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Accueil du site > Actualités > Politique > Jean-Pierre Fourcade, entre grandes idées et petites manœuvres

Jean-Pierre Fourcade, entre grandes idées et petites manœuvres

« Je suis frappé par le fait que tout Président pense à sa réélection, qui aujourd’hui domine toute les manœuvres et guide les réformes. Il faudrait envisager de revenir à un septennat non reconductible. » (Jean-Pierre Fourcade, le 10 mai 2015 sur CNews).

L’ancien ministre giscardien Jean-Pierre Fourcade fête son 92e anniversaire ce lundi 18 octobre 2021. À la fois très politique et "professionnel" (ou "société civile", à la définition assez floue ; à l’origine, tout responsable politique vient de la "société civile" puisque nous sommes en République !), Jean-Pierre Fourcade a eu la responsabilité d’être le premier grand argentier de celui qui se considérait comme le grand argentier permanent de la France, ce qui n’était pas une succession facile (à l’époque rue de Rivoli). À ce ministère, il a eu le privilège de succéder à un "grand", Valéry Giscard d’Estaing, et son successeur fut également un "grand" de la vie politique française, Raymond Barre.

Après des études à l’IEP de Bordeaux et à l’ENA qui l’ont fait intégrer dans le corps des inspecteurs des finances, Jean-Pierre Fourcade fut nommé directeur général de la banque CIC (Crédit industriel et commercial). Parallèlement, Jean-Pierre Fourcade était engagé dans la vie politique au début des années 1970 avec l’étiquette des républicains indépendants (RI, puis PR) : il fut élu maire de Saint-Cloud de mars 1971 à avril 1992 et conseiller général des Hauts-de-Seine d’octobre 1973 à avril 1989 (touché par le cumul des mandats, déjà sénateur-maire et conseiller régional). Son épouse fut élue et réélue à sa succession sur le canton de Saint-Cloud de mai 1989 à mars 2011 où elle fut vice-présidente du conseil général des Hauts-de-Seine.

Jean-Pierre Fourcade fut nommé Ministre de l’Économie et des Finances par Valéry Giscard d’Estaing nouvellement élu dans le premier gouvernement de Jacques Chirac du 28 mai 1974 au 27 août 1976. Il disposait de plusieurs atouts pour y être nommé : giscardien, énarque, inspecteur des finances, et élu politique important dans l’agglomération de Paris. Au cours de son mandat de ministre, il a pris des mesures pour juguler l’inflation engendrée par le premier choc pétrolier (plan Fourcade en juin 1974) et pour aider les entreprises en facilitant le remboursement de la TVA.

Après la démission de Jacques Chirac et l’arrivée de Raymond Barre à Matignon, ce dernier s’est octroyé également l’Économie et les Finances (il avait été présenté par VGE comme le "meilleur économiste de France", auteur du fameux manuel d’économie politique dans la collection Thémis de nombreuses générations d’étudiants). Jean-Pierre Fourcade est cependant resté au gouvernement du 27 août 1976 au 26 septembre 1977 comme Ministre de l’Équipement, rajoutant le 30 mars 1977 à son portefeuille l’Aménagement du territoire lors du remaniement consécutif aux élections municipales de mars 1977 (qui furent un échec pour la majorité).

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Profitant des élections sénatoriales dans les Hauts-de-Seine, Jean-Pierre Fourcade a quitté le gouvernement pour commencer une (très) longue carrière de sénateur, élu en septembre 1977 et réélu sans discontinuité en septembre 1986, septembre 1995 et septembre 2004, jusqu’en septembre 2011 (trente-quatre ans de mandat parlementaire !).

Au Sénat, il est devenu une figure très respectée et travailleuse, sur divers sujets principalement économiques et sociaux, il fut notamment président de la commission des affaires sociales du Sénat pendant quinze ans, de septembre 1983 à septembre 1998. Il a beaucoup travaillé sur le fonctionnement des hôpitaux. Après s’être inscrit au groupe RI (républicains indépendants, d’abord appelé Union des républicains et indépendants UREI) où s’étaient regroupés les sénateurs giscardiens (une cinquantaine), il a quitté ce groupe pour adhérer, d’octobre 1998 à décembre 2002, au groupe un peu fourre-tout RDSE, rassemblement principalement des sénateurs de centre droit et de centre gauche, avant de rejoindre le groupe UMP le 11 décembre 2002 après la création de ce nouveau parti. Comme élu francilien, il fut aussi le rapporteur au Sénat du projet de loi sur le Grand Paris en janvier 2010.

Renforçant son implantation dans la région parisienne, il fut élu conseiller régional d’Île-de-France de 1982 à 1995, devenant d’abord vice-président, de1982 à 1986, puis premier vice-président du conseil régional d’Île-de-France de 1986 à 1995. Après avoir démissionné de son mandat de conseiller général en 1989 et de maire de Saint-Cloud en 1992, il s’est présenté aux élections municipales de juin 1995 à Boulogne-Billancourt où il fut élu en battant le maire RPR sortant Paul Graziani (sénateur et ancien président du conseil général des Hauts-de-Seine), le successeur du maire "historique" Georges Gorse. Jean-Pierre Fourcade resta maire de Boulogne-Billancourt de juin 1995 à mars 2007, ainsi que président de la communauté d’agglomération du Val-de-Seine (dans une union intercommunale avec Sèvres) de 2004 à 2008 (il resta conseiller communautaire de 2008 à 2010, puis conseiller communautaire d’une autre communauté, la communauté d’agglomération, devenue par la suite l’actuel Établissement public territorial Grand Paris Seine Ouest de 2010 à 2014).

Préparant sa succession (et s’approchant des 80 ans), Jean-Pierre Fourcade a démissionné de son mandat de maire de Boulogne-Billancourt le 7 mars 2007, s’est fait élire deuxième adjoint chargé des finances et des anciens terrains de Renault, et a "intronisé" son successeur Pierre-Mathieu Duhamel, élu maire le 17 mars 2007 par la majorité municipale, dans la perspective des prochaines élections municipales en mars 2008. Mais cela ne s’est pas passé comme prévu.

Pierre-Mathieu Duhamel, énarque, fut un conseiller du Ministre des Finances Édouard Balladur en 1987-1988, puis le directeur adjoint de cabinet du maire de Paris Jacques Chirac en 1991-1992, puis le directeur adjoint de cabinet du Premier Ministre Alain Juppé en 1995-1996, et a eu une prestigieuse carrière de haut fonctionnaire (il est actuellement ambassadeur de France en Norvège, depuis février 2019). En mars 1995, Pierre-Mathieu Duhamel fut élu au conseil municipal de Boulogne-Billancourt sur la liste RPR de Paul Graziani, maire sortant battu, et donc, il fut un élu d’opposition, mais a rejoint le nouveau maire et fut réélu au conseil municipal en mars 2001 sur la liste de Jean-Pierre Fourcade qui en a fait son adjoint aux affaires scolaires et à la culture.

Comme on peut s’en rendre compte, l’arrivée de Jean-Pierre Fourcade à Boulogne-Billancourt a mis en lumière une rivalité déjà ancienne entre le RPR (Graziani) et l’UDF (Fourcade). Et pourtant, la suite, caractérisée par la réunion d’une partie de ces deux partis en UMP, a montré que cette rivalité pouvait "s’interchanger". En effet, le soutien de Jean-Pierre Fourcade à Pierre-Mathieu Duhamel aux municipales de mars 2008 fut contrarié par l’investiture de l’UMP accordée à son ancien premier adjoint (de juin 1995 à mars 2001), Pierre-Christophe Baguet, issu de l’UDF et soutien précoce de la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007. N’ayant pas eu l’investiture de l’UMP, Pierre-Mathieu Duhamel a renoncé à se présenter en mars 2008, et Jean-Pierre Fourcade a finalement repris le flambeau et s’est présenté pour porter l’équipe municipale sortante, sans succès puisqu’il a été battu par Pierre-Christophe Baguet au second tour le 16 mars 2008. Jean-Pierre Fourcade resta donc élu d’opposition au conseil municipal et au conseil communautaire.

Aux élections législatives de juin 2012, Jean-Pierre Fourcade, qui n’était plus sénateur, a repris une petite "revanche" sur les instances de l’UMP : lui et aussi Pierre-Mathieu Duhamel ont soutenu la candidature UMP dissidente de Thierry Solère à Boulogne-Billancourt dans l’ancienne circonscription de Georges Gorse dont le député sortant était Pierre-Christophe Baguet. L’UMP avait réussi à convaincre ce dernier (devenu maire) de laisser sa circonscription pour donner une terre d’atterrissage au Ministre de l’Intérieur et éminence grise de Nicolas Sarkozy, à savoir Claude Guéant. Il faut donc imaginer que cette candidature dissidente ne devait pas être appréciée de tout le monde à l’UMP !

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Thierry Solère, conseiller général de Boulogne-Billancourt depuis mars 2004 et premier adjoint au maire de Boulogne-Billancourt de mars 2008 à mai 2011, avait été le quatorzième adjoint de Jean-Pierre en mars 2001. Thierry Solère, qui a quitté la majorité municipale à cause de l’aménagement de l’île Séguin, a été élu au second tour député des Hauts-de-Seine avec 334 voix d’avance sur Claude Guéant. Exclu par l’UMP à cause de sa dissidence, il a été réintégré dès son élection. Thierry Solère fut même la tête de liste en Hauts-de-Seine des listes menées par Valérie Pécresse aux élections régionales de décembre 2015. Il a soutenu la candidature de Bruno Le Maire à la primaire LR de novembre 2016 (qu’il avait été chargé d’organiser pour le compte de LR), puis, après sa réélection en juin 2017, a rejoint le Président Emmanuel Macron.

Entre-temps, Pierre-Mathieu Duhamel a tenté de retrouver son mandat de maire de Boulogne-Billancourt en mars 2014, soutenu par Jean-Pierre Fourcade et Thierry Solère, mais Pierre-Christophe Baguet, très bien implanté (ancien et futur conseiller général), fut réélu (et a été de nouveau réélu en 2020) à la mairie de Boulogne-Billancourt.

Comme on le voit, Jean-Pierre Fourcade a fait un peu de rab de politique à cause de ses manœuvres boulonnaises, diversement réussies. Indépendant, il l’a toujours été et a montré qu’il savait s’opposer à des responsables nationaux (en particulier à Nicolas Sarkozy).

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Pour tourner la page de son action politique, Jean-Pierre Fourcade a publié en 2015 un livre de souvenirs et d’expérience à partir desquels il souhaitait présenter quelques réformes. Parmi elles, j’ai relevé trois propositions. La première est le septennat unique, qui n’a jamais existé. Je pense que c’est un leurre de proposer un mandat unique alors qu’il est normal que l’élu puisse demander s’il a bien ou mal agi et d’avoir le "quitus" du peuple comme c’est le cas pour un chef d’entreprise en fin d’exercice (je suis favorable au principe du septennat, mais je pense qu’il sera très difficile d’y revenir car le temps politique s’est considérablement accéléré). La deuxième proposition est un serpent de mer et une boîte de Pandore qu’on devra bien ouvrir un jour ou l’autre : réduire le mille-feuilles territorial, il y a trop de niveaux d’élus pour que ce soit compréhensible pour tous : municipal, communautaire (intercommunalité), départemental, régional, national (parlementaire), européen…

Enfin, la troisième proposition me paraît sympathique et original mais pas forcément très efficace et réaliste : Jean-Pierre Fourcade a proposé d’instituer une semaine du respect mutuel dans chaque commune pour que le maire ainsi que les représentants des religions dans la commune aillent rencontrer les habitants dans les écoles, collèges, lycées, dans les EHPAD, partout montrer qu’on peut vivre ensemble en bonne intelligence. Il a fait cette proposition à la suite des attentats contre "Charlie Hebdo" et la fameuse manifestation de communion républicaine du 11 janvier 2015. Mais là encore, c’est très théorique, ne serait-ce parce qu’il n’y a déjà plus assez de prêtre pour avoir un représentant catholique dans chaque commune, et que dire de ceux qui ne sont pas croyants, la grande majorité des habitants, faut-il les représenter aussi dans ce vivre-ensemble ? Et comment ? Cela part d’une bonne intention mais sa mise en œuvre concrète créera plus de problèmes qu’il n’en résoudra.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Pierre Fourcade.
Jean de Broglie.
Christian Bonnet.
Gilles de Robien.
La France est-elle un pays libéral ?
Benjamin Constant.
Alain Madelin.
Les douze rénovateurs de 1989.
Michel d’Ornano.
Gérard Longuet.
Jacques Douffiagues.
Jean François-Poncet.
Claude Goasguen.
Jean-François Deniau.
René Haby.
Charles Millon.
Pascal Clément.
Claude Malhuret.
Pierre-Christian Taittinger.
Yann Piat.
François Léotard.
Valéry Giscard d'Estaing.
Antoine Pinay.
Joseph Laniel.

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7 réactions à cet article    


  • ETTORE ETTORE 19 octobre 23:58

    RakotoAnubis....

    Combien coute la place en creux, dans votre cimetière politique ?

    Y as t’il des remises diverses, pour personnes du show bizz, politiciennes, ?

    Et est ce que vous faites des prestations, type lavage de tombe, passage de brosse à reluire, changement des fleurs en plastoc, bouffés par les rats....Minute de recueillement avec ou sans sermon....

    En ces temps de fêtes des morts, savez vous si l’Elysée, va déguiser La citrouille Présidentielle en Cendrillon à talon aiguille ?


    • chantecler chantecler 20 octobre 05:37

      @ETTORE
       smiley


    • amiaplacidus amiaplacidus 20 octobre 11:57

      @ETTORE

      Pensez-vous que pour moi, qui suis un rien, RakotoAnubis va se fendre d’une nécro ?


    • ETTORE ETTORE 20 octobre 17:51
      amiaplacidus 20 octobre 11:57

      @ETTORE

      Pensez-vous que pour moi, qui suis un rien, RakotoAnubis va se fendre d’une nécro ?


      Je me demande surtout, dans quoi il va se recycler, le jour où sa succursale

      « mort de vivre  » vas être liquidée.

      As t-il prévu sa propre nécro ? As t’il pré-enregistré son sermon ?

      Et surtout, surtout, seras t-il inter— actif ?

      Et qui récupéreras, les manettes ElyséHaine

      Que de questions, finalement, pour une simple plume, qui s’envolera, pour retourner

      au f.ond, a la « folle bergère » déplumée.


      • Xenozoid Xenozoid 20 octobre 17:54

        @ETTORE
        vous pouvez l’enterré, vous ignorez tous ses articles...trop simple ?


      • Xenozoid Xenozoid 20 octobre 18:13

        alors si je comprend vous allez ad ethernum, critiquez un robot pour donner des clicks au robot....bravo a l’intelligence humaine

        je montre l’exemple, je jure ici que jamais plus je ne réagirais aux articles du robot...bye bouffons


      • ETTORE ETTORE 20 octobre 18:45

        Xenozoid@

        ............................

        Rakotonanobis, ou RakotoAnubis, est, et resteras un simple défouloir.

        Soit, c’est un robot, et alors, ?

        Derrière un robot, même avec une I.A sophistiquée, il y a un presseur de boutons.

        Qu’il s’occupe de l’éjaculation de son acné sévère, ou de celui du clavier de son ordinateur, peu importe !

        C’est une pré-vengeance, sur ce qui préfigure un avenir décérébré.

        C’est un mutin plaisir verbal .

        Surtout qu’avec toutes les insultes qu’il comptabilise, jamais personne au grand jamais, n’as été interdit de commentaire sur ses « post-illons ».

        Alors que d’autres « gras du melon », qui n’écrivent que pour s’entendre parler, vous envoient à patres, à la moindre réaction, même pas épidermique, mais juste, parce que vous avez osé mettre un point, à leur jus de vésicule biliaire.

        Alors, si cela me plait, d’avoir une discussion à insultes rompues avec une I.A, je

        ne vois pas pourquoi, je m’en priverai.

        Vous n’avez jamais joué au flipper de votre vie ?

        Jamais donné de coup de reins, dans la machine, pour qu’elle vous crache une partie gratuite ?

        Rakotonanobis, c’est mon flipper à moi, mon dauphin mono criard, qui fait des tours dans le Marineland ElyseHAIN, mais ils n’est pas le seul à sentir le poisson !

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