• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Les traces véreuses dans les pratiques contemporaines des lobbyistes (...)

Les traces véreuses dans les pratiques contemporaines des lobbyistes professionnels

  1. Les pratiques contemporaines des lobbyistes professionnels ont leur source aux États-Unis où ces agents d'influence « ont d'abord prospéré »1. Aujourd'hui, « l'influence états-unienne dans le domaine du lobbying »2 est encore prégnante, tant sur le plan méthodologique (I) qu'en matière de probité (II).

 

1Alain-Patrick UMUCYO. « Pourquoi les entreprises ont-elles besoin de lobbyistes maintenant plus que jamais ? I. L’exemple Uber. » AgoraVox. 24 octobre 2014. <http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/pourquoi-les-entreprises-ont-elles-158482> consulté le 25 octobre 2016

2Alain-Patrick UMUCYO. « L'influence états-unienne dans le domaine du lobbying, l'exemple de Brad Smith ». Docs-en-Stock. 18 novembre 2014. <https://www.docs-en-stock.com/summary?id=335365&affiliationcode=0d088b> consulté le 25 octobre 2016

 

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

I/ La permanence de la méthodologie Abramoff 

  A)L'importance de la rationalisation du message destiné au législateur

  B)L'intérêt de la convivialité avec le législateur

II/ La perpétuation de pratiques mafieuses

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

I/ La permanence de la méthodologie Abramoff

 

  1. La méthodologie Abramoff du lobbying est fondée sur deux piliers. Le premier incite à développer un propos rationalisé à destination du législateur (A). Le second supporte l'organisation de moments conviviaux avec ce décideur public (B).

 

A)L'importance de la rationalisation du message destiné au législateur

 

  1. Dans l'ouvrage Lobbying : cadre, outils et stratégies, publié en 2015, Viviane de Beaufort souligne que « La réussite d'une action de lobbying suppose un certain nombre de conditions à réunir pour que l'action soit crédible et dispose d'une chance de succès, sans cependant aucune garantie d'obtenir le résultat voulu. Il s'agit des conditions suivantes.

          1. Fonder l'opinion du législateur

          - Objectiviser (intérêt du plus grand nombre)

          - Rationaliser (arguments fondés)

          (…) »1

  1. En invitant précisément à « rationaliser » l' « opinion du législateur », Mme de Beaufort épouse la méthodologie de Jack Abramoff. Durant les années 1990, ce dernier « a construit l'un des plus prestigieux et profitables cabinets de lobbying »2 des États-Unis. Puis, en 2006, il « plaida coupable de corruption de représentants publics, évasion fiscale, fraude fiscal et passa trois ans et demi en prison. »3 Sorti de prison, M. Abramoff dévoila « ses pratiques de lobbyiste véreux »4. Il précisa notamment, au sujet du législateur américain : « Beaucoup de membres du Congrès, je pense, peuvent en conscience justifier [Lesley Stahl : ''rationaliser''], rationaliser [...] et à ce propos, nous voulions, en tant que lobbyistes, qu'ils réagissent ainsi. »5

 

B)L'intérêt de la convivialité avec le législateur

 

  1. En France, les lobbyistes et les parlementaires français entretiennent des relations étroites. Dans son rapport sur Les « clubs parlementaires », publié en 2016, la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique rappelle qu'en 2013 déjà « la déontologue de l’Assemblée nationale (…) soulignait que ''l’action de lobbying passe (…) également par des démarches visant à convaincre dans le cadre plus informel de rencontres conviviales autour de repas'' »6. Le recours à la convivialité d'un repas pour convaincre un politicien est une méthode perfectionnée par Jack Abramoff.
  2. Durant ses années de lobbying professionnel, Monsieur Abramoff possédait son « propre restaurant haut de gamme »7 dans lequel il offrait des « repas gratuits »8 aux politiciens qu'il voulait influencer. Par ailleurs, ces derniers « jouaient des coudes » pour « avoir un verre » dans son restaurant.9

 

II/ La perpétuation de pratiques mafieuses

 

  1. Si l'aspect véreux de ces relations de convivialité entre lobbyistes et parlementaires était encore incertain, les recommandations d'un ancien membre de la mafia américaine dissiperont le doute. Dans Mob Rules – What the Mafia can teach the legitimate businessman [français : Les règles de la pègre – Ce que la Mafia peut enseigner à l'homme d'affaire respectable], Louis Ferrante indique que « le seul acte de corruption » qu'il recommande peut se résumer à « Manger, boire et être productif ».10 L'auteur présente en substance la pratique qui a permis à Jack Abramoff d'attirer des politiciens par centaines. Les lobbyistes français reprennent donc finalement une méthode mafieuse par l'intermédiaire du modèle Abramoff.

  2. La nouvelle ère du lobbying11 et La gouvernance entrepreneuriale mondiale12 présentent pourtant Jack Abramoff comme le dernier représentant d'une ère désormais révolue. Force est de constater, cependant, que même celles et ceux qui prônent « un lobbying éthique »13 s’accommodent de méthodes qui en ont conduit d'autres en prison. Et ainsi, le droit pénal semble impropre à prévenir l'illicéité de certaines pratiques.

