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La Cinquième République est un « populisme constitutionnel »

La «  démonarchie  » comme incarnation primitive et archaïque du pouvoir

Par intermittence, dans la Cinquième République, les oppositions, même modérées, ne peuvent s'exprimer que par la voie des extrêmes. Instauré en 1958 dans un contexte historique lui-même extrême, la guerre civile d'Algérie, le régime repose encore aujourd'hui sur les épaules fragiles d'un seul homme, à qui d'innombrables serviteurs s'adonnent, d'immenses honneurs se rendent et de flopées d'allégeances se livrent.

Cette monarchie représentative, cette « démonarchie » (néologisme qui caractérise le pouvoir d'un seul en accord avec le peuple) est un régime assez atypique parmi les pays d'Europe occidentale. Mélange de populisme et de monarchisme, le régime se situe à mi-chemin entre les dictatures latines autrefois gouvernées par des caudillos et les monarchies constitutionnelles libérales d'Europe du nord. En France, la personnification de l'État est si avancée que l'opinion publique juge moins l'action du président selon des critères idéologiques, sociologiques et programmatiques, que selon des critères esthétiques, psychologiques, philosophiques et culturels, correspondant à des attributs que les augures définissent par une notion à consonance religieuse : l'incarnation. Ils invitent les citoyens à détourner le regard de leur environnement immédiat, pour s'élever avec leur monarque républicain vers un au-delà de la politique.

L'incarnation désigne l'action par laquelle une divinité s'incarne dans le corps d'un homme ou d'un animal. Plus généralement, il s'agit d'une polarité qui assemble des conventions langagières autour de plusieurs représentations, le plus souvent en liaison avec un personnage religieux ou mythologique. L'incarnation sort de son invisibilité quand un ensemble de représentations se reflètent en elle. En l'occurrence, le masque de Toutânkhamon, les pyramides de Gizeh et les temples d'Abou Simbel sont pour les contemporains des incarnations qui renvoient à une cartographie symbolique de l'Égypte antique. L'incarnation est animée par une topographie de lieux occupés ou laissés vacants par d'autres objets qui lui sont liés. Elle polarise un archipel au milieu duquel elle siège en tant que représentation des représentions.

Pour les égyptiens de l'époque, ces objets représentaient une autre vision du monde inspirée par un mode de vie et une cosmologie particuliers, assez éloignés de la perception que peuvent en avoir les contemporains. L'incarnation d'un univers culturel est un miroir brisé où se reflète une présence humaine à travers le temps et l'espace. Fruit d'une érosion et d'une altération, assemblage d'empreintes isolées, vestige emblématique d'un monde perdu, l'incarnation manifeste aussi bien l'absence des êtres (c'est aussi pour cela que certains courants religieux iconoclastes interdisent toute représentation, afin de souligner la plénitude de l'être divin et de sa parole, et non le vide d'une image qui reste silencieuse). Et grâce au jeu de cette différenciation infinie et romantique, de cette passion universelle pour les cultures décadentes, la fascination s'empare d'une masse d'artistes, de voyageurs et de curieux en tous genres qui créent des inframondes, que le grand imaginaire collectif développe ensuite dans un autre et nouveau monde qui devient réalité.

Sérielle et reproductible, la représentation d'un fait culturel apparaît, malgré elle, en contraste par rapport à un fond archaïque auquel elle appartient et depuis lequel est elle catégorisée, localisée et mobilisée. La représentation est sommée d'apparaître au sujet de ce qu'elle ne montre pas : une production culturelle de qualité mais qui restera de tout temps ordinaire.

Subliminale et unique, l'incarnation ébauche l'empreinte d'une oeuvre qui n'est pas accomplie et qui annonce un autre monde encore invisible, à travers l'image d'un impossible retour. Elle apparaît comme un acte pleinement artistique et une expression primitive qui résistent à la formalisation et n'ont pas épuisé tous leurs concepts et toutes leurs formes : elle est purement spéculative et irreprésentable. Elle semble être quelque chose, mais sa propre originalité la rend inclassable. Elle est la seule qui se trouve à la croisée d'un certain nombre de représentations, sans savoir exactement pourquoi ni comment, si ce n'est qu'elle est le reflet de sa propre envergure. Bien qu'elle puisse se détacher pour longtemps d'un fond archaïque commun, l'incarnation reste néanmoins une figure artistique et littéraire qui appelle indéfiniment au retour d'une forme primitive, au sens où c'est un invariant fondamental enraciné dans la culture humaine que de développer une parole mythologique autour de sa propre création.

 

 

Restauration et transformation : les deux procédés ambivalents du simulacre

L'impossible retour est souvent plus acceptable qu'un éternel commencement, notamment en ce qui concerne la domination politique. Thème assez favori des récits religieux, mythologiques, de science-fiction et des théories métaphysiques, l'impossible retour est aussi le motif pour démarrer un commencement, avant un retour aux sources dans le futur. L'être humain, s'incarnant lui-même à travers sa création, ne disposera jamais de la possibilité de retourner à un état antérieur où il pourrait reconfigurer ses fondements premiers, en se séparant de lui-même, comme les êtres éternels qui ressuscitent et gagnent un supramonde divin. Complètement assujetti à l'érosion du temps, chaque jour qui passe l'oblige par nécessité à transformer son oeuvre et à ne produire que des simulacres réalistes et fantasmagoriques.

Le processus par lequel une incarnation est appelée à restaurer sa forme primitive est de l'ordre du simulacre. Celui-ci se définit comme un art de qualité médiocre, populaire et très répandu, qui se distingue de la reproduction facile et des poncifs habituels, grâce à un travail critique subtil mais tranchant qui met en évidence la structure des formes primitives. Le simulacre régénère la création en la réactualisant avec des petites innovations qui détournent les coutumes prévalentes au profit de situations particulières. Mais d'un autre côté, ce procédé met en danger la créativité, en raison de son recours privilégié à des techniques de reproduction qui peuvent s'altérer et créer des monstruosités, et être réduites à des normes industrielles adaptées pour une consommation de masse qui a une certaine utilité mais qui est de pauvre qualité dans son ensemble.

D'une créativité mineure en recyclant des vieux procès de production, une des modalités artistiques du simulacre est le pastiche : le faux-plagiat d'une oeuvre déjà reconnue pour avoir incarné une autre réalité. À la manière d'un quiproquo, où le télescopage entre différents contextes procure à de simples phrases un nombre incroyable de figures de style, suscitant l'émotion, le pastiche utilise les traits saillants d'une technique éprouvée comme une préciosité de langage, qui paraît plus vrai que vrai ou plus faux que faux. Le pastiche imite un écrivain sur ce qu'il n'a jamais écrit, en construisant un métalangage à partir de ses motifs littéraires « redondants et clichés ». Cet usage de l'argumentation, qui détermine le fond selon la reproduction d'une forme, est abondamment exploité par la publicité, où les propositions sont fatalement subordonnées à un postulat critique, hors contextes, sur la réalité qui se transforme. Le pouvoir qui cherche une nouvelle incarnation fait de même : l'absence de vérité est un préalable indispensable pour agir. La langue elle-même excède ce qu'elle représente et ne peut survivre qu'en changeant de grammaire. Tout est transformation et il n'y a ni restauration ni commencement. Le pastiche est le moyen le plus efficace pour récupérer un objet et l'adapter en vue d'autres finalités, en se montrant tel quel : une critique implicite des représentations. On imite, on transforme et on s'accapare du modèle, puis on se fait imiter, on imite un autre, et ainsi de suite... Voilà le bon usage du simulacre. La restauration perpétuelle d'une grande oeuvre unitaire n'aboutit pas à la réapparition d'une magnifique incarnation inimitable, sublime et inaltérable, mais transforme les simulacres en des représentations grotesques et barbares qui décomposent les formes primitives. Le retour aux sources d'une grande incarnation qui se sublimerait elle-même a toujours été une énorme fumisterie, une passion contre-nature et un art plombant destiné aux hurluberlus.

Mais l'absurdité étant la chose la mieux partagée au monde, en conséquence elle est ce qui donne le plus de fil à retordre aux esprits curieux et aiguisés qui y cherchent de la signification, et d'autant plus qu'elle leur constitue un magma inépuisable qui étend à l'infini les limites de leur champ d'étude. Si l'absurde est une mise en abyme sans fin du simulacre, une course à l'insignifiance et au grotesque, il n'est en pas moins une fonction essentielle du langage et de la communication. Est absurde quand une chose pas encore nommable et visible le devient sous une forme plus ou moins caricaturale. L'absurdité correspond au franchissement des limites de l'inexprimable et du premier contact avec ce qui est étranger : l'apprentissage pour enfants regorge de méthodes qui dans d'autres contextes pourraient servir à des adultes. À cet égard, une grande incarnation pompeuse serait le résultat d'un monceau d'absurdités, le visage caricatural d'une culture. Des malaises peuvent survenir quand l'absurdité va au-delà de la découverte, de la courtoisie et de la création littéraire, en montant d'un pallier vers la lourdeur, la grivoiserie et la stupidité.

Le portrait type de celui qui passe son temps à faire du simulacre est le fanfaron, dont la dénomination proviendrait du mot arabe farfâr (bavard, inconstant), et qui caractérise aujourd'hui une personne qui se vante d'avoir des qualités qu'il ne possède pas. Dans la démocratie représentative, il est certain que nombre de politiciens entrent dans cette catégorie, en tant qu'usurpateurs d'une fonction qu'ils acquièrent au nom d'une compétence qui lui est extrinsèque et dont ils se proclament les uniques détenteurs.

En revenant sur le concept de « démonarchie », qui caractérise le fonctionnement de la Cinquième République, la question est de savoir si la grande incarnation présidentielle (ou la présidentialité du détenteur de la fonction) a épuisé toutes les formes préexistantes à son actualité, les représentations qui se reflétaient en elle, lui donnant encore de la vigueur et de l'efficacité en quelque sorte, ou si elle a décliné en spectacle d'un simulacre grotesque, où la figure du grand commandeur, mille fois pastichée, est le dernier vestige d'un monde évanescent, où les élites politiques font semblant de débattre et où les trompettes ne font que réveiller les morts ?

Jusqu'à aujourd'hui, la présidentialisation du régime était aussi le visage de la montée en puissance des instances technocratiques à l'échelle nationale et européenne. Le caractère bonapartiste du régime, qui donne la priorité au pouvoir exécutif et administratif, a favorisé l'essor économique des classes moyennes mais tout en les affaiblissant politiquement, provoquant une crise des représentations. La Cinquième République ne laissant pas beaucoup de place aux forces d'opposition dans le jeu des institutions, il s'ensuivit une convergence progressive des forces politiques vers le centre, qui a mis en bascule la fonction présidentielle entre le centre droit et le centre gauche. Suite à la grande crise financière mondiale, cette instabilité chronique a ouvert le champ à une grande force politique centrale qui entend restaurer la puissance du pouvoir exécutif, tout en prévoyant de réformer les structures du modèle social qui se sont formées depuis le début du vingtième siècle. Pour mener à bien ce projet qui n'est pas sans contradictions, le nouveau chef de l'État évoque une « présidence jupitérienne », se mettant à la hauteur du dieu des dieux de l'Antiquité gréco-romaine, et faisant de la fin d'une ère politique une image paroxystique.

 

 

Un bonapartisme néolibéral et technocratique, règnent des opinions minoritaires et fragmentées

 

Une classe moyenne dépolitisée qui souhaite «  en même temps  » le libre-échange néolibéral et la protection de l'État-providence

La culture politique des pays européens a été façonnée par l'élargissement considérable des classes moyennes depuis le début des Trente Glorieuses (1945-1975). La société de consommation, dont les débuts remontent aux années 1920, s'est développée massivement après-guerre et a modifié le rapport des populations avec leurs gouvernements. Tandis qu'auparavant les clivages généraient des conflits violents, en raison des nationalismes, de la lutte des classes, du colonialisme et de la violence policière des États bourgeois, la scène politique occidentale n'a plus connu de grands mouvement social d'ampleur comparable aux événements de 1968.

Cette adoucissement des moeurs et cette pacification relative, dont le néolibéraux et les sociaux-démocrates se sont attribués les mérites, ont progressivement diminué les clivages qui structuraient les opinions politiques depuis le dix-huitième siècle : entre libéraux et conservateurs, puis entre socialistes et libéraux. La fin de la Guerre Froide est venue confirmer cette uniformisation idéologique qui consacre la réussite d'un capitalisme et qui accepte le rôle d'un État social dédié à soutenir une consommation de masse, consacrant l'arrivée d'un nouvel individu-consommateur.

La Cinquième République a accompagné ce processus d'uniformisation-individualisation, que certains politologues ont qualifié de "culture de gouvernement", ordonnée sur une ligne historique tendue vers un progrès social et une croissance infinis. La base sociale de cette politique provenait de classes modestes qui devenaient intermédiaires ou plus élevées, faisant ou défaisant les majorités, selon des critères principalement économiques. Avec cette nouvelle donne, les campagnes des élections présidentielles ont transformé les clivages idéologiques en différences strictement économiques : le débat sur la culture, l'histoire et les institutions a laissé place aux comparaisons entre statistiques et tableaux graphiques, servant désormais de critères objectifs pour mesurer le bonheur citoyen. Désirant à la fois le néolibéralisme de marché et le modèle social de l'État-Providence, les classes moyennes ont détruit les vieux clivages et ont imposé leur mode de vie, leur philosophie et leurs valeurs morales plutôt individualistes. L'uniformisation culturelle accompagnait le développement de l'individu-consommateur et une offre politique correspondante a émergé : ce fut la croissance exponentielle des micro-partis, faisant du marché électoral une représentation fidèle et un simulacre parfait de la démocratie néolibérale.

Les discours politiques se sont eux-mêmes bureaucratisés et la démocratie représentative a perdu en valeur symbolique : elle n'est plus qu'une scène où le peuple change les pions d'un système dont les règles se décident ailleurs. Cette uniformisation s'est traduite en France par l'élection d'une grande coalition centrale au parlement en 2017, dont les prémisses remontent aux périodes de cohabitation (1986-1988 ; 1992-1995 ; 1997-2002), pendant lesquelles les grands partis ont collaboré et ont rapproché leurs ailes centrales. Mais la cohabitation était gênante dans la mesure où elle révélait que la fonction présidentielle n'était plus qu'un simulacre auquel les citoyens ne croyaient plus, et elle obligeait les présidents en exercice à collaborer avec des partis adversaires, ce qui brouillait déjà les repères idéologiques. Cette confusion fragmentait un peu plus les opinions, et les rendaient toutes minoritaires.

Ces deux droites et ces deux gauches dites « irréconciliables », écartelées entre ailes extrêmes et centrales, ont rendu leurs idéologies hémiplégiques et ont ouvert la voie à un grand parti central composé de personnalités de la société civile, moins politisées, plus technocratiques et se voulant plus pragmatiques. Cette évolution est à l'image du processus d'uniformisation-individualisation déterminé par l'essor classes moyennes. Malgré qu'elles soient de plus en plus diminuées par la crise économique actuelle, une grande partie, celle qui espère encore un retour de la croissance, souhaite mélanger concurrence et solidarité, mixité sociale et gentrification, rigueur des dépenses et croissance des dettes, individualisme et vivre-ensemble, révolution et contre-révolution, gauche et droite « en même temps »... Les classes moyennes sont l'expression même du capitalisme néolibéral. Elles sont à l'image du vide du système et elles veulent s'accaparer de tout sans avoir à donner l'exacte contrepartie. Dynamisées par une meute de petits fanfarons qui se proclament managers et autoentrepreneurs, elles ignorent être en réalité des simulacres des politiques keynésiennes des Trente Glorieuses : elles forment l'incarnation d'un impossible retour.

Les méthodes de marketing électoral du nouveau président de la République ont donné des résultats au-delà de toute espérance. Elles ont séduit des masses schizophrènes qui souhaitent « en même temps » les avantages de la droite et de la gauche, en limitant les inconvénient des deux et en évacuant définitivement leurs contenus idéologiques. L'unique critère d'évaluation à l'ordre du jour est la réussite individuelle mesurée à l'aune du profit, avec à côté un peu de charité sociale pour ne pas trop blesser le narcissisme des petits bourgeois qui se pensent grands. La politique macronienne s'adresse à une masse d'individus qui se voient comme tous des winners, ne cherchant pas trop réfléchir sur le sens du monde, de la société, de l'histoire, de la religion, et d'autres passions tristes. Macron représente bien la classe moyenne française, pleine de fatuité et de condescendance envers les pauvres, mais soumise corps et âmes à l'idéologie du pouvoir patronal, avec une petite pointe d'agression fascistoïde qui est propre à ceux qui parlent au nom du pouvoir sans en avoir ni les moyens ni l'autorité.

 

Crise du système représentatif et privatisation de l'activité politique

La déclassement de la classe moyenne est concomitante à la crise de la représentation dans les démocraties libérales. Le retour à des formes primitives d'expression politique, symbolisé par l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, est une des conséquences de l'appauvrissement généré par le capitalisme néolibéral.

Depuis les années 1970, le marché électoral français s'est enrichi en même temps que se sont agrandies les zones de libre-échange. Élections régionales, élections européennes, et enfin primaires de campagne présidentielle ont complété les élections municipales, cantonales, législatives et présidentielles. Pas moins de sept niveaux à paramétrer, avec des scrutins et des mandats répartis sur des échéances et des espaces différents. D'une complexité semblable à une mécanique de haut niveau, le temps nécessaire pour forger des convictions en la matière est donc réservé à certaines catégories d'individus qui n'ont pas d'activité à temps plein, qui n'ont pas d'enfants à charge, ou qui travaillent dans le secteur public ou en relation avec lui, et qui ont acquis une certaine culture politique.

Ajouter à cela le rythme régulier des réformes et la production croissante de textes juridiques qui changent constamment le fonctionnement et le rôle des acteurs sociaux, et il ne reste plus beaucoup de citoyens, y compris les élus eux-mêmes, capables de définir avec certitude le périmètre exact de la décision politique et des responsabilités y afférentes. Dorénavant, la plupart des grandes orientations politiques concernant les collectivités s'élaborent au sein d'une constellation de cercles privés, même si la concertation publique oblige à un certain rééquilibrage a posteriori.

Il va sans dire que la superposition et l'enchevêtrement des fonctions politiques ne favorisent ni la clarté ni la transparence, et mettent au second plan la décision ponctuelle des électeurs, qui en réalité ne disposent au niveau local que d'une puissance d'intervention comparable à une piqûre de moustique, au moment de voter une fois tous les cinq ou six ans. En cas d'insatisfaction envers le service public territorial ou étatique, seules l'action judiciaire et la pression directe envers les agents permettent d'obtenir quelques résultats, même s'il est souvent nécessaire d'attendre plusieurs années.

Le hiatus entre l'accélération des réformes et le ralentissement des procédures de recours altère la signification politique des événements électoraux. Le rapport entre la population et son service public est devenu purement judirico-administratif, et dans le fond il se différencie de moins en moins des échanges entre particuliers dans le domaine privé. De plus, la cybernétique a aboli toutes les frontières et a soumis l'ensemble des autorités à une mission essentiellement technique, ce qui a vidé de sens le rôle des partis et des idéologies qu'ils représentent. La différenciation ne se fait pas à partir d'un territoire, ou même de l'espace public au sens le plus générique, ni à partir de valeurs morales et culturelles précises, mais à partir de différents groupes de projet technique où se croisent aléatoirement des trajectoires individuelles. « Tout ce qui était solide se volatilise, tout ce qui était sacré se trouve profané  » remarquaient déjà en 1848 Marx et Engels dans le Manifeste du Parti communiste. Aujourd'hui c'est encore mieux puisque le capital se volatilise lui-même avec les objets qui le soutiennent, et finira bien par atteindre le point de non-retour...

En attendant, le pouvoir se révèle dans sa pure nudité, débarrassé de tous ses oripeaux idéologiques, culturels et esthétiques. Le simulacre grotesque a explosé les structures de l'oeuvre et la révèle intérieurement. Il n'a même plus besoin du système représentatif, qui le freine dans son action. Le cœur à vif, les précautions de langage et les débats cultivés ne sont plus vraiment à l'ordre du jour : la survie du régime à tout prix devient la nécessité absolue qui exclut toutes les autres. La réappropriation de l'administration néolibérale et technocratique par des collectifs politiques autonomes, qu'ils proviennent d'en bas ou d'en haut, ne pourra faire l'économie du retour à un stade primitif et archaïque du pouvoir, où s'est échouée la Cinquième République avec son bonapartisme de pacotille.

 

Un mythe patriarcal qui critique (un peu) le pouvoir des bourgeois

À l'incarnation mythique gaullienne correspondait une topographie mythologique de la Résistance, une mémoire des anciens combattants, habitant une France rurale et catholique, rassemblée autour du culte de l'Église catholique. Un certain nombre de représentations socio-historiques se reflétaient dans cette incarnation, héritière du bonapartisme et de l'État-nation dont il avait bâti les grandes fondations. Avec l'évolution de la France d'après-guerre, sa dénationalisation progressive, la désertification des campagnes et la sécularisation de la société, ces représentations se sont désagrégées et l'incarnation présidentielle est aujourd'hui un simulacre qui ne correspond plus à la réalité qui l'a fait naître.

Charles De Gaulle, réellement conscient de l'enjeu historique, était aussi le portrait d'un fanfaron qui n'a cessé de se proclamer être le porteur d'une grande mission, qui en réalité l'a toujours dépassé. La critique du pouvoir légal a été le moteur de son action politique, que ce soit sous la Troisième République, Vichy et la Quatrième République, et cette opposition permanente lui donna l'image d'une posture sacrificielle, quasi christique, qui symbolise à la fois l'impossible retour et l'éternel commencement.

L'incarnation présidentielle s'est instaurée dans l'urgence, suite à une longue critique du pouvoir parlementaire, typiquement bourgeois et libéral. Fruit d'un équilibre fragile qui ménage les espérances déçues sur la grandeur passée d'une nation jugée idéale, dans une évolution géopolitique mondiale qui diminuait son rôle, le gaullisme, expression d'une impossible réconciliation, d'une contradiction entre le corps et l'esprit, est avant tout un « sanctuaire » où les visiteurs parlent d'histoire, où les vivants parlent avec les morts, avec les sacrifiés lors des conflits mondiaux et des guerres coloniales. L'acte fondateur de la « démonarchie » fut de séculariser une espérance, celle d'une grande France éternelle, qui avait dépassé son horizon d'attente.

D'où l'instabilité chronique et le manque de vision du régime, puisque l'urgence manifestée par la population à un moment donné est constitutif de la relation entre le gouvernant et les gouvernés, entre l'homme providentiel et le peuple. Ce qui était instable sous les républiques précédentes, le parlement et les partis politiques, a été déplacé sur le plan de la souveraineté du peuple et de son État. Le conflit a été mis en dehors du débat politique organisé dans les assemblées, et s'est étendu de manière anarchique dans toute la société (Mai 1968) et a établi une opposition structurelle entre le peuple et son gouvernement qui n'a fait qu'augmenter par la suite (cohabitation, abstention, montée des extrêmes).

Mais cette instabilité qui repose sur le pouvoir d'un seul est aussi ce qui permet à l'incarnation de se remettre en cause elle-même et de durer indéfiniment, en s'adaptant à tout type de simulacre qui respecte un minimum les formes. La scène présidentielle est le lieu même d'un monologue critique, un confessionnal où le souverain se révèle à lui-même sa propre trahison, en ayant renoncé à soi, à ses engagements et à ses promesses. Une scène où l'impuissance politique face aux contingences du moment fait l'objet d'une médiation critique, populaire et acharnée, sans être troublée par les intérêts d'une ligue factieuse qui agirait dans l'ombre. La « démonarchie » expose en plein jour l'impuissance du politique et c'est la raison principale de sa popularité : elle est à la fois un tribunal et un encadrement de la critique du pouvoir. Des candidats qui s'imaginaient incarner le pouvoir suprême ont très vite déchanté une fois assis sur le trône. Parfois, à l'instar de François Hollande ou de Jacques Chirac, ils ne savaient même plus quoi en faire. Depuis la première cohabitation en 1986, la Cinquième République n'a produit que des rois faibles et inutiles, qui parasitent le débat politique, encouragent la spéculation financière et livrent des batailles pour une gloire discutable.

La cohabitation signifiait qu'une autre logique était en train de supplanter le mythe patriarcal de l'homme providentiel : celle de l'économie. Le simulacre de l'incarnation présidentielle a dérivé en mythe de la croissance afin de se perpétuer elle-même, en développant un productivisme bureaucratique afin de garder une certaine réalité. L'avantage du simulacre est d'être reproductible dans différents types de représentations, même si l'incarnation d'origine perd de sa splendeur et finit par disparaître. Jusqu'à récemment le simulacre de la monarchie présidentielle dissimulait les coulisses de son propre mécanisme : les règles d'une technocratie impavide, centralisée et néolibérale, qui brise tous les particularismes, et uniquement vouée à agrandir sa puissance économique internationale. Avec Emmanuel Macron, la présidence a achevé sa mutation en dirigeant syndical de la classe moyenne supérieure.

Crise de la représentation, crise de la croissance et crise de la classe moyenne, le mythe de l'homme providentiel s'est effrité et est devenu un simulacre derrière lequel la technocratie se cache pour asseoir une domination totale. Bien que ce n'ait pas été voulu par ses concepteurs, le « populisme constitutionnel » de la Cinquième République a dérivé dans le mépris et le rejet des « petites gens », des petits artisans, des petits employés, des jeunes, des personnes âgées, des chômeurs, des pauvres immigrés...

Libéral à l'extérieur et antilibéral à l'intérieur, le pouvoir présidentiel rejette dans l'extrémisme les oppositions les plus proches, et encore plus si elles sont modérées et responsables. Car la modération, avec sa lenteur, vise plus juste que n'importe quelle meute qui laisse des ruines derrière son passage et oblige à retourner à un stade primitif. Celui auquel astreint également la monarchie représentative de la Cinquième République, légitimée à coup de plébiscites électifs de masse et organisée avec un populisme constitutionnel. La grande élection présidentielle a anesthésié la vigueur de la démocratie locale et elle a réduit l'activité politique à du marchandage électoral.

 

 

Monopole d'un parti unique néolibéral au-dessus d'une masse d'abstentionnistes

 

Une opposition fracturée, réduite à l'obstruction juridique et à la désobéissance civile

L'abstention massive aux dernières élections législatives est causée par le croisement de quatre facteurs : l'effritement de la Communauté internationale et européenne en particulier, la présidentialisation du régime, la montée des extrêmes et la croissance du marché électoral. Trop de candidats pour peu de débouchés, puisqu'il faut choisir parmi deux possibilités seulement : la majorité ou l'opposition vis-à-vis du Président de la République. Quand un électeur reçoit à domicile une vingtaine de bulletins de vote au lieu de quelques-uns, il est bien souvent en incapacité d'identifier et de départager clairement les groupes et leurs différents programmes, puis il peut hésiter à faire un choix définitif. Comme face à des produits disposés sur l'étal d'un commerce, la clientèle électorale a tendance à choisir celle ou celui qu'elle connaît le mieux, souvent la grande marque qui est assez coûteuse et a été vue à la publicité. Le produit Macron, déjà connu sous le quinquennat Hollande, apparaissait plus fiable et le design attirant du nouvel emballage était en soi un gage de sympathie...

L'élection présidentielle est la seule qui préserve un fort taux de participation parce que le nombre de candidats reste limité à une dizaine de candidats, sans suppléants ni adjoints, et sur l'ensemble du territoire. Dans ce contexte, les possibilités restent nombreuses avec une offre qui n'a pas besoin d'être pléthorique. Le cumul des votes est simple et direct. L'offre et la demande s'équilibrent plus facilement que lors d'un scrutin divisé en centaines de circonscriptions où se présentent des milliers de candidats, rendant le cumul de votes plus complexe et les résultats bien plus improbables. S'il y a une telle croissance et une aussi grande diversification du marché électoral, c'est bien parce qu'une expression populaire commune ne trouve pas de débouchés et préfère largement s'abstenir.

Cette dispersion des suffrages pour les législatives donne l'impression que le vote a moins d'influence, quand bien même il serait plus décisif que le suffrage présidentiel. C'est le paradoxe de l'abstention aux législatives : l'augmentation de l'offre distrait les électeurs là où elle devrait les mobiliser, et malgré la réduction à deux ou trois candidats au second tour, la tendance à l'abstention ne s'inverse pas et se renforce.

La grande perdante de la dispersion provoquée par le centre est la dignité du pouvoir législatif, déjà réduit à un organe soumis à l'initiative du gouvernement présidentiel. La dose d'antiparlementarisme voulue par les concepteurs de la Cinquième République a contaminé l'ensemble des institutions et la légitimité du régime est désormais entachée par l'abstention massive et la défiance des citoyens envers les partis politiques. D'une antidote à l'instabilité parlementaire, la majorité présidentielle est devenue un poison qui anesthésie le pouvoir délibérant et renvoie les oppositions, mêmes modérées, en dehors du cercle institutionnel et vers les extrêmes. En conséquence, dès qu'une grande partie de la population manifeste contre l'action du gouvernement, il n'existe pas d'encadrement ni de procédures spécifiques pour réguler les conflits et organiser le dialogue social au sein même des institutions. À peine dix ans après l'instauration du régime, la grande grève générale de mai 1968 avait paralysé le gouvernement, aussi parce que l'opposition n'aurait jamais été en mesure d'utiliser à son compte le parlement comme instance de régulation et espace de concertation. Les conflits se sont résolus dans la rue à coup d'escarmouches et en passant des accords secrets avec des personnalités socialement influentes. La gauche institutionnelle ne disposait pas d'une légitimité aussi forte que le parti gaullien pour offrir un projet de gouvernement alternatif crédible et a été durement sanctionnée aux élections législatives de 1968. Parallèle intéressant avec les élections de 2017 qui ont fait suite aux grandes manifestations de mars à juin 2016 contre la loi « El-Khomri » dite « loi travail », où la majorité présidentielle qui s'inscrit dans la continuité de cette réforme gagne 350 sièges (LREM et Modem), soit juste quatre de moins que l'UNR et leurs alliés en 1968.

Il n'en reste pas moins qu'à tout de point de vue, la personnalisation liée à l'exercice du pouvoir exécutif met au second plan le rôle des assemblées délibérantes, et relègue en dehors des institutions les partis minoritaires, notamment le Front National. Il ne sera jamais assez dit que la réforme du parlement, proposée par De Gaulle pendant les événements de mai 1968, mais refusée ensuite par le peuple en 1969, n'interdit pas de continuer la réflexion en ce sens, et pourquoi pas en insufflant une dose de fédéralisme dans l'organisation des pouvoirs publics, ni de réformer les statuts juridiques de la présidence et du gouvernement, qui enrégimentent la classe politique toute entière et la coupe du reste de la société.

 

De la social-démocratie à la dissolution de la culture républicaine  : un clivage central au service du capitalisme mondialisé

De 1945 jusqu'à son effondrement récent, la social-démocratie était la représentation la plus fidèle de la classe moyenne, dont l'ascension dépendait du développement du capitalisme mondialisé. L'efficacité du consensus en la matière a été telle qu'elle a fini par brouiller les repères. La social-démocratie a achevé sa mission historique qui était d'établir une économie sociale de marché au profit des cadres et des professions intermédiaires. La course à l'échalote avec la droite pour libéraliser davantage la société et l'économie a conduit à sa chute dans tous les pays d'Europe occidentale. Pendant que la plupart des sociaux-démocrates se sont adaptés à cette nouvelle configuration de la carte politique, en se déplaçant vers le centre et la droite, subsistent quelques résistants, ayant raté le train de l'histoire, dont certains d'entre eux s'opposent en vain au retour inéluctable du clivage entre classes, entre l'État bourgeois et la masse des travailleurs pauvres.

La social-démocratie d'après-guerre n'avait pas comme principal objectif de construire une nouvelle Internationale des travailleurs, capable de remplacer et de succéder à l'Internationale communiste. Son rôle se limita progressivement à conclure des alliances au niveau national, avec des courants idéologiques auxquels elle s'opposait auparavant. La social-démocratie, avec une grande partie de la gauche, a perdu sa cohérence intrinsèque et s'est transformée en annexe de la droite libérale, dont elle favorisa l'emprise mondiale en l'accompagnant dans sa politique de libre-échange.

Le clivage gauche-droite actuel, entre progressistes et conservateurs, s'est imposé au niveau national à celui qui divise les riches et les pauvres à l'échelle internationale. Depuis les années 1970 le programme de la social-démocratie s'est focalisée sur le premier plan et elle appliqua essentiellement des réformes sociétales, pendant que ce temps elle renvoyait au second plan les problèmes liés aux inégalités économiques, auxquels elle répondait avec des transferts redistributifs assez limités, en creusant de plus en plus la dette publique. La social-démocratie a donc fini par abandonner sa stratégie politique d'origine de lutte des classes, en échange de la libéralisation des mœurs, plus consensuelle et moins risquée pour les intérêts de ses membres sur le plan international. Les sociaux-démocrates et leurs alliés étaient enfin parvenu à faire entrer la gauche dans « l'océan des affaires ».

Cependant, quelques esprits éclairés appartenant à cette famille politique avaient depuis longtemps bien saisi le risque d'un autre glissement sociopolitique et idéologique : que l'antilibéralisme soit abandonné au profit des seuls réactionnaires et devienne la figure attractive d'un nihilisme destructeur, pendant que le libéralisme s'affiche comme un parangon de vertu, une figure pacifique qui incarne un progrès social doux et novateur.

La cartographie politique revient donc à son point de départ, à la fin du dix-huitième siècle, quand les libéraux, représentant le progrès et un humanisme bienveillant mais restant timoré, n'hésitaient pas à s'allier ponctuellement avec la gauche radicale pour faire tomber l'Église et l'aristocratie, avant de faire ensuite appel aux forces contre-révolutionnaires pour stabiliser le régime et tuer dans l’œuf l'idée de révolution. D'une certaine façon, cette pratique perdure toujours, même si au passage les cibles ont été sensiblement modifiées. L'inconvénient est que ce clivage structurel met de côté la question économique (et aujourd'hui écologique) et n'intègre pas dans sa vision une explication des phénomènes contemporains, parce qu'il se réfère toujours à l'histoire en s'opposant davantage aux valeurs du système ancien qu'aux injustices engendrées par le système nouveau. Actuellement, Emmanuel Macron s'est mis dans la lignée de ce libéralisme révolutionnaire qui entend détruire certaines idoles mais ne remet pas en cause les fondements du système économique néolibéral. Reste à savoir jusqu'où et surtout au profit de qui se fera cette « révolution ».

C'est en raison du glissement du social vers le sociétal un tantinet révolutionnaire que dans son ensemble la gauche européenne se trouve réduite à servir les intérêts du capitalisme libéral, et gagne de moins en moins d'élections. Mais à ce moment-là, il faut être clair dans le constat et ne pas se contenter de vagues ratiocinations sur la responsabilité particulière de tel ou tel acteur politique, surtout quand il se propose de réactiver la lutte des classes. La social-démocratie ne peut redorer son blason que si elle parvient à définir un autre programme de progrès social qui soit en partie antilibéral ou anticapitaliste. Que le nationalisme et le localisme, dans le champ de son application, ne soient pas les seules conditions sine qua non des réformes pour l'égalité sociale. En n'oubliant pas que ces contradictions travaillent aussi les autres familles politiques, parce que la gauche n'est pas la seule à être responsable de tout. La social-démocratie perd les élections parce qu'aussi de l'autre côté la droite et le centre disposent de moyens conséquents pour l'abattre facilement. Se soumettre ou se démettre, voilà le piège où les sociaux-démocrates ont fourré tous les progressistes.

Cherchant à tout prix à empêcher les alternatives, la plupart des sociaux-démocrates et des libéraux ont choisi d'atteler le cheval de La République En marche ! Mais ils ne se doutent pas que cette politique du pire délitera la société aussi bien voire mieux qu'un gouvernement révolutionnaire. Le plus drôle sera le moment où tous les conservateurs néolibéraux de gauche qui n'ont pas arrêté de faire la propagande du nouveau capitalisme vont se trouver nez-à-nez avec le monstre dont ils ont favorisé la création. Devenant trop nuisibles en raison de leur pensée trop critique et caricaturale, ils seront mis sur le billot où ils ont eux-mêmes envoyé tous leurs adversaires, autres « sociaux-démocrates archaïques » et « utopistes socialo-écologistes ». Quand viendra le tour de ces délateurs professionnels, le petit chuintement de la guillotine sera celui d'un profond soulagement...

 

La déroute des opposants face à Emmanuel Macron : « l'hyper centrisme  » et la stratégie de la « cohabitation simultanée  »

La locution conjonctive « et en même temps  », souvent utilisée par Macron pour expliquer son programme, a suscité quelques railleries chez les observateurs de la vie politique, qui le plus souvent ont couvert sous un flot d'expertises minutieuses et contradictoires cet électoralisme facile, qui mange à tous les râteliers. De cette manière, avec l'appui bienveillant des médias, il a été facile au candidat du centre, favori des sondages, de neutraliser les arguments de ses adversaires et de retourner en sa faveur le traditionnel clivage gauche-droite. Que n'a t-on pas entendu de la part des commentateurs le soir de l'élection ! Sous les feux des projecteurs, déambulant au milieu du Louvre, le jeune président devient d'un coup réincarnation de Mitterrand, De Gaulle et Napoléon réunis ! Un pas de plus vers la pyramide et de son corps allait jaillir Ramsès II en personne !

Cette procession névrotique et hallucinatoire du grand management, n'entraînant dans son passage que des écrouelles espérant la guérison avec la politique du tout-marché sécuritaire, est bien sûr enrobée d'un populisme social-libéral consensuel, portant au pinacle ouverture et croissance, que depuis des décennies les anciens partis de gouvernement appliquaient rigoureusement (disait-on) comme uniques éléments programmatiques. À la plèbe ne concèdent-ils qu'un vote quinquennal, soit en faveur d'un populisme de gauche sociale ou de droite réactionnaire, soit pour un approfondissement accéléré du populisme néolibéral de l'extrême-centre, qui a l'avantage de faire les deux « en même temps  ». Une social-démocratie radicalisée par le capitalisme, en somme... et encore sauvé in extremis par un énième bricolage autour de l'homme providentiel, cette fois-ci incarné par un jeune visage au sourire ultra-bright, ressemblant à Bradley Cooper ou à n'importe quel autre acteur blondinet de série hollywoodienne. Et là où De Gaulle, Chirac et Mitterrand prenaient chacun plus de quinze ans, Macron accède au pouvoir en moins d'un an... Apparemment, le mythe archaïque gaullien s'adapte bien au turbo-capitalisme global.

Dans une deuxième phase ensuite, la multiplicité des candidatures législatives donne un effet de levier au monopole de la majorité présidentielle, et ceci d'autant plus que le mouvement En Marche ! s'impose au centre de l'échiquier. Plus le nombre d'opposants est élevé, plus les chances de contrer la majorité se réduisent. Candidature unique du pouvoir déjà en place, le monopole du président envahit l'espace électoral et disperse l'opposition vers les extrêmes, faisant augmenter mécaniquement l'abstention.

Si les votes avaient suivi ceux de la présidentielle, La République En marche ! et le Modem auraient été mis en minorité avec environ 200 députés. Finalement, ils gagnent près du double : 350 députés ! Les électeurs ayant perdu l'élection présidentielle ont donc massivement déserté les urnes pendant les législatives.

La domination du centre est aussi liée à la croissance du marché électoral, étant donné que les partis centraux sont les plus disposés à faire le « couteau suisse  », une « cohabitation simultanée  » qui rassemble le maximum de propositions avancées par tous les autres. Cette stratégie permet d'attaquer ses adversaires en utilisant leurs propres arguments et de leur en imputer la part négative, ce qui les oblige à renforcer leur côté extrême pour tenter de reprendre le-dessus. C'est un modèle classique d'équilibre entre offre et demande dans un marché concurrentiel, y compris électoral : la victoire est acquise à celui qui conquiert le plus de marges sur les autres. De ce point de vue, une stratégie à partir du centre a autant intérêt à accroître les antagonismes entre extrêmes qu'à favoriser les courants modérés afin de se rapprocher d'eux et les dominer. Ainsi, tous les partis se neutralisent mutuellement et gravitent tous autour du centre. La social-démocratie française, dans ses tentatives répétées pour s'allier idéologiquement avec le centre droit néolibéral, a joué un rôle majeur dans cette évolution sociopolitique.

Le macronisme est une évolution du système de cohabitation qui a avait commencé à la fin du premier septennat du président Mitterrand. Intermittent à ses débuts, en raison d'un décalage entre les législatives et les présidentielles, grâce à l'inversion du calendrier électoral et de la réforme quinquennal de la présidence, le système partisan bipolaire a évolué en « cohabitation simultanée  », où une coalition s'articule autour d'un grand centre social-libéral, nouvelle incarnation qui révèle le sens profond des simulacres du clivage entre la gauche et la droite de gouvernement.

 

Voici un petit article intéressant sur les méthodes du nouveau président :

http://www.liberation.fr/debats/2017/05/17/de-l-art-de-la-disruption_1570179

 

 

Emmanuel Macron le « disrupteur  » : règne jupitérien et accélération virtuelle tous azimuts

 

Un projet de société « multitasking  » qui fasse tout « en même temps  »

Enfin ! Les classes moyennes supérieures sont débarrassées de tous ces poujadistes marinistes et ces gauchistes qui pensent être encore à l'époque de Germinal. Les gens raisonnables et éduqués peuvent se rassembler et gouverner ensemble pour construire une France à leur image : un marché à la sauce globish où les employés sont des pions virtuels jetables et corvéables à merci.

La conjonction du « et en même temps  », en plus d'être l'expression d'une polarisation au centre, d'une cohabitation simultanée de la gauche et de la droite, correspond aussi à une conception du pouvoir : ce qui est ordonné doit être appliqué dans l'instant, la parole ne se distinguant pas de la réalité qu'elle souhaite mettre en œuvre. L'action politique doit être accélérée pour que la société accélère. C'est l'avènement d'un nouveau pouvoir réticulaire qui envoie ses instructions par hashtags et les affiche sur les murs de Facebook. La « présidence jupitérienne  », qui invoque les divinités païennes, sera t-elle le surgissement d'une incarnation à l'image d'une nouvelle société française en accord avec le capitalisme mondialisé, une figure de la disruption qui fracasse pour de bon les anciennes pratiques socio-économiques, ou bien sera t-elle au contraire un énième simulacre gaullien, un vieux schéma passéiste et réactionnaire, qui plonge les français encore plus profondément dans le royaume des ombres ?

Après l'offensive électorale avec la tactique du « couteau suisse  », ayant assemblé toutes les propositions et rejeté celles qui sont incompatibles avec le système global, la politique de la cohabitation simultanée met en oeuvre une économie fondée une nouvelle organisation, le multitasking, où les agents sociaux font plusieurs tâches « en même temps  ». Mieux que la polyvalence et le turnover, puisque le multitâche combine les deux et accélère tous les circuits de la machine. La société est conçue comme un gigantesque système d'exploitation informatique, où chaque intervenant peut activer « en même temps  » les applications qu'il souhaite : streaming d'un match de foot qu'on ne peut pas voir au stade, logiciel de prévision financière sur des produits dont on ne voit jamais la couleur, livraison UberEATS parce qu'on a pas le temps de cuisiner, messagerie Skype et Facebook pour les amis qu'on voit très rarement. La société du multitasking est l'incarnation même de la vie qui se donne en spectacle à elle-même, séparée de toute réalité concrète, où les machines vivent à la place des humains. Celui qui est désynchronisé ou n'est pas mis-à-jour est voué à une double exclusion : celle du réseau internet et celle de vie sociale. Évidemment, cette façade virtuelle aseptisée repose sur les fondations d'une monstrueuse exploitation technique énergivore et prédatrice en ressources humaines et naturelles.

Avec le développement des classes moyennes salariées, la domination du social-libéralisme, la disparition des idéologies, les simulacres grotesques des vieilles incarnations, l'hyper consommation de masse, l'hyper mobilité des travailleurs, le multitasking qui synchronise toutes les activités et les volatilise, le cybermonde est l'incarnation d'un impossible retour de la Terre sur elle-même, une fuite en avant dans l'espérance d'un progrès social irréalisable à travers l'individualisation technique.

Bien que cela soit mis en arrière-plan, le grand dégagisme macronien ne répond pas seulement à une volonté de renouvellement et à une consécration du culte de la technique, il est aussi une sanction très forte du bilan de la politique qui a été menée depuis au moins une vingtaine d'années. Sachant que le parti de La République En marche ! pullule d'anciens collaborateurs et de conseillers qui gravitaient auparavant autour du Parti Socialiste, rien ne dit que la réponse soit à la mesure du mécontentement et de la désaffiliation qu'il a engendrée chez les électeurs, partis dans l'abstention ou les extrêmes.

 

Un centre radicalisé face à la montée des extrêmes : ultime sursaut de la Cinquième République ?

Le parti central de Macron restera fort tant que la classe moyenne supérieure qui le soutient reste solidaire et unie. La victoire de La République En Marche ! a été célébrée comme la victoire du progrès suite à l'élection de Donald Trump et du Brexit, face aux mouvements réactionnaires qui affectent le monde anglo-saxon et l'Occident dans son ensemble. La France a restauré la confiance des « marchés  », ces nouvelles créatures célestes adorées par des experts bigots, et elle aurait empêché une crise politique majeure dans les accords de libre-échange. En-dessous du transformisme schumpétérien (la destruction créatrice) glorifié par Macron se trouve aussi un projet de restauration des institutions. Le centre, bien qu'il efface le clivage entre gauche et droite, est quand même travaillé par un autre mouvement dialectique qui oppose restauration et transformation, autrement dit de manière plus vulgaire, une opposition entre conservation et progressisme à l'intérieur même de sa dynamique. Cette dialectique radicalise les forces du centre dans la mesure où la transformation sociale n'est possible qu'à la condition de restaurer la puissance de ce qui aura été transformé. Ce processus ouvre très rapidement la voie à la course aux extrêmes et de multiples expériences historiques en ont été faites, et la première d'entre elles fut en 1789.

La Révolution française avait été engagée aussi bien dans un souci de réformer que de restaurer l'Ancien régime : au niveau des finances, de la politique territoriale, etc. Tout cela pour garantir la force du royaume et sa bienveillance à l'égard de ses sujets. Il y avait très peu de républicains en 1789. Mais lorsque le mécanisme interne de l'État a été mis à nu, quand les citoyens se sont rendus compte que la royauté n'était qu'un trompe-l'oeil qui cachait le vide du pouvoir, la force d'un simulacre multiséculaire se dissipa en quelques mois. Quand les représentations sociales sur lesquels repose une incarnation ne sont plus actuels, le simulacre tend à devenir grossier et devient lui-même une incarnation de l'impuissance et de la dégénérescence.

Après avoir sauvé in extremis ce qui restait de souverain, dans un suicide collectif (la Terreur, la guerre civile, la déchristianisation...) qui interroge encore les contemporains en se demandant si cela en valait bien la peine, il a fallu ensuite tout reprendre et assainir, remettre sur pied ce que la monarchie absolue avait fini par détruire : l'existence même d'une ancienne tradition qui s'appelle France, créée par les rois barbares du même nom au milieu des décombres de l'Empire romain d'Occident. Et Napoléon, usurpateur génial et nouveau césar, redonna ses lettres de noblesse à la vieille patrie en envahissant l'Europe coalisée contre elle. Histoire sanglante qui fit de la France ce qu'elle est en bonne partie aujourd'hui, avec ses départements, ses préfectures, son Conseil d'État et même son baccalauréat !

Tout cela pour dire que le centre peut être l'amorce de tout ce qu'il y a de plus radical. Quand une force centrale se propose de gérer une continuité, comme la coalition de la CDU avec le SPD en Allemagne après les réformes à la hache du chancelier Schröder, ce n'est pas la même chose qu'un mouvement central qui absorbe les autres grandes forces politiques et propose une « révolution  » après quarante années d'immobilisme. Plus globalement, ce qui s'est passé récemment en France est du jamais-vu depuis au moins 1958 (si ce n'est au-delà), et de plus assez inédit dans l'histoire de l'Europe occidentale d'après-guerre. Ce bouleversement de la scène politique est si consternant qu'un grand nombre de citoyens, incapables de définir en quoi cela consiste, sont juste curieux et impatients d'en voir les résultats. Cette focalisation sur l'action présidentielle augmente et accélère les attentes qui risquent de n'être plus contrôlables, puisqu'elles vont toutes converger vers le centre et ne seront plus « filtrées « par d'autres corps intermédiaires que la majorité plus qu'absolue du nouveau monarque républicain. Après la Beatlemania, c'est au tour de la Macromania de conquérir le monde ! « Baby you can drive my car. And maybe I'll love you  »...

Les classes moyennes supérieures ont porté leur favori à la présidence et ont dégagé les anciens partis politiques, mais en vue de continuer le régime et sans réorganiser fondamentalement les pouvoirs publics. Emmanuel Macron sera donc acculé à faire l'équilibriste et à froisser les intérêts d'une bonne partie de ses électeurs. Le « président jupitérien  » sera t-il une incarnation de la disruption qui bouscule les traditions, défait les vieux simulacres, intraitable envers tous ses sujets sans faire de distinction, et qui finira par dire ce que Robespierre répondait déjà face à des députés alarmés, en 1792 : « Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolution ? Quel est cet esprit de persécution qui est venu reviser, pour ainsi dire, celle qui a brisé nos fers ?  »

 

Le « président jupitérien  » : simulacre archaïque ou révolutionnaire ?

La fonction présidentielle de la Cinquième République a cette faculté de n'être jamais tout à fait elle-même, tout en reconduisant à chacune de ses apparitions la forme la plus archaïque du pouvoir. Le caractère consensuel des assemblées ecclésiales de l'Ancien régime, sous l’œil d'un dieu tout-puissant et créateur, imprègne encore les esprits et étouffe les débats politiques. Le vieux schéma consensuel poussiéreux, issu de la culture catholique française et continué avec le gaullisme, est aussi l'héritage d'une tradition antiparlementaire qui détruit le système partisan et s'oppose fondamentalement à l'activité politique elle-même. Ayant changé d'apparence avec le temps, le « populisme constitutionnel » de la Cinquième République perdure grâce à une conversion dans le culte de la croissance et de la technique, plus séculaire et moins autoritaire.

Le culte du chef s'est si profondément ancré dans l'esprit humain qu'à force il lui a donné une seconde nature, un surmoi qu'il n'est possible de contourner qu'en se rendant soi-même souverain, en pulvérisant les idoles et en mélangeant leur matière dans la création d'un nouvelle œuvre culturelle, qui malgré elle appellera ensuite au retour incessant d'une forme archaïque, mythologique et primitive, qu'il faudra de nouveau transformer et réinventer. Dans l'ensemble, la société française appelle à « briser les tabous », à dégager les vieux appareils, à déconstruire « l'angélisme » des valeurs solidaires, mais « en même temps » elle souhaite restaurer une France sûre d'elle-même et unie, autrefois plus influente en Europe et dans le monde. Ceux qui on le mot de « réformes » collé à la bouche et qui appellent « en même temps » à la restauration des vieilles valeurs républicaines sont généralement des personnes qui n'assument aucune responsabilité. La transformation du modèle social et le changement de régime politique sont deux choses indistinctes en France, en raison de la longue évolution historique de son État qui a précédé la nation. Tous les historiens ayant étudié la question le savent.

Pour négocier pacifiquement cet éternel recommencement, la création doit sans cesse se renouveler, dépasser son propre cadre et fabriquer de l'harmonie avec le chaos de la matière : inventer la démocratie réelle en renouant les liens entre la Terre et le Ciel, l'homme urbain moderne et l'univers au-delà et éternel. C'est le grand défi du projet de Sixième République que de créer une mythologie d'un autre monde imaginaire avec d'autres représentations, où se refléterait une autre incarnation de l'éternel commencement qui contrebalance l'impossible retour du monde actuel. Un mythe plus social et écologique aussi, à partir des fragments archaïques hérités des républiques précédentes (mais pas seulement), que le pouvoir actuel cherche à broyer en morceaux de plus en plus petits, et que l'incarnation monarchique post-chrétienne recolle artificiellement en cachant les fêlures, ces traces de la politique culturelle qui ont résisté au tout-marché et à l'industrie de masse.

La laïcité post-chrétienne a été tant phagocytée et instrumentalisée à des fins politiciennes que sa force symbolique s'est démonétisée dans le processus d'américanisation de la société, et a été réduite en miettes par la toute-puissance du marché néolibéral. Ceux qui croient que la régénération de la pensée républicaine (de Manuel Valls à Elisabeth Badinter en passant par Nadine Morano, Marine Le Pen et Alain Finkielkraut) se ferait grâce à un retour aux sources d'une religion positiviste nationale qui aurait le monopole de la pensée progressiste, ne font qu'apporter de l'eau au moulin des croyances superstitieuses qu'ils dénoncent. En vérité, la refonte du modèle républicain nécessite un long travail de médiation, de comparaison, de réévaluation et d'interprétation des pratiques et des valeurs du monde contemporain, indépendamment des logiques de domination qui biaisent et entravent la production d'une culture pour le coup vraiment originale et symboliquement puissante. La laïcité ne peut pas se réduire à quelques principes dont l'État aurait la seule initiative, la société doit aussi produire un vivre-ensemble de manière spontanée, et ne pas se cantonner à copier bêtement un appareil conceptuel et symbolique construit au dix-neuvième siècle et devenu en grande partie obsolète.

Face à la dérive du vieux monde, de cette France aristo-bourgeoise post-chrétienne muséifiée, le président Emmanuel Macron entend intégrer celle-ci dans la sphère ultra-globalisée et pluriculturelle, mais paradoxalement en faisant une restauration du monarchisme républicain inventé après-guerre, selon un modèle bonapartiste fossilisé. Aidé par une grande coalition centrale modérée, remplie principalement de communicants et de gestionnaires issus de la social-démocratie technocratique, Emmanuel Macron souhaite l'accélération du fonctionnement du régime politique, qu'il souhaite mener en tant que « président jupitérien ».

Cependant il est bien possible que son action se fasse à contre-temps et débouche sur un résultat complètement inverse : une destruction anarchique des anciens cadres sociaux, en raison de structures institutionnelles trop limitées et non réorganisées par ses prédécesseurs. La vision révolutionnaire du président Macron se révélerait alors dans toute son acuité, et devancerait même les critiques les plus radicales de ses adversaires.

 


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14 réactions à cet article    


  • Leonard Leonard 4 juillet 12:36

    En synthèse ca donne quoi ?


    • Boogie_Five Boogie_Five 4 juillet 21:03

      @Leonard


      La Cinquième République est un populisme constitutionnel. 

      Voilà la plus petite synthèse des synthèses ! 


      Oui, j’ai fait un peu long, j’ai fait une sorte de dossier spécial pour les vacances ! 

    • babelouest babelouest 5 juillet 07:41

      @Boogie_Five
      au contraire, je pencherais pour une oligarchie religieuse (de l’Argent), devenue INconstitutionnelle parce qu’elle se moque des lois.

      Antipopuliste par définition ( le peuple est rien)....


    • pipiou 4 juillet 14:27

      Pré-requis numero 1 : comprendre ce qu’est le populisme avant d’écrire un tel article.

      Parce que là c’est quand même un peu gâcher l’encre électronique (la France).


      • Doume65 4 juillet 16:20

        @pipiou
        « comprendre ce qu’est le populisme avant d’écrire un tel article »

        Le populisme, tout le monde sait sait ce que c’est : C’est un qualificatif repoussoir, souvent associé à fascisme, pour faire taire toute contestation.


      • mmbbb 4 juillet 20:55

        « ce régime se situe à mi-chemin entre les dictatures latines autrefois gouvernées par des caudillos » Bon la j ai arrêté, Vous êtes dans les biens culturels, alors ouvrez un livre de Montesquieu, sur l esprit des lois Un dictateur a le pouvoir législatif et exécutif , La constitution de 5 eme république me semble t il, a ete ecrite en respectant cette séparation des pouvoirs. Y a t il eu un seul prisonnier politique sous la 5 eme ? La Grece l Espagne et le Portugal desormais dans l Europe etaient des dictatures Nous nous avons eu l episode de Petain qui n ’etait pas une democratie C’est l évidence . J habite Caluire, vous tombez bien , du 6 au 7 octobre deux journees de réflexions et de débats autour du theme de la Libérté Venez exposer votre these de la dictature de la cinquieme republique à des personnes ayant connu cette periode. Vous les ferez doucement rigoler et ils vous inviteront a visiter le fort de Montluc ( prisonnier politique : Franc MAC Juif et Communiste etaient embastillé ) , cela vous evitera de raconter des calembredaines . A Lyon vous pourrez visiter le musee de la resistance la ou KLAUS BARBIE exerçait ses basses oeuvres. Il faut eviter de raconter n importe quoi . Que la 5 eme ne vous convient pas c’est votre choix, etre dans le monde culturel et dire n importe quoi est navrant..


        • Boogie_Five Boogie_Five 4 juillet 21:16

          @mmbbb

          Je ne disais pas que c’est la même chose. J’ai dit que c’est un mélange de dictature et de libéralisme. C’est pas pareil. 

          Quand à la violence, la Cinquième République est née pendant la Guerre d’Algérie, où on torturait et on bombardait au napalm. Y’aurait-il des bonnes et des mauvais victimes ? 

          Enfin, je dis « populisme constitutionnel », c’est-à-dire une organisation basée sur l’état de droit, où le peuple décide lui-même des règles, à travers un monarque républicain. C’est un mélange original qui mérite plus d’interrogations, sur sa nature profonde, la culture auquel il fait référence, l’usage qui pourrait en être fait, etc. 

          Mais si la Cinquième République vous convient tout à fait, je suis heureux pour vous. Mais sans faire d’ironie mal placée, vous êtes bien un des seuls à l’heure actuelle. 

        • mmbbb 4 juillet 22:02

          @Boogie_Five La quatrieme republique n’a pas su gerer la décolonisation. La guerre d ’algerie commença en 54. L algerie francaise est un slogan de Guy Mollet et Mittérrand etait ministre de l interieur . Il ne s opposa a l "epoque aux exactions et represailles des soldats francais Quant l usilisation du Nalpam, les francais l utilisaient deja en 1951 en IndochineLa violence commença bien avant la 5 eme . Au lycée les profs de gauche resumaient cette guerre a l OAS je connais la chanson ( Vous pouvez lire les comptes rendus des historiens de la responsabité de Mittérrand durant cette période ) . De Gaulle fut rappelé puisque nous etions au bord de la guerre civile Il est vrai qu il n aimait guere les algeriens mais il savait que le sens de l histoire avait tourne . Il instaura la 5 eme tant critiqué par Mitterrand. Celui ci en 1981 se glissa dans les habits d un president de la 5 eme . Il s en accommoda fort bien. La cinquieme tout le monde la critique mais le probleme est desormais ailleurs depuis le traite de Maasctricht Il y a eu un transfert de souveraineté, si vous voulez passez a la 6 eme comme les Verts c’est un projet en trompe oeil et cela ne changera rien a l affaire Exemple La loi El Komri qui est une émanation d un GOPE donc d’une feuille de route de Bruxelle la 5eme qui devient 6 eme qui devient 7 eme ou 8 eme cela change rien de rien Si vous vouliez être honnete vous devriez proposer que la France devienne un lander allemand a l instar de Con Bendit, voulant une dissolution de l etat nation. Le droit francais est une retranscription du droit europeen ou presque La presse s enflamme avec Macron, elle faut qu elle vende du papier et cela fait travailler tous ces journalistes qui bavassent . Macron hormis d appliquer une politique liberale n a pas le pouvoir de s opposer a Bruxelles . Le reste est du bla bla . Les Anglais eux ont décidé de leur destin au moins c’est clair.


        • Boogie_Five Boogie_Five 4 juillet 22:22

          @mmbbb

          Je ne suis pas en désaccord avec ce que vous dites sur la Quatrième République et Mitterrand, même si ils n’avaient pas créer la situation dans laquelle ils se dépêtraient. 

          Sur le problème de la souveraineté, effectivement le changement de régime ne change rien en soi, et c’est pour cela que je n’ai pas abordé vraiment le sujet, en dehors de l’exemple de la révolution en 1789. 

          Pour la Sixième République, honnêtement je n’ai aucune idée de comment elle serait. Je ne suis pas le peuple à moi tout seul ! Elle peut tout à fait devenir une dépendance de l’Union ou être complètement souveraine, ce sont les français qui en décideront. 

          Non, moi c’est qui m’intéresse avant tout, c’est comment les français s’organisent entre eux et comment ils se voient eux-mêmes. Je veux la Sixième République pour des raisons psychologiques et artistiques. Je trouve cette Cinquième République vieille, décatie et anxiogène pour le moral des français. 

          C’est pour cela que j’ai pris un angle esthétique et culturel au début de mon article : j’ai envie d’une représentation qui ressemble plus à la France réelle d’aujourd’hui. 


          La Cinquième République est morte ! Vive la Sixième ! 

        • babelouest babelouest 5 juillet 07:46

          @Boogie_Five
          Vous avez une définition erronée du libéralisme, il me semble. La dictature de quelques Monarques d’argent est antilibérale, puisqu’elle plie tout à ses désirs selon les circonstances, quitte à créer des blocus, des embargos, des barrières douanières rédhibitoires quand, et seulement quand, cela l’arrange. Ce n’est décidément pas le libéralisme (que personnellement je n’aime pas, d’ailleurs).


        • babelouest babelouest 5 juillet 08:29

          @Boogie_Five
          l’important dans la république, la Chose Publique, c’est la façon dont le Peuple souverain (car c’est lui le souverain) peut prendre en main sa propre destinée. Ce n’est pas la constitution actuelle qui le permet : dès le départ ce n’était pas vraiment son but, et des perversions successives l’ont rendue absolument indigne.

          Fait-il changer de numéro ? La question n’est pas là : il faut seulement changer la donne en mettant en place une autre constitution même à partir de celle-ci, en modifiant des parties-clefs. C’est ce que j’ai tenté de faire, après sept ans de réflexions, en proposant ceci :

          https://ti1ca.com/igm7hvab-prop-modif-constit-revi-27-06-2017-prop-modif-constit-revi-27-06-2017.pdf.html

          L’esthétique n’a rien à y voir, les propriétaires des pouvoirs si. Rien qu’en modifiant telle et telle choses, le résultat peut être bien différent de ce qu’on peut constater aujourd’hui.

          Quant à devenir dépendants de l’outre-Atlantique (ou plus exactement des fric-oligarques qui y vivent), personnellement jamais je n’y consentirai. Haro sur les envahisseurs, comme en 1945 !


        • mmbbb 4 juillet 21:09

          Precision Caluire est la ville ou fut arreté Jean MOULIN ,


          • babelouest babelouest 5 juillet 06:25

            Démonarchie ? Tout-à-fait, mais à condition de l’écrire « démon-archie », c’est-à-dire le Pouvoir donné aux forces négatives, par une perversion progressive de la Constitution.

            Nous ne pouvons échapper à une remise à plat presque intégrale de notre système de gouvernement, telle qu’après sept ans de réflexions je propose ici :

            https://ti1ca.com/igm7hvab-prop-modif-constit-revi-27-06-2017-prop-modif-constit-revi-27-06-2017.pdf.html

            Naturellement, il est tout simplement INDISPENSABLE de claquer la porte de l’union européenne (pas à la manière erronée de l’UPR, bien sûr), de l’OTAN, de l’OCDE, de l’OMC, du FMI, et d’autres, afin de rendre tout simplement le Pouvoir au Peuple, et de retrouver la République sociale tel qu’il est dit dans l’article 1 de la Constitution actuelle.

            Cela implique naturellement de bouter vers leurs chères études TOUS les politiciens actuels. Ainsi que « leurs conseillers » peut-être encore plus avides et atlantistes.


            • zygzornifle zygzornifle 5 juillet 10:06

              le cinquième et ce sont toujours les mêmes qui sont chef d’orchestre .....

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