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Accueil du site > Actualités > Politique > Le Christ et le logiciel Obama

Le Christ et le logiciel Obama

Loin d’être populiste, la démarche de Barack Obama peut être lue comme une sorte de syncrétisme entre christianisme et Web 2.0. Ou du moins les messages d’Obama s’accordent-ils bien avec des logiques Internet qu’il utilise largement et avec succès. Dans un État laïque où l’on jure sur la Bible et dont les logiciels gèrent le monde, est-ce vraiment une surprise ?


We are the Ones

will.i.am et John Legend, entourés de stars d’Hollywood, ont remporté un énorme succès avec le clip vidéo de soutien à Barack Obama Yes we can, lancé début février sur Internet. En un mois à peine, Yes we can aurait été vu plus de 11 millions de fois.

Rebelote. We are the Ones est dans la même veine.

will.i.am y a associé notamment Jessica Alba, Ryan Philippe, Kerry Washington, John Leguizamo, Regina King, Tyrese Gibson, Eric Mabius, Tichina Arnold, Adrienne Palicki, George Lopez et Macy Gray.

Le clip circule déjà, volontairement, sur Youtube et ailleurs. Mais on peut voir We are the Ones en grand format et de meilleure qualité, sur le site de Dipdive. Le site invite aux commentaires, qui sont déjà nombreux (plus de 500).

HopeActChange et la mosaïque vidéo

HopeActChangeMais Yes we can et We are the Ones ne sont pas « que » deux clips à succès, conçus sur un modèle économique propre à faire réfléchir les majors de l’audiovisuel.

will.i.am, associé aux réalisateurs Jesse Dylan et Mike Jurkovac, a lancé une initiative multimédia remarquable.
Le 20 février a été publié le site interactif HopeActChange, métaphore délibérée de la vision de Barack Obama en matière d’action collective.

- Le making off du clip Yes we can, d’abord, montre des rushes vidéos qui ont inspiré la vidéo Yes we can et à partir desquels le texte de la chanson a été composé. Chaque acteur s’exprime sur les raisons de son soutien à Obama.

- Le mécanisme collaboratif est étendu ensuite aux internautes : il est proposé à chacun de faire partie de la vidéo en y ajoutant sa ou ses propres images, à partir d’un compte FlickR. Il faut donc avoir aussi un compte Yahoo ou en ouvrir un pour l’occasion.

- Le résultat est une étonnante mosaïque vidéo. Le survol de chaque parcelle ouvre une vue miniature de l’image qui y est logée.

- La liste des contributeurs permet de voir à ce jour plus de 1 400 noms ou pseudos. On peut aussi feuilleter les albums des images envoyées.
Des fonctionnalités de marquage en favoris et de commentaires agrémentent le tout.

HopeActChangeLa réalisation du site a été confiée à l’agence new-yorkaise Syrup, qui annonce fièrement avoir développé le site en deux semaines. Depuis octobre 2007, Syrup fait partie du groupe international d’agences multimédias LBi. La première société du groupe LBi a été créée en 1996 à Stockholm. Le groupe est maintenant coté sur le marché Euronext à Amsterdam et sur le OMX Nordic Exchange à Stockholm. LBi rassemble 1 450 employés dans des agences situées dans de grandes villes d’affaires en Europe et aux États-Unis.

Ces précisions montrent qu’il s’agit d’acteurs tout ce qu’il y a de plus « branchés » dans la communication interactive, au niveau international.

Le règne de la métaphore

Jésus prêchait par des paraboles, de courts récits tirés de la vie simple qui symbolisent une démonstration morale ou religieuse. La Bible reproduit abondamment ce mécanisme rhétorique, qui a contribué à son succès populaire. Notre langage courant en garde la mémoire, puisque nous utilisons de nombreuses expressions qui viennent directement de ces historiettes racontées par le Messie, sans en être toujours conscients. Par exemple, trier le bon grain de l’ivraie, le bon Samaritain, le fils prodigue, etc.

HopeActChangeIl y a quelque chose de messianique chez Obama, lorsqu’il parle de « réparer le monde » (repair the world). Et il y a surtout une attente messianique chez nombre de ses nombreux supporters. Mais Barack Obama use peu de métaphores. Son langage est plutôt clair et factuel. Ses grandes options politiques sont proches de celles d’Hillary Clinton. En France, on les qualifierait de centristes, si la comparaison avait un sens avec un pays à l’éventail politique très différent. Son originalité repose sur sa relation au public. Il est, par son histoire et ses préoccupations, proche des « gens simples » et leur propose de participer activement au changement. Dans certaines communautés, le changement commence déjà par la participation à la citoyenneté en votant. Le « logiciel Obama » est orienté utilisateur et l’invite à être actif.

D’aucuns parlent de populisme au sujet d’Obama, ce qui est à mon sens une erreur. Qu’il y ait charisme et succès populaire est indéniable. Mais il y aurait quelque contradiction, en démocratie, à reprocher à un candidat de plaire aux foules tant qu’il ne les manipule pas. En revanche, des composantes essentielles du populisme sont absentes chez Barack Obama, comme le rejet des mécanismes institutionnels de la démocratie représentative et la critique globale des élites. Barack Obama est professeur de droit constitutionnel et une partie importante de son action sociale a consisté en aide juridique. Certains groupes de pression (lobbies) sont en revanche en ligne de mire, comme les milieux du pétrole et de l’armement. Leur influence sur le gouvernement des États-Unis, et en particulier sur sa politique extérieure, est dénoncée.

L’imprimerie a permis la diffusion de la Bible. Les médias interactifs sont le véhicule favori de diffusion du message Obama. La métaphore y est mise en scène par les évangélistes. Elle est réalisée par des concepteurs et interprètes talentueux, des stars du spectacle. Ce sont eux qui, dans le monde numérique des artefacts, traduisent le message central en logiciel bien conçu : intuitif et orienté utilisateur, reprenant les concepts les plus en vogue de l’Internet, l’organisation collaborative, la démarche collective et le Web 2.0 à contenus fournis par les utilisateurs.
Ce qui se passe à l’écran est une métaphore des messages principaux : « Ensemble changeons l’Amérique, changeons le monde ». Le mythe fondateur de la nation melting-pot, mosaïque de cultures, est au centre de l’appel à la reconquête de l’identité et de la fierté nationale. Et puisque nous vous montrons à l’écran que c’est possible, « Nous le pouvons ». Yes we can. L’architecture de la communication est cohérente.

« Le moment est venu », dit Obama. Les magiciens de l’Internet transforment cela en momentum (mouvement, en latin), en élan et invitent à y participer.
La magie fonctionne.

Des questions demeurent.

Qu’en est-il au moment de passer du virtuel au réel ? Est-ce qu’une société est une mosaïque ? Comment ceux qui ne veulent pas être « ensemble » vont-ils accepter le changement ?

Jusqu’où l’élan mènera-t-il Barack Obama ?


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8 réactions à cet article    


  • stephanemot stephanemot 3 mars 2008 12:49

    Obama a clairement un talent d’orateur hors pair et un charisme idéal pour un prédicateur, et il joue parfaitement le jeu électoral US qui veut qu’un candidat évoque sa foi avec conviction. Il est par ailleurs relativement épargné par les theocon.

    Mais son programme n’est heureusement pas vraiment celui d’Huckabee ni même celui d’un McCain converti au néo-créationnisme.

    Par ailleurs, sa campagne représente effectivement un nouveau modèle d’interactivité, effectivement adaptée au web 2.0. Howard Dean avait surfé sur la vague des blogs en 2003-2004 et John McCain avait montré la voie dès 1999-2000 pour le fund/supporter raising.


    • tvargentine.com lerma 3 mars 2008 13:29

      Il ne suffit pas de parler et d’avoir un blog pour changer une société

      Il faut en avoir les moyens

      Le probleme c’est que les USA ne permettent plus d’avoir un candidat qui n’a pas le soutien financier de gens riches (milliardaires,millionnaires..,multi-nationales,trusts....)

      Donc,derrière ce discours que tient ce beau parleur OBAMA ce cache la pire des trahisons car il est financé par ceux qu’ils prétend combattre

      Il est évident que la presse soutient OBAMA car elle deteste les Clinton et elle s’est très bien que OBAMA n’a aucune chance d’etre élu

      C’est donc un combat caché entre la presse américaine moralisatrice et les Clinton

      Espérons que Me CLINTON sortira vainqueur car elle aura toute les chances de devenir la 1ere femme présidente des USA

      Je vote CLINTON

       

       


      • mickou mickou 3 mars 2008 15:55

        J’aime bcp ta description des process UGC en matiére de politique [la France est à des années-lumiéres de ça] et, plus globalement - pour parler des gens que je connais et avec qui je vis, à quelques encablures des Etats-Unis : on a espéré Al Gore, on a cru en Kerry, on rêve d’Obama.. mais à chaque fois, les nord-américains (car l’Amérique est un continent, non un pays) nous ont tjs déçu.


        • Martin Lucas Martin Lucas 3 mars 2008 20:33

          J’ai une grande confiance dans les jugements de LERMA. Je voterai donc Obama ! Mais que suis-je bête, je suis Français, je ne peux pas voter aux EU !


          • fourminus fourminus 3 mars 2008 23:35

            D’accord avec Lerma : les thecons financent et soutiennent Obama pour éliminer les Clinton. C’est du moins ce que suggèrent sa facilité à trouver des financements et des alliés dans les media US. Et si jamais il était élu ??? A priori sa couleur semble un handicap pour certains électeurs, mais l’Amérique semble entrer dans une exceptionnelle phase de récession, propice aux surprises...


            • Dominique Lacroix Dominique Lacroix 4 mars 2008 08:53

              Quand les médias d’information étaient concentrés dans quelques titres de presse et TV, on pouvait éventuellement se plaindre d’être mal informés.

              Depuis qu’il y a Internet, nous n’avons plus d’excuse. L’information de qualité existe. Il appartient à chacun de la trouver. Pour se forger une opinion sur des prémisses justes et ne pas répéter des âneries.

              La campagne de Barack Obama est financée à 99% par des dons de particuliers, des gens comme vous et moi, qui ont donné en moyenne moins de 100 $.


              Source of Funds

              Individual contributions

              $137,431,938

              99%

              PAC contributions

              $25

              0%

              Candidate self-financing

              $0

              0%

              Federal Funds

              $0

              0%

              Other

              $799,632

              1%

              Source : Opensecrets.org


            • jack mandon jack mandon 4 mars 2008 20:01

              On peut vôter Hilary, c’est très honorable, mais votre argumentation contre Obama, hélas, concerne plus ou moins tous les candidats...L’argent est toujours présent et semble habiter au coeur même de la démocratie, dans le fondement de la création humaine...enfin c’est l’aspect de l’avoir, mais il existe aussi l’aspect de l’être.

              Les américains ont le désir de redonner à l’Amérique une meilleure image, une renaissance, elle est perçue comme monstrueuse, injustement, par une majorité de l’humanité.

              Effet de pub, propre à tous les politiques, peut-être, pas uniquement, Obama entre dans la métaphore évangélique pour faire contrepoids à la politique monstrueuse et incompréhensible d’un homme....et de plus de la moitié des américains d’une époque heureusement révolue.


              • Dominique Lacroix Dominique Lacroix 4 mars 2008 20:29

                Je suppose que vous répondez à un ou deux commentaires. Pour ma part, je ne crois pas avoir argumenté contre Obama. J’ai simplement tenté de conserver une distance d’analyste. Ce qui ne m’est pas facile, car si j’étais américaine, je voterais Obama, pour les mêmes raisons que vous. En plus, en tant que Française et impliquée dans les technologies d’information, je pense qu’avec Obama comme Président des US, nous avons enfin une chance de voir le monde prendre un tour de gouvernance plus multipolaire.

                Mais je crois que mon article induit un malentendu car il y a ambiguïté du terme "évangéliste". Comme je parlais de logiciel, je pensais à "évangéliste" au sens employé en innovation : ceux qui adoptent très tôt et diffusent. Je ne pensais pas aux Évangélistes américains religieux au sens propre du terme.

                La métaphore est un procédé essentiel des logiciels intuitifs. Quand vous travaillez sur votre "bureau" ou que vous jetez un fichier dans la "corbeille", ce sont des métaphores.

                Je filais donc ma comparaison avec les premiers temps chrétiens : les supporters comme will.i.am sont les évangélistes (ceux qui apportent la bonne nouvelle). Ils diffusent la métaphore d’Obama comme les évangélistes de la Bible diffusaient les paraboles.

                Pour répondre à la remarque sur le syncrétisme formulée par notre "papiste" : oui, je crois qu’il y a dans les technologies d’aujourd’hui quelque chose qui ressemble à un fonctionnement religieux (au sens large, pas au sens ecclésial). Mais surtout, la démarche grassroots / ground to top peut être mise en parallèle avec le Web 2 appelant les utilisateurs à agir et contribuer. Obama utilise beaucoup Internet et émet, dans ses discours, comme il se doit , des appels à l’amour et à la compassion. Il opère donc ce mélange de sensibilités chrétienne + web 2 que j’ai pris le risque d’appeler "syncrétisme".

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