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Accueil du site > Actualités > Politique > Pierre Bourdieu, Ségolène Royal et la politique gagne-pain

Pierre Bourdieu, Ségolène Royal et la politique gagne-pain

La campagne des élections présidentielles de 2007 fera-t-elle tomber le masque de la politique de consommation ? A « gauche » comme à « droite », les machines d’hypnose collective en font tellement, qu’on peut se demander quelle sera la réaction d’un électorat qui, en 2005, a dit non à la grande majorité des maîtres à penser. L’entretien de Pierre Bourdieu récemment diffusé par Zalea TV soulève la question de cette politique métier où les membres des « élites » s’orientent vers la « droite » ou la « gauche » en fonction des places disponibles, sans qu’il existe une véritable différence dans les idées de base sur la conduite du pays. Dès lors, les campagnes électorales ne sauraient être que du marketing, faute de débat politique réel. Une aseptisation qui influence de manière très négative l’évolution générale du pays. Mais les citoyens n’ont peut-être pas encore dit leur dernier mot.

La vidéo du film de Pierre Carles Gauche/droite vu par Pierre Bourdieu a intéressé les internautes à cause des déclarations du sociologue qui, en mai 1999, avait évoqué le problème des "responsables politiques dits de gauche (qui) sont en fait de droite". Pierre Bourdieu dit notamment : "Ségolène Royal, pour moi, instantanément, on sait qu’elle n’est pas de gauche", et qu’elle "a ce que j’appelle un habitus, une manière d’être, de parler qui vous dit qu’elle est de droite, même si elle tient des propos de gauche". Il se réfère également à l’un de ses élèves, professeur à l’ENA, pour qui Ségolène Royal avait choisi la gauche comme "plan de carrière". Un exemple parmi d’autres de ces membres des "élites" qui auraient rejoint la gauche ne pouvant pas s’installer à droite. Si on suit cette analyse, le flou dans les définitions que l’on pourrait appeler officielles de "gauche" et de "droite", également dénoncé par Bourdieu, correspond à quelque chose de très profond dans notre fonctionnement institutionnel.

Bourdieu semble croire à l’existence d’une véritable définition citoyenne des notions de gauche et de droite, supplantée par des apparences façonnées en fonction des intérêts des milieux dominants. C’est en soi un sujet. Les dirigeants socialistes qui, en France comme en Allemagne, ont cautionné la Première Guerre mondiale au nom de la "défense de la Patrie" étaient-ils de gauche ? Léon Blum était-il de gauche lorsqu’en juillet 1925, il parlait de "races supérieures" devant la Chambre des députés ? L’étaient-ils, les socialistes qui, après la Libération, ont livré des guerres coloniales  ? François Mitterrand était-il de gauche lorsque, dès 1965, il a rassemblé le soutien électoral d’une sorte de front antigaulliste de fait qui allait de Tixier-Vignancour au Parti communiste en passant par les "déçus de l’Algérie" de droite comme de gauche ? Ou lorsqu’il a lancé l’opération de promotion du Front national en 1982 ? La supplantation au quotidien de la notion de gauche par rapport à ce que beaucoup d’électeurs en attendent ne fait aucun doute, vu la déception que la gauche génère chaque fois qu’elle est élue. Mais il s’agit d’une problème plus global du comportement de l’ensemble du monde politique, comme en témoignent les alternances constantes depuis 1981.

La politique gagne-pain a toujours existé. Ce qui est un peu plus nouveau, c’est que dans l’après-guerre, droite et gauche ont eu recours, pour recruter une partie croissante de leurs dirigeants, à une pépinière commune créée à cette fin : l’ENA, Ecole nationale d’administration qui se définit à présent comme une école européenne de gouvernance. L’ordonnance du 9 octobre 1945 crée à la fois l’ENA et les IEP ("instituts d’études politiques"), instaurant une science de l’administration unique et une science politique également unique. Le militant politique devient une sorte d’amateur à côté des professionnels que formeront ces institutions et qui seront censés détenir un quasi-monopole de la politique sérieuse. Il ne s’agit pas d’une mesure autocratique, mais d’un texte signé par un très large éventail politique de ministres de toutes tendances, avec entre autres les communistes François Billoux et Charles Tillon à côté du ministre des colonies radical-socialiste Pierre Giacobbi. L’union dite nationale, qu’on évoque à nouveau depuis quelque temps, a toujours été présente dans le fonctionnement de "nos élites".

Auprès des milieux influents et conservateurs, l’énarque sera un exécutant zélé. Devant les milieux populaires, il apparaîtra comme une sorte de merle blanc ou de sauveur, miraculeusement trouvé pour les défendre courageusement. C’est pourtant une politique basée sur les mêmes postulats, apprise à l’école de gouvernance, qu’il appliquera dans les deux cas, une fois au gouvernement. On a affaire à la politique gagne-pain, avec des postes très bien payés et qui, par définition, exclut tout changement de régime politique et social. L’essence de ce mode de fonctionnement réside dans la dépossession du citoyen de base des moyens dont il dispose théoriquement pour défendre ses intérêts. Les élites jouent alors le rôle d’agents du système, à la tête des mêmes organisations vers lesquelles on attire ceux qui voudraient le mettre en cause.

Vingt-cinq ans après la première élection de François Mitterrand à la présidence de la République, trois de ses collaborateurs de l’époque briguent l’investiture présidentielle du Parti socialiste. Laurent Fabius, sorti de l’ENA en 1974 et devenu peu après membre du Parti socialiste et directeur du cabinet du futur président. Dominique Strauss-Kahn, ancien élève des Hautes études commerciales (HEC) et de Sciences Po, ayant enseigné notamment à l’ENA et actuellement à Sciences Po, proche de Lionel Jospin, devenu commissaire-adjoint au Plan en 1982. Ségolène Royal, sortie de l’ENA en 1980, initialement conseillère de tribunal administratif en disponibilité, devenue "chargée de mission au secrétariat général de la présidence de la République pour les questions de santé, d’environnement et de jeunesse" en 1982-1988 d’après sa propre biographie officielle, parachutée en 1988 par François Mitterrand dans les Deux-Sèvres d’après Wikipédia. Quant à l’actuel premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande, de formation HEC - Sciences Po - ENA, il présidait déjà en 1974 un comité de soutien à François Mitterrand et, après avoir été chargé de mission de la présidence de la République en 1981-1982, il fut directeur de cabinet de deux porte-parole successifs du gouvernement : Max Gallo et Roland Dumas.

Après vingt-cinq ans de déceptions, que peuvent offrir au pays ces personnalités de gauche professionnelles ? Pour racoler encore des voix, elles ont surtout recours à des maquillages nouveaux : Fabius, le "trilatéral de gauche" transfiguré ; Royal, la mitterrandiste illuminée... et que va nous servir DSK, après les larmes de Lionel Jospin ? La réalité est que, depuis une trentaine d’années, il existe bien une politique transversale du système que ces professionnels de gauche, comme ceux de droite, ont invariablement appliquée. Mais cette politique réelle n’a rien à voir avec ce qui se dit lors des campagnes électorales.

L’exemple de la pré-campagne présidentielle de Ségolène Royal est particulièrement instructif, à cause notamment de l’incroyable forcing médiatique et psychologique de masse qui l’entoure depuis des mois et qui a été perçu comme une agression par une partie de l’opinion. L’argumentation politique cède la place à des techniques diverses pour influencer le citoyen. On a affaire à une liste de généralités telles que : "ordre juste", "effort récompensé", "redémarrage économique", "sécurisation des Français", "politique plus efficace", "révolution démocratique", "amélioration du fonctionnement institutionnel"... que n’importe quel autre parti pourrait mettre en avant de la même façon. Et le discours sur la nation, après avoir soutenu à fond le projet de constitution européenne en 2005... Plus, de temps à autre, des perles comme celle sur un encadrement militaire des primo-délinquants. S’agit-il de politique, ou de conditionnement pur et simple des électeurs ?

Avant même de connaître la liste des candidats à l’investiture de son propre parti, Ségolène Royal était déjà partie en campagne pour les présidentielles de 2007. Le 29 septembre, à Vitrolles, elle a prononcé un discours confirmant sa candidature : "Oui, j’accepte d’assumer cette mission de conquête pour la France et les épreuves qui vont avec..." Rien moins. Dominique Reynié a estimé que dans ce discours la précandidate du PS récupère "tout un héritage oublié de la gauche française sur l’autorité" et veut "fermer la parenthèse de 68, en finir avec l’idée que le concept-clé c’est la liberté. Pour elle c’est plutôt l’égalité". Le discours de Vitrolles avait clairement pour objectif de persuader les électeurs que : " Sur l’emploi stable, sur l’avenir de l’école, sur l’avenir des retraites, sur la santé, l’environnement, les conditions de travail, le logement, les transports, la culture, la sécurité publique et la lutte contre toutes les formes d’insécurité et de violence, dont le niveau jamais atteint est la marque de la faillite de la droite, oui, il y a des réponses efficaces et de gauche ! ", dont sa candidature est porteuse. Avec, à nouveau, François Mitterrand comme référence. Dommage que les "réponses efficaces et de gauche" ne soient évoquées que dans les discours électoraux, et que les promesses soient toujours restées lettre morte.

Quant à l’autorité, ce n’est pas l’autoritarisme qui semble avoir manqué lorsque, avec Ségolène Royal comme ministre déléguée à l’enseignement scolaire, les méthodes pour le moins expéditives d’une campagne contre la pédophilie dans les écoles se sont soldées par le suicide du professeur d’éducation physique et sportive Bernard Hanse, dont l’innocence a été reconnue par la suite.

Le 1er octobre, à Guingamp, à propos des conséquences des pesticides sur la santé, la candidate socialiste a estimé que "règne le plus grand secret entre la dégradation de l’environnement et la dégradation de la santé publique" et que les gouvernements de droite "ont menti sur Tchernobyl, ils ont menti sur l’amiante, ils mentent sur les OGM dont il faudra interdire la culture en plein champ et enfin ils mentent sur l’impact des nitrates et pesticides sur la santé publique". Elle s’est engagée à "mettre fin à tous les mensonges d’Etat". Mais que faisait Mme Royal à l’Elysée entre 1982 et 1988, à l’époque de l’attentat contre le Rainbow Warrior et de la désinformation officielle sur les retombées de Tchernobyl ou des essais nucléaires ? Qu’a-t-elle fait, par la suite, lorsqu’elle est devenue députée et ministre ? Quelle a été la politique sur les OGM du gouvernement Jospin dont elle a fait partie ?

Mercredi dernier, après la diffusion par la chaîne de télévision néo-zélandaise TVNZ des images du "plaider coupable" des deux agents français condamnés pour homicide involontaire à la suite de l’attentat contre le Rainbow Warrior et le journal télévisé de France 2 du 1er octobre faisant état notamment de la demande de réouverture de l’enquête formulée par Greepeance, Ségolène Royal a déclaré au journal télévisé de 20h de TF1 que son frère Gérard ne lui avait jamais parlé de l’opération car "il respectait les lois de son service". Mais cette affirmation ne saurait être crédible car, ayant été à l’époque chargée de mission de la présidence de la République, Ségolène Royal peut s’estimer elle-même liée par le secret, y compris sur son propre rôle éventuel. Ce que, étrangement, aucun journaliste ni politique ne semble avoir rappelé. La même objection s’applique d’ailleurs à Laurent Fabius qui, devant TVNZ, s’est plaint de ne pas avoir été informé en temps utile. La seule manière de faire émerger toute la vérité serait d’ordonner une enquête officielle et publique, avec levée du secret, mais à ce jour, aucun parti politique ne semble l’avoir réclamée. Les médias influents non plus.

Ségolène Royal a même ajouté qu’au moment de l’attentat contre le Rainbow Warrior, elle était favorable à l’action de Greenpeace contre les essais nucléaires français. C’est encore moins crédible, compte tenu du rôle et des obligations d’une chargée de mission de la présidence de la République qui ne pouvait agir ni s’exprimer en dehors d’instructions précises de la présidence, et qui n’aurait jamais été nommée ou maintenue dans ses fonctions en présence de divergences aussi profondes. Mais c’est vrai qu’avec le consensus politique et l’opacité qui entourent ce dossier, alliés à la cécité des médias, on peut se permettre de tout dire. La candidate à la candidature socialiste rend responsable de cet incident un "Etat qui fonctionne mal", mais d’après celui qui était alors directeur général de la DGSE, l’amiral Pierre Lacoste, le feu vert au sabotage du Rainbow Warrior avait été donné par François Mitterrand en personne. Il s’agit donc d’une décision politique au sommet, pas d’un dysfonctionnement de l’Etat. Ce qui n’empêche pas Ségolène Royal de se réclamer de la "lignée mitterrandienne".

Et ainsi de suite, et Ségolène Royal n’est qu’un échantillon de l’actuelle classe politique.

Soixante ans passés après la création de l’ENA, le système de la politique gagne-pain tourne à plein rendement. La corporation des politiciens professionnels s’est emparée des affaires du pays au détriment des citoyens, et entend rester longtemps en place. Elle a étendu son emprise à de nombreuses fonctions bien rémunérées dont la définition n’est pas politique et où la neutralité devrait être la règle, mais qui sont devenues une réserve à la disposition des politiques, de leurs proches conseillers, de ceux qui les soutiennent... Plus des légions de responsables à tous les échelons qui doivent leur carrière à leurs relations politiques ou au lobbying imposé par l’irruption du monde politique dans les milieux professionnels. Une situation qui n’est étrangère, ni à la fuite des cerveaux, ni à la décadence de plus en plus perceptible du pays dans les domaines industriel, scientifique, technologique... Sous-produit catastrophique de ce système hermétique où la politique métier génère autour d’elle la politique tremplin et où, au lieu de pouvoir se prononcer sur des véritables alternatives politiques, l’électeur se trouve malgré lui confiné à voter pour déterminer quel groupe accèdera à une énorme brochette de postes influents et lucratifs. Ce qui n’enlève rien à l’ardeur des campagnes électorales.

Encore un terrain où il serait inexcusablement opportuniste de ne pas évoquer la responsabilité collective des citoyens eux-mêmes, qui n’avaient pas besoin de se laisser entraîner dans la logique suiviste qui a mis le pays au bord du gouffre. 2007 sera-t-elle l’année du sursaut ? C’est peut-être la dernière chance. Après, la France risque de ne plus être un pays indépendant.


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98 réactions à cet article    


  • Monique (---.---.65.59) 9 octobre 2006 11:20

    Si Royal, Fabius et d’autres responsbales de l’époque veulent faire des déclarations sur l’affaire du Rainbow Warrior, c’est très simple : ils n’ont qu’à demander une enquête en bonne et due forme, la levée totale du secret d’Etat et la publication de l’ensemble du matériel. Autrement, c’est trop facile de dire ce que bon leur semble.

    Déjà, les déclarations de l’Amiral Lacoste ne semblent pas avoir suivi une procédure normale, même si on doit penser qu’il avait eu le feu vert pour cela. Et force est de constater qu’il se base sur un rapport officiel de l’époque et qu’il n’a pas été désavoué ni démenti. Mais pour Fabius et Royal, c’est différent : on est dans le domaine du « je dis ce que je veux » et de l’invérifiable.

    LE SECRET EST-IL LEVE, OUI OU NON ? SI OUI, IL FAUT UNE COMMISSION D’ENQUETE ET UNE TOTALE PUBLICITE DU DOSSIER.

    Autrement, les déclarations « par la bande » ne pourront que poser problème.


    • CP (---.---.241.148) 9 octobre 2006 11:29

      On a créé une sorte de faux service public de la politique où les dés sont pipés par la pensée unique et où les prestataires ont un statut de hauts fonctionnaires.


      • José w (---.---.25.142) 9 octobre 2006 11:39

        La video de Bourdieu est un Must à ne pas manquer...

        C’est une analyse très efficace, claire et sincère de la réalité politique contemporaine.


        • sijepuis (---.---.61.160) 9 octobre 2006 23:48

          Oui, comme vous dites, c’est un ’must’.

          Je recolle l’url ici afin qu’on n’ait pas besoin de le rechercher plus haut http://www.zalea.org/spip.php?article791


        • ZEN zen 9 octobre 2006 11:45

          Article trés intéressant, foisonnant et posant les problèmes de fond sur la classe politique de notre pays.Le problème revient bien à se demander : qu’est-ce qu’être de gauche ?...Vaste programme !

          Bourdieu n’a pas donné de réponse. En tant que sociologue, il a seulement tenté de décrypter le fonctionnement des institutions reproduisant les élites. Charge à nous de changer les choses à cette lumière.


          • La Taverne des Poètes 9 octobre 2006 12:09

            1ère réaction (car je reviendrai...) :

            Mitterrand n’a pas « lancé l’opération de promotion du FN ». Il s’est porté garant du pluralisme d’opinions en France, et l’a rendu effectif dans ce cas précis. Il l’a fait aussi en libérant les media du pouvoir politique.


            • Niveleur (---.---.112.129) 9 octobre 2006 12:22

              Faux. Mitterrand n’était pas un « grand homme de la politique » mais un personnage peu clair issu de l’extrême-droite et qui avait toujours gardé des liens avec elle, notamment via son attaché de presse l’ancien doriotiste Jean-André Faucher.

              Lors du procés de Salan, Mitterand avait été témoin de la défense à côté entre autres de Le Pen et à la demande de son ami Tixier-Vigancour dont Le Pen était un proche collaborateur.

              Depuis les présidentielles de 1965, Mitterrand bénéficiera systématiquement des voix du spectre politique Tixier-Vigancour - Le Pen et plus tard FN - Parti des Forces Nouvelles, etc... Avant le deuxième tour des présidentielles de 1981, Mitterrand en personne avait rencontré des militants de ces courants au Syndicat de la Présse Parisienne et négocié également en cachette le soutien de Salan et des putschistes d’Alger.

              L’opération de promotion du parti de Le Pen lancée en 1982 n’était donc qu’un renvoi d’ascenseur calculé.

              En 1988, c’est Roland Dumas qui rencontrera le dirigeant du FN Roland Gaucher chez Jean-André Faucher.

              Lire : « La main droite de Dieu », Seuil 1994.


            • (---.---.83.156) 9 octobre 2006 13:55

              Comme Royal et plein d’autres, Mitterrand aussi ce fut la politique gagne-pain. Sa trajectoire en témoigne largement. Y compris le financement qu’il recevait de son employeur Eugène Schueller au début de l’après-guerre.


            • Mizo (---.---.83.156) 9 octobre 2006 13:58

              Et quand Mitterrand se proclama « socialiste », ce fut bien parce que c’était le créneau où il y a avait une place stratégique à prendre pour quelqu’un comme lui.

              Comme le dit l’article, Mitterrand fut l’homme du rassemblement anti-gaulliste sans autre définition réelle.


            • La Taverne des Poètes 9 octobre 2006 19:58

              à niveleur :

              Mitterrand a bel et bien libéré les medias de l’emprise du pouvoir et favorisé le pluralisme d’expression et d’opinions (notamment par l’introduction d’une dose de représentation proportionnelle dans le scrutin parlementaire). Ces grandes actions ont été profitables à la Nation. Les intrigues et les calculs politiciens et électoraux, c’est autre chose... Il a cru pouvoir instrumentaliser facilement l’Extrême-Droite et ce fut l’une de ses erreurs.

              Il est faux et même mensonger de dire qu’il a fait la « promotion » du FN". Je ne retire donc pas ma remarque sur ce point.


            • (---.---.99.52) 13 octobre 2006 07:10

              Mitterrand et ses copains ont mis la main sur les médias, c’est justement de cette période que date leur mise au pas systématique. Surtout, après les sursauts de l’affaire du Rainbow Warrior.

              Par la suite, les médias ont été très gentils avec Mitterrand et très discrets sur ses combines avec l’extrême-droite, par exemple en 1988. Mais ils l’avaient déjà été en 1981. A-t-on vu en 1981 le Canard Enchaîné parler des contacts de Mitterrand avec l’extrême-droite ou avec Salan ? Mitterrand n’aurait jamais été élu si ces transactions avaient été connues. Il ne l’aurait pas été, non plus, si son passé avait été rappelé.

              Depuis les années 1980, les médias français sont devenus de simples figurants, alors que les combines du monde politique sentaient de plus en plus mauvais.

              Lire « La main droite de Dieu », déjà cité par d’autres internautes.

              Ajoutons qu’un lieu d’influence comme le Siècle fonctionnait déjà très bien, et les patrons de la presse de même que le PS y étaient fortement représentés.


            • ohlala (---.---.124.230) 9 octobre 2006 12:13

              Ce que vous voulez dire et / ou dénoncer est perceptible, mais il faut s’accrocher pour rester avec vous. (Trop de liens tue Le lien ;=))

              Bourdieu pour l’intro, OK, mais suivre avec Blum (? ) pour arriver à la caste de l’ENA omniprésente, et > politique gagne-pain, disons plus cyniquement marketing, je suppose que vous voulez traiter de l’arrivisme, OK > Ségole / Rainbow warrior... euh, là je ne suis plus. Je crois que Bourdieu non plus.

              Je ne sais comment comprendre mais note rapidement, que ces dernières années les USA se sont offert un vieil acteur hollywoodien, un fils à papa, la russie un maître espion, l’Italie un roi de la télé. Vous auriez préféré que Tapie nous revienne en grande forme ?

              (en passant, à Athènes, un citoyen élu devait abandonner son job)


              • Niveleur (---.---.112.129) 9 octobre 2006 12:25

                « Vous auriez préféré que Tapie nous revienne en grande forme ? »

                Quel rapport ? Je pense que l’article est très clair : la classe politique forme un lobby soudé. Elle fait d’ailleurs partie d’un milieu d’influence plus vaste, et c’est l’ensemble que nous devons refuser de suivre.

                Quant à Tapie, de toute façon il a rencontré des appuis partout et se porte très bien...


              • ohlala (---.---.124.230) 9 octobre 2006 13:04

                Millexcuses, pas de problème, l’aventure de ceux (hors énarques) qui se sont aventurés dans le panier de crabes, s’est mal terminée. ex. Beregovoy.

                Et les ministres nommés au titre de « la société civile » n’ont pas fait long feu.


              • (---.---.99.52) 13 octobre 2006 07:12

                Léon Blum fait partie de la sociale-démocratie qui a participé à la « cogestion » de la première guerre mondiale.


              • Emmanuel (---.---.87.194) 9 octobre 2006 14:05

                Je crois que tout le monde est d’accord aujourd’hui sur l’affligeant constat écologique et politique qu’on peut dresser.

                Ceux qui s’expriment savent donc très bien dire ce que ceux qui écoutent veulent entendre.

                Pour ce qui est d’agir il est par contre dans leur nature (tel le crocodile qui fait traverser le fleuve) d’agir comme ils ont été formés à le faire. C’est comme ça que Chirac peut prononcer son discours de Johanesburg « La maison brûle et nous regardons ailleurs... » et regarder effectivement ailleurs voire activer l’incendie dès lors que son discours est prononcé.

                Ces gens-là sortent tous du même moule et il en va de même pour ceux qui les contrôlent (les juges), ou ceux qui les montrent (les journalistes).

                C’est dans cette fracture entre le dire et le faire que l’extrêmisme fait son beurre.

                Il faut adopter des solutions radicales pour renouveller le jeu politique. Quelques idées :

                - Des mandats correctement salariés pour permettre à tous d’y accéder (jeunes, femmes, personnes de tous les milieux) en vacance de leur emploi habituel.
                - Des mandats uniques pour élargir le personnel politique.
                - Des mandats non renouvelables pour permettre aux idées de se rafraîchir.
                - Des mandats impératifs obligeant à tenir ses engagements.
                - Des mandats tirés au sort comme dans la démocratie Athénienne dans laquelle les représentants du peuple étaient élus pour éviter la professionnalisation de la politique.
                - Des mandats revocables par réferendum à tout moment comme au Vénezuela.
                - Un système de vote permettant de voter contre certains candidats.
                - Un système de vote permettant de voter pour des contre-pouvoirs et notamment les media d’informations qui ne seraient plus dépendant de marchands d’armes, de béton ou de financiers mais du nombre de personnes qui auraient voté pour eux.


                • FYI (---.---.33.228) 28 novembre 2006 16:25

                  N’oublie pas tout ceci, sous la proportionnelle intégrale smiley


                • arturh (---.---.119.98) 9 octobre 2006 14:39

                  Pierre Bourdieu avait analysé en profondeur le phénomène de l’ENA dans son imposant bouquin : « Noblesse d’Etat ».

                  Oui, la Monarchie Républicaine, c’est la Noblesse d’Etat au pouvoir.

                  Faut-il rappeler ici que la Constitution de la Vème République a été rédigée par une « Comité d’experts » qui étaient tous Haut-Fonctionnaires ?

                  Oui, nous sommes gouvernés par l’ENA. Le président, le premier ministre sont énarques. Il est complètement absurde de penser que la PS puisse présenter un(e) candidat(e) qui ne soit pas énarque.

                  La vrai logique « démocratique » de la Vème République c’est d’avoir le choix entre un énarque de droite et un énarque de gauche, comme en 1995 et 2002.

                  Nicolas Sarkozy, qui n’est pas énarque, est une erreur de la nature. Normalement c’est Alain Juppé (énarque) qui devrait diriger l’UMP. A défaut, Dominique de Villepin (énarque) aurait normalement dû être le candidat de la droite. Le fait que Nicolas Sarkozy ne soit pas énarque fait qu’il n’a aucune chance d’être élu.


                  • (---.---.107.65) 9 octobre 2006 16:54

                    « Le fait que Nicolas Sarkozy ne soit pas énarque fait qu’il n’a aucune chance d’être élu. »

                    Affirmation gratuite, à première vue.

                    Pourquoi pensez-vous que le fait qu’il soit énarque ou non influencera le vote des Français, sachant que ceux-ci ne savent pas (en grande majorité) s’il l’est ou non, et s’en contrefichent pas mal à vrai dire ? Insinuez-vous que le fait qu’il n’est pas énarque l’empêchera tout bonnement d’être le candidat de l’UMP aux élections présidentielles prochaines ?


                  • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 10 octobre 2006 12:02

                    Au contraire, si Sarko n’est pas de l’ENA, vu la réputation de cette « écurie à élites » ça lui fait un avantage énorme sur tous les autres...


                  • (---.---.117.27) 11 octobre 2006 14:15

                    Mais il s’agit des soutiens dont chacun disposera au moment décisif. De ce point de vue, l’ENA pèse lourd.


                  • José w (---.---.25.142) 9 octobre 2006 16:05

                    Mitterrand n’était pas énarque à ce que je sache et cela ne l’a pas empêché de diriger le pays pendant 14 ans, record de longévité sous la Ve République.

                    Cette histoire d’ « énarque » n’a pas grand sens, ce qui compte réellement c’est le carriérisme et surtout l’asservissement aux grands lobbies.

                    L’ENA est une école d’asservissement (aux grands lobbies et à la pensée unique), et c’est pour cela qu’elle constitue un vivier de premier choix : en fait ce sont des purs produits du système qui quittent généralement les bancs de l’ENA.

                    Mais pour autant d’autres candidats peuvent fort bien avoir un blanc-seing (des lobbies) sans passer par l’ENA, mais en passant par des réseaux parallèles et/ou étrangers comme c’est le cas pour Sarkozy...

                    Le reste c’est l’affaire des réseaux médiatiques qui vont manipuler l’opinion publique pour que seuls les candidats ayant obtenu le blanc-seing des lobbies puissent avoir une chance de remporter l’élection.

                    Les autres sont diabolisés, extrêmisés ou tout simplement ignorés ou marginalisés par les médias (organes officiels et publics des lobbies).


                    • arturh (---.---.119.98) 9 octobre 2006 16:15

                      « Cette histoire d’ »énarque« n’a pas grand sens... »

                      En effet, si Ségolène Royal, François Hollande, Laurent Fabius, pour le PS, c’est à dire deux des 3 prétendants dont celui ou celle qui sera obligatoire désigné comme candidat du PS, si le Président de la République ET son premier ministre sont tous énarques, c’est par un concours de circonstance tout à fait fortuit, un hasard tout à fait étonnant qui ne mérite même pas qu’on s’y attarde un seul instant.

                      Dors en paix.


                    • (---.---.6.199) 9 octobre 2006 16:32

                      « Mitterrand n’était pas énarque à ce que je sache... »

                      Non, bien sûr. Car l’ENA, fondée en 1945, N’EXISTAIT PAS lorsqu’il a fait ses études.

                      Mitterrand a fait la fac de droit qui, avant la création de l’ENA, constituait la principale pépinière de politiciens. C’est vrai de toute sa génération.

                      L’hégémonie de l’ENA commence à ’installer avec la génération suivante, celle de Chirac, et deviendra quasiment totale au cours des années 1980 et par la suite.


                    • Ingrid (---.---.6.199) 9 octobre 2006 16:38

                      « Mais pour autant d’autres candidats peuvent fort bien avoir un blanc-seing (des lobbies) sans passer par l’ENA, mais en passant par des réseaux parallèles et/ou étrangers comme c’est le cas pour Sarkozy... »

                      Apparemment, Sarkozy a fait l’IEP mais n’a pas eu des bons résultats. L’accès à l’ENA étant problématique, il a dû se rabattre sur le « nex best to it » qu’est la filière universitaire du Droit suivie de la mise en place d’un cabinet d’avocat. Mais ça n’enlève rien, globalement, au rôle de l’ENA.


                    • Ingrid (---.---.6.199) 9 octobre 2006 16:42

                      En matière de « next best to it » par rapport à l’ENA, il y a en effet les avocats d’affaires et les consultants influents, pour qui en ce moment ça se passe très bien. Mais la séparation avec les énarques n’est pas nette.

                      Par exemple, Ségolène Royal qui est énarque et juge administrative à l’origine, est devenue avocate, et elle n’est pas la seule.


                    • Niveleur (---.---.114.185) 9 octobre 2006 17:00

                      La décadence de l’Etat français aura sans doute, à terme, des conséquences pour l’ENA. Mais ça ne change rien à l’analyse que fait l’article de son rôle et de son focntionnement, et qui est certainement juste.

                      D’ailleurs, l’ENA s’est déjà adaptée à la nouvelle situation.

                      En direction de l’Europe, par le changement de son appelation « Ecole Nationale d’Administration » devenue « école européenne de gouvernance ».

                      En direction du secteur privé, en lui fournissant de nombreux dirigeants : Michel Pébereau ou Serge Weinberg, par exemple, et il y en a plein d’autres. Même parmi ceux qui n’ont pas bien fini, comme Jean-Marie Messier qui d’ailleurs est en même temps polytechnicien. Qui dit plus ?


                    • José w (---.---.25.142) 9 octobre 2006 19:33

                      Pour répondre à Arturh notamment :

                      Cette histoire d’Ena me rappelle le proverbe :

                      « Quand le sage montre la lune, le fou regarde le doigt ».

                      Bien entendu que l’Ena est lécole mise en palce par les lobbies pour asseoir leur gouvernance, mais il est tout-à-fait envisageable qu’un candidat « par correspondance » puisse obtenir un blanc-seing.

                      Pour ce qui est de Mitterrand, il est évident qu’il était soutenu par le sérail (l’affaire du terrorisme d’Etat du Rainbow warrior en est une verrue parmi d’autres).

                      Mais cela rappelle, ne serait-ce que par la force des choses ou du temps en l’occurence, que les lobbies n’ont pas toujours eu l’ENA pour choisir leurs poulains... et qu’ils sont capables de s’en affranchir si nécessaire.

                      Sarkozy a donné suffisamment de gages par le passé pour avoir leur soutien plein et entier.


                    • (---.---.107.65) 9 octobre 2006 16:43

                      « Le fait que Nicolas Sarkozy ne soit pas énarque fait qu’il n’a aucune chance d’être élu. »

                      Affirmation gratuite, à première vue.

                      Pourquoi pensez-vous que le fait qu’il soit énarque ou non influencera le vote des Français, sachant que ceux-ci ne savent pas (en grande majorité) s’il l’est ou non, et s’en contrefichent pas mal à vrai dire ? Insinuez-vous que le fait qu’il n’est pas énarque l’empêchera tout bonnement d’être le candidat de l’UMP aux élections présidentielles prochaines ?


                      • (---.---.114.185) 9 octobre 2006 16:52

                        Le commentaire se réfère sans doute aux APPUIS dont Sarkozy disposera au moment décisif. Au sein même de l’UMP, la situation n’est pas claire.


                      • arturh (---.---.119.98) 9 octobre 2006 17:38

                        Non, je fais référence à la pure logique du système. Si le Parti Socialiste est dirigé par des énarques, si le candidat socialiste sera obligatoirement énarque, c’est parce que c’est conforme à la logique du système politique de la Vème République. Cette logique est la même pour les deux partis de gouvernement.

                        Le fait que Chirac soit énarque n’a pas influencé le vote des français. Le fait qu’il soit énarque a influencé le fait qu’il se soit retrouvé en position favorable pour obtenir leurs votes.

                        De la même manière, quand Ségolène Royal sera élu, ce qui est probable, ce ne sera pas du au fait que son diplôme de l’ENA a influencé le vote des Français. Par contre le fait qu’elle soit énarque influence ceux qui voteront pour qu’elle soit la candidate du PS.


                      • (---.---.99.52) 13 octobre 2006 07:15

                        Ce qui aidera Royal, c’est surtout le soutien des milieux financiers et du lobby colonial qui, eux, font confiance à une énarque mouillé jusqu’au cou dans les combines à Mitterrand. Elle a été sa chargée de mission pendant six ans, ensuite députée parachutée et très rapidement ministre, etc...


                      • (---.---.99.52) 13 octobre 2006 07:19

                        Le suicide de Bernard Hanse a eu lieu le soir du 10 juin 1997. Le lendemain, Le Monde diffusait cette dépêche :

                        http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-268822,0.html

                        L’éducation nationale sera « aux côtés des enfants et des familles », dans les affaires de pédophilie, a déclaré Ségolène Royal, ministre délégué à l’éducation nationale, mercredi 11 juin sur Europe 1. « Il faut que la parole des enfants soit entendue, qu’ils soient crus », a ajouté madame le ministre.


                      • ropib (---.---.27.229) 9 octobre 2006 16:54

                        Je n’ai pas compris... c’est une réflexion sur Bourdieu vis à vis de Royal ? une affirmation : « tous pourris ! » ? une recherche de principes plus ou moins divins (universels, définitifs, qui seraient causes d’eux-mêmes) ?

                        Bon alors je dirais qu’en effet la modélisation gauche/droite est une invention humaine et ne décrit pas toute la richesse des raisonnements qui sont à la base de l’engagement politique.

                        Je me permets de dire « Bourdieu est un scientifique du 18è siècle » de la même façon qu’il se permettait de dire des trucs et des bidules.

                        L’ENA est un thème qui existait un siècle avant sa création... (et quid de la volonté générale de techniciser la pensée ?)

                        Par définition le pouvoir exécutif ne change pas le régime en place (!).

                        Un positionnement et une lisibilité stratégique empêchent-ils l’engagement politique réel ?

                        A vous lire Royal dénie l’héritage de gauche lorsqu’elle est en rupture et est un produit du système lorsque « tous pourris ». C’est un peu facile.

                        Pour les sujets de sécurité intérieur vous êtes complètement dans le cliché qui l’oblige à faire de telles déclarations... et puis elle est pourrie, la preuve : « tous pourris », cqfd

                        Quant au rapport à l’argent... je pense sincèrement que là n’est pas le problème et que, si les politiques ne sont pas contre l’argent, ce n’est pas du tout leur principal moteur.

                        Enfin bref, j’ai l’impression que votre article c’est un peu « Tous pourris ! La preuve : un tel, un tel et un tel sont pourris parce que tous pourris. J’en conclue tous pourris. Même Bourdieu l’a dit. » On peut d’ailleurs supputer que s’il avait dit le contraire vous auriez dit qu’il était pourri.


                        • Niveleur (---.---.114.185) 9 octobre 2006 17:15

                          Il faut arrêter de crier à la propagande du « Tous pourris » dès que quelque’un montre, à juste titre, comment tous ces polyticiens sont au service d’un système et pas à celui des citoyens. L’article a raison de dénoncer la politique gagne-pain devenue une véritable gangrène du pays.

                          D’ailleurs, ce fut Mitterrand, un vétéran de la politique gagne-pain, qui mit le FN en orbite et qui ensuite s’en servit comme d’un épouvantail, notamment pour traiter ensuite de lepénistes ceux qui dénonçaient les magouilles et la dégénérescence de la classe politique.

                          Je vais faire comme d’autres internautes. Rappeler un extrait de l’ouvrage « La main droite de Dieu » de Faux, Pérez et Legrand, Seuil 1994, tiré du premier chapitre et accessible sur la toile à l’adresse :

                          http://michel.delord.free.fr/maindroite.pdf

                          Voici un « petit morceau » de cet extrait :

                          Chapitre I : LA POLITIQUE DU FRONT FORT

                          Sous chapitre 1 : L’OMBRE DE L’ÉLYSÉE

                          Au début du premier septennat, un « ami commun » de Jean-Marie Le Pen et de François de Grossouvre met en contact le leader d’extrême droite et le conseiller du président de la République. C’est François de Grossouvre qui est demandeur. « Bien sûr, j’ai accepté, c’était un vrai patriote, explique aujourd’hui Le Pen. On a parlé de la France, de problèmes de politique étrangère, du Maroc, du Liban. Je l’ai rencontré deux fois dans la décennie. Quelque temps avant sa mort, notre ami commun m’avait dit qu’il souhaitait me revoir, et puis ça ne s’est pas fait, il y avait la campagne pour les européennes, on se dit qu’on aurait le temps de le voir après. Aujourd’hui, je le regrette. » Mais François de Grossouvre n’est pas le seul dans l’entourage élyséen à connaître le chef de l’extrême droite française.

                          « L’unité nationale, ce n’est pas l’uniformité, c’est le pluralisme des opinions, le choc des idées. » Ce 8 mai 1982, Jean-Marie Le Pen écoute le discours que François Mitterrand prononce à Orléans. Il décide de saisir la balle au bond. Le Front national n’en finit pas de végéter : 0,2 % des voix aux élections législatives de juin 1981 et pas mieux aux cantonales de mars 1982. Conséquence : aucune chaîne de télévision n’a pris la peine de se déplacer pour le congrès du FN qui vient de s’achever en cette fête de Jeanne d’Arc. Jean Marie Le Pen n’apprécie pas cette absence. Et il le fait savoir en écrivant à l’Élysée. L’appel présidentiel au respect du pluralisme vient à point nommé.

                          « Monsieur le président, notre mouvement vient de tenir à Paris son VIe congrès. Si vous ne disposiez, comme moyen d’information, que de la télévision d’État, vous n’en auriez rien su [...]. En effet, cette situation faite aux formations politiques non représentées à l’Assemblée nationale, déjà très injuste avant vous, s’est encore aggravée [...]. » En quelques mots, dans sa lettre du 26 mai 1982, le dirigeant d’extrême droite enjoint à François Mitterrand d’intervenir en sa faveur auprès des directions de chaîne. Encore lui fautil trouver la solution pour que son message soit lu par son destinataire. Jean-Marie Le Pen a une idée en tête : contacter GuyPenne.

                          Pour le leader du Front national, le conseiller du président de la République chargé des Affaires africaines est une vieille connaissance : tous deux se sont fréquentés dans les années 1953-1954 au sein de la grande UNEF. Jean-Marie Le Pen dirigeait à l’époque la Corpo de droit, sous-ensemble du syndicat UNEF, présidé par Guy Penne. Depuis, ils ne se sont revus qu’une fois, à l’occasion d’un dîner chez le président des étudiants de Dentaire, René Égas.

                          Coup de fil

                          " Guy, est-ce que je peux te voir ?

                          - C’est urgent ?

                          - Écoute, j’aimerais bien parler de l’Afrique avec toi, parce que je n’y connais rien... Et puis, surtout, j’ai une lettre à faire passer au président, je voudrais te la remettre...

                          - Passe me voir samedi ! "

                          Rendez-vous est pris. Le samedi 29 mai 1982 au matin, Jean-Marie Le Pen arrive donc à l’Élysée avec son bras droit Michel Collinot, qui attendra dans la voiture le retour du chef. Au premier étage, le président du Front national tombe sur trois ministres africains qui font antichambre.

                          Guy Penne surgit

                          " Ah, t’es là, Jean-Marie ? Entre !

                          - Je crois que ces messieurs étaient avant moi...

                          - Vas-y, entre... (Puis, une fois la porte fermée :) De toute façon, ils viennent chercher du fric, c’est toujours pareil ! "

                          « Dans mon bureau, se souvient Guy Penne, il commence par me dire que son ennemi mortel, c’est Giscard. On en discute un peu, puis il me remet la lettre non cachetée à l’attention du président en me disant : »Écoute, tiens, c’est pour le président. Je te la donne parce que j’ai confiance. J’ai peur qu’en passant par la secrétaire il ne l’ait jamais !« Je lui promets que le président la lira. Et puis on parle de l’Afrique... »

                          C’est alors que l’amiral Lacoste, futur patron de la DGSE, pousse la porte du conseiller aux Affaires africaines. Guy Penne l’apostrophe en désignant Le Pen :

                          " Tu vois, celui-là, il faut le mettre au trou !

                          - Ah non, lui, jamais ! ", répond l’amiral du tac au tac.

                          Avant de prendre congé, Jean-Marie Le Pen lance une invitation à son interlocuteur : « Viens dîner à la maison, à SaintCloud, un de ces soirs. » Invitation à laquelle Guy Penne ne répondra finalement pas.

                          A cette date, François Mitterrand a d’autres soucis en tête. Avec son Premier ministre, Pierre Mauroy, il s’apprête à engager la France dans quatre mois de blocage des prix et des salaires. Le débat gouvernemental est tranché. La rigueur commence. Ce premier tournant du septennat annonce une période de vaches maigres pour le PS. Déjà, aux cantonales, la gauche est repassée sous la barre des 50 %, tandis que la droite semblait doucement sortir de son coma du printemps 1981. Les municipales s’annoncent mal pour l’équipe au pouvoir.

                          Sur les conseils de Michel Charasse, François Mitterrand s igne, le 22 juin, une réponse écrite à Jean-Marie Le Pen : « Il est regrettable que le congrès d’un parti soit ignoré par Radio-Télévision. [...] Elle ne saurait méconnaître l’obligation de pluralisme qui lui incombe [...]. L’incident que vous signalez ne devrait donc plus se reproduire. Mais d’ores déjà, je demande à Monsieur le Ministre de la Communication d’appeler l’attention des responsables des sociétés Radio-Télévision sur le manquement dont vous m’avez saisi. » Au cours d’un point de presse organisé peu après Michel Collinot salue, au nom du Front national, la « courtoisie du chef de l’État » qui a bien voulu répondre à la missive de Jean-Marie Le Pen. Contrairement, précise-t-il, aux lettes restées sans réponse sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. La presse écrite se fera l’écho discret de cet échange épistolaire. La courtoisie présidentielle se double d’une grande efficacité. Dès le lendemain, mardi 29 juin l’invité du journal du soir de TF1 en direct sur le plate est... Jean Marie Le Pen !

                          Entre la lettre de François Mitterrand et cette interview télévisée, une semaine seulement s’est écoulée. L’Élysée n’a pas perdu de temps. Coup de téléphone à Georges Fillioud. Le ministre de la Communication est chargé de faire passer le message aux présidents de TF1, A2 et FR3, qu’il va bien réunir, comme il le fait régulièrement. L’intervention du chef de l’État est justifiée par un laconique : « Il convient dans souci d’équité de ne pas oublier le Front national. » Chacun enregistre la consigne tout en expliquant l’absence d’invitation faite, jusqu’à ce jour, au leader du Front national par la faible représentativité du parti.

                          (...)

                          [fin du morceau d’extrait]


                        • ropib (---.---.27.229) 9 octobre 2006 17:32

                          @Niveleur

                          « Il faut arrêter de crier à la propagande du »Tous pourris« dès que quelque’un montre, à juste titre, comment tous ces polyticiens sont au service d’un système et pas à celui des citoyens. » Je suis bluffé.

                          Bon alors je ne vais pas faire d’ironie ce serait trop facile, l’extrait m’importe peu je pense qu’il n’est pas pertinent dans le débat. Vous posez la question, finalement, du système et de ceux qui en sont les garants... Comme dans tous les systèmes ce ne sont pas ceux qui en sont dépositaires qui peuvent modifier l’ordre en place, c’est à dire que s’ils essayent ils vont retomber forcément dessus. C’est pareil pour les citoyens qui ne veulent pas « cracher dans la soupe » : c’est un peu facile de taper sur des gens qui sont un peu fait pour ça, on est révolutionnaire ou on ne l’est pas. Je veux bien qu’on me dise que les politiques sont pourris mais il faudrait d’abord le prouver, comprendre comment une « fabrique » de gens déconnectés d’après vous des aspirations des vrais gens a pu se mettre en place, et savoir comment finalement ne pas retomber dans les mêmes travers. Au final on a le choix entre LCP-AN et le BigDil... sans véritable volonté de trancher dans le lard ce sera toujours le BigDil qui sera vaincqueur dans un système de démocratie molle qui est appelé par la plupart des citoyens.

                          En fait voilà mon opinion : les politiques sont des gens courageux qui s’engagent pour ce qu’ils croient juste (après il faut s’entendre sur l’idée de justice), notre système n’est pas suffisamment déstabilisé pour transformer les citoyens en énergie capable de faire sauter le pouvoir (même si en la matière le gouvernement actuel est d’une efficacité etonnante).


                        • (---.---.160.174) 9 octobre 2006 18:35

                          « l’extrait m’importe peu je pense qu’il n’est pas pertinent dans le débate »

                          Ah bon ! Et les politiques seraient des gens courageux ? Combien d’électeurs étaient au courant, en 1981 ou 1988, de ce genre de transactions de Mitterrand ? Les politiques le savaient et n’ont rien dit.

                          Cacher la vérité, se faire élire avec des engagements qu’on ne tient jamais, et le tout avec des revenus plus que très confortables, je ne vois pas où est le « courage ».

                          Et si un extrait comme celui-ci « vous importe peu », je trouve que c’est grave...


                        • CP (---.---.160.174) 9 octobre 2006 18:43

                          « les politiques sont des gens courageux qui s’engagent pour ce qu’ils croient juste... »

                          Les politiques font dans la pratique le contraire de ce qu’ils disent lors des campagnes électorales. Je ne vois pas très bien où est la notion de « ce qui est juste ».

                          Par exemple, Ségolène Royal a été chargée de mission de Mitterrand entre 1982 et 1988. Elle a donc cautionné l’opération de promotion du FN, plus la « rigueur » de Mauroy et l’ « austérité » de Fabius, ou encore le sabotage du Rainbow Warrior, la désinformation nucléaire... Ensuite, elle a été députée parachutée par Mitterrand et ministre sous Bérégovoy et Jospin. Sous Jospin, il y a eu les poursuites qui ont amené en prison José Bové, etc...

                          Ce qui intéresse les politiques, c’est leur carrière et l’argent. Le reste...


                        • duong (---.---.123.107) 9 octobre 2006 19:30

                          Jusqu’à ces dernières années, la plupart des propositions faites avant l’élection ont été effectivement mises en oeuvre au gouvernement,

                          qu’il s’agisse des 110 propositions de Mitterrand dont la très grande majorité ont été mises en oeuvre, du programme de la gauche plurielle de 95-97, de ce qu’a fait la droite en 86 et 93 ... avec Chirac, c’est beaucoup moins net, mais encore l’impôt sur le revenu a bien considérablement baissé.

                          Mais bon cette idée est passée dans l’opinion que les propositions concrètes ne servent à rien car elles sont rarement mises en oeuvre ... et du coup, on préfère accorder un blanc-seing sur du « vent » ... tout en leur reprochant de dire du « vent ».

                          Mais évidemment comme tout homme ou femme politique qui fait des propositions se voit rembarré avec un « les programmes, les catalogues, ça sert à rien, de toute façon vous ne les tenez jamais » (alors que comme je viens de le dire, c’était presque toujours faux), ils ne vont plus se fouler maintenant : vosu demandez du vent, vous aurez du vent !

                          Ceci en dehors du fond de l’article, qui s’intéresse à beaucoup de questions dont l’importance « ad vitam aeternam » du diplôme dans la carrière et en dehors de toutes compétences prouvées par la pratique en France (mais qui va bien au-delà du seul monde politique !)... en passant par l’absence de convictions politiques, qui n’est guère étonnante, quand les citoyens ne demandent que du « vent » : on a des professionnels pour « faire du vent » ... et le duo Sarkozy-Royal est passé maître dans la façon de produire un « vent » adapté à l’époque moderne, quelles que soient leur formation.


                        • José w (---.---.25.142) 9 octobre 2006 19:38

                          L’amalgame en creux fait par ropib entre Bourdieu et Le Pen est un peu ridicule et surtout peu crédible : on croirait lire la presse hexagonale en lisant vos commentaires.


                        • (---.---.166.10) 9 octobre 2006 20:11

                          « Jusqu’à ces dernières années, la plupart des propositions faites avant l’élection ont été effectivement mises en oeuvre au gouvernement... »

                          Exemple : la « rigueur » avec Mauroy dès 1982, l’ « austérité » avec Fabius depuis 1984, la politique pro-capitaliste « pure et dure » de Rocard... Jusqu’à la précarité et les records de privatisations sous Jospin, etc... Pour ne parler que de la « gauche ». Les autres ont fait pareil.

                          Plus les montagnes de mensonges d’Etat ou, tout simplement, de parti ou de lobby...


                        • duong (---.---.194.89) 9 octobre 2006 20:33

                          Il faut faire une différence entre les propositions concrètes proposées dans un programme et le plus souvent mises en oeuvre, et :

                          1. les résultats ou l’absence de résultats (exemple : la précarité)

                          2. l’imprécision des programmes ... qui permet toutes les « adaptations »

                          2. un fond idéologique que vous croyez percevoir ... mais franchement Mitterrand en 88 ne s’était pas présenté comme un « gauchiste » pur et dur, et Rocard a quand même mis en oeuvre le RMI et un ensemble de mesures très progressistes

                          3. des évolutions politiques en cours de mandat, inévitables et de fait inévitées en 83-84 du fait que la politique très volontariste menée en 81 a posé beaucoup de problèmes.

                          4. votre déception par rapport à tout ça.

                          A titre personnel, si je crains d’être déçu, la conséquence que j’en tire est non pas de dire aux hommes politiques « pas la peine de me parler de propositions politiques car je n’y crois plus » mais au contraire « cette fois-ci, soyez précis, j’ai le droit de savoir pour quoi faire je vote pour vous »,

                          et aussi de dire « cette fois-ci ne me donnez pas d’espoirs fous avec des grandes phrases imprécises et des grandes valeurs » mais dites-moi des choses précises et concrètes.

                          En ce moment on envoie tout balader mais c’est (une partie parfois cruciale de) notre vie qui est en jeu !


                        • (---.---.117.27) 11 octobre 2006 14:19

                          « ...les résultats ou l’absence de résultats »

                          Non, la précarité n’est pas un RESULTAT mais une POLITIQUE. Comme la « rigueur », l’ « austérite », etc... Elle a été mise en place parce que le patronat, la « haute fonction publique », les lobbies « européens »... la réclamaient.


                        • Eloise (---.---.80.161) 9 octobre 2006 18:04

                          ça me plaît ce que vous dîtes, mais comment faire ça ? Vous dîtes : « il faut, il faut », mais comment ?

                          Eloïse


                          • Eloise (---.---.80.161) 9 octobre 2006 18:21

                            LE PRINCIPE DE LA GRENOUILLE CHAUFFEE de Olivier Clerc

                            « Imaginez une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite, l’eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager. La température continue à grimper. L’eau est maintenant chaude. C’est un peu plus que n’apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s’affole pas pour autant. L’eau est cette fois vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s’est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien. La température continue à monter jusqu ’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais avoir fait quelque chose pour s’extraire de la marmite. Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée aussitôt de la marmite...

                            Cette expérience montre que, lorsqu’un changement s’effectue d’une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte ».

                            Olivier Clerc, écrivain et philosophe


                          • Sam (---.---.212.96) 9 octobre 2006 19:00

                            Et ainsi de suite, et Ségolène Royal n’est qu’un échantillon de l’actuelle classe politique

                            Ce carrièrisme, sans parler des phénomènes de corruption qu’un Montaldo, par exemple, souligne, ne peut plus durer.

                            Nous en payons l’addition au prix fort : les citoyens les plus nombreux et les plus mal lotis ne trouvent ni écho à leurs demandes, ni, a fortiori politique incarnant l’intérêt général.

                            Fondamentalement, il faut, à l’instar de la parité, développer la représentativité.

                            Les partis doivent être OBLIGES à faire émerger dans leurs candidatures des éléments de toutes les couches sociales - en proportion de leur représentation numérique dans les catégories socio-professionnelles, puisque c’est le travail qui structure le fonctionnement de la société, plus les catégories périphériques au travail, retraités et chomeurs - pour que les réprésentants représentent vraiment la société ou nous vivons.

                            Le Sénat, conçu et développé comme frein des évolutions possiblement radicales de la vie parlementaire, doit être réformé, dans la mesure où il est aujourd’hui, une chambre qui vote systématiquement, à de rares exceptions près, les lois en les amendant toujours de manière nuisible au plus défavorisés.

                            Je pense à sa transformation en chambre un peu analogue au CES, où les membres seraient élu comme les jurés et ce, pour une durée courte, contrairement aux neufs années actuelles de mandat, qui favorisent une professionalisation achevée de la fonction politique, avec les dérives réactionnaires qu’on constate et le clanisme qui fait élire des gens comme Pasqua, entre autres, comme « sage ».

                            Le problème étant que ceux à même de réaliser cette révolution des structures sont ceux qui sont en premièr concernés.

                            Ils freinent, donc, des quatre fers en taisant, en biaisant et en repoussant toutes les volontés de changement.

                            Ils sont bien aidés par la presse aux ordres qui n’abordent quasiment jamais, ou à la marge les problèmes fondamentaux.

                            Et qui propose des emplatres quand, par extraordinaire, elle vient à constater et à « traiter » la déliquescence politico-sociale du pays.

                            Ainsi, nos politiques gagne-pain paraissent indéboulonnables et, consciemment ou inconsciemment, tout le monde s’en rend compte.

                            Je reste persuadé que cet état de fait provoque une lassitude et une désespérance qui s’incarnent dans des votes d’extrême-droite ou dans l’abstention.

                            La première priorité me semble être que se développe une presse dégagée des groupes financiers militaro-industriels.

                            Comment ?..Je suis à l’écoute de toutes les propositions. smiley


                            • CP (---.---.166.10) 9 octobre 2006 19:01

                              Pour rappeler des extraits, en voici un autre qui montre bien jusqu’où peuvent aller les revirements politiques.

                              A la Libération, François Mitterrand, dont Ségolène Royal revendique l’héritage, la « lignée, etc... fut embauché par le patron de l’Oréal et ex-éminence grise de la Cagoule Eugène Schueller. Il fut, apparemment, recommandé par son pote André Bettencourt et disposait même d’un budget pour faire de la politique. Source : »La main droite de Dieu", Seuil 1994

                              Or, voici ce qu’écrit le Réseau Voltaire sur ces « relations » de Mitterrand :

                              http://www.voltairenet.org/article12751.html

                              Antisémitisme et anti-maçonnisme

                              Histoire secrète de L’Oréal

                              par Thierry Meyssan*

                              Le géant de la cosmétique, L’Oréal, vient d’annoncer la restructuration de son capital. Ainsi disparaît le holding de contrôle créé par Eugène Schueller pendant la Seconde Guerre mondiale. Le fondateur du groupe était aussi l’un des grands financiers du complot de la Cagoule et du nazisme français. A la Libération, la société et ses filiales étrangères servirent de refuge aux criminels en fuite. Aujourd’hui, l’héritière du groupe, Liliane Bettencourt, est devenue la femme la plus riche de France. L’histoire du groupe éclaire la face cachée de la politique française contemporaine.

                              À la mémoire de Marx Dormoy, Victor Basch, Jean Zay, Georges Mandel et Jean Moulin

                              C’est par un bref communiqué, diffusé le 3 février 2004 dans la nuit, que le géant de la cosmétique L’Oréal a annoncé la restructuration de son capital [1]. La famille Bettencourt et le groupe Nestlé, qui détenaient ensemble la majorité de L’Oréal par l’intermédiaire du holding de contrôle Gasparal, la posséderont désormais directement. Ce tour de passe-passe étant accompagné d’un engagement de conservation de titres, les Bettencourt bénéficieront d’un abattement de 50 % de la valeur taxable à l’impôt sur la fortune (ISF). Ils ne seront pas tenus de payer de frais pour cette transaction grâce aux nouvelles dispositions introduites à leur intention dans la « loi pour l’initiative économique » du 1er août 2003 [2].

                              L’Oréal est aujourd’hui évalué à 43,6 milliards d’euros. Les Bettencourt détiennent 11,99 milliards ; Nestlé 11,5 milliards ; les 20,11 milliards restants flottants en Bourse. La fortune personnelle de Lilliane Bettencourt, héritière du fondateur de L’Oréal, était estimée en 2002 à 17,2 milliards d’euros. Ce qui en fait la personne la plus riche de France.

                              Une entreprise qui veut se payer la République

                              L’Oréal a été créé, en 1907, par un petit entrepreneur, Eugène Schueller. Il absorbe Monsavon, en 1928, puis les peintures Valentine, les shampoings Dop, le magazine Votre Beauté. Dérivant lentement à la droite la plus extrême, Schueller se fait connaître par ses théories économiques sur le « salaire proportionnel ». Dans une société libérée du capitalisme libéral et des syndicats, les ouvriers toucheraient un triple salaire : un salaire d’activité, un salaire familial calculé en fonction de leur nombre d’enfants, et un salaire de productivité.

                              Le 6 février 1934, en réaction à un retentissant scandale politico-financier, les ligues d’anciens combattants de la Grande guerre manifestent devant la Chambre des députés à Paris pour obtenir la démission du gouvernement Daladier. Sous l’impulsion des fascistes, le rassemblement tourne à l’insurrection et tente de renverser la République au profit du colonel de La Rocque qui refuse le rôle qu’on veut lui faire jouer.

                              Divers autres échauffourées surviennent dans les semaines suivantes, y compris une tentative de lynchage de Léon Blum en marge de l’enterrement d’un historien monarchiste, de sorte que, le 18 juin, le gouvernement prononce la dissolution des ligues. Immédiatement, un groupe de militants fascistes, pour la plupart issus de la XVIIe section des Camelots du roi, rompt avec le philosophe monarchiste Charles Maurras et décide de passer à la clandestinité. Ils constituent l’Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale (OSARN). Il y a là autour d’Eugène Deloncle, Aristide Corre, Jean Filliol, Jacques Corrèze, bientôt rejoints par Gabriel Jeantet, François Méténier et le docteur Henri Martin. Le colonel de La Rocque met en garde les anciens adhérents des ligues contre une infiltration de leur mouvement par des « groupes de trahison », c’est-à-dire par des fascistes agissant pour le compte de l’étranger, l’Italie et l’Allemagne en l’occurrence [3].

                              Quoi qu’il en soit, l’OSARN se structure rapidement en groupes locaux et en système hiérarchisé extrêmement cloisonné, de sorte qu’en dehors des chefs, les membres de l’organisation ignorent tout de son ampleur, de ses objectifs réels, des moyens et soutiens dont elle dispose. Certaines cellules du complot, dont les Chevaliers du glaive, dirigés à Nice par Joseph Darnant et François Durand de Grossouvre, adoptent un rituel et un costume inspirés du Klu Klux Klan états-unien, ce qui vaudra à l’OSARN d’être désigné par les monarchistes sous le sobriquet de « La Cagoule » [4].

                              Ami intime d’Eugène Deloncle, Eugène Schueller met ses moyens personnels à disposition du complot. Plusieurs réunions de l’équipe dirigeante se tiennent dans son bureau au siège de L’Oréal.

                              Un groupe de jeunes gens, résidant à l’internat des pères maristes (104, rue de Vaugirard à Paris), fréquente les chefs du complot et se joint à certaines de leurs actions sans pour autant adhérer formellement à l’OSARN. Il s’agit de Pierre Guillain de Bénouville, Claude Roy, André Bettencourt et François Mitterrand. Robert Mitterrand, frère de François, épouse la nièce d’Eugène Deloncle.

                              Échecs et divisions sur fond d’antisémitisme

                              En un an et demi, l’OSARN formalise ses relations avec le gouvernement de Benito Mussolini en Italie, puis avec celui d’Adolf Hitler en Allemagne. Pour leur compte, il achemine des armes à Francisco Franco en Espagne et élimine des réfugiés politiques en France. En échange, il obtient un appui financier et logistique considérable. L’organisation tente un coup d’État dans la nuit du 15 au 16 novembre 1937, qui échoue. Au lendemain et dans les semaines qui suivent, le complot est mis à jour. Des perquisitions permettent de découvrir des caches d’armes réparties sur tout le territoire. Ce sont au total des centaines de fusils-mitrailleurs, des milliers de fusils et d’uniformes, des dizaines de milliers de grenades, des centaines de milliers de munitions, tous importés d’Italie et d’Allemagne, qui sont découverts.

                              Le président du Conseil, Édouard Daladier, freine l’enquête lorsqu’il apparaît que l’OSARN a développé ses réseaux parmi les officiers supérieurs et jusqu’à l’état-major. En effet, il ne paraît pas possible de décapiter l’armée française alors que la menace de guerre se précise. Il a tort, puisque la Guerre mondiale est effectivement déclarée et que la France capitule. (JPEG)

                              Si une partie des « cagoulards », hostiles à la domination étrangère, rejoint de Gaulle, la plupart d’entre eux se félicite de la victoire du fascisme et s’engage dans la Collaboration. En septembre 1940, Eugène Deloncle et Eugène Schueller créent le Mouvement social révolutionnaire (dont l’acronyme MSR se prononce « aime et sert ») avec le soutien de l’ambassadeur du Reich, Otto Abetz, et l’approbation personnelle du chef de la Gestapo, Reinhardt Heydrich. Les réunions de la direction du MSR se tiennent au siège de L’Oréal (14, rue Royale à Paris).

                              Le programme de l’organisation indique « Nous voulons construire la nouvelle Europe en coopération avec l’Allemagne nationale-socialiste et tous les autres nations européennes libérés comme elles du capitalisme libéral, du judaïsme, du bolchévisme et de la franc-maçonnerie (...) régénérer racialement la France et les Français (...) donner aux juifs qui seront conservés en France un statut sévère les empêchant de polluer notre race (...) créer une économie socialiste (...) qui assure une juste distribution des produits en faisant augmenter les salaires en même temps que la production ».

                              Première application de ce programme, Deloncle organise le plasticage de sept synagogues parisiennes, dans la nuit du 2 au 3 octobre 1941.

                              Subsidiairement, une organisation dans l’organisation est créée avec l’aide du SS Theo Dannecker, représentant Adolf Eichmann : la Communauté française dont le but est de « libérer complètement (la France) de ces ferments de corruption que sont les juifs et les Francs-maçons ». C’est ce groupe secret qui organise la spoliation des juifs souvent au profit personnel de ses membres. Parmi eux, on relève Jacques Corrèze déjà cité et Jean Filliol, le tueur de la « Cagoule ».

                              Quant au jeune André Bettencourt, il devient le patron français de la PropagandaStaffel. Il est placé sous la triple tutelle du ministre de la propagande, Joseph Goebbels, de la Wehrmacht et de la Gestapo. Il a la haute main sur toutes les publications françaises, qu’elles soient collaborationnistes ou nazies. Il dirige lui-même La Terre française, une publication explicitement nazie destinée aux familles rurales, qui préconise la rééducation des intellectuels décadents par le retour forcé à « la terre qui ne ment pas ». Il y emploie l’agronome René Dumont. Par ailleurs, Bettencourt offre régulièrement les colonnes de ses journaux à Schueller. La solution Bettencourt

                              Le 15 février 1941, à la demande de la SS, le MSR de Deloncle fusionne avec le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat. Le patron de L’Oréal, Eugène Schueller, devient la personnalité économique de référence. Son livre, La Révolution de l’économie, se classe dans les ouvrage de référence du fascisme français.

                              Le 15 juin 1941, dans son discours au congrès de l’organisation au Palais de la Mutualité, il appelle à « une révolution préliminaire à la fois d’épuration et de redressement » qui ne peut « être que sanglante. Elle consistera tout simplement à fusiller vite cinquante ou cent grands personnages ».

                              Le 22 juin 1941, le Reich attaque l’Union soviétique. Deloncle et Schueller décident de créer la Légion des volontaires français (LVF) pour combattre le bolchévisme sur le front de l’Est et de la placer sous l’autorité de Jacques Corrèze. Tous ses membres prêtent serment d’allégeance au führer.

                              ls tentent de s’appuyer sur cette puissante formation armée pour éliminer leur adversaire politique Pierre Laval et leur allié et néanmoins rival Marcel Déat. Le 27 août 1941, à l’occasion d’une cérémonie de départ d’un contingent de la LVF sur le front russe, ils organisent un double attentat au cours duquel Laval et Déat sont blessés.

                              Le 20 décembre 1941, André Bettencourt, qui n’ignore rien des débats en cours à Berlin, écrit dans l’éditorial de Noël de La Terre française : « Un jour, trente ans plus tard, les juifs s’imagineront pourtant gagner la partie. Ils avaient réussi à mettre la main sur Jésus et l’avaient crucifié. En se frottant les mains, ils s’étaient écriés : « que son sang retombe sur nous et nos enfants ». Vous savez d’ailleurs de quelle manière il est retombé et retombe encore. Il faut que s’accomplissent les prescriptions du livre éternel ». En effet, quelques jours plus tard la Conférence de Wansee décide la « solution finale » : des millions de personnes vont être exterminées dans le plus grand secret.

                              À l’issue des affrontements internes à la mouvance nazie française, c’est en définitive Deloncle qui tombe en disgrâce. Eugène Schueller se précipe alors, le 18 mars 1942, à l’ambassade du Reich pour se désolidariser de son ami. L’entretien est dûment consigné dans les archives allemandes. L’OSS s’en mèle

                              La bataille de Stalingrad inverse le cours des événements. Désormais le Reich n’est plus invincible. André Bettencourt se rapproche de son ami François Mitterrand qui exerce diverses fonctions à Vichy où il partage son bureau avec Jean Ousset, le responsable du mouvement de jeunesse de la Légion française des combattants de Joseph Darnand. Ils seraient alors entrés en résistance au sein d’un Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) dont l’activité a été officiellement reconnue quarante ans plus tard par l’administration Mitterrand, mais sur laquelle les historiens s’interrogent toujours.

                              Fin 1942, André Bettencourt est envoyé par Eugène Schueller « aryaniser » la société Nestlé en Suisse, dont le patron de L’Oréal est devenu l’un des actionnaires principaux. Il profite de ses déplacements pour rencontrer Allen Dulles et Max Schoop des services secrets états-uniens (OSS). En 1944, ils lui donnent 2,5 millions de francs de l’époque pour financer leur réseau. On ignore tout, encore aujourd’hui, de l’usage de cette somme.

                              Eugène Deloncle est assassiné. Mais les crimes des cagoulards ne prennent pas fin pour autant, pas même avec le débarquement allié en Normandie. Le 10 juin 1944, Jean Filliol conduit la division SS Das Reich à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) où elle massacre 644 habitants dans des conditions particulièrement horribles. Parce qu’ils le valaient bien...

                              À la Libération, les cagoulards de Londres sauvent les cagoulards de Vichy. Grâce au témoignage d’André Bettencourt et de François Mitterrand, Eugène Schueller est relaxé au motif qu’il aurait aussi été résistant. L’Oréal devient le refuge des vieux amis. François Mitterand est engagé comme directeur du magazine Votre Beauté. André Bettencourt rejoint la direction du groupe. Avec l’aide de l’Opus Dei, une confrérie catholique franquiste, Henri Deloncle (frère d’Eugène) développe L’Oréal-Espagne où il emploie Jean Filliol. Quant à Jacques Corrèze, il devient patron de l’Oréal-États-Unis. En 1950, André Bettencourt épouse Liliane, la fille unique d’Eugène Schueller.

                              Rue Saint-Dominique, le bureau d’André Bettencourt lorsqu’il dirigait la PropagandaStaffel, devient une résidence de l’Opus Dei. Tandis que Robert Mitterrand s’installe rue Dufrenoy dans l’immeuble qui abritera le siège de l’Opus en France. Cette œuvre est politiquement dirigée par Jean Ousset.

                              André Bettencourt a poursuivi une brillante carrière. Journaliste, il a créé en 1945 le Journal agricole, pour les anciens lecteurs de La Terre française. Sa carrière politique l’a conduit plusieurs fois au Parlement et au Gouvernement. Il a ainsi pu renouer avec ses activités passées en devenant secrétaire d’État à l’Information (1954-55), poste créé par son ami François Mitterrand, en 1948, et où ils auront tous deux forgé la presse française contemporaine. Les deux hommes sont inséparables, au point qu’en 1986 lorsque Mitterrand devenu socialiste et président de la République doit cohabiter avec une Assemblée de droite, il hésite à choisir André Bettencourt comme Premier ministre. Mais craignant le retour des fantômes du passé, il s’abstient. Cependant, ce passé reste présent.

                              Thierry Meyssan

                              Journaliste et écrivain, président du Réseau Voltaire.


                              • (---.---.115.196) 9 octobre 2006 22:12

                                Je répartirai la France sous l’Espagne et l’Allemagne, Monsieur Pace. La France n’a pas d’histoire des milles années. Une raison est l’attitude-Bourdieu_post_mortem de La France et sa soumission didactique et pédagogique au cours de la guerre en Yougoslavie sous Belgrade et la Serbie. Général Clark n’est pas encore du même avis que moi mais la conspiration de la France contre la Turquie n’est pas un secret professionnel.


                              • Hélène Leprince (---.---.68.42) 10 avril 2007 17:19

                                Une question d’abord : le « Bayrou » qui faisait partie des cagoules était-il de la famille du candidat aux présidentielles ? Une info : un officier, recruté en 1938 par les cagoules, a profité de l’occasion pour les infiltrer. Il a pu ainsi empêcher un assassinat, prévenir les autorités de ce que préparaient les cagoules (détournement d’armes militaires par des officiers, refus de combattre l’offensive allemande) pour porter Pétain au pouvoir. Le même officier a fini par rencontrer l’individu qui s’occupait de l’organisation des assassinats et lui a soutiré d’autres informations (ville où se trouvait les siège des cagoules, usage de maisons closes et d’un réseau de prostitution de mineurs). Le témoignage d’un petit officier ne pouvait valoir contre Pétain, néanmoins les renseignements qu’il a fourni ont modifié le cours des événements. Le fils de l’officier a été assassiné en 1948. L’officier lui-même est décédé peu après, en Afrique, officiellement de maladie. Le seul membre des cagoules dont il connaissait l’identité et qui était encore vivant était celui qui organisait les assassinats. Ce dernier était alors ministre, depuis quelques mois.


                              • jak (---.---.249.123) 9 octobre 2006 19:09

                                segolène a suivit l’exemple de fabius qui a sa sortie de l’ena avait fait l’état des lieux des partis politiques, pour gérer son plan de carrière. Lui le grand bourgeois serais donc de gauche, ce qui dans un premier temps lui réussit, plus jeune 1er ministre de france. La suite, conforté dans son ego surdimensionné, il se pense le seul a gauche digne d’un destin national.Ce qu’ il le conduira a commettre des fautes graves ( rainbow, sang contaminé) dont il se défaussa avec mépris et suffisance sur ses ministres.Toujours aussi imbu de lui même, il se dresse comme rempart unique de la vraie gauche face a la mondialisation.Si cela n’était pas sérieux, un grand éclat de rire raisonnerait aux quatres coins de l’hexagone.


                                • Rage Rage 9 octobre 2006 20:38

                                  Excellent article, vraiment. Un must devrais-je dire.

                                  Il n’y a pas de scoop à constater que nos politiciens ne sont que des carrièristes en force. Si à droite il n’y a pas de place, alors on se place à gauche, peu importe le fond.

                                  La politique est un marché comme un autre, voilà ce qu’ils ont appris à l’ENA. L’ENA étant l’école la plus contre-productive jamais imaginée, aussi illogique que le concours d’administrateur externe alloué à des jeunes de 23 ans...

                                  Comment, et ce malgré toutes les capacités du meilleur des hommes (ou femme), croire qu’il est possible de diriger un service, un état sans avoir fait du terrain, au moins un temps. Il est purement impossible de parler de ce que l’on ne connait que par les récits d’autres. Le terrain il n’y a que ça de vrai...

                                  Que connaissent Galouzeau, Royal, Sarkozy et consors du terrain ? Au mieux les récits des lobbies locaux, au pire une vague idée lointaine de ce qu’ils croient être la réalité.

                                  Ce système est à bout car les mécanismes dont il est constitué amène ce type de personnes à verrouiller la politique de l’intérieur. Et surtout ne pas s’opposer à la machine ! Il suffit de prendre contacte avec le PS ou l’UMP pour comprendre : ici, pas de place pour les idées, seul le positionnement politique compte, même s’il bloque tout, quoiqu’il en coûte pour la nation.

                                  Alors droite ou gauche, même combat oui, et à la limite peu importe puisque ce sont les HOMMES (individus) qui comptent. Le problème, c’est que ces hommes sont asujettis à la machine et ne pensent plus par eux mêmes depuis longtemps.

                                  Il ne me semble donc pas incohérent, qu’à terme, on renverse la table politique. Cela ne signifie pas révolution mais « Changement », et apparemment cela fait peur car cela remet en cause les règles qui font que certains ont le droit de parole et d’autres non.

                                  Voilà ce qui doit changer, voilà ce que Bourdieu doit penser, j’en suis certain...


                                  • Fabrice Trochet Fabrice Trochet 9 octobre 2006 21:12

                                    Au sujet de cette vidéo sur Pierre Bourdieu , dans l’émission d’hier Dimanche +, on a raconté que cette vidéo a été monté. C’est une version tronquée.


                                    • Daniel (---.---.33.194) 10 octobre 2006 09:52

                                      Tronquée ou pas, on voit très bien ce que Bourdieu y dit et le problème de fond qu’il soulève, et qu’il n’avait pas été le premier à soulever.

                                      Sauf que lui, il pouvait parler parce qu’il était professeur au Collège de France. D’autres se font laminer...


                                    • duong (---.---.123.107) 10 octobre 2006 10:18

                                      Il y a une sacrée différence entre tronqué et monté : sur une émission d’une heure, il n’est pas anormal que quelqu’un ait souhaité conserver les 3 minutes qui l’intéressaient. Il n’est pas anormal non plus que l’auteur du documentaire ait souhaité que seule la version longue soit diffusée. Ca n’enlève rien à ce qu’a dit Bourdieu.


                                    • duong (---.---.123.107) 10 octobre 2006 10:25

                                      Il y a quand même des énarques qui réussissent et des énarques qui ne réussissent pas en politique. Car il existe un moyen de sanction ou de récompense simple, qui ne me semble pas moins radical que celui qu’on trouve dans les grandes entreprises françaises pour trier le bon grain (« le grain efficace ») de l’ivraie parmi ces diplômés de grandes écoles : l’élection.

                                      Il me semble donc qu’un bon moyen d’améliorer la situation est de jouer pour améliorer ce moyen de sanction ou de récompense.

                                      Quoi que pense un responsable, si on l’obligeait à afficher plus précisément ses propositions avant (ce qui est tout à fait possible, et même si ces propositions ne seraient pas contraignantes, à expliquer pour quoi les responsables sont amenés à faire des corrections, adaptations, suppressions ... ce qui améliorerait aussi le mode d’élection), je pense que la démocratie en serait grandement améliorée.

                                      La politique est un marché : préoccupons-nous plus d’améliorer ce marché plutôt que d’améliorer les hommes, ce qui semble toujours très difficile.


                                    • (---.---.3.60) 10 octobre 2006 12:08

                                      « La politique est un marché... »

                                      Justement NON, la politique ne doit pas être un marché.


                                    • duong (---.---.123.107) 10 octobre 2006 13:19

                                      je voulais dire un marché dans le sens où plusieurs concurrents se présentent à des gens qui choisissent.

                                      et puis il faudrait se mettre d’accord : la politique est-elle la chasse-gardée de certains, souvent issus de la même école de surcroit, ou est-elle un marché ?

                                      Par définition, sur un marché, on peut choisir son produit et on n’est pas obligé de toujours prendre le même.


                                    • (---.---.117.27) 11 octobre 2006 14:21

                                      Mais les gens ne « choisissent » pas, ils SUBISSENT. Seuls les super-riches et les lobbies influents disposent des moyens de soutenir ou d’organiser des partis politiques comme l’UMP ou le PS.


                                    • duong (---.---.123.107) 16 octobre 2006 10:13

                                      Les gens choisissent aux élections : c’est comme sur un marché, vous ne trouvez peut-être pas le produit qui vous conviendrait idéalement, de bonne qualité, pas cher et tout ... mais vous faites le choix qui vous convient le mieux dans les produits à disposition.


                                    • Aimé (---.---.87.188) 9 octobre 2006 22:12

                                      Bravo pour votre article très interessant qui éclaire bien sur le visage de la classe politique actuelle qui pronne une soit disant rupture ou un ordre nouveau alors qu’elle est le pur produit du systeme oligarchique francais actuel.

                                      http://www.youtube.com/watch?v=W1_YNeNd_g8

                                      Voici, la vidéo entière de Bourdieu le contenu final ne change guère...


                                      • LaSatiétéDuSpectacle (---.---.7.154) 10 octobre 2006 04:05

                                        Ce que Bourdieu explique est très clair, notre obédience politique est liée à notre façon de nous comporter avec les autres : rapports sociaux, rapports à l’ordre, au pouvoir,... En faisant la distinction entre cet état de fait et la posture idéologique calculatrice, les véritables sensibilités de certain(e)s de nos élus deviennent tout d’un coup plus claires : F.Barouin, J.L.Borloo, C.Boutin, J.L.Debré, L.Fabius, G.Fresche, S.Royal, D.Strauss-Kahn (j’en oublie) semble s’être trompé de permanence le jour où ils ont pris leur carte... Et si il y a toujours, à mon sens, une réelle différence dans la façon d’appréhender le monde entre la droite et la gauche, le système d’appareil des parties politiques, qui est le seul qui permet actuellement d’accéder aux fonctions législatives, incite à choisir celui-ci plutôt pour son efficacité électorale que pour les idées qu’il véhicule.

                                        En ce qui concerne l’ENA et toutes ces grandes écoles susceptiblent de mener aux affaires de l’état, elles sont là avant tout pour former des techniciens du droit quel qu’il soit ; à partir du moment où elles enseignent une certaine manière de résonner face aux intérêts supérieurs de l’état, il en résulte un conformisme et une duplicité dévastatrice pour l’évolution nécessaire des institutions et des lois, relèguant le clivage des sensibilités à quelques gesticulations hypocrites. Si nous avons effectivement besoin de juristes pour rédiger les lois et vérifier leur conformité à la constitution, le débat et la décision ne peut plus être réservé à quelques professionnels du bon droit et des bonnes moeurs, sous peine d’une grave remise en cause de la légitimité des institutions démocratiques qui seraient devenu le jouet d’une oligarchie libérale. La sectorisation de la société, qui a fait de nous de vulgaire exécutant individualiste sur notre lieu de travail et nous a fait passer de citoyen concerné à spectateur cynique dans le débat démocratique, est un fléau de notre temps qui aliène nos existences.


