• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Le bisounours qui ne fait plus rêver

Le bisounours qui ne fait plus rêver

Rarement un homme d'état aura personnalisé en si peu temps l'impopularité et provoqué de telles violences. Certes les derniers présidents élus de la Ve République ont rapidement perdu l'assentiment de l'électorat qui venait des les élire peu auparavant. Mais aucun n'avait donné prétexte à des manifestations d'une telle ampleur, d'une telle radicalité. Manifestations de plusieurs jours provoquant des centaines de blessés et même des morts. Le sentiment d'une société injuste en ressort aujourd'hui majoritaire et indéniable. Au passage, sans accorder trop d'importance à l'ancien employé de banque, il semble néanmoins intéressant de s'attarder sur le personnage...

 

 

DECLIN DES INSTITUTIONS

 

Ces manifestations ont surgi comme l'explosion d'une cocotte-minute, dont le couvercle saute brusquement sans que le Pouvoir ne s'y attende. Cependant, depuis des années, nombre d'observateurs avaient remarqué des signes, montrant qu'une partie de la population, pour le moins, était dans le désarroi, la misère et même pire, dans le rejet des institutions représentatives du système.

C'est la particularité de ces derniers temps : la radicale remise en cause, dans la pratique, de la « représentation nationale » par un électorat devenant de plus en plus abstentionniste. Une indifférence pour le moins, à l'égard des « corps intermédiaires », partis, syndicats, institutions, d'un régime « libéral » basé sur la « démocratie parlementaire ». Et cette vision « populiste » n'est-elle pas aussi finalement celle du Président !

Deux réponses se font face : un populisme héritier des valeurs de l'extrème-droite et un populisme de gauche tentant de surfer sur de vraies aspirations à la Démocratie Directe

Au capitalisme clairement en crise, répond aujourd'hui en écho une crise institutionnelle, une faillite d'un libéralisme qui ne fait plus rêver personne. Cette usure des institutions est donc en même temps une crise du système liberal pourtant indispensable aux échanges. Elle est visible dans nombre de pays. Mais la France représente un cas particulier en Europe.

 

UN ETRANGE PERSONNAGE

 

Le président français se veut en effet le champion du libre échange dans une Union Européenne politiquement unie. Il est le clair produit de la TINA (1) et aussi brillant et instruit soit-il, son intelligence ne peut concevoir qu'un autre système social soit possible. Sans originalité il fait partie d'une élite incapable de conjurer ou de remédier à une crise, une rude secousse comme celle de 2008. Ce genre de désastre imprévisible dans notre « meilleur des mondes » jette une stupeur où l'on ne peut s'en remettre qu'au Destin « fabuleux » du capitalisme retrouvant ineluctablement, quelque soit les vicissitudes et les guerres, son équilibre.

Comme les derniers Romains le Président ne peut concevoir la Chute de Rome, c'est à dire la fin du capitalisme.

Même si l'absence de solution pérenne reste récurrente, on aurait tort de croire cependant que les obstacles mortifères qui infectent le système n'aient pas été repérées.

Cet homme jeune ayant débuté une vie professionnelle dans les affaires faite de succès, non sans égocentrisme, s'est vite cru investi d'une mission. Certes, évoquant « l'inéluctable mondialisation » - entendez l'hégémonie capitaliste - il ne veut ni ne peut changer radicalement la société. Mais il se sent à la hauteur d'une mission, d'un défi à relever pour la France : la transition énergétique. N'est-il pas prédestiné à la réussite ?

Quant aux institutions, comme les populistes à qui il ressemble par bien des points, il avait bien sûr compris leur obsolescence, intégrant des caractères indépassables de la société capitaliste : l'inégalité et l'injustice. Réformer le système de la représentation nationale, en élagant, en supprimant des sièges de députés ou d'élus puisque de toutes façons – cela tout le monde l'a aussi compris – c'est lui qui décide, n'est-il pas moderne et même raisonnable ? Dans la droite ligne de la Ve République, le modèle ne peut donc être qu'un système présidentiel fort, où le personnage rêvé ressemble certes plus à Obama qu'à Trump. L'exercice du pouvoir ne passe-t-il par cette verticalité ? Et la majorité parlementaire, élue pour cinq ans, en même temps que le Président, siège, comme les autres parlementaires, pour la forme, simples employés du brain-trust aux ordres du patron. Publiquement ils n'ont bien sûr d'autres opinions que celles qui découlent de la bouche dudit boss.

Fragiles... L'édifice présidentiel, le discours vieillot où l'on évoque en châtelain, les « classes moyennes et les classes laborieuses », et pourquoi pas, mots d'un vieux Maréchal, « le vent mauvais »... Et l'homme lui-même, que l'on sent parfois tendu comme un arc, quoiqu'il veuille paraître. Voulant décider seul, il recueille seul l'impopularité.

La figure du magicien d'hier se transforme alors de plus en plus en prestidigitateur raté.

 

SOLITUDE ET MEDIOCRITE

 

Un tel personnage jupitérien ne pouvait faire équipe avec des « têtes » politiques trop expérimentées qui auraient pu manifester leurs désaccords ou tout du moins leurs critiques. Tour à tour, le leader du Modem, le naïf ministre de l'écologie et l'ancien maire de Lyon firent logiquement défection. Le Président n'avait-il pas voulu s'entourer de « nouveaux », de personnes issues de la « société civile » ? Vieille marotte... Il se retrouvait entouré d'individus falots suspendus au discours du patron, s'entrainant au rôle parfois ingrat de ventriloques.

Face à la révolte menaçante, certains d'entre eux, sans honte, n'hésitaient pas à brandir la menace de « la peste brune », ou à accuser, pour les discréditer, les « gilets jaunes » de former un « mouvement anarchiste »...

Les billevesées déversées sur les chaînes d'informations, évoquant des « mesures-brioches » comme un fantasque équipement des populations en automobiles électriques n'ont duré qu'un temps et ne peuvent même plus être évoquées sérieusement. L'objectif à court terme n'est pas de satisfaire les besoins des populations mais de calmer « la grogne ». De la pédagogie bien sûr... Et la médiocrité des perroquets n'est apparue que plus flagrante, encore plus révoltante.

Le programme des « réformes », lié à une drastique politique de transition écologique, consiste essentiellement à tenter de renflouer le budget par une augmentation de nombre de taxes que doivent payer les plus modestes sans que l'on se soucie vraiment d'un contexte social, ressenti comme insupportable.

On avait bien réussi à faire passer la « réforme » de la SNCF alors....

Le peuple, immature, ne doit-il pas être dirigé, pour son bien, avec la fermeté nécessaire ? Il ne comprend pas où est son bonheur. Et si l'on pouvait s'en débarrasser !...

Mais surtout ne pas casser la machine économique en taxant les plus riches. Car foin alors du chimérique ruissellement attendu … Mais qui croit encore à de telles balivernes ? La vision messianique de notre monarque apparaît mais elle n'est pas rassurante. L'irrespect est resté de l'autre côté du Rhin, dans « Die Welt » par exemple, qui écrivait que le président français prenait ses compatriotes pour des imbéciles...

 

« UNE REVOLTE ? NON, SIRE UNE REVOLUTION ! »

 

Face à cet homme providentiel, qui a compris tant de choses, que valent cette grogne et ces revendications incongrues qui se développent néanmoins, qui courent nos rues, nos routes et même « nos » Champs Elysées ? Au point que même des ministres, comme Madame Girardin en viennent à énoncer, sans agressivité, les mots de « Démocratie Directe »....(2)

En filigramme, en riposte à la misère sociale, se développe les esquisses de ce qui pourrait être une nouvelle société. Les Gilets Jaunes, réalisent concrètement dans l'organisation de leurs lutte, l'affinement de leurs revendications, ce qui n'avait été que discussions intellectuelles lors des assemblées impuissantes des « Nuits Debout » de 2016. Ils ouvrent la voie à une nouvelle pratique de démocratie, directe, celle-là, où les partis et les syndicats sont mis sur la touche au profit d'une auto organisation conviviale, où obligatoirement les représentants ne peuvent être que révocables.

La crainte des populistes, distillée par le pouvoir, semble surfaite, tant les pratiques de nouvelle démocratie sans leader semblent ancrées. Exposant tout et son contraire, le Premier Ministre, avait donc évoqué, pour semer l'effroi et le rejet, voici quelques jours, un « mouvement anarchiste ». Pas de chefs, des porte voix se référant constamment à la base, une auto organisation basée sur la Démocratie Directe. … Même si, sans trop savoir, nombre de Gilets Jaunes rejetèrent le qualificatif d'Edouard Philippe, brayant « La Marseillaise » brandissant le drapeau tricolore, on ne peut sur ce point qu'être en accord avec lui. Et n'est-ce pas en ce sens, débarassée de l'oligarchie, que la démocratie se trouverait renouvelée ?

 

  1. TINA = There Is No Alternative, selon l'expression de l'ancienne Première Ministre de Grande-Bretagne, Margareth Thatcher.

  2. Interview le jour de son départ pour la Réunion ce 27/11/2018 sur la radio de France Info.

     


Moyenne des avis sur cet article :  4.43/5   (14 votes)




Réagissez à l'article

7 réactions à cet article    


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 29 novembre 2018 11:23

    Désolé. Mais pour moi, les gilets jaunes, c’est comme ces champignons qui poussent sur un gâteau qui commençait à pourrir. Ne tirez aucune conclusions de mes propos. Il n’y en a pas. Et parfois, on se met à se dire. Ce gâteau était une gâterie inutile et nous aurions pu dépenser notre argent bien plus intelligemment.


    • nemo3637 nemo3637 29 novembre 2018 17:29

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Ne soyez pas désolé. Votre commentaire est charmant, comme une fin de conte de fée. On est près de Noël....


    • izarn izarn 29 novembre 2018 21:57

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Oui, mais bon, c’est comme en Mai 68...
      La chienlit (désordre) qui nait de la pourriture vichyste au pouvoir...
      Pas de de Gaulle en particulier , mais de ses premiers ministres...
      Ecoutez Annie Lacroix-Riz...


    • nemo3637 nemo3637 29 novembre 2018 22:57

      @izarn
      Cette dame conjugue le proto-stalinisme avec une capacité d’analyse remarquable.


    • zygzornifle zygzornifle 30 novembre 2018 08:52

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Comme les champignons sur la b... a Momo le SDF ? ....


    • zygzornifle zygzornifle 30 novembre 2018 08:59

      Déjà il ne m’a jamais fait rêver et j’ai veauté direct contre lui , un banquier trader sorti de chez Rothschild, quand même , faut avoir pris un shoot très fort pour croire en lui ou être atteint du syndrome de Stockholm et vouloir se faire défoncer matin midi et soir , c’est comme faire garder ses gosses par un alcoolique pédophile et venir couiner parce qu’ils ont étés violés et désossés dans la cuisine..... 

      Macron est a l’opposé de l’abée Pierre il est la pour vous racler jusqu’a l’os et il fait bien le job .....


      • placide21 4 décembre 2018 11:57

        Mr Macron à atteint son niveau d’incompétence,lui , issu du monde de l’entreprise doit bien connaître ce processus,qu’il retourne là où il exelle : faire gagner de l’argent aux riches dans la banque là où les salariés lui obeiront au risque d’être licencié .Hé oui les français ne sont pas sous ses ordres et c’est lui qui est chargé de maintenir , entre autres ,la paix sociale.Et pour ce qui est du sacage des symboles , c’est lui qui a commencé : La gay pride sur le perron de l’Elysée et le doigt d’honneur en compagnie du délinquant.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès