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Macron : un monde de contradictions... (1)

La tension récente avec F. Bayrou [1], qui vient d'éclater au moment où nous écrivons ces lignes, montre les difficultés auxquelles doit faire face E.Macron : les objectifs de chacun sont compatibles à moyen terme, mais pas nécessairement à très court terme. Et la confiance que faisait F. Bayrou à E. Macron pourrait être affectée par ces tensions, avec l'impression d'avoir été trahi. Ce qui n'est évidemment pas très favorable pour E. Macron, même si cela peut améliorer temporairement les relations avec "la droite et le centre".

A l'issue de l'accord passé entre E. Macron et F. Bayrou, en février 2017, François Bayrou assurait, pendant un entretien télévisé, qu'il n'avait pas été question de circonscriptions... mais cela n'empêche pas qu'il ait pu y avoir un accord verbal sur un nombre d'investitures, dans le prolongement de l'accord (quantitatif) qu'il avait obtenu avec Alain Juppé avant les primaires.

Peut-être François Bayrou a-t-il trop fait confiance, dans le cadre d'un accord tacite ? L'expérience nous montre que l'implicite est très souvent porteur de conflits ultérieurs, chacun voyant midi à sa porte et interprétant à sa manière les termes d'un accord, même si cet accord avait semblé assez clair pour chacune des parties.

Peut-être E.Macron a-t-il été trop elliptique, à dessein ("un nombre conséquent de candidats Modem") ? Pour avoir plus de marge de manoeuvre par la suite, dans ce qu'il pressentait à juste titre comme très délicat ?

L'avenir nous dira comment évoluera cette tension entre ces deux tenants d'un espace central, pour la vie politique française. Il est possible que cela se règle grâce à la centaine de candidatures non publiée il y a 2 jours par "La république en marche", et que les ténors de la droite et du centre ne se bousculent pas pour les briguer. Peut-être François Bayrou aura-t-il 15 députés élus, ce qui lui assurerait un groupe à l'Assemble Nationale, une de ses demandes les plus fortes.

Ou faudra-t-il que l'Assemblée décide de diminuer à nouveau le nombre de députés nécessaires pour constituer un groupe ? Ou que certains élus "En Marche" rejoignent François Bayrou pour compléter son groupe ?

Si la tension n'est pas réglée rapidement, il faudra compter avec le temps pour résoudre ces difficultés. Il semble difficile à François Bayrou de déposer d'ici quelques jours de nombreuses candidatures, éventuellement en face de candidats 'En Marche'.

Notons aussi que ces difficultés sont renforcées par le système électoral actuel, n'ayant aucune dose de proportionnelle et ne facilitant pas la candidature de ceux qui ne bénéficient pas d'un parti puissant. Ce qui ne facilite pas l'émergence de forces politiques nouvelles.

La situation sera probablement différente quand une dose de proportionnelle aura été instaurée. Ce qui devrait augmenter significativement le nombre d'élus du FN... ce qui ne me réjouit pas ! Mais la virulence, l'extrêmisme et la dynamique 'hors système' des frontistes sont actuellement renforcés par une très faible représentation à l'Assemblée, et il faut combattre leurs allégations fantaisistes, et démonter leurs arguments qui n'en sont pas.

Cet épisode nous montre, s'il en était besoin, à quel point il peut être difficile de gérer des transitions, entre deux états, dont l'un (situation actuelle) est bien connu, mais dont l'état ultérieur regorge d'incertitudes.

Des tensions à l'image de ce que nous risquons de constater d'ici peu

Cet épisode est potentiellement à l'image de ce que nous risquons de vivre dans les prochaines années, dans le redressement de la France qu'il convient de réaliser... qu'il soit mené par E. Macron et sa majorité présidentielle, s'il l'obtient, ou par une 'coexistence' avec la droite et le centre, s'il n'obtient par la majorité à l'Assemblée Nationale en juin prochain.

Car le monde dans lequel nous vivons est plein de contradictions. Ce monde est 'vivant', dynamique, ces contradictions le font évoluer, pas toujours favorablement, et souvent rapidement, apparemment hors du contrôle de nos dirigeants politiques. Cette perte de contrôle fait peur à bien des gens.