                                        • Cara Van Serail (---.---.52.168) 10 octobre 2006 07:57

                                          ...dans un débat sur le scrutin présidentiel français ? Bourdieu, ce sont des idées, des abstractions, des dogmes, dont la mise ne programme ne réunirait pas 10 % de l’électorat français.

                                          Cela signifie que plus de 90 % de ce même électorat n’en voudrait à aucun prix. Et, par conséquent, que les candidats sérieux doivent trouver dans ces 90 %-là, et nulle part ailleurs, la majorité susceptible de leur confier les clefs de l’Elysée.

                                          Laissons donc Bourdieu en dehors de ce débat et paix à ses cendres. Le service à rendre à la politique, serait de les oublier, lui et ses fumeuses vaticinations.


                                          • Daniel (---.---.207.89) 10 octobre 2006 09:48

                                            L’électorat a voté Le Pen au premier tour en 2002, laissant dehors l’énarque Jospin. Alors, avant de dire que le 90% est pour les Royal et autres, regardez un peu autour de vous...


                                          • José w (---.---.25.142) 10 octobre 2006 10:38

                                            @ Cara

                                            Votre raisonnement anti-Bourdieu repose sur du vent, et vous osez ensuite déclarer « paix aux cendres de Bourdieu », c’est un peu n’importe quoi.

                                            Vous étiez sans doute de celles et ceux qui annonçaient la victoire totale du Oui à l’Europe l’an dernier, et malgré les moyens médiatiques colossaux mis au service du Oui, on a vu le résultat : un flop magistral.

                                            Bourdieu était évidemment contre l’Europe libérale de Giscard, et force est de constater qu’une majorité importante de Français l’ont suivi, que cela vous plaise ou non...


                                          • José w (---.---.25.142) 10 octobre 2006 10:47

                                            @ Arturh

                                            Votre exemple étasunien est ridicule : tout le monde sait bien que Bush père et fils ou Clinton, tout comme Kerry pour ne citer que les derniers présidents et candidats sont tous issus de l’Université de Yale...

                                            Lien vers toutes ces infos :


                                          • nestor (---.---.61.32) 10 octobre 2006 15:17

                                            Il fut un temps, en Corse, où on faisait voter les morts. Maintenant on les fait parler post-mortem. Décidément tout est bon aux partisans de Fabius pour faire oublier son passé d’énarque libéral, partisan de l’ouverture du capital d’EDF et artisan du traité de Nice sur l’Union Européenne.


                                          • gem (---.---.117.250) 10 octobre 2006 17:46

                                            @josé W

                                            Yale compte plus de 10 000 étudiants, ce qui correspondrait, à l’échelle française, à un établissement d’environ 2000 élèves. Un truc comme Polytechnique, par exemple. Certainement pas un établissement avec quelques dizaines d’élèves comme l’ENA


                                          • (---.---.117.27) 11 octobre 2006 14:27

                                            Il fut un temps, en Corse, où on faisait voter les morts. Maintenant on les fait parler post-mortem. Décidément tout est bon aux partisans de Fabius..."

                                            Que viennent faire là-dedans les partisans de Fabius àou la Corse ? Simplement, de plus en plus de gens ont en marre de ces « élites », que ce soit celles du PS ou celles de l’UMP. Bien sûr, ça peut ne pas plaire à ceux qui sont dans la file d’attente de l’un de ces professionnels de la politique bidon.

                                            Quant à la vidéo, c’est un moyen d’expression moderne et c’est mieux qu’un livre, et personne ne se scandalise des citations. On fait bien parler beaucoup d’auteurs décédés, à commencer par Mitterrand dont Ségolène Royal revendique la « lignée », l’ « héritage », etc...

                                            Un mort dont la fille parle est Fernando Pereira, victime de l’attentat contre le Rainbow Warrior pendant que Ségolène Royal était chargée de mission de Mitterrand et que ce dernier donnait le feu vert à l’opération.

                                            Il y a aussi les morts du Rwanda...


                                          • arturh (---.---.119.98) 10 octobre 2006 08:16

                                            LaSatiétéDuSpectacle écrit : « En ce qui concerne l’ENA et toutes ces grandes écoles susceptiblent de mener aux affaires de l’état, elles sont là avant tout pour former des techniciens du droit quel qu’il soit... »

                                            Il me semble qu’il y a là une erreur fondamentale : l’ENA est là pour former des techniciens de l’administration de l’Etat. Elle est là pour former des Haut-Fonctionnaires. Ecole Nationale de l’Administration. Cette école a particulièrement bien réussi sa tâche, puisque ce sont des anciens élèves de cette école qui exercent un quasi-monopole sur le pouvoir exécutif en France. A tel point qu’on a pu voir, vers les années 70, des énarques chosir la gauche comme plan de carrière parce que la droite était trop encombrée d’énarques.

                                            L’ENA est donc d’abord et avant tout l’instrument privilégié du pouvoir de la Haute Administration sur le pouvoir politique, reproduisant ainsi le principe de la Noblesse d’Etat de l’Ancien Régime qui a fini par produire ce qu’on appelle aujourd’hui la Monarchie Républicaine.

                                            L’élection présidentielle en France a un enjeu majeur : y aura-t-il un énarque ou non comme Président. En effet, depuis 1973, pas une élection présidentielle sans un énarque en position d’éligible au deuxième tour. En 1995, il y en avait 3. Il y en avait 2 en 2002. Une situation unique dans les pays occidentaux. On peut facilement imaginer, par exemple, ce qu’on dirait des USA si a chaque élection présidentielle américaine, on avait un ou deux candidats en position d’éligible qui sortirait, au hasard, de la Harvard Business School.

                                            Quoiqu’en dise certains, l’évidence est là : depuis les années 70, une seule question domine l’élection présidentielle : quel sera l’énarque qui sera élu. l4enjeu de chaque élection présidentielle est bien la toute puissance des fonctionnaires en France.


                                            • Cara Van Serail (---.---.52.168) 10 octobre 2006 12:45

                                              L’électorat a voté Le Pen au premier tour en 2002, laissant dehors l’énarque Jospin. Alors, avant de dire que le 90% est pour les Royal et autres, regardez un peu autour de vous...

                                              C’est que, pour moi, Le Pen fait partie des candidats sérieux, récoltant, ensemble, 90 % des voix des Françaises et des Français. Voyez-vous, Milan, un candidat qui parvient au 2e tour, et qui a des chances d’y revenir en 2007, est pour moi, un candidat sérieux.

                                              Votre raisonnement anti-Bourdieu repose sur du vent, et vous osez ensuite déclarer « paix aux cendres de Bourdieu », c’est un peu n’importe quoi.

                                              Paix à ses cendres, José w, est une expression utilisée pour évacuer un mort sans donner l’impression de cracher sur son cadavre. En tout cas, dans mon bled, c’est l’acception usuelle

                                              Vous étiez sans doute de celles et ceux qui annonçaient la victoire totale du Oui à l’Europe l’an dernier

                                              Eh non. Moi, je suis contre l’Union - qu’ils disent - européenne libérale-socialiste. Et je milite avec acharnement contre l’adhésion de mon pays, la Suisse, à cet épouvantable merdier, totalement contraire à nos institutions et à notre tradition de démocratie directe.


                                              • (---.---.7.243) 10 octobre 2006 14:38

                                                « Voyez-vous, Milan... »

                                                Où est Milan ? Drôle de commentaire.


                                              • Daniel Milan (---.---.168.241) 10 octobre 2006 14:52

                                                Je pense qu’il m’a confondu... ou qu’il devait penser à moi, quand il a rédigé son post... Pour ma part je n’ai de sympathie pour aucun candidat(Hormis Dieudo, qui n’aura pas les 500 signatures) et surtout pas pour SARKOZY...

                                                Dans le pire des cas, je ne voterai pas pour quelqu’un MAIS CONTRE SARKOZY, CAR CE TYPE EST UN DANGER POUR NOS LIBERTES ET NOS ACQUIS SOCIAUX !


                                              • Cara Van Serail (---.---.52.168) 10 octobre 2006 15:02

                                                Bien vu*... Version corrigée :

                                                L’électorat a voté Le Pen au premier tour en 2002, laissant dehors l’énarque Jospin. Alors, avant de dire que le 90% est pour les Royal et autres, regardez un peu autour de vous...

                                                C’est que, pour moi, Le Pen fait partie des candidats sérieux, récoltant, ensemble, 90 % des voix des Françaises et des Français. Voyez-vous, Daniel, un candidat qui parvient au 2e tour, et qui a des chances d’y revenir en 2007, est pour moi, un candidat sérieux.

                                                Votre raisonnement anti-Bourdieu repose sur du vent, et vous osez ensuite déclarer « paix aux cendres de Bourdieu », c’est un peu n’importe quoi.

                                                Paix à ses cendres, José w, est une expression utilisée pour évacuer un mort sans donner l’impression de cracher sur son cadavre. En tout cas, dans mon bled, c’est l’acception usuelle

                                                Vous étiez sans doute de celles et ceux qui annonçaient la victoire totale du Oui à l’Europe l’an dernier.

                                                Eh non. Moi, je suis contre l’Union - qu’ils disent - européenne libérale-socialiste. Et je milite avec acharnement contre l’adhésion de mon pays, la Suisse, à cet épouvantable merdier, totalement contraire à nos institutions et à notre tradition de démocratie directe.

                                                * Mais pour une fois qu’il y a un « Daniel » qui ne se nomme pas Milan... smiley


                                              • Cara Van Serail (---.---.52.168) 10 octobre 2006 15:05

                                                Bien vu*... Version corrigée 2 (avec guillemets, l’HTML n’étant plus pris en compte... pffff) :

                                                « L’électorat a voté Le Pen au premier tour en 2002, laissant dehors l’énarque Jospin. Alors, avant de dire que le 90% est pour les Royal et autres, regardez un peu autour de vous... »

                                                C’est que, pour moi, Le Pen fait partie des candidats sérieux, récoltant, ensemble, 90 % des voix des Françaises et des Français. Voyez-vous, Daniel, un candidat qui parvient au 2e tour, et qui a des chances d’y revenir en 2007, est pour moi, un candidat sérieux.

                                                « Votre raisonnement anti-Bourdieu repose sur du vent, et vous osez ensuite déclarer »paix aux cendres de Bourdieu« , c’est un peu n’importe quoi. »

                                                Paix à ses cendres, José w, est une expression utilisée pour évacuer un mort sans donner l’impression de cracher sur son cadavre. En tout cas, dans mon bled, c’est l’acception usuelle

                                                « Vous étiez sans doute de celles et ceux qui annonçaient la victoire totale du Oui à l’Europe l’an dernier. »

                                                Eh non. Moi, je suis contre l’Union - qu’ils disent - européenne libérale-socialiste. Et je milite avec acharnement contre l’adhésion de mon pays, la Suisse, à cet épouvantable merdier, totalement contraire à nos institutions et à notre tradition de démocratie directe.

                                                * Mais pour une fois qu’il y a un « Daniel » qui ne se nomme pas Milan...


                                              • Pére Fourastié (---.---.64.135) 10 octobre 2006 14:44

                                                Quand on touche au « bourdivin » , on touche au sublime !

                                                Forcément !


                                                • Mizo (---.---.86.186) 10 octobre 2006 22:53

                                                  Rien de très spécial. Simplement, comme il était professeur au