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Jeanne Humbert en pleine vie, militante libertaire, pacifiste, naturiste et néo-malthusienne !

En référence à son roman « En pleine vie »(1931) qui mettait en relief la nature de tous ses combats, dont les femmes d’aujourd’hui tirent parti de disposer de leur corps en liberté. Jeanne Humbert (1890 / 1986) ou les combats de toute une vie bien remplie en harmonie avec ses idéaux fraternels et humanistes. Jeanne fut révoltée et solidaires des combats de ses pairs, les hommes, jusqu’à son dernier souffle.

Fin 2017, un cri d’alarme international formulé par 15000 scientifiques de 184 pays nous interrogeait sur l’état de la planète terre. En réponse à la démographie galopante qui a explosé de 35 % en 25 ans, les mesures de survie préconisées consistaient à la limitation de la reproduction humaine, avec la diminution drastique du nombre d’enfants par femme dans certaines régions du monde, à travers un meilleur accès à la contraception.

Ce discours de nos jours est désormais écoutable et respecté sans être voué à l’hégémonie religieuse en soutane et autres curetonneries de bazar qui attentaient à la liberté d’expression des discours néo-malthusiens, il y a moins d’un siècle. Leurs militant(e)s ont purgé des peines de prison et d’interdiction pour tous leurs combats.

Même si la terminologie d’eugénisme employée à cette époque relève encore du malaise, suite à ses emplois par des régimes fascistes et totalitaires pour aseptiser les populations au joug des pouvoirs en place.

Pour se faire, il faut immédiatement donner les deux définitions de ce terme qui pose problème. « L’eugénisme positif, soucieux d’élever la qualité physique et morale des individus s’attache à promouvoir l’hygiène et l’éducation » Son pendant « L’eugénisme négatif, pessimiste quant aux possibilités d’améliorer l’individu, cherche à éliminer les tares héréditaires en prévenant leur passage à la génération suivante par l’imposition d’un certificat d’aptitude au mariage ou de manière plus radicale par la stérilisation des populations considérées comme dynamiques (jusqu’à opérer par assassinat dans le cas de l’Allemagne nazie) » (page 429 de la thèse d’Arnaud Baubérot sur l’histoire du naturisme en France.

Jeanne est née Rigaudin le 24 janvier 1890 dans la Drôme et décédée en 1986. Après 96 années, tour à tour journaliste, écrivaine, conférencière, sténodactylo, militante pacifiste, libertaire, naturiste et néomalthusienne. Ses combats l’ont amené à militer pour la cause des femmes et la liberté sexuelle, mais aussi pour la liberté de l’avortement et de la contraception.

Toute sa vie, elle a répondu au slogan néomalthusien : «  Ayons peu d’enfants » auquel elle rajoutait « Femmes ne soyez jamais esclaves ».

Il serait si facile de la taxer de féministe. Déjà dans le chapeau de mon article, j’ai indiqué que tous ses combats, elle les a partagés avec ses pairs, les hommes. Elle s’en explique parfaitement lors du documentaire « Ecoutez Jeanne » (1981), tourné par Bernard Baissat, en présence de l’historien Francis Ronsin.

https://www.dailymotion.com/video/xwjap2
 

« Je ne suis pas féministes dans le sens des féministes d’aujourd’hui. Parce que cette agressivité vis-à-vis de l’homme je ne l’accepte pas du tout. Elles veulent remplacer l’homme. Pourquoi ? Elles ont leur rôle de femme à jouer. Une femme ça vaut un homme. Dans sa spécialité, dans son intégrité féminine, dans sa psychologie personnelle, dans sa physiologie. Dans sa structure, elle n’a pas besoin de remplacer l’homme pour être un être humain. Elle n’a qu’à s’affirmer comme un être humain ». 

L’eugénisme positif dont se réclamait le mouvement néo-malthusien, qu’est-ce que c’est au juste que cette drôle de bestiole ?

Malthus (1766 / 1834), pasteur anglais de son état est à ne surtout pas confondre avec Caius Bonus, un latin orgiaque et dépravé ! Vous me suivez toujours ? Malthus basait sa théorie sur le fait, que moins on avait de population, et plus on pouvait établir un régime équitable pour le bonheur de toute la population. Seulement et forcément, coincé aux forceps avec ses propres dogmes religieux, le meilleur moyen contraceptif selon lui consistait à appliquer la chasteté, d’abord dans le mariage tardif et la chasteté dans le mariage.

Pas très humain comme procédés, vous ne trouvez pas ? Mes cousins les bonobos ont trouvé la solution : baiser comme Tarzan la banane à clito rabattu. On peut constater les résultats de ces populations de singes qui ont omis de leurs mœurs la sauvagerie humaine de la violence agressive.

Qu’allait faire dans cette galère de Malthus revu et corrigé dès 1896, un certain courant libertaire initié par Paul Robin (1837 / 1912) ?

Paul Robin selon son engagement de pédagogue recommandait de s’appuyer sur sa formule toujours d’actualité : « Bonne naissance, bonne éducation, bonne organisation sociale ». Que l’on pouvait comprendre en ces termes choisis. La bonne organisation sociale c’était l’anarchie. La bonne éducation, c’était l’application des principes libertaires sur le terrain social. C’était aussi selon lui « la culture harmonique de toutes les facultés : physiques, intellectuelles et affectives ».La bonne naissance c’était le néo-malthusianisme qui valorisait la limitation volontaire des naissances pour éviter les catastrophes qui ensanglantaient le genre humain. Du point de vu de l’eugéniste positif, c’était procréer dans de bonnes conditions, tant de santé que sociale en liberté sexuelle, qui permettaient la naissance digne du genre humain.

Les néomalthusiens ont pensé que se priver d’amour physique, ce n’était pas possible. On pouvait ou ne pas se marier jeune, selon son bon vouloir, mais surtout, on pouvait limiter sa progéniture par des procédés anticonceptionnels tant masculins que féminins pas toujours très confortables à l’époque. Heureusement, et fruit de leurs combats, les femmes sont plus gâtées aujourd’hui.

En quoi ça consistait le néo-malthusianisme selon Jeanne Humbert ? « Il s’agissait de rependre les méthodes contraceptives, d’éduquer les gens pour qu’ils sachent s’en servir. Il s’agissait également de leur donner conscience à y avoir recours. Dans le but essentiellement de limiter leur natalité et pour certains dans un but de liberté humaine, d’eugénisme, de l’amélioration de l’espèce humaine en écartant les naissances indésirables basées sur le juste équilibre entre population et subsistance. La base est essentiellement malthusienne. » (in documentaire : « Ecoutez Jeanne »).

Durant la grande boucherie de 14 / 18, Eugène Humbert, déserteur, compagnon de Jeanne, s’expatria en sa compagnie. De fait et par une corrélation des idées libertaires : « Les néomalthusiens étaient tous contre la guerre jusqu’au bout. Ils étaient forcément antimilitaristes. C’est aussi pourquoi ils ne voulaient pas que la population ne soit pas en excédent pour fournir des soldats aux champs de bataille  ». in documentaire : « Ecoutez Jeanne »)

Elle fut membre active du bureau de la Ligue internationale des Combattants de la Paix qui devint ensuite l’Union pacifiste.

« Faut que ça saigne » dixit le père Boris Vian. Après la guerre et le déclin du genre masculin dans les tranchés, la clique nataliste eut le vent en poupe et inspira une loi scélérate qui fut votée en 1920. « Sera puni quiconque, dans un but de propagande anticonceptionnelle aura divulgué des procédés propres à prévenir la grossesse ».

Eugène et Jeanne ainsi que d’autres compagnes et compagnons libertaires furent condamnés à plusieurs années de prison. Eugène purgea 5 ans pour insoumission et propagande antinataliste et Jeanne deux ans pour. En 1923, à leur sortie, Eugène et Jeanne se sont mariés, uniquement pour obtenir plus facilement des permis de visite dans le cas d’une nouvelle incarcération de l’un ou de l’autre. Le zonzon était considéré par les libertaires comme la guillotine sèche. « Après la prison, ça laisse des séquelles. Ruine totale, payer les amendes… Avec l’arrêt de tout. Il a fallu gagner sa vie. Eugène a été un moment directeur d’une librairie d’un ami. Puis directeur un moment du journal de Kienné de Mongeot : Vivre qui était un journal naturiste ». (in documentaire : « Ecoutez Jeanne).

Outre, sa participation active à de multiples canards pacifistes, libertaires ou néomalthusiens, Jeanne publia plusieurs ouvrages, dont celui qui nous intéresse précisément : « En pleine vie » (1930). Un roman illustré par des nus artistiques d’époque où elle fit l’apologie du naturisme, forcément, mâtiné de ses idéaux et combats au sein du mouvement néomalthusien.

Roman d’amour, voire initiatique pour le jeune héros, Philippe, importateur de peaux brutes d’animaux. Lors d’un séjour en Espagne (Catalogne et Baléares) ; il entre en relation avec un couple, dont le mari est docteur du courant néo-malthusien. Il tombe amoureux de la fille. La famille est naturiste et l’initie à la joie de vivre nu.

« Il y a des coins uniques et charmants quasi inhabités. Nous pourrions vivre là-bas tout nus de grandes heures, sans qu’aucun être humain ne vienne s’en offusquer, car nous pratiquons le nudisme, cher monsieur, que je considère comme un des régénérateurs les plus sûrs du corps. Les rayons du soleil augmentent le nombre de globules du sang, activent la circulation et décongestionnent nos organes. La dénudation permet au corps tout entier de respirer et d’éliminer les poisons rejetés par les pores de notre peau. Les bains d’air et de le lumière opèrent de remarquables cures de l’anémie, de la neurasthénie, des fatigues multiples imposées à notre corps surmené par une vie au jour le jour plus épuisante ». (page 47)

S’en suivent les interrogations bien naturelles de Philippe sur la notion de pudeur du jeune mâle.

« Le nu est chaste et bien moins excitant que le demi-nu des costumes de nos vedettes de music-hall, ou même des robes de soirée de nos mondaines ! L’homme le plus facilement excitable a vite gagné un calme et une parfaite tranquillité des sens dès qu’il prend l’habitude de se mettre nu en compagnie des femmes. Je vous assure, par expérience, qu’au bout de très peu de temps on se sent libéré de toute gêne comme aussi de la pensée malsaine. Les sexes n’existent plus dans l’esprit de chacun ; on se sent camarade, pleinement, par-dessus les distinctions sociales. On ne ressent plus qu’une profonde allégresse, physique, une ivresse véritable d’être désentravé et de respirer de tout son corps ». (page 50)

S’en suivent aussi des conseils de bon aloi sur la sexualité libérée des carcans et des dogmes religieux. Les bons conseils et les considérations du toubib humaniste des années 30 pourraient aisément s’appliquer également en 2018.

Les bestioles ne sont pas à l’honneur dans ce roman de genre et je m’en insurge. Le héros fait commerce de peaux d’animaux et son futur beau-père défend bec et cornes la barbarie de la tauromachie. Etonnant non ? Alors que la famille se réclame du végétarisme. Comprenne qui pourra ces antagonismes énormes si criants de nos jours !

« Je suis très partisan des théories naturiennes ; en particulier, je suis un antialcoolique convaincu et un végétarien impénitent ! » (page 14). Même et heureusement, ils ne crachent pas sur un bon verre de vin.

Mais aussi horreur et désespoir de mes congénères singettes, Jeanne s’extasie devant les travaux de revitalisation des docteurs Voronoff et Dartigues à propos des greffes glandulaires, qu’elle considère comme miraculeuses. Digne d’un actuel militant transhumaniste qui croit à la vie éternelle pour sa pomme, selon le diktat des gourous du développement personnel ; elle promeut « cette opération bénigne en soi et nullement dangereuse, qui consiste à coudre, sur la surface externe antérieure de l’utérus, un ovaire de guenon ». !!!! (page 149) « La cane de Jeanne » je gueule, avec tout le respect pourtant que j’éprouve pour Jeanne Humbert.

Elle donne à plusieurs reprises sa définition et les actions du néomalthusianisme. J’ai retenu la plus courte.

« Le néo-malthusianisme, ou limitation volontaire des naissances, est la science de procréer que des enfants voulus, désirés, les géniteurs étant dans un bon état de santé physique et dans une situation matérielle suffisante pour les élever convenablement ». (page 87)

Elle insère dans son roman un article entier de Victor Marguerite, paru dans la Volonté en 1929. Huit pages ! Du point de vu littéraire, ça affaiblit et plombe le livre. En revanche côté historique, c’est passionnant. Sauf que le mélange des genres est ardu et peut certainement et je le comprends parfaitement rebuter certaines lectrices ou lecteurs actuels. Je vous l’accorde, mais pas pour moi férue d’histoire !

Car, son roman, il faut le prendre à la lettre, est un ouvrage militant de propagande de toutes ses thèses où le côté littéraire est presque secondaire, même s’il est bien écrit et lisible par tout le monde.

Même si encore une fois, du point de vue historique, il est très riche de citations et de considérations de son époque, qui nous éclairent sur la France des années 30 presque à la veille de la seconde guerre.

L’historien Francis Ronsin clôt le documentaire qui est consacré en 1981 à Jeanne en indiquant les influences du néo-malthusien à cette époque précise. Il reconnait qu’il n’existe plus en tant que mouvement structuré. En revanche, René Dumont, candidat de l’écologie politique aux élections présidentielles, s’appuyait sur l’idée d’équilibre population subsidence. Henri Tachan auteur compositeur et caricaturistes en chansons chantait en 1974 « Je ne veux pas d’enfant ».

On retrouvait également les influences néo-malthusiennes dans les canards anarchistes : le Réfractaire, ou des journaux comme Charlie hebdo avec Cavana, qui s’engageait violemment contre la surpopulation.

En 2018, il en ressort toutes les avancées sociétales pour l’émancipation des femmes, liberté de procréer ou non, liberté de jouir sans entrave, pour reprendre le célèbre slogan de mai 68 et j’en passe des meilleurs !

Toutes ces libertés acquises, nous le devons aux combats libertaires des néo-malthusiens, ne l’oublions pas.

Un grand merci à Jeanne Humbert et ses compagnes et compagnons, la lutte continue sur tous les fronts, pour sûr !

Comme quoi encore, être anarchiste, naturiste, pacifiste, néo-malthusien en 1930, c’était encore plausible. Mais en 2018 ? Etonnant non ?

 

Jeanne Humbert : En pleine vie » éditions de Lutèce (1931)

A lire ici : http://www.jgana.fr/vivrenu/jeannehumbert.pdf

 

Œuvres de Jeanne Humbert :

En pleine vie (1931)

Le pourrissoir (1932)

Sous la cagoule (1933)

Contre la guerre qui vient (1933)

Eugène Humbert : la vie et l’œuvre d’un néo-malthusien

Gabriel Giroud : Georges Hardy, discipline et continuateur de Paul Robin

Sébastien Faure : l’homme, l’apôtre, une époque (1949)

Les problèmes du couple (1970)

Deux grandes figures du mouvement pacifiste et néo-malthusien : Eugène Humbert et Sébastien Faure (1970)

 


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2 réactions à cet article    


  • lephénix lephénix 8 janvier 17:07

    bonne idée de rappeler Jeanne H à la vie - et à notre souvenir....elle gagne à être connue par les générations d’après...


    • Citoyen de base 8 janvier 19:53

      Merci de cet article. Il rappelle que la démographie est à la base de tout. Et la décroissance énergétique, alimentaire et environnementale au sens large passera aussi, et dans la douleur, par la décroissance démographique. Mais la douleur sera d’autant plus grande que les racailles qui ont pris les rênes de feu la nation française organisent le grand remplacement en subventionnant la natalité africaine qui n’en a pas vraiment besoin sur le sol français. Car dans leurs cerveaux malades il s’agit de créer pleins de petits consommateurs amorphes qui deviendront ensuite autant de révoltés frustrés quand la crise avec un grand C éclatera. Et dans cette nation désunie en pleine guerre « civile », lesdites racailles pourront alors s’agripper encore longtemps à leur pouvoir...  smiley 

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