Mais contrairement à ce qu'une bonne partie des dirigeants politiques français (et britanniques, et aux Etats Unis) essaient de nous faire croire, le monde moderne n'est pas fermé, simple et stable, où il suffirait d'actions 'simples' (revenir aux douaniers aux frontières, revenir au franc, interdire les licenciements, taxer très fortement les importations et de manière unilatérale, etc.) pour obtenir les résultats souhaités : arrêter les terroristes et éviter les attentats, empêcher l'immigration, légale et illégale, éviter les délocalisations, revenir au plein emploi, etc.

Et ce monde ne peut pas non plus revenir à l'état antérieur, beaucoup moins ouvert, moins complexe, et plus stable (la Guerre froide gelant de nombreux conflits régionaux, par exemple).

Revenir aux Trente Glorieuses...

La France ne peut pas revenir aux Trente Glorieuses, jusqu'en 1975, où une croissance forte, une pyramide des âges jeune et une augmentation lente mais sûre des charges sociales, impôts et taxes diverses permettait de construire un Etat providence et un "modèle social français" qui ne sont plus adaptés aux réalités actuelles.

Il ne peut pas s'agir pour les nostalgiques Britanniques 'Brexiters' de revenir à l'époque du défunt "Common Wealth". Le mot est d'ailleurs intéressant, car il est porteur de richesses communes ! Qu'ils le veuillent ou non, les choses ont bien changé depuis, et ce n'est pas en se repliant sur eux-mêmes qu'ils pourront faire face aux défis gigantesques des années et décennies à venir : s'ils voulaient revenir aux relations commerciales antérieures avec les pays du Common Wealth, ces pays ne pourraient tout simplement pas l'accepter ! Signalons d'ailleurs que le vote britannique a été très différent selon les régions, et que la décision de quitter l'UE pourrait être le signal pour déclencher l'Indépendance de l'Ecosse, et poser de sérieux problèmes entre l'Irlande du Nord et l'Irlande.

De même que les états-uniens ne pourront pas revenir à l'époque où ils dominaient le monde, après guerre, notamment du fait des deux guerres mondiales qui avaient détruit l'Europe et permis leur fantastique expansion économique ! Qu'ils le veuillent ou non, l'Europe s'est (re)développée entre temps, et plus encore l'Asie et les 'pays émergents', et ce mouvement est irréversible. Ce n'est pas en clamant haut et fort "America first" qu'ils pourront revenir à cette "America great again". Donald Trump lui-même s'en est finalement rendu compte, il l'a reconnu officiellement au terme de ses 100 premiers jours, la tâche de Président des Etats Unis n'est pas aussi facile qu'il l'avait pensé !

Le monde dans lequel nous vivons est au contraire :

  • très ouvert. C'est bien sûr le cas du fait d'une mondialisation économique, mais aussi à tous les niveaux : sociaux, culturels, écologiques, migratoires, etc.
  • particulièrement complexe [2]. Il ne s'agit pas d'un monde simple, où une action précise (et simple) donnerait toujours le même résultat. Ni même d'un monde compliqué, pour lequel il suffirait de méthodes, de patience et de rigueur méthodologique pour résoudre les difficultés. Mais d'un tissu très dense d'interactions qui font qu'il est généralement impossible de prévoir précisément le résultat d'une quelconque action.
  • très instable. Il suffit souvent d'un grain de sable, d'un événement imprévu pour remettre en question toute une démarche, toute une stratégie, tout un mouvement de fond.

L'exemple très clair de la dernière campagne

Prenons l'exemple de l'élection présidentielle, du processus, depuis avant les primaires, jusqu'à son résultat, dimanche dernier.

Si l'on avait fait un sondage pour estimer les chances de E. Macron il y a un an, il aurait montré que très peu (5% ?) croyaient que sa victoire était possible. C'est finalement l'hypothèse la moins probable qui s'est réalisée.

  • le processus était finalement beaucoup plus ouvert que la plupart d'entre nous le pensaient. Et si un sondage avait été fait parmi les spécialistes des questions politiques, le résultat aurait été encore bien plus faible ! Celui qui l'a emporté a démarré il y a un an sans parti, sans député, sans sénateur, sans élu local, sans financement public, et il n'a jamais été élu, dans aucune élection politique !
  • ce n'était évidemment pas une élection 'simple', qui aurait vu les deux gagnants des primaires des deux mouvements de gouvernement arriver au 2e tour. Ce n'était pas non plus une élection 'compliquée', puisqu'aucune des conditions nécessaires (un parti puissant, un financement solide, des élus et relais très visibles dans l'opinion) n'était satisfaite par le candidat Emmanuel Macron, un an avant l'élection. De plus, il était issu d'un gouvernement qui avait une image déplorable, à la suite d'un quinquennat considéré comme calamiteux par la plupart des Français. Sa probabilité 'raisonnable' de réussite était donc proche de zéro, voire nulle.
  • le processus s'est révélé très 'instable', avec de très nombreuses péripéties, assez incroyables. Par exemple, ce n'est pas un des deux favoris qui a triomphé lors de la primaire de la droite et du centre, mais celui qui était quatrième dans les sondages jusqu'à quelques jours avant le 1er tour. Il aura suffi de la polémique anti Bayrou (déjà !), menée par les sarkozystes contre Alain Juppé, pour en faire bénéficier François Fillon, qui venait de passer troisième dans les sondages... Il aura suffi d'un article dans "Le Canard enchaîné" pour déstabiliser sa candidature. Il aura suffi de (vives) polémiques sur le livre "Un Président ne devrait pas dire ça" pour inciter Manuel Valls à dissuader publiquement F.Hollande de se représenter, alors que la majeure partie des derniers actes du Président, sur plus d'un an, avait consisté à essayer de créer les conditions de sa candidature. Et ce ne sont que quelques exemples.

Les tenants des extrêmes ne sont pas à l'abri de cette complexité

Les partisans de revenir à des raisonnements 'simples', à l'extrême gauche et à l'extrême droite, ne sont pas à l'abri de ces phénomènes, même si leurs deux candidats ont réussi à être parmi les quatre premiers, avec chacun environ 20% des suffrages. Jean Luc Mélenchon en a bénéficié principalement, puisqu'il a réussi à repasser très vite devant Benoît Hamon, et qu'il a ainsi pu attirer les suffrages d'une très grande partie du 'peuple de gauche'.

Quant à Marine Le Pen, elle en a souffert, à plusieurs reprises, par exemple :

  • quand une autre possibilité est apparue de manifester sa colère (Jean Luc Mélenchon), elle a perdu des intentions de vote significatives.
  • quand elle n'a pas été à l'aise dans le débat à onze, par rapport à Emmanuel Macron, mais aussi Philippe Poutou lui rappelant qu'il ne bénéficiait pas d'une "immunité ouvrière", contrairement à son immunité parlementaire et à sa volonté de ne pas se présenter devant la justice de son pays
  • quand elle s'est écroulée lors du débat final face à Emmanuel Macron, qu'elle avait décidé d'attaquer frontalement dès la première seconde, et dans lequel elle ne répondait pas précisément aux questions concrètes posées sur son programme.

Elle et son parti le FN sont apparus à plusieurs reprises, au grand jour, avec leurs contradictions :

  • lors de ses déclarations sur le Vel d'Hiv, qui ont en quelques instants porté un coup important à sa volonté de dédiaboliser le FN et sa personne
  • lors de son remplacement, à la tête du FN, par une personnalité au passé et déclarations très troubles, qui a dû être remplacée à son tour par un autre président
  • lors de sa décision (quelques jours avant le scrutin) de reporter à la fin du quinquennat le retour à la retraite à 60 ans
  • lors de son revirement de dernière minute sur l'euro (monnaie commune, plutôt que monnaie unique), qui n'a été compris par personne, y compris dans son électorat

L'article ultérieur traitera d'éléments complémentaires, importants à connaître, pour "gérer dans la complexité" [3].

 

[1] Pour des précisions sur les premières étapes du processus : L'Obs, 13 mai 2017. Législatives : retour en 5 actes sur l'embrouille entre Macron et Bayrou

[2] http://avia.superforum.fr Simple, compliqué, complexe, la différence ?

[3] "Manager dans la complexité : Réflexions à l'usage des dirigeants – octobre 2011, Dominique Genelot Jean-Louis Le Moigne (Préface)"


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9 réactions à cet article    


  • JL JL 13 mai 16:03

    Bonjour Laurent Simon, 

     
    Je lis : ’’Cet épisode est potentiellement à l’image de ce que nous risquons de vivre dans les prochaines années, dans le redressement de la France qu’il convient de réaliser’’ 
     
    vous pourriez nous dire SVP, ce que vous entendez par « redressement de la France » ?

    • Laurent Simon 13 mai 17:53

      @JL Le sens de ce mot n’est sûrement pas très différent de celui que leur donnent les électeurs « de la droite et du centre », qui s’engageaient, en votant pour la primaire, pour redresser la France.

      Il s’agit, dans mon cas, de redressement surtout économique :

      • arrêter pour l’Etat de systématiquement -depuis 1978 de mémoire- dépenser 25% de plus que les rentrées d’argent, donc arrêter d’amonceler un montant de dettes impressionnantes, qui devront être payées par les générations ultérieures, alors qu’il ne s’agit pas d’investissements productifs de rentrées ultérieures
      • permettre d’investir en revanche pour l’avenir, pour relever les fantastiques défis tels que : faire face au terrorisme, remédier aux très mauvaises performances du système éducatif et éviter autant de ’décrocheurs’ et personnes qui sortent de l’école sans maîtriser les fondamentaux, fournir une formation permettant à tous de se reconvertir -depuis 30 ans on sait que faire le même métier toute sa vie sera impossible-, lutte contre le crime organisé qui se rit des frontières, le réchauffement climatique et l’acidification des océans qui pourrait entraîner une disparition des espèces encore plus rapide que celle que nous avons connue depuis 30 ans, etc.
      car ce redressement économique permet aussi d’attirer les investissements, de créer de nouvelles richesses, de faciliter le développement des entreprises et de créer un tissu d’entreprises moyennes qui nous fait cruellement défaut quand on compare avec les pays voisins (Allemagne, Europe du Nord notamment), donc de développer de façon très importante l’emploi et avec des emplois très qualifiés, etc.

      Ce redressement économique permet aussi de retrouver de l’optimisme, alors que les Français ont un moral pire que les afghans et les irakiens, deux pays en guerre !
      Etc. etc.


    • JL JL 13 mai 19:17

      @Laurent Simon
       

       ce n’est pas la France qui a besoin d’être redressée mais ses dirigeants, couchés devant la Finance et le pouvoir économique, et ses zélites qui s’abaissent dans la trahison à mesure que grimpent leurs comptes en banque.

    • babelouest babelouest 13 mai 20:45

      @JL
      « Redressés » ? Le terme est faible sans doute... ou inadéquat.

      Ils sont couchés ? Qu’ils y restent.


    • zygzornifle zygzornifle 13 mai 18:23

      un monde de cons tout cours .....


      • babelouest babelouest 13 mai 18:50

        Pourquoi parler de ces deux-là ? le plus ancien va avec le vent, le plus jeune n’est que le souffle du vent (pas même le vent tout court) qui n’aurait jamais dû être proclamé vainqueur, puisque il est manifeste que les deux tours ont été abondamment « bricolés ».

        Il vaut mieux parler de ceux qui avaient des solutions (oui, il y en a, parfois révolutionnaires), et qui POUR CETTE RAISON ont été rendus inaudibles. Des solutions que bien sûr des citoyens complètement perturbés par la propagande trouveraient aberrantes.


        • zygzornifle zygzornifle 14 mai 09:51

          Macron est un illusionniste et certains vont commencer a se réveiller avec des démangeaisons rectale , ce nouveau Vice Chancelier aura l’appui total de Merkel and cie ...... 


          • zygzornifle zygzornifle 14 mai 10:02

            Ce lundi Macron est reçu par tatie Merkel pour placer son collier étrangleur et comme signe de soumission il va lui offrir la mallette ainsi que les codes de lancement des missiles de la force de dissuasion .... 


            • Durand Durand 14 mai 10:11
              Quel que soit le Premier ministre issu des législatives, il devra appliquer la feuille de route éditée par la Commission Européenne de Bruxelles (art 121 du TFUE)... Un Mélenchon Premier Ministre qui voudrait désobéir aux traités serait immédiatement rappelé à l’ordre par Macron et par Bruxelles...

              Puisque nous en sommes là, je me demande s’il n’est pas plus sage de laisser Macron agir à sa guise, pour que les contradictions entre les intérêts de l’UE-Système et ceux du peuple français deviennent le plus rapidement possible une évidence aux yeux d’une majorité. 

              Comme l’on dit en Provence, parfois, s’il n’y a pas d’autre solution, il vaut mieux pousser du côté où ça penche... 
              Obtenir l’évidence du Frexit par l’absurde, en quelque sorte... Car alors, peut-être, les Français comprendront-ils enfin la portée exacte de ces quelques mots :



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