populairement libéral sans libéralisme : il accorde des libéralités aux peuples, ces libéralités seraient-elles vécues sur le mode "des miettes aux chiens" (par exemple, l'élection d'un oligarque soutenu par des puissances extra-politiques tous les quatre-cinq ans, en l'occurrence aujourd'hui "financières").

 

Le libéralisme à travers les âges

Le libéralisme est anti-absolutiste. Pas nécessairement anti-autoritaire, il est vrai, puisque l'autorité peut être libérale : c'est évidemment le cas en Angleterre, en Belgique et en Espagne. Mais le libéralisme, comme corps de doctrines, émerge avec les Lumières. Auparavant, il faut parler de libéralisme comme on parle de tendances ou de mouvances vers des libéralités sociopolitiques (la pax romana est fort libérale en ce sens). Où donc il semble que, par définition, la démocratie soit un régime libéral.

C'est ainsi que le néolibéralisme dévalue le politique et le social, songeant pouvoir tout régler mercatiquement. Évidemment, de telles prétentions libertaires à l'initiative constituent l'arbre qui cache la foret, c'est-à-dire le lieu des grandes fortunes, des oligopoles et des monopoles qui conditionnent les marchés en les surdéterminant, et qui manœuvrent avec plus de force les populations par leurs influences (propagandes médiatiques). Le libéral authentique, y compris quand il ressort des corps de doctrines libérales depuis l'époque moderne, voit dans le néolibéralisme, aussi bien, un néo-absolutisme. En effet, ça bafoue les libertés individuelles. En d'autres termes plus contemporain, il y a un libéralisme de gauche.

Après, on pourait réfléchir à cette niaiserie libérale, de supposer les personnes bien éduquées. C'est d'ailleurs pourquoi le "libéralisme" antique, de même que contemporain à travers les figures de Léo Strauss et d'Ortega y Gasset, est tendanciellement élitiste et/ou avant-gardiste, avec toutes les dégénérescences possibles derrière ... ceci étant, devoir "jouer des coudes", sans "concurrence institutionnelle", ce serait vrai même sans libertés individuelles centrales dans le droit : c'est qu'il faut savoir se défendre, bien qu'il n'y ait pas toujours à se battre.

 

Les libertés individuelles dépendent du collectif

Mais cette affaire de liberté individuelle semble un peu courte, bien que la notion soit prégnante dans les discours traitant de libéralisme. Il faut vraiment insister sur l'anti-absolutisme et les libéralités sociopolitiques d'abord (collectifs) puisque ce sont eux qui surdéterminent, comme cadres institutionnels, les libertés individuelles.

Le libéralisme a foncièrement besoin de régulations, serait-ce des dérégulations re-régularisant en fait différentiellement. Aussi, d'aucuns songent que le libéralisme naît véritablement avec un acte social-historique : la constitution espagnole de Cadix, régulant pourtant une monarchie. Car il y a aussi, dans le libéralisme, l'éminente question collective de la séparation des pouvoirs (voir Locke pour l'aspect conciliaire, Hobbes pour l'aspect étatique et citoyen, Montesquieu pour l'aspect technique, Voltaire pour l'aspect moral, Hume pour l'aspect épistémique). On connaît moins les récents (Rawls, Hayek, Friedman) mais on aura tendance à avoir un a priori négatif sur eux, puisqu'ils conduisent au néolibéralisme (qui, comme on a vu, est un néo-absolutisme qui ne dit pas son nom).

La question des libertés individuelles se pose dans tous les régimes, et il se peut que sous une monarchie absolue, quand même tu n'as pas ton mot à dire sociopolitiquement, tu ais des libertés individuelles : ta petite vie, ton petit monde, ton bon travail, ta bonne compagnie, tu les vis bonhomme, tranquille, "OKLM". C'est d'ailleurs pour ça que le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley est "une dystopie parfaite" ... Mais foncièrement la question des libertés individuelles n'est qu'une marotte rhétorique politicienne. D'où l'alternative idiote "démocratie ou populisme voire fascisme" masquant toutes les dégénérescences du régime.

 

Néolibéralisme ou populisme procèdent tout comme

Car nos mœurs parlementaires et gouvernementales actuelles sont de nature préfascistes (insistons sur le pré-) : c'est dans les modes de gestion managériaux des "équipes parlementaires et gouvernementales" de la REM. Si des procédures avaient déjà lieu avant (le PS qui ostracise un député qui a intérêt de voter "dans le bon sens") aujourd'hui il est patent que la représentativité est purement et simplement shuntée, et que c'est marche ou crève, et marche au pas. C'est ainsi que "tout ce qui n'est pas avec moi est contre moi", de façon paranoïde et ... christique ... et que le néolibéralisme ne vole pas plus haut que le populisme, dans cet électoralisme tout comme.

Napoléon III et Hitler ont été élus dans de tels contextes, quoique les communicants soient suffisamment habiles pour ne pas factivement procéder comme à l'époque devant des populations mieux instruites (encore qu'hétérogènes dans leur instruction, et promptes à faire de leur instruction un peu tout et n'importe quoi, sans esprit de méthode). Si bien que les parts décisives proprement démocratiques semblent vivement peau-de-chagrin, ceci dit non pour détester la démocratie (il faut lire Jacques Rancière, la Haine de la démocratie) mais précisément pour relativiser le démocratisme actuel, qui a des airs d'anarcho-capitalisme soumis aux quatre vents (la "mondialisation") et surtout les vents oligopolistiques (l'Europe elle-même, n'accorde un pouvoir que consultatif au Parlement). Et vogue le néo-absolutisme ...

 

Contradictions du libéralisme, et a fortiori du néo-

Au final, on peut se demander si "le libéralisme" est quelque chose d'autre qu'un mécanisme sociopolitique, d'où sa pauvreté, sa tristesse et son désenchantement idéologique, moral et projectif. Il craint quoiqu'il en soit les ferveurs idéologiques, morales et projectives, en dehors de ses propres sueurs froides devant "les initiatives", "les risques" et "les dérives", d'où le consensus dur de LREM, extrême-centriste (CQFD) et les réclamations démocratiques par ailleurs (gauche, droite, et extrêmes idoines).

Il y a pourtant une sacrée contradiction pragmatique, à développer des techniques de la liberté. Comme si la liberté dépendait des techniques (par exemple, au hasard, "la gouvernance") alors que les techniques codifient, distribuent et axiomatisent la liberté. La liberté, incidemment, est ce qui toujours s'échappe. Les "techniques de la libération" la maintiennent (la chape) contradictoirement. Il n'y a pas de techniques favorisant la liberté, pas même la philosophie des Lumières.

Cela, le néolibéralisme et le populisme l'ont compris : l'un, en vendant de la liberté ; l'autre, en réaffirmant sa liberté souveraine. A travers, par exemple, une Ford Mustang sur l'affiche de Fast and Furious 8. Quelle belle caisse. Même le gauchisme approuve, quand c'est dans des productions telles que Machete. Tout est bien qui finit bien :

 

Moyenne des avis sur cet article :  1.72/5   (18 votes)




Réagissez à l'article

22 réactions à cet article    


  • Chourave Dr Faustroll 13 août 09:19

    « démocratie » et « démocratique » sont deux termes nécessitant l’usage de guillemets au même titre que « liberté » ou « terrorisme », pour attirer l’attention sur le fait que les locuteurs ne mettent pas tous la même chose dans ces pochettes surprises dont le packaging est plus élaboré que le contenu !


    • Morologue Morologue 13 août 09:27

      @Dr Faustroll. C’est mal connaître le « sens commun » ni la « réalité » ou le « vécu » ^^


    • Chourave Dr Faustroll 13 août 09:29

      @Morologue

      traduction ?

    • Morologue Morologue 13 août 10:08

      @Dr Faustroll. Traduction : votre genre de propos fait qu’on stagne. Discutons, pendant que les décisions et les actions se passent ...


    • Chourave Dr Faustroll 13 août 10:20

      @Morologue

      ... dont acte !
      alors, ne perdez pas votre temps à rédiger des articles qui ne sont pas des « actions » et dont la lecture empêche les lecteurs d’« agir » : eux et vous feraient mieux d’aller sur le terrain (où ?) plutôt que de passer leur temps devant leur écran !

    • Morologue Morologue 13 août 11:05

      @Dr Faustroll. SI vous voulez philosopher plus avant, je vous convie sur le forum Digression.


    • Chourave Dr Faustroll 13 août 12:39

      @Morologue

      j’ai autre chose à faire que de « discuter pendant que les décisions et les actions se passent »... ...