  3. En France, l'insuffisance du droit pénal face à la nécessité de réglementer la profession de lobbyiste est essentiellement révélée par le déséquilibre entre le dispositif juridique qui leur est applicable et celui qui est applicable aux responsables publics. Cette insuffisance est également liée à la nature même du droit pénal, dont l'objectif de répression laisse peu de place à des mesures de prévention.

 

Source : @HATVP. « "Je suis pour associer à la sanct° pénale une sanct° pol... ». Twitter. 14 septembre 2016. <https://twitter.com/HATVP/status/776106075217158144> consulté le 31 décembre 2016

 

Article extrait de Le cadre matériel des recherches sur 'La reconnaissance juridique des lobbyistes professionnels en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et au niveau de l'Union européenne'

 

 

1Viviane de Beaufort, Françoise Hacque-Cosson (dir.). Lobbying : cadre, outils et stratégies. Bruxelles : Larcier, 2015. p. 24

2« Biography ». Abramoff. <http://abramoff.com/biography/> consulté le 15 novembre 2014 – site inaccessible au 24 juin 2016

3STAHL Lesley, ABRAMOFF Jack. « Jack Abramoff : The lobbyist's playbook ». Youtube. 06 novembre 2011. 00:33 <https://youtu.be/CHiicN0Kg10?t=33s> consulté le 24 juin 2016

4Alain-Patrick UMUCYO. « La nouvelle ère du lobbying : Le tournant Jack Abramoff ». DocsenStock. 18 novembre 2014. <https://www.docs-en-stock.com/summary?id=335366&affiliationcode=0d088b> consulté le 18 juin 2016

5STAHL Lesley, ABRAMOFF Jack. « Jack Abramoff : The lobbyist's playbook ». Youtube. 06 novembre 2011. 01:57 <http://youtu.be/CHiicN0Kg10?t=1m57s> consulté le 18 juin 2016

6Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publlique. Les « Clubs parlementaires ». Rapport au Président de l'Assemblée nationale délibéré le 25 mai 2016. p. 10 <http://www.hatvp.fr/wordpress/wp-content/uploads/2016/06/Rapport-Clubs-parlementaires-PDF-Interactif.pdf> consulté le 19 octobre 2016.

7STAHL Lesley, ABRAMOFF Jack. « Jack Abramoff : The lobbyist's playbook ». Youtube. 06 novembre 2011. 02:24 <https://youtu.be/CHiicN0Kg10?t=2m24s> consulté le 25 octobre 2016

8Ibidem

9STAHL Lesley, ABRAMOFF Jack. « Jack Abramoff : The lobbyist's playbook ». Youtube. 06 novembre 2011. 07:27 <https://youtu.be/CHiicN0Kg10?t=7m27s> consulté le 25 octobre 2016

10Louis Ferrante. Mob Rules. New-York : Penguin, 2015. p. 184.

11Alain-Patrick UMUCYO. La nouvelle ère du lobbying. Docs.School, 31 décembre 2015. <https://docs.school/summary?id=439333&affiliationcode=0d088b> consulté le 25 juin 2016

12Alain-Patrick UMUCYO. « La gouvernance entrepreneuriale mondiale ». AgoraVox. 15 avril 2015. <http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-gouvernance-entrepreneuriale-166095> consulté le 25 juin 2016

13Viviane de Beaufort, Françoise Hacque-Cosson (dir.). Lobbying : cadre, outils et stratégies. Bruxelles : Larcier, 2015. p. 14


Moyenne des avis sur cet article :  3/5   (6 votes)




Réagissez à l'article

4 réactions à cet article    


  • Jeekes Jeekes 31 décembre 2016 14:57

    Ben ouais ; tous pourris.


    Et dire qu’il y en a qui y croient encore... 
     


    • Etbendidon 31 décembre 2016 15:26

      Plutôt indigeste votre article
      Comme d’ailleurs votre avatar
       smiley
      Le commercial qui invite son prospect à manger, il fait du lobbying
      Meme que parfois il organise des petites sauteries
       smiley
      Faut bien vendre
      Si vous ne voulez pas devenir lobbyiste, devenez ACHETEUR le meilleur poste dans une entreprise (surtout en fin d’année)


      • Willien 31 décembre 2016 18:30

        Trop forts ces américains ! Ils ont même inventé l’invitation au resto pour influencer quelqu’un ! On retrouve des traces d’invitation à dîner de professeurs pour influencer les notes qu’ils donneront aux enfants de leurs hôtes dans les tablettes cunéiformes sumériennesil y a 6000 ans. Mais bon, ils avaient sûrement rencontré la mafia et Monsieur Abramoff au cours d’un voyage spacio-temporel...


        • zygzornifle zygzornifle 1er janvier 14:12

          des traces que l’on retrouve dans le slip de nos ministres, députés, sénateurs, préfets, fonctionnaires territoriaux et autres 560 000 élus de la raie-publique .....

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires