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Manuel Valls, le vaccin anti-Macrobe ?

« Sans se renier… il faut en finir avec les dogmes. » (30 mars 2017).

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Après plusieurs semaines de silence, l’ancien Premier Ministre Manuel Valls a finalement lâché le morceau : il votera pour Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle. Il l’a annoncé le matin du mercredi 29 mars 2017 sur BFM-TV après avoir réuni la veille ses troupes. Cette décision est un nouveau rebondissement dans une campagne présidentielle particulièrement inattendue.

Prenons les choses dans l’ordre.

D’abord, son engagement : en participant à la primaire socialiste de janvier 2017, Manuel Valls avait pris l’engagement de soutenir le candidat désigné par les urnes, un engagement à la fois écrit et oral devant des millions de téléspectateurs. En refusant de soutenir ce candidat, Benoît Hamon, il contrevient à cet engagement. Il n’est pas le premier, puisqu’un autre candidat à cette primaire, l’écologiste François de Rugy, s’était macronisé le 22 février 2017, le même jour que la macronisation de François Bayrou. Manuel Valls avait déjà refusé d’apporter son parrainage à un candidat, ce qui avait provoqué quelques émois et protestations de la part du PS et des hamonistes.

Pour autant, fallait-il qu’il apportât son soutien à Benoît Hamon alors que ce dernier, au lieu de faire un pas vers les 41% d’électeurs de Manuel Valls à la primaire, a préféré passer cinq semaines à amadouer Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon ? Cela a marché pour le candidat écologiste qui, de toute façon, aurait connu de grandes difficultés à recueillir ses 500 parrainages de candidature, et c’était forcément voué à l’échec pour Jean-Luc Mélenchon dont la campagne débridée l’épanouit et qui n’a aucune raison de l’interrompre d’autant plus que ce sera probablement la dernière.

Benoît Hamon n’a visiblement toujours rien compris puisque sa première réaction, ce 29 mars 2017, a été de faire un appel à Jean-Luc Mélenchon pour venir le rejoindre ! Alors que ce dernier est désormais autour de 14% dans les intentions de vote face à 10% pour son concurrent socialiste, il y a une certaine candeur à se prendre pour …François Mitterrand (à la rigueur, on lui dira que les lunettes sont bien choisies).

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Ensuite, la cohérence politique de Manuel Valls : ce soutien était pourtant assez prévisible. Si l’ensemble des soutiens d’Emmanuel Macron ne correspond pas à une cohérence politique (le grand écart de Patrick Braouzec et Robert Hue à Alain Madelin et Dominique Perben, en passant par Pierre Bergé, Alain Minc, Daniel Cohn-Bendit et surtout Jean-Yves Le Drian), ce soutien particulier de Manuel Valls n’est pas incohérent d’un point de vue intellectuel. Emmanuel Macron a même réussi en un an ce que voulait entreprendre Manuel Valls depuis dix ans : amener le parti socialiste vers un social-libéralisme où la logique du réalisme économique l’emporterait sur les vieilles chimères du marxisme tendance XIXe siècle. Pire, quinze ans plus jeune, Emmanuel Macron lui a aspiré toute la popularité que Matignon lui a enlevée.

Enfin, sa stratégie personnelle : vu l’état psychologique des relations entre Manuel Valls et Emmanuel Macron, Manuel Valls a dû se forcer pour lui apporter son soutien. À l’évidence, Manuel Valls s’est trompé en se présentant à la primaire socialiste. Il n’avait pas imaginé que François Hollande l’aurait écouté jusqu’à renoncer à se représenter, si bien que Manuel Valls a dû improviser une candidature avec un programme bâclé et surtout, une stratégie totalement incohérente puisqu’il a voulu gauchir son image, ce qui l’a discrédité auprès de ses soutiens traditionnels (centre gauche) sans pour autant inspirer confiance à l’aile gauche des électeurs socialistes.

Évidemment, Manuel Valls pense à l’après-élection présidentielle. Il pense aux élections législatives, il voudrait avoir un poids parlementaire en se mettant à la tête d’un groupe charnière, étiqueté socialiste ou pas, d’ailleurs. Et en fonction des résultats, reconquérir le parti socialiste ou créer un nouveau parti entre Emmanuel Macron et Benoît Hamon.

Or, quel est l’intérêt politique de Manuel Valls ? Pas que Benoît Hamon gagne l’élection, mais personne n’y songe, pas même ce dernier. Mais pas plus qu’Emmanuel Macron gagne cette élection, car une telle élection signifierait que le mouvement En Marche dominerait au moins le temps d’une législature, empêchant tout développement d’un mouvement spécifiquement vallsiste, au sein du PS ou en dehors. Rappelons que Forza Italia existe depuis plus de vingt-trois ans en Italie et est, comme En Marche, un mouvement sorti de nulle part, sans tradition politique, historique ou philosophique et qui ne doit sa réalité qu’au seul talent de son fondateur.

C’est donc qu’il parie plutôt sur l’échec d’Emmanuel Macron. Cet échec éliminerait non seulement Emmanuel Macron mais également son mouvement du paysage politique aussi rapidement qu’ils sont apparus. Manuel Valls pourrait alors récupérer les ruines du macronisme avorté.

Comme il a placé son soutien à Emmanuel Macron non seulement dans un cadre de sa cohérence politique mais aussi dans le cadre de son opposition frontale au Front national et à Marine Le Pen (dont on ne peut douter de la sincérité mais dont l’efficacité prête quand même à discussion), Manuel Valls pourrait imaginer ce baiser qui tue, car le soutien du principal ancien Premier Ministre de François Hollande, après deux autres ministres et probablement avant Ségolène Royal, Jean-Marc Ayrault et d’autres ministres socialistes, risquerait de confirmer ce que François Fillon répète depuis trois mois, à savoir que la candidature d’Emmanuel Macron, c’est la continuation du quinquennat de François Hollande.

Et justement, Manuel Valls se complairait bien d’une victoire de François Fillon. Car il l’imagine face à Marine Le Pen avec la nécessité de rassembler non seulement les électeurs de droite et du centre mais aussi d’autres électeurs "républicains" (le terme est aussi vallsien) qui se situeraient au centre gauche, bref, les électeurs d’Emmanuel Macron qui, dans cette configuration, n’est plus présent au second tour de l’élection présidentielle.

Ainsi, Manuel Valls s’est appliqué à préparer cette configuration dès maintenant, même si les sondages la donnent encore improbable. Dans une interview à "L’Obs" le 30 mars 2017, il a déclaré : « En cas de victoire de François Fillon, il faudra aussi chercher à trouver des compromis avec la droite parlementaire. ».

Cette petite phrase est très limpide. Elle montre que l’adversaire principal reste le Front national et que pour s’y opposer, le rassemblement de toutes les forces républicaines sera nécessaire. C’est non seulement une bonne anticipation de la campagne du second tour (car si Marine Le Pen est présente au second tour, la question se posera quel que soit son adversaire, y compris Jean-Luc Mélenchon !), mais c’est aussi le moyen de prendre date et de devenir incontournable dans l’esquisse de la prochaine majorité gouvernementale.

Expérimenté et habile, François Fillon est d’ailleurs allé dans le sens de Manuel Valls dès le matin de ce 30 mars 2017, en disant sur RTL qu’il était tout à fait disposé, le cas échéant, à parler avec Manuel Valls ! En deux jours, vient de se créer non pas un axe présidentiel Macron-Valls, mais un axe législatif Fillon-Valls !



Cette entente pourrait évidemment justifier la campagne récurrente du FN disant que le PS et LR soutiennent la même politique. Mais personne n’est dupe et la dispute entre Benoît Hamon et Manuel Valls, à la fois personnelle et intellectuelle, montre justement que ce n’est pas le cas.

Simplement, lorsqu’il faut choisir au second tour, il y a une logique de "discipline républicaine" qui a permis à Jacques Chirac d’être élu par 82% des électeurs, sans doute par plus d’électeurs de gauche que de droite, et massivement par les électeurs communistes ! (Se rappeler que pendant la campagne, les "Guignols de l’Info" l’avaient appelé "Supermenteur" !).

Comme Manuel Valls n’est pas bridé par une candidature personnelle, il peut se permettre de répondre à des questions qu’Emmanuel Macron refuserait de concevoir. En effet, c’est sans doute une erreur tactique d’Emmanuel Macron d’avoir voulu verrouiller toute majorité parlementaire le soutenant dans le cadre de son mouvement En Marche. Car il ne serait pas crédible d’imaginer qu’il ne se reposerait que sur "ses" propres députés, dont la moitié serait des novices de la chose politique (et de l’implantation locale).

En ce sens, François Fillon a montré une plus grande aptitude au rassemblement des forces de changement et de réforme qu’Emmanuel Macron lui-même qui, fort de ses succès dans les sondages et dans les meetings, veut le pouvoir à 100%, sans rien négocier, sans rien discuter. Comme je l’ai dit précédemment, l’auberge devenue catalane qu’il a créée a justement besoin de beaucoup plus de négociation qu’un parti classique à base programmatique homogène (je le répète, de Robert Hue à Alain Madelin !). À l’évidence, Manuel Valls vote déjà François Fillon !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le vaccin anti-Macrobe.
Benoît Hamon.
Emmanuel Macron.
François Fillon.
François Bayrou.
Second tour de la primaire socialiste du 29 janvier 2017.
Quatrième débat de la primaire socialiste du 25 janvier 2017.
Premier tour de la primaire socialiste du 22 janvier 2017.
Troisième débat de la primaire socialiste du 19 janvier 2017.
Deuxième débat de la primaire socialiste du 15 janvier 2017.
Premier débat de la primaire socialiste du 12 janvier 2017.
La primaire socialiste de janvier 2017.
Programme de Manuel Valls (à télécharger).
Manuel Valls candidat.
La ville d’Évry.
Discours de Manuel Valls le 13 janvier 2015 au Palais-Bourbon (texte intégral).
Discours de Manuel Valls le 9 janvier 2016 au CRIF (texte intégral).
Manuel Valls et l’esprit républicain.
Manuel Valls vs François Fillon (24 septembre 2015).
La ville de Manuel Valls.
La confiance Valls, volet 2 (16 septembre 2014).
La confiance Valls, volet 1 (8 avril 2014).
Les relations entre l’Élysée et Matignon.
Nomination de Manuel Valls à Matignon (31 mars 2014).
Valls sera-t-il Premier Ministre ? (15 mars 2014).
Manuel Valls et son ambition présidentielle.
Manuel Valls à la primaire socialiste.
Manuel Valls et les institutions de la République.
Valls-Bayrou, même combat ?
Et la Corse dans tout cela ?
Et les gens du voyage ?

_yartiValls2017A04
 


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4 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 31 mars 11:25

    Vaccin ou injection de pus ? on le saura dans les semaines a venir .........


    • foufouille foufouille 31 mars 11:47

      "amener le parti socialiste vers un social-libéralisme où la logique du réalisme économique l’emporterait sur les vieilles chimères du marxisme tendance XIXe siècle."
      ce ne sont pas les gens comme toi qui survivront avec 600€ ou 4€/h.


      • aimable 1er avril 09:15

        Valls est clair il assume être un parjure , comme tous les politiques !


        • Samson Samson 2 avril 18:24

          Alors même qu’au jeu des 7 erreurs, l’électeur désabusé se trouve - hors mœurs - fort en peine à encore différentier gauche «  »réformiste« de droite »décomplexée« , l’avantage de notre Rothschild boy national en campagne est de synthétiser à lui tout seul ce que la grognasse Brun-Marine qualifiait à juste titre d’UMPS, soit un consensus néo-libéral mondialiste et atlantiste (TINA) dont le programme (d’autant plus nébuleux, qu’il n’est destiné qu’à obéir docilement aux ordres venus d’ »en-haut« ) ne vise qu’à vider de toute substance résiduelle la puissance étatique et le suffrage démocratique, dans l’unique but d’accélérer notre soumission au Nouvel Ordre Mondial, soit à cette »dictature« des marchés édictée pour l’insatiable ’avidité de la nouvelle aristocratie transnationale (Soros, Bill Gates, Larry Page, Mark Zuckerberg, ...), ces fameux »1%« qui en moins de 50 ans se sont à nos dépens accaparés plus de la moitié de la richesse mondiale.

          Autant dire que, derrière un marketing de »rupture« ou de »révolution« bien en phase avec le ras-le-bol et l’exaspération citoyens, le Puceau d’Orléans ne nous fourgue rien d’autre que cette même vieille lessive déjà éprouvée pour notre plus grand bonheur sous les règnes successifs de la girouette de Neuilly et de l’ennemi de la finance : au carrousel républicain, il eut été dommage que leurs zélés larbins d’hier ne tentent à leur tour la chance de décrocher la »floche« .

          Si même Manu le Fourbe appelle maintenant à voter pour le représentant accrédité de l’oligarchie transnationale, on ne peut guère l’accuser de trahison : ils ont fidèlement servi les mêmes maîtres et s’entendaient déjà comme larrons en foire quand il était son »manager« . Son seul mensonge, se prétendre socialiste, ne caractérise jamais , dans une logique déjà initiée par feu Tonton, que l’ensemble du dernier quinquennat et - quoiqu’en pense le militant de base - tout le sommet de l’appareil »$ociali$te« .

          Quant aux péripéties médiatiques et judiciaires associées à la vénalité et l’indignité du candidat de la droite »traditionnelle« - François le Filou cramé en pleine ascension -, pourtant bien en phase lui aussi avec le programme de l’élite mondialiste qu’il a laborieusement appliqué durant cinq ans, peut-être faut-il y chercher les raisons dans sa non-soumission au consensus €urocratique et atlantiste contre Moscou. Comme pour le Satire du Sofitel, les peaux de banane ne tiennent pas toutes de considérations liées à la politique intérieure, ...

          Résultat : Les diatribes brun-Marine contre le système ne devraient survivre bien longtemps à l’exercice du pouvoir, si d’aventure elle y accède : sa vénalité avérée n’a rien à envier à celle François le Filou, et pour autant que je sache, les recettes économiques de l’école de Chicago - expérimentées avec succès sous le régime de Pinochet, avant d’être étendues à l’ensemble du monde »libre" - s’accommodent sans aucun dommage des dictatures les plus féroces.
          Quant à la lucidité politique d’Hamon, elle le prive du soutien d’un appareil politique de longue date corrompu et dévoyé : seule la candidature de Mélanchon peut encore au niveau hexagonal ouvrir à un avenir moins sombre.

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