    • Alren Alren 13 août 20:02
      @Morologue

      Il faut manquer de sens commun pour écrire : « On voit que les néolibéraux courent tendanciellement vers le centre politique. »

      Le « centre », appelé aussi autrefois « le marais » ménage la chèvre et le chou., souhaite par la participation des rapports apaisés au sein des entreprises, ne remets pas en cause les mécanismes de solidarité sociale sachant comme elle sont indispensable à la survie du modèle capitaliste paternaliste.

      Ceux qu’on appelle par abus de langage les « néolibéraux » mènent au contraire, à la façon de Macron, ce que j’appelle « la guerre civile froide » en pensant que plus ils écraseront pendant qu’ils sont au pouvoir le peuple, leur ennemi, plus celui-ci, si ses seuls représentants, à savoir les membres de la France Insoumise (le PC est à la traîne) gouvernent, plus ce peuple aura de mal à rétablir la souveraineté nationale, l’équité sociale et la vraie solidarité nationale.
      Plus il sera difficile et coûteux de renationaliser les activité vitales comme l’énergie, les transports (SNCF), et les grandes industries.
      Surtout avec l’hostilité active des pays encore sous le joug de cette engeance.

    • Morologue Morologue 14 août 08:51
      @Dr Faustoll. Agoravox n’est pas le lieu des grandes discussions philosophiques. Pas pour moi.

      @Alren. Si vous voulez, mais au final c’est par le centre que (ça) s’est passé.

    • Arogavox 13 août 09:39

      « La liberté, incidemment, est ce qui toujours s’échappe. » C’est bien pourquoi, toute tentative de démocratie dans une population, dépend directement des capacités culturelles et effectives de cette population, concernant chaque individu, pour sa qualité de conscience, de perception et d’engagement citoyen, d’exigence morale.
         
        Si ces capacités n’existen
      t pas de façon suffisamment homogène, ce ne sera ni une gouvernance miracle, ni l’infaillibilité d’un élu prétendant ’incarner’ le peuple qui pourront faire prendre la mayonnaise ; 

      et ces capacités ne seront pas non plus fabriquées à partir d’émulation et de concours, en adoptant l’erreur d’optique aristocratique d’une nigaude prétention à savoir décréter le ’meilleur’. 
           
      Si la liberté est indispensable, c’est que sans elle le ’contrat social’ ne serait pas un choix libre, donc ne saurait être reconnu comme contrat ;
       mais cela n’empêche pas que cette liberté soit aussi celle de choisir intelligemment de se contraindre soi-même
       
      cf , dans
       http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/logphil/oeuvres/rousseau/contrat/contrat6.htm
       : 
      «  Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. 
       Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution
      .
       »

      • Morologue Morologue 13 août 11:07

        @Arogavox. La citoyenneté à la française.


      • Arogavox 13 août 12:34

        @Morologue

         pas compris la remarque : pouvez-vous développer ?

      • Morologue Morologue 14 août 08:52

        @Arogavox. « Je disais » que vous valorisiez la citoyenneté à la française.


      • Arogavox 14 août 09:44

        @Morologue

         qu’entendez-vous par ’à la française’ ?

            
        Je ne fais référence quant à moi qu’à la définition d’usage courant 
        citoyen : « souci de la bonne marche de la société civile, respect de la loi et défense des idéaux démocratiques. »

      • zygzornifle zygzornifle 13 août 10:16

         Même le gauchisme approuve, quand c’est dans des productions telles que Machete.


        L’homme qui te fracasse le bocal si tu n’aimes pas la chiasse en galette El Paso .....

        • Morologue Morologue 14 août 08:52

          @zygzornifle. Oui ^^


        • Spartacus Spartacus 13 août 14:23

          En résumé le libéralisme et le populisme sont méchant parce qu’il ne prennent pas tous les gens pour des cons !


          Pour info le « le néolibéralisme » n’existe pas
          C’est une mystification inventée de toutes pièces 

          Les détracteurs du néolibéralisme prennent toujours soin de distinguer « libéralisme » et « néolibéralisme » en vue de discréditer les libéraux.

          Les collectivistes affublent du préfixe « néo » pour en faire un repoussoir.

          Il faut dire que le naufrage, la faillite des idéologies collectivistes, il est devenu compliqué pour les intellos gauchistes de s’attaquer frontalement au libéralisme en tant que tel. 

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès