L’analyseur 49.3
On appelle analyseur, en analyse institutionnelle, un phénomène social-politique qui fait passer de la discussion sur ce phénomène à une discussion sur les règles du jeu.
On en vit un exemple actuellement avec l’emploi de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution qui devient l’objet des échanges, en substitution à l’analyse du contenu de la réforme en cause (la cause a changé en quelque sorte).
D’où je parle : Je tiens cette réforme pour un faux problème car nous devrions tout lâcher pour maintenir la planète en état de nous maintenir. Des questions comme celles des méga-bassines font partie des questions de notre République, notre res publica. Voir mon article : https://rebelles-lemag.com/2023/02/11/reforme-des-retraites-faux-probleme/
D’autre part, Macron nous a dit qu’il avait fait le choix de la démocratie formelle (l'élection), à l'exclusion de tout le reste. Il l'avait déjà dit en janvier 2020, dans un avion :
Pour les décisions politiques : les élus. Contre le peuple : la police. Et une police excessive : https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/sous-macron-il-n-y-a-pas-de-219764
Il nous faut bâtir une opposition, rationnelle, réfléchie, conséquente, réelle si vous préférez, qui ait du poids de par son sérieux, qui ait de la force de par sa logique et sa qualité argumentaire : https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-president-macron-nous-a-dit-ce-221401 C’est le contraire qui est fait : une extrême gauche braillarde et qui promet tout (Mélenchon promet ce qu’il n’a pas su faire pendant 50 ans où il était professionnel de la politique, c’est en cela un modèle de politicien).
Dans les discours, s'opposent trois légitimités : celle du président, celle de l'assemblée nationale, et celle de la rue. Des lois ont été retirées dans le passé, suite aux manifestations de rue. Je ne sais pas si ce retrait est réellement constitutionnel. Le président Macron a déclaré qu'il avait les deux légitimités issues des élections, la sienne et à l’Assemblée, l'absence de majorité alternative à la sienne valait majorité. C'est dans la droite ligne de ce qu'il avait déclaré en 2020 : « c’est un système politique (la démocratie) où l’on choisit nos dirigeants. C’est un système politique où l’on choisit des représentants qui auront à voter librement les lois qui régissent la société. » Il avait même parlé « de discours politiques extraordinairement coupables ».
Il continue dans cette ligne, que nous connaissons depuis longtemps, avec une posture « psychologique » très forte qui suggère : « Il vaut mieux que vous arrêtiez votre opposition dans la rue, le plus tôt sera le mieux, parce que je ne céderai pas. »
Les éléments de langage (gouvernement aux abois… passage en force, réforme sans aucune concertation… président qui méprise, qui n’écoute pas) qui se répètent à gauche (Louis Boyard est un champion du débit verbal de ces répétitions) ne parlent pas de ce qui se passe. A toutes fins utiles, je précise que je n’ai pas dit que Macron écoutait, j’ai dit qu’il tenait pour constitutionnel de ne pas écouter le peuple, ou les corps intermédiaires, puisqu’il a été élu, il n’y a pas longtemps, avec cette réforme dans son programme. Il offre de discuter a posteriori de questions diverses dans le sujet travail-pénibilité-retraite… tout ce qu’on veut sauf ce qui est dans la loi puisque, pour lui, le formalisme démocratique ayant été rempli, il est impératif de le préserver et de le valoriser. C’est pour lui une sauvegarde de la démocratie.
Beaucoup de ceux qui emploient ces éléments de langage disent fréquemment et avec colère que les élus ne tiennent pas leurs promesses. Ils pourraient reconnaître que Macron tient une promesse de campagne.
La concertation sur cette réforme a eu lieu dans la campagne présidentielle. Qu’a fait la gauche ? Pourquoi n’a-t-elle pas gagné ? Il semble bien évident que les Français ne sont pas favorables majoritairement à une diminution de leurs droits sociaux. L’argument sondagier ne vaut pas grand-chose. Il est nécessaire de gouverner quelquefois contre l’intérêt immédiat, visible et pour un intérêt général à plus long terme (l’ensemble des déficits de la France, les comparaisons internationales). Évidemment, vu la constance de Macron sur son interprétation de la démocratie, on n’aura pas de référendum. Je ne suis pas persuadé qu’un référendum aurait beaucoup de votants, ni que le résultat serait le rejet de la réforme, parce qu’entre la colère, le nombre grandissant de citoyens qui descendent dans la rue, le sentiment d’avoir la victoire pas loin… et la réflexion posée dans un vote, après une nouvelle campagne référendaire, il pourrait y avoir une différence.
Je ne suis pas non plus certain qu’une dissolution ne serait pas profitable à Macron et son groupe Renaissance (le syndrome 1968). Elle serait profitable au RN qui a déjà progressé, de 2017 à 2022, avec cette gauche de virulences verbales de 2 millions de voix, multipliant le nombre de ses députés par 11 ! Pour reprendre Louis Boyard déjà cité, il a été élu par 20,37% des citoyens inscrits, avec 57, 87% d’abstention. C’est une faible légitimité qui ne serait pas nécessairement reconduite par le « peuple » en cas de nouvelle élection.
Il me semble qu’il faut comprendre ce qui se passe autrement que dans les discours admis qui sont mal raccordés à ce que Macron a dit clairement et continue de dire, et qui est passé inaperçu, brouillé par des interprétations qui ont le nombre pour elles et qui ne voient pas la nouveauté de ce président. Je reprécise que je ne suis pas avec lui, je ne suis pas de son bord, je cherche à définir des termes du débat plus près de ce qui se passe et plus susceptibles d’agir avec succès.
Il nous faut bâtir une gauche modeste et efficace et s’occuper de nos problèmes fondamentaux (le rapport COR qui fait la base des discussions sur le retraites repose sur des hypothèses de croissance qui ne se produiront pas). Nous devons déconstruire cette gauche émotionnelle, qui voit un « peuple », rêvé, fantasmatique, révolutionnaire, et construire une gauche raisonnable, réaliste, rationnelle, et efficace.
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