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Accueil du site > Actualités > Politique > La France reconnaît l’assassinat de Maurice Audin

La France reconnaît l’assassinat de Maurice Audin

Elle a 87 ans et vit en Seine-Saint-Denis, dans un appartement de Bagnolet où elle coule de jours heureux, entourée de ses enfants et petits-enfants qui lui apportent la joie et le réconfort. Partout trônent des photos en noir et blanc d'un beau jeune homme brun, souriant, auquel elle repense encore avec nostalgie et dont elle n'a pu faire le deuil. La vie de Josette Audin n'a pas été une sinécure : sous son air de mamie ordinaire, elle est l'épouse d'un héros anticolonialiste assassiné par l'État français. Soixante-et-un an plus tard, le président Macron vient de lui rendre justice. Brillant mathématicien et jeune militant communiste, Maurice Audin avait été arrêté le 11 juin 1957 à Alger, il n'a plus donné signe de vie depuis. L'affaire Audin avait déchaîné les passions dans les années cinquante et soixante. Mais qu'est-ce, au juste, que cette affaire ? Et qui était ce jeune martyr de la cause algérienne ?

Maurice Audin est né le 14 février 1932 dans une famille modeste de Français d'Algérie. Son père, d'ascendance lyonnaise, était un militaire qui a notamment servi durant la Seconde Guerre mondiale. Sa mère, Alphonsine, était une fille de paysans de l'arrière-pays algérois. Le jeune Maurice grandit donc dans un milieu ouvrier marqué par le patriotisme. Il devient enfant de troupe de 1943 à 1945, à l'école militaire préparatoire de Hammam Righa. Un an après la fin de la guerre, il est admis (parmi les premiers) à l'école militaire d'Autun. C'est en effet un adolescent curieux et talentueux, surtout en sciences et en mathématiques : une matière qui le passionne. Mais, face à l'ambiance rigide du lycée militaire et à son éveil intellectuel, son patriotisme cocardier se dissipe à mesure que croît son opposition au militarisme. En 1948, il fait un choix qui bouleversera le cours de sa vie : renonçant à une brillante carrière d'officier du génie, il revient à Alger pour y étudier les mathématiques.

Le jeune Maurice Audin s'avère un brillant mathématicien. Avec un DES en poche dès 1953, il est recruté pour devenir l'assistant du professeur René de Possel, poste dans lequel il est titularisé en 1954. Il travaille parallèlement à une thèse d'état sur "les équations linéaires dans un espace vectoriel". Bref, la chance semble lui sourire et sa carrière s'annonce radieuse, tout comme sa vie privée. Car, entretemps, le beau jeune homme a rencontré une étudiante joviale et, tout comme lui, passionnée par les mathématiques. Ils se marient en 1953 : trois enfants naissent de cette union : la célèbre mathématicienne Michèle Audin en 1954, Louis en 1955 et Pierre en 1957.

Le jeune couple se partage donc entre vie familiale, vie professionnelle et militantisme. Tous deux sont en effet membres du Parti Communiste Algérien. Rares Français d'Algérie à soutenir l'autodétermination, ils militent de manière semi-clandestine, distribuant des tracts et organisant des réunions dans leur appartement algérois. Bien que communistes convaincus, ils sont ouverts d'esprit, notamment sur les questions religieuses et fréquentent l'Association des Étudiants Musulmans d'Algérie, s'intéressant tant à la religion musulmane qu'à la culture algérienne.

Le déclenchement de la guerre en novembre 1954 et l'interdiction du Parti Communiste Algérien le 10 septembre 1955 bouleverse la vie du couple Audin qui est confronté à un choix cornélien : mettre ses convictions de côté pour une vie de famille et professionnelle confortables ou braver la loi au risque d'y laisser la vie. Sans hésiter, Maurice Audin choisit la voie de la justice et de la liberté, considérant que le peuple algérien a assez souffert en un siècle d'asservissement et qu'il a, à présent, le droit de se libérer de ses chaînes coloniales. Le militantisme continue, mais sous une forme clandestine. Les réunions et distributions de tracts se font plus discrètement.

Maurice Audin tisse bientôt des liens avec le FLN (Front de Libération Nationale) dont il ne partage sans doute pas les méthodes radicales mais qu'il considère comme un mouvement révolutionnaire capable de libérer le peuple algérien du joug colonial. En 1956, il organise l'exfiltration de Larbi Bouhali (Premier Secrétaire du Parti Communiste Algérien) qui s'exile en Allemagne de l'Est.

La situation se dégrade nettement en janvier 1957 après le lancement de la "bataille d'Alger" : la 10ème division parachutiste du général Massu est envoyée dans la zone d'Alger avec les pleins pouvoirs. C'est en fait une loi martiale qui cache son nom. Les militaires s'y livrent à des tortures et des exécutions de masse : plus de 3000 Algérien(ne)s auraient ainsi péri par la main de l'armée française en six mois. Malgré le danger pour sa famille, le jeune mathématicien ne peut se résoudre à voir des hommes, des femmes et des enfants innocents être massacrés impunément, comme il ne peut laisser ses camarades communistes être livrés à une mort certaine. La résistance, dès lors, s'intensifie. La famille Audin héberge dans son petit appartement plusieurs cadres communistes.

Au lendemain de l'attentat du Casino (3 juin 1957) qui a fait huit morts, plusieurs personnes sont arrêtées et soumises à un interrogatoire musclé. Parmi eux, Georges Hadjadj, un médecin communiste et ami de Maurice Audin. Sous la torture, il avoue qu'il existe bel et bien un réseau communiste à Alger et que l'une de ses figures et le jeune mathématicien qui héberge chez lui plusieurs communistes. Le 11 juin, les militaires viennent arrêter Audin à son domicile. Sa femme et ses enfants ne le reverront plus jamais.

Où est passé le mathématicien ? Cette question demeure un mystère six décennies après sa disparition. Le 22 juin 1957, Josette Audin reçoit une lettre de l'administration l'informant que son époux se porte bien et qu'il lui sera bientôt possible de le voir. Mais les espoirs sont vite déçus : le 1er juillet, elle reçoit une nouvelle lettre dans laquelle elle apprend que son mari s'est évadé de prison… Les jours passent et Maurice ne donne aucune nouvelle. Pour Josette, il est impossible qu'il la délaisse, elle et leurs trois enfants. "Il aurait tout fait pour entrer en contact avec moi", dit-elle encore aujourd'hui. Il est clair pour elle que son homme a été tué. Dès le 4 juillet, elle dépose donc plainte contre X pour homicide. C'est le début de "l'affaire Audin" dont s'emparent les anticolonialistes pour lesquels le jeune homme de vingt-cinq ans devient un martyr et un symbole. Le Monde et L'Humanité, entre autres, font régulièrement part des avancées de l'affaire et créent une atmosphère de pression médiatique pour que le sort du jeune homme soit connu du public.

Les lettres de particuliers et d'intellectuels affluent dans les ministères. A l'automne 1957, plusieurs intellectuels (pas seulement de gauche) créent un "comité Audin". Parmi les figures de ce comité, on peut citer Pierre Vidal-Naquet et Paul Veyne, ainsi que le chrétien de droite Henri-Irénée Marrou. D'autres personnalités comme Mona Ozouf et Jean-Pierre Vernant s'y joindront dès 1958.

Mai 1958 marque une étape décisive dans l'affaire. Le 12 mai (soit, la veille de l'Insurrection d'Alger qui permet le retour du général de Gaulle) paraît le livre-enquête de Pierre Vidal-Naquet L'Affaire Audin. Le jeune historien y affirme que toute évasion était impossible et que Maurice Audin est mort au cours d'une séance de torture. C'est alors le lieutenant Charbonnier (aux ordres du général Massu) qui est pointé du doigt et publiquement décrit comme le bourreau du jeune mathématicien. Cette version s'avérera finalement fausse. Charbonnier a bel et bien interrogé Audin mais il n'était pas présent lorsque ce dernier a été tué, comme le révèle le général Aussaresses en 2001.

Entretemps, le comité combat pour la vérité jusqu'à la fin de la guerre, sans obtenir ce qu'il voulait. Le corps de Maurice Audin n'ayant pas été retrouvé, son décès est confirmé en 1963 à la date du 21 juin 1957, mais Mme. Audin et le comité de soutien n'obtiennent aucune réponse à leurs questions : comment le jeune homme est-il mort ? En outre, le décret du 22 mars 1962 amnistie les auteurs de "faits commis dans le cadre du maintien de l'ordre dirigés contre l'insurrection algérienne". Tout espoir de voir les tortionnaires punis semble donc vain.

Le combat continue cependant sur un plan symbolique. Faute de pouvoir punir les coupables, la veuve de Maurice Audin veut au moins rendre justice aux mânes de son mari qu'elle n'a pas même pu enterrer. Fidèle et dévouée jusqu'au bout, elle ne se remariera jamais : élevant ses trois enfants et continuant le combat pour la mémoire de l'homme qu'elle aime. Mais, les années passant, l'affaire Audin ne passionne plus le public. Il faudra patienter jusqu'en 2001 pour voir un rebondissement. Entretemps, Josette Audin emménage en Seine-Saint-Denis où elle est aimée et respectée par les habitants qui voient en elle une héroïne.

Le 3 mai 2001, paraissent aux éditions Perrin les mémoires du général Paul Aussaresse : Services spéciaux : Algérie 1955-1957. Le général reconnaît avoir ordonné des tortures et des exécutions. Il met en cause le gouvernement socialiste de Guy Mollet, au pouvoir entre 1956 et 1957. "Ils ont insisté pour qu'on liquide le FLN aussi vite que possible", déclare-t-il. Il reconnaît avoir demandé au lieutenant Charbonnier d'interroger Maurice Audin mais l'absout pour ce qui est de la mort, sans pour autant donner les détails de cette tragédie. Josette Audin dépose alors plainte pour crime contre l'humanité mais l'affaire aboutit à un non-lieu l'année suivante. Au cours des années suivantes, la famille Audin écrit des lettres aux présidents successifs pour demander la reconnaissance du meurtre de Maurice Audin et la déclassification des archives, mais ces lettres restent sans réponse. En 2007, Michèle Audin, fille de Maurice, et mathématicienne comme ses parents, refuse la Légion d'Honneur au motif que le président Sarkozy n'a même pas daigné répondre à sa mère.

Sept ans plus tard, en janvier 2014, France 3 publie un entretien accordé par le général Aussaresses à Jean-Charles Deniau peu de temps avant sa mort survenue en décembre 2013. Il y reconnaît sa responsabilité dans la mort de Maurice Audin. "On l'a tué au couteau pour faire croire que c'étaient les Arabes qui l'avaient tué", dit-il. Mais il s'avère incapable de se souvenir de ce qu'il a fait de la dépouille du jeune martyr. En juin 2014, le président Hollande reconnaît donc, au nom de l'État français, la mort en détention de Maurice Audin, sans pour autant déclassifier les archives.

C'est finalement grâce à deux députés, le macroniste Cédric Vilani et le communiste Sébastien Jumel, que l'État va franchir un pas de plus vers la nécessaire repentance. Le 14 février 2018 (date à laquelle Maurice Audin aurait eu 86 ans) les deux députés appellent à une reconnaissance officielle de l'assassinat du mathématicien par l'armée française. Le président Macron vient d'accéder à cette demande. C'est ainsi que, ce jeudi 13 septembre 2018, soixante-et-un ans après l'assassinat de Maurice Audin par l'armée française, il demande pardon au nom de la France à la famille du défunt. Pour l'occasion, il se rend chez Josette Audin, à Bagnolet, pour lui remettre en main propre une lettre officielle dans laquelle la France reconnaît que Maurice Audin a été torturé et tué par des militaires français ; l'Etat assume enfin ses responsabilités. Le long combat de cette femme dévouée a fini par porter ses fruits.


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80 réactions à cet article    


  • bob14 bob14 14 septembre 10:21

    Maurice Audin tisse bientôt des liens avec le FLN ?..c’est con d’appartenir à un parti politique et de devoir se plier aux ordres du parti...résultat il disparait et personne ne sait ou ni comment..alors quand Jupiter reconnait la faute de l’état sur sa disparition, c’est aller à la pêche aux voix pour l’élection Européenne..Votre pays était en guerre avec le FLN a cette époque..alors tisser des liens avec cette organisation terroriste était de toute façon suicidaire... !


    • JulietFox 14 septembre 11:09
      @bob14

      De quoi vous vous mélez vous ?
      Dans les mémoires de mon frère 24 mois en Algérie, cette phrase épouvantable : " Nous -les soldats français-nous conduisons, comme les SS en France.


    • chantecler chantecler 14 septembre 11:39


      C’est vrai quoi !
      En 1939 le PC était interdit ses dirigeants en prison ou réfugiés en URSS, avant d’être déportés,puis assassinés , ses militants et l’Humanité interdits .
      Ensuite il fournissait les gros bataillons de la résistance .
      Décimés par la Gestapo et les miliciens .

      Oui, je sais, le pacte germano soviétique ,...
      Ces salopards n’ont pas joué le jeu des démocraties et l’Allemagne nazie a attaqué la Pologne et à l’ouest ...  smiley
      Mais bon nos chefs militaires n’ont pas trop insisté pour déclarer ’l’armistice .
      La suite on la connait .
      « Maréchal nous voilà ! »
      Et dire qu’aujourd’hui « on se sent le vent en poupe »...
      L’Italie fait rêver certains d’un Mussolini !
      Faut croire qu’il connaisse mal la carrière et le destin de ce type et ce qu’il a apporté à sa population .

    • bob14 bob14 14 septembre 12:17

      @JulietFox...un simple constat…vous n’aimez pas ?..rien à foutre !


    • Arthur Gohin 15 septembre 06:58

      @chantecler
      Vous êtes d’une nullité crasse et partisanne. 


      Tout le monde a reconnu que la demande d’armistice de Pétain était la meilleure chose à faire :
      Churchill, qui était très intelligent. De Gaule lui-même, sans le dire publiquement trop fort. Les géneraux d’Hitler, qui ont déclaré, discrètement, que c’était une des grande erreurs du Führer que d’avoir accepté cette demande d’armistice conditionnelle, alors que la reddition sans conditions était à portée de main.

      De plus, le PC français appellant à trahir le pays en guerre et pratiquant le sabotage, il était évident qu’il devait être interdit et pourchassé. Cela n’a rien a voir avec le principe du communisme de justice sociale. 

      Enfin le président Italien actuel pratique la politique que préconisait Georges Marchais en son temps, pour les mêmes raisons de bons sens élémentaire. Dans l’intérêt de tout le monde même si Marchais pensait avant tout aux intérêts des ouvriers.
      Vous répétez comme un sinistre crétin l’analogie débile avec Mussolini, analogie fabriquée par la mafia mondialiste pour pouvoir continuer à détruire le tissu social des pays européens. 

      « Travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins ». Et ainsi vous deviendrez compétant et vous saurez de quoi vous parlez.

    • cassini 14 septembre 10:27

      Les mathématiques font perdre pied du réel, c’est bien connu. 


      • Pierre Régnier Pierre Régnier 14 septembre 10:40

        à l’auteur

        Je vous ai critiqué sévèrement quand vous avez abandonné l’indispensable combat contre l’islamisation de la France.

        Je vous félicite aujourd’hui pour cet article, parfaitement écrit, qui éclaire bien le sujet qu’il traite.

        J’espère de vous une inversion du regard sur l’odieux concert qui se prépare au Bataclan.

        Il ne s’agit pas d’un simple problème de « liberté d’expression artistique ». Soyez de ceux qui appellent à faire annuler cette ignominie.


        • Nicolas Kirkitadze Nicolas Kirkitadze 14 septembre 14:43

          Bonjour cher Pierre


          Je tiens à vous remercier sincèrement pour votre commentaire et votre objectivité. Mais, je ne mérite pas plus d’éloges pour cet article que je méritais de reproches pour l’article ayant trait à Médine. Dans les deux cas, je n’ai fait qu’agir selon ce que je considère juste et moral. Bien sûr, je ne mets pas au même niveau la mort d’un homme pour ses idées et l’annulation d’un concert de rap. Mais les deux articles (sur Audin et sur Médine) sont écrits dans le même esprit de lutte contre l’injustice et l’arbitraire.

          Comme vous le savez sans doute, je ne suis ni communiste ni musulman. Je suis un libéral voltairien et païen. Ce n’est donc pas par accointance idéologique que j’ai défendu la mémoire de Maurice Audin, et ce n’est pas par accointance idéologique que j’ai défendu Médine.En tant que libéral, je suis attaché à une totale liberté d’expression et je suis contre l’Etat (synonyme d’arbitraire et d’oppression). Défendre la liberté du rappeur Médine est pour moi non pas un geste idéologique ou religieux, mais un geste citoyen : Noam Chomsky, Juif et anarcho-socialiste, n’a-t-il pas défendu la liberté d’expression pour les négationnistes d’extrême-droite ? Cela ne fait pas de lui un fasciste ou un antisémite, mais un authentique voltairien. Bernanos, chrétien et conservateur, a défendu les Républicains espagnols. Je n’aurai pas l’outrecuidance de me comparer à ces grands hommes, mais je souhaite m’en inspirer dans mon raisonnement intellectuel : je ne pense pas comme Médine, je ne pense pas comme Audin, mais je suis prêt à prendre la plume pour leur rendre justice.

          Pour cet article, je n’ai pas vraiment de mérite : j’ai simplement lu une quinzaine d’articles de presse sur la biographie de Maurice Audin et j’en ai repris les grandes lignes. C’était important pour moi de faire connaître aux lecteurs d’Avox le parcours de cet homme qui, quoi que l’on pense de ses idées, est mort au nom de ce en quoi il croyait. Si le sort tragique du jeune Maurice Audin me semble admirable, le dévouement de sa veuve me marque tout autant : Vous rendez-vous compte ? Cette dame a combattu durant 61 ans pour que justice soit faite à l’homme qu’elle aimait. Une telle fidélité est d’autant plus remarquable que dans l’esprit de la droite, la gauche est assimilée à une bande de jouisseurs ataviques. Or, moi qui ai bien connu le milieu de la droite, je peux vous dire que peu de femmes nationalistes et catholiques auraient fait preuve d’un tel dévouement. En en tant qu’apprenti historien, je voulais aussi que la vérité soit reconnue. Je suis patriote et j’aime la France : mais nier les crimes commis par notre pays, ce serait de la malhonnêteté intellectuelle. Lucien de Samosate (un rhéteur grec du Ier siècle disait : « un historien doit être sans roi, sans dieux, sans patrie : seule la vérité doit lui importer ». Or, la vérité est que l’armée française (de l’aveu même de plusieurs officiers dont aussaresses) a tué illégalement Maurice Audin. Dès lors, qu’on soit de droite ou de gauche, patriote ou internationaliste, libéral ou communiste, il faut rendre justice à cet homme et mettre de côté nos tropismes idéologiques.

          Quant à Médine, je comprends parfaitement que des personnes soient choquées par son concert au Bataclan, c’est d’autant plus compréhensible pour celles et ceux qui ont perdu des êtres chers ce soir fatidique du 13 novembre 2015. Mais, en fait, Médine n’a rien d’un islamiste. Dans mon article qui lui était dédié, j’ai explicité certains de ses termes. Sans vouloir me vanter, j’ai des connaissances en culture islamique et je connais le sens exact de mots comme « jihad » ou « martyr » : des sens différents de ceux qu’on leur donne en Occident. Le jihad dont parlait le rappeur est un « jihad intérieur » (combat de tout croyant contre les vices et la tentation). Le sens de ce mot a été dévoyé par les islamistes. J’aimerais que vous écoutiez cette chanson de Médine dont je mets le lien ci-dessous : ça s’appelle « Alger pleure ». Cette chanson, qui touche justement à la Guerre d’Algérie, n’a rien de haineux ou d’islamiste, c’est au contraire une ode à la paix et le regret que cette fraternité ait été brisée.
           

          Cordialement

          Nicolas Kirkitadze

        • Pierre Régnier Pierre Régnier 14 septembre 16:45

          @Nicolas Kirkitadze

          Médine triche, comme aussi son complice Pascal Boniface, ravi dans le clip, qui milite depuis des années pour l’islamisation de la France.

          Le rap est bien utile pour ce genre de tricherie. On y cultive l’ambiguïté en permanence.

          Mais le sens du djihad sur le maillot et dans les textes de ce CD là sont clairs : c’est le sens du djihad qui n’a rien « d’intérieur ». C’est celui par lequel l’islam a massacré des dizaines de millions d’individus « pour le bonheur de l’humanité » tel que le concevait et le conçoit toujours le prétendu Dieu Allah, c’est-à-dire ceux qui prétendent parler en son nom.

          Le concert de Médine au Bataclan doit être interdit parce que c’est une infamie.

          Et le gouvernement qui l’autoriserait serait lâche et ignoble.


        • Alex Alex 14 septembre 17:00

          @Nicolas Kirkitadze
          Mr l’histrion

          « Défendre la liberté du rappeur Médine est pour moi non pas un geste idéologique ou religieux... »
          Vous avez raison ! Quand ce Médine appelle à « crucifier les laïcards, » nul doute que ce beugleur évoque le « jihad intérieur » que vous prétendez connaître.
          Continuez sur cette voie, et vous serez un « grand » historien.

        • Christian Labrune Christian Labrune 14 septembre 20:37
          Noam Chomsky, Juif et anarcho-socialiste, n’a-t-il pas défendu la liberté d’expression pour les négationnistes d’extrême-droite ? Cela ne fait pas de lui un fasciste ou un antisémite, mais un authentique voltairien.
          ====================================
          @Nicolas Kirkitadze

          On peut bien dire tout ce qu’on voudra de Voltaire ; il n’était certainement pas sans défauts et ne manquait pas au besoin de cynisme, mais il faudra bien quand même convenir que le bonhomme était supérieurement intelligent. Votre comparaison est par conséquent aussi incongrue que celle que vous pourriez faire entre un blaireau et un éléphant. En tout cas, elle ne laisse pas d’être fort désobligeante pour Voltaire. Rien ne saurait être plus éloigné de cet esprit souverainement libre qu’un parfait imbécile conspirationniste.


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 14 septembre 21:07

          @Christian Labrune

          Volterre est le gars qui a inventé l’équipotentiel .


        • pemile pemile 14 septembre 21:25

          @Aita Pea Pea « Volterre est le gars qui a inventé l’équipotentiel . »

          Excellent ! smiley)


        • Onecinikiou 15 septembre 02:21

          @Nicolas Kirkitadze


          J’aimerais comprendre : en bon libéral - et donc en bon individualiste qui récuse l’existence même de la société - engoncé dans ses principes intangibles, et puisque vous refusez toute forme d’action illégale, selon vous il n’aurait pas fallu attenter à la vie d’Hitler en 38 sous prétexte que cela n’y entrait pas pleinement en conformité ?

          Comprenez-vous que vos postulats philosophiques ne laissent aucune latitude à la raison d’Etat, aux intérêts supérieurs de la nation, au bien commun, et qui font que parfois, souvent même, un mal nécessaire commande un bien ultérieur ? 

          Concernant la torture et les exactions lors de la guerre d’Algérie je remarque une fois de plus la tartufferie éhontée des socialo-communistes, qui ont été ceux qui décidèrent d’envoyer le contingent, ceux qui votèrent les pouvoirs spéciaux - pas une voix des députés communistes alors ne manqua - pour rétablir l’ordre par quelque moyens que ce soit, et qui aujourd’hui se réputent et se revendiquent les fers de lance de la dénonciation des crimes supposés commis par la même armée qu’ils ont sans scrupule envoyé au casse-pipe ??! Immenses et ignobles ordures que voilà.

        • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 16 septembre 18:33

          @Christian Labrune


          Salut tonton, c’est surtout que Voltaire n’a jamais penser ce genre de choses, ni même jamais dit ça. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il fût un beau salopard ^^

        • La France sait surtout se lamenter sur son passé, en oubliant la violence qu’engendre une guerre civile. On attend à présent que nos amis algériens fassent repentance pour le sort des pieds noirs jetés à la mer et pour les exactions du FLN durant le conflit d’il y a... 60 ans !

          Juste pour info : nous sommes au XXIème siècle... Le passé c’est bien pour comprendre et connaitre ses racines, pour le reste c’est accessoire.

          • paulau 14 septembre 11:03

            Et si les journalistes signalaient qu’entre 1954 et 1957 il n’y avait que des socialistes et des radicaux de gauche à des postes clés.


            • Christian Labrune Christian Labrune 14 septembre 11:49
              Et si les journalistes signalaient qu’entre 1954 et 1957 il n’y avait que des socialistes et des radicaux de gauche à des postes clés.
              ============================

              @paulau
              Un certain François Mitterrand, garde des sceaux dans ces années-là, ardent partisan de l’Algérie Française, se souvenant peut-être de certaine « Section spéciale » mise en place par le régime de Vichy, fut directement responsable de l’utilisation de la guillotine pour raccourcir un certain nombre de jeunes terroristes Algériens. L’article que je cite plus bas rappelle qu’il approuva huit recours en grâce et en refusa plus de trente.

              Si ces indépendantistes algériens avaient été fusillés, le résultat, pour eux, aurait été le même. Sauf que le combat mené était politique et que la guillotine ne s’appliquait alors qu’aux criminels de droit commun responsables d’homicides crapuleux, ce qui rend ces exécutions particulièrement choquantes en temps de guerre.

              On comprend mieux qu’après 81 ce sinistre décoré de la francisque ait voulu faire abolir la peine de mort : cela permettrait d’enfumer un peu les historiens qui se pencheraient plus tard sur son cas.

              Je ne me fais pas non plus la moindre illusion sur les intentions de Macron. Cette reconnaissance d’une injustice assez abominable est une bonne chose, mais les historiens ont dès longtemps fait la lumière là-dessus et cela pouvait attendre. Macron accuse son pays, et il l’avait déjà fait en Algérie lorsqu’ils avait parlé des « crimes contre l’humanité » (expression tout à fait impropre) commis par la France, pour complaire à son électorat musulman et gagner des voix ; mais c’est surtout parce que cela lui permet de ne pas avoir à s’accuser aujourd’hui lui-même d’un certain nombre de choses que les Français ont déjà à lui reprocher, et à très juste titre.

              Maurice Audin, en la circonstance, vient au secours de Macron. Ce qu’il y a de très pratique avec les morts, c’est qu’on peut aisément les mettre dans sa poche sans avoir à risquer des protestations.

              à propos de Mitterrand :

            • martial martial 14 septembre 11:51

              @paulau
              Mitterrand entre autres de gauche a approuvé la torture mais la gégène ne détruit pas physiquement, contrairement à arracher les ongles et les dents, comme il a approuvé la guillotine pour les terroristes du FLN.
              Attentat du Milk Bar. Le FLN a bien plus torturé et mutilé que l’armée française : par exemple les nez coupés des arabes qui fumaient des cigarettes françaises.


            • Olivier Perriet Olivier Perriet 14 septembre 14:22

              @martial

              Salut mon Gégé, alias arioul, alias euuhhh smiley

              des vieux souvenirs qui remontent à la surface je vois smiley


            • hunter hunter 14 septembre 18:45

              @Olivier Perriet


              S’il n’y avait pas tant d’auteurs censeurs (l’auteur présent n’est pas dans ce camp visiblement), ça éviterait la pratique du multi-psudo, qui est la seule valable, si on veut encore s’exprimer ici !

              Mais c’est vrai que les gauchistes et la liberté d’expression...

              Si vous voulez rester entre gens de bonne compagnie, je suggère qu’à l’inscription sur le site, soit exigée une photocopie scannée d’une carte du PCF, du PS, du NPA ou de LREM, comme ça vous pourrez solliloquer entre phares de la pensée « so politically correct » !

              Be seeing you !

              H/

            • Gwynplaine Joker 14 septembre 11:11

              Dreyfus, lui, a été réhabilité de son vivant, mais on ne peut pas ressusciter quelqu’un qu’on a assassiné, même pour se dédouaner...


              • jlouisjoly 14 septembre 12:16

                @Joker
                Dreyfus était coupable.Les forces du mal en on fait un innocent.


              • bébert 14 septembre 11:25

                Vache , partir du FN pour en arriver au parti communiste , le 360° que nous fait l’auteur. Et il en remet une couche en glorifiant le FLN. Moi je dis , c’est de la provocation. Traitre un jour , traitre toujours.


                • martial martial 14 septembre 11:42

                  Faire venir plein d’arabes en France et cracher sur la France. Pourrir la cohérence du peuple pour servir le grand patronat.


                  • jlouisjoly 14 septembre 12:12

                    Le FN aurait du prendre des Dupont et des Durand dans ses rangs.Voila avec qui il avait affaire.


                    • jymb 14 septembre 13:13

                      Avec ces repentances absolument asymétriques, les plaies sont bien ravivées pour quelques décennies


                      Du grand art 

                      Encore une ligne au passif de cette épouvantable clique 

                      • zygzornifle zygzornifle 14 septembre 13:39

                        Comme quoi ça ne percute pas vite en France , il n’y a que pour les créations et augmentations des taxes que les gouvernements sont rapide ....


                        • Laulau Laulau 14 septembre 13:44

                          Finalement Macron nous rejoue du Sarkozy. Tout ce que l’on peut en déduire c’est que pour l’un comme pour l’autre, un bon communiste est un communiste mort.


                          • titi 14 septembre 13:56
                            @L’auteur

                            Que l’Etat reconnaisse la disparition de l’homme c’est un bonne chose.

                            Il n’empêche… Le PCF a assisté le FLN, tant logistiquement que financièrement.

                            Monsieur Audin a trahi son pays, et ses concitoyens. 
                            Certains appelés du contingents sont peut être morts à cause des ses actions.

                            C’est un traitre.

                            • troletbuse troletbuse 14 septembre 14:27

                              Bientôt, Macronimbus va présenter des excuses pour le vase de Soissons


                              • Raymond75 14 septembre 14:31
                                La France a toujours beaucoup de mal à traiter son passé : répression de la Commune de Paris, collaboration, guerre d’Algérie.

                                Les contributions, officielles, de Jacques Chirac et d’Emmanuel Macron sont donc très importantes (je ne mets pas sur le même plan la participation à l’extermination des Juifs et les dérives de la guerre d’Algérie), car elles recadrent l’histoire.

                                On ne peut penser l’avenir si on ne connait pas son passé.

                                • Nicolas Kirkitadze Nicolas Kirkitadze 14 septembre 14:57

                                  @Raymond75

                                  Vous soulevez une problématique importante. Les historiens français ont souvent du mal à traiter ces sujets et à se faire entendre par le pouvoir. Pour la Commune, ceci dit, il y a eu des morts des deux côtés. Plusieurs prêtres ont été fusillés par les Fédérés.

                                  Ce qui est dommage, c’est que chacun tire la couverture à soi et fasse de la concurrence mémorielle au lieu du devoir de mémoire. Chez les nationalistes, on a par exemple tendance à parler des Vendéens et des Pieds-Noirs en omettant allègrement la Terreur Blanche de 1815 et les massacres commis par l’armée durant la Bataille d’Alger. Une personne de gauche aura au contraire tendance à parler de la Commune et des résistants communistes fusillés, omettant les crimes des révolutionnaires et l’Épuration. L’Histoire est hélas instrumentalisée de tous côtés : une des raisons qui m’ont amené à quitter les médias de droite est justement qu’on me demandait d’écrire des faussetés sur la Seconde Guerre mondiale et les Croisades, chose que je ne pouvais accepter de faire en tant qu’étudiant en histoire.

                                  Tant que l’histoire et la mémoire seront des jouets et des attrape-voix pour les idéologies, aucun travail de mémoire ne pourra être effectué dans la société. Pour ma part, je considère que ce n’est pas attaquer la France que de rétablir la vérité sur des crimes commis par et au nom de notre pays. Je suis patriote et j’aime profondément la France mais fermer les yeux sur des crimes d’Etat serait de la malhonnêteté intellectuelle. Or, je pense comme vous que la vérité doit primer sur tout.

                                  Cordialement

                                  Nicolas Kirkitadze

                                • jlouisjoly 14 septembre 17:02

                                  @Nicolas Kirkitadze

                                  A nous le devoir de mémoire ,la repentance etc ... et a eux notre pays.
                                  Votre psychée frise la maladie mentale ou du moins un orgueil démesuré

                                • Robert Lavigue Robert Lavigue 14 septembre 15:10

                                  Et la réhabilitation de Bastien-Thiry, c’est pour quand ?


                                  • Lonzine 14 septembre 18:48

                                    @Robert Lavigue
                                    céki ?


                                  • Odin Odin 14 septembre 15:13

                                    « Les bombes qui éventraient et mutilaient les civils français d’Algérie et les musulmans, qui étaient le fait du FLN, le président de la République va-t-il aussi creuser dans cette direction-là aussi ? Je pense qu’il faut laisser les morts enterrés et le temps fait son œuvre. Ce n’est pas au président de la République de rouvrir la tombe. Cela me paraît mirobolant, et même, détestable » JMLP


                                    • juluch juluch 14 septembre 15:30

                                      Un traitre parmi bien d’autres.....


                                      Combien ont par leurs méfaits tués des soldats français et des innocents ??

                                      Que sont devenu ces gens là ?,

                                      sont passé à travers du filet au nom d’une idéologie qui a disparu aujourd’hui.

                                      Lui au moins a apparemment payé sa dette à la France.

                                      • titi 14 septembre 15:59

                                        @juluch


                                        Tout à fait d’accord.

                                        En plus je lis que la veuve vit en région parisienne…
                                        Aux crochets de la solidarité nationale… 
                                        aux crochets des familles qui ont perdu un des leurs, un fils, un frère, appelé en Algérie !

                                        Qu’elle soit renvoyée chez Boutef ! 


                                      • paulau 14 septembre 19:40

                                        @juluch

                                        Mon propos n’est pas de défendre l ’armée, il faut cependant lier tous les éléments entre eux :

                                        -  trahison

                                        -  Arrestation

                                        -  Interrogatoire.
                                        Ce monsieur aurait pu dire je suis favorable à l’indépendance de l’Algérie. D’autres l’ont dit. Mais se joindre à l’ennemi, combattre avec l’ennemi, combattre l’armée française signifie je suis votre ennemi.

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