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Accueil du site > Actualités > Politique > Le veto triplement justifié de la France au rachat de Carrefour

Le veto triplement justifié de la France au rachat de Carrefour

Papier publié sur le FigaroVox

 

Après quelques tergiversations semblant ne pas exclure le rachat de Carrefour par un distributeur nord-américain, Bruno Le Maire semble avoir mis un point final aux discussions entre les deux distributeurs. Si les raisons de ce veto semblent surtout politiques, et suscitent des critiques en incohérence pas imméritées, en revanche, il y avait de nombreuses raisons légitimes pour mettre fin à un tel projet.

 

Mauvais pour la France, Carrefour, et Couche Tard

Le procès en incohérence du gouvernement est légitime. Macron a laissé faire le rachat d’Alstom, d’Alcatel, de Technip, de l’aéroport de Toulouse par des chinois, s’apprêtait à vendre ADP et mène des négociations visant à démanteler plus encore EDF. Pourquoi devrait-il entraver le rachat de Carrefour, alors que les actionnaires du distributeur français sont d’accord ? Cela paraît d’autant plus incohérent que Macron fait le tour des investisseurs pour leur demander de choisir la France, en anglais dans le texte, que nous avons signé le CETA avec le Canada et qu’Airbus a pu racheter un programme de Bombardier (au soulagement de ce dernier). Comme le note Gaëtan de Capèle en une du Figaro, c’est une logique purement politique qui a présidé à ce choix : laisser faire était trop risqué électoralement à 15 mois de l’élection présidentielle, et alors que le bilan des opérations précédentes est si peu flatteur.

Car Carrefour n’est pas une entreprise comme une autre. Et ce n’est pas parce que « le jour où il n’y a plus de pâtes et de riz dans les rayons, comment on fait ? », comme l’a dit de manière incongrue Bruno Le Maire. Le rachat de Carrefour ne menaçait en aucun cas l’approvisionnement des clients sur un marché concurrentiel dont le groupe ne détient que 20%. En outre, le nouveau propriétaire n’avait aucun intérêt à créer de tels problèmes. En revanche, on peut trouver une logique de souveraineté économique pour s’opposer à ce rachat. Carrefour est la troisième entreprise du CAC40 par le chiffre d’affaires (plus de 80 milliards d’euros), et la seconde pour celui réalisé en France. Il n’est pas illégitime que le gouvernement songe à se saisir des dispositions légales mises en place en 2005, d’autant plus qu’elles ont été étendues à la distribution alimentaire par ce même gouvernement en 2019.

Et il est difficile de voir dans ce rachat le moindre intérêt pour la France. Dans de telles opérations, les centres de décision sont toujours en partie transférés de celui qui est acheté à celui qui achète. Il est illusoire de croire qu’il n’y aurait pas eu de conséquences sur l’emploi en France. Un tel rachat a un coût et il doit être rentabilisé, d’autant plus que Couche Tard est plus profitable que Carrefour et aurait exigé une convergence de la rentabilité de sa filiale, à la demande de ses actionnaires… Et cette course à la rentabilité aurait été très dangereuse pour Carrefour, groupe passé de 30 à 20% du marché français en vingt ans pour avoir privilégié une rentabilité à court terme qui pénalisait son attractivité pour ses clients. En effet, le marché français est très atypique, ce qui est probablement mal compris outre-Atlantique, du fait de distributeurs indépendants non cotés plus agressifs sur les prix que Carrefour.

En clair, une telle opération aurait pu être extrêmement destructrice pour les deux distributeurs. D’abord, il faut rappeler que les grosses opérations de cette nature pénalisent en général l’activité du prédateur et de la proie, tant elles accaparent l’attention de leurs dirigeants, au détriment de la gestion des affaires courantes. De nombreux rapprochement ou rachats internationaux se sont terminés en fiasco, tel Daimler-Chrysler. Il y avait une forte probabilité que la pression renforcée sur la rentabilité faite à Carrefour aurait fini par pénaliser les affaires du distributeur français, et que les actionnaires nord-américains de Couche Tard auraient fini par se lasser de la rentabilité plus faible de leur filiale, poussant dans un second temps à une revente de l’entité française… Bref, nous étions dans un cas où il était probable qu’un plus un n’aurait même pas fait deux, mais aurait pu, in fine, déstabiliser les deux parties.

Mais de cela, les actionnaires actuels de Carrefour ne se souciaient guère, voyant seulement l’occasion de vendre une partie ou la totalité de leurs positions à un bon prix par rapport au cours de l’action depuis près de quatre ans. Pour le coup, leur intérêt court terme était totalement décorrélé de l’intérêt à moyen terme de Carrefour, de Couche Tard ou de la France. Nous sommes dans un pur intérêt spéculatif, permis par le différentiel de niveau entre les marchés européens et les marchés nord-américains. Il faut rappeler ici que les indices outre-Atlantique sont à plus du double d’avant le krach de 2008, quand les indices européens, et notamment en France, restent inférieurs à leur pic d’alors. C’est bien parce qu’il y a une bulle extravagante que Couche Tard peut envisager une telle opération (en étant sensiblement plus petit que Carrefour) et proposer un prix qui satisfait les actionnaires actuels de Carrefour.

Mais les intérêts d’une entreprise ne se mesurent pas uniquement aux intérêts de ses actionnaires du moment. Et cela est d’autant plus légitime pour une entreprise comme Carrefour, qui s’est aussi construite sur des autorisations d’ouverture données par la puissance publique. Nous sommes dans une activité très régulée, où l’Etat a permis à Carrefour de se développer, et ne permet pas une concurrence sauvage. Cela justifie un mot à dire sur le rachat de la troisième entreprise du pays, surtout quand ce rachat est permis par la bulle financière nord-américaine, et ne sert que les intérêts des actionnaires, tout en présentant de très gros risques pour l’entreprise Carrefour. Les vingts dernières années ont trop souvent montré que ces fusions géantes internationales aboutissent à un échec lourd de conséquences pour la proie, qui finit souvent vendue à la découpe, comme on le voit avec Alstom.

Même s’il n’y a qu’un calcul politique, ce veto est positif. Bruno Le Maire gagnerait à souligner l’importance de Carrefour en France et les nombreux échecs de telles fusions, plutôt que de parler de risques d’approvisionnement en pâtes et riz. Si les actionnaires de Carrefour y perdent à court terme, les résultats actuels du distributeur indiquent qu’ils pourraient rapidement s’y retrouver. Et surtout, sera épargné à la France, à Carrefour et à Couche Tard, une opération dont le fiasco était probable.

 


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10 réactions à cet article    


  • ZenZoe ZenZoe 22 janvier 18:22

    Je suis d’accord avec l’idée générale, c’est bien que Carrefour reste français, mais j’ai quand même l’impression que l’affaire était moins limpide qu’on ne nous l’a présentée. Et qu’il y a eu autre chose derrière. Lemaire n’est pas si puissant que ça. Quoi, je l’ignore, peut-être une opération boursière, un futur projet de reprise avec un autre groupe ??

    C’est un peu comme le rachat de Tiffany par LVMH, qui est finalisé, puis annulé (grâce à un courier de Lemaire lol), puis finalement signé pour de bon avec une ristourne de plus de 400 millions de dollars.

    On nous cache tout, on nous dit rien... Plus on apprend, plus on ne sait rien...


    • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 22 janvier 18:36

      @ZenZoe
      Ça s’appel le secret des affaires. Autant le respect de ta vie privée vaut du pipi de chat, autant les manigances des banques et conseils d’administration sont protégées par toutes les institutions de l’état.
      Carrefour n’est pas français, Carrefour est privé et son capital peut être acheter anonymement par n’importe quel investisseur. Quand bien même le capital serait détenu par un français, ses dividendes, s’il est un tout petit peu malin, seront réinvestis avec un maximum de diversification, sectorielle et géographique, pour s’assurer de tout risque. Et sans payer d’impôts, sinon il aurait tout loisir de déplacer les activités de la boite en Belgique ou autre pays plus arrangeant fiscalement.


    • robert robert 23 janvier 17:56

      @Seul le contenu compte
      Carrefour doit être vendu car il est dans l’oeil de BDS


    • robert robert 24 janvier 12:00

      @Seul le contenu compte

      B D S = Boycot Désinvestissement Sanctions qui existe depuis l’apartheid en Afrique du Sud maintenant vise Israel, càd ne pas acheter de produits provenant des terres palestiniennes
      Carrefour vends beaucoup de ces produits et accuse des pertes sèches quoique BDS serait classé antisémite
      donc un changement de direction serait bénéfique au commerce
      aux USA les personnes connues comme impliquées ou connues sympatisants de BDS peuvent perdre leu emploi ou ne pas être embauchées (Trumpisme) mais elles n’attendent un changement avec Biden 


    • robert robert 24 janvier 14:37

      vous avez compris pour BDS

       à mon avis, BDS est un cyclone ; Carrefour, dans son oeil s’apprête à sombrer


    • perlseb 23 janvier 16:21

      Si on ne comprend pas toujours le petit jeu des banques centrales (avec leur « quantitative easing »), ce genre de tentative de rachat montre clairement à quoi il peut mener.

      Oui, l’argent créée à partir du vent par les banques centrales ne va pas à l’économie. Mais il permet de gonfler de manière exorbitante (Tesla n’est qu’un exemple), le prix des actions  : les détenteurs de dette publique revendent leur dette à la BCE sur le marché secondaire, et ils peuvent ainsi faire monter le prix des actions s’ils n’ont rien d’autre à acheter. Et à ce jeu, le réserve Fédérale Américaine a un avantage de taille, elle peut imprimer une montagne de dollars en faisant supporter la dévaluation que devrait produire un tel QE au monde entier (donc dévaluation anormalement faible).

      Si un jour Tesla décide de rayer de la carte Renault, il pourra proposer le double aux actionnaires et jeter l’entreprise à la poubelle après l’avoir achetée. Même si ça peut sembler non rentable aujourd’hui, ça reste toujours une option de guerre commerciale dans laquelle les banques centrales ne sont pas neutres.

      Bref, on est dans une partie de Monopoly où les règles faussées « nous » font perdre à tous les coups. En fait, on perd de plus en plus vite : les entreprises « françaises » n’ont plus les moyens d’embaucher leurs ingénieurs (voir Sanofi récemment, mais ça ne date pas d’aujourd’hui, moi-même ingénieur électricien, je suppose que j’aurais trouvé du travail aux USA mais j’ai fait presque 3 ans de chômage en France), et se feront dépasser, rayer de la carte par des entreprises américaines ... qui ont autant d’argent qu’elles veulent pour acheter les ingénieurs du monde entier (y compris français).


      • mac 23 janvier 19:47

        La France a vécu des centaines d’années sans carrefour, je ne vois pas en quoi la vente d’un gros « épicier » serait plus gênante que celle d’entreprises comme Alstom qui était un des fleurons de notre industrie dans des domaines stratégiques ?


        • Spartacus Lequidam Spartacus Lequidam 23 janvier 22:31

          C’est donc une catastrophe car il existe un paradoxe avec Herblay. Il ne comprend rien à l’économie.

          En 2013 il écrivait que le Bitcoin ne montrerait jamais. J’ai acheté les miens à175€ chacun frais de portefeuille inclus. Aujourd’hui ils sont entre 26 et 35 000€ chacun.

          Merci

          En 2018 il écrivait que les actions de Elon Musk allaient s’écrouler. J’ai acheté un pack avec des actions Tesla. Merci.

          La il faut absolument vendre les actions Carrefour, la chute approche vu qu’il prédit qu’elle vont grimper.  smiley


          • Philippe Huysmans, Complotologue Philippe Huysmans 23 janvier 22:44

            @Spartacus Lequidam

            La il faut absolument vendre les actions Carrefour, la chute approche vu qu’il prédit qu’elle vont grimper.


            Les actions Carrefour vont baisser ? Là on voit tout de suite que t’es un brillant analyse...

            Dégage, boulet.


          • ZXSpect ZXSpect 24 janvier 11:18

            @Philippe Huysmans
            .


            «  »Philippe Huysmans 23 janvier 22:44

            @Spartacus Lequidam

            La il faut absolument vendre les actions Carrefour, la chute approche vu qu’il prédit qu’elle vont grimper.


            Les actions Carrefour vont baisser ? Là on voit tout de suite que t’es un brillant analyse... Dégage, boulet.«  »"

            .

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            Vous pouvez écouter Philippe Huysmans, l’expert en investissement et l’économiste, qui en août 2020 voyait l’euro « se pèter la gueule » et l’inflation « entre 7% et 10% par an » smiley

            .

            pour info, l’euro valait 1,10 dollar fin 2019 et 1,23 fin décembre 2020… (1,22 actuellement) et l’inflation tourne autour de 1% smiley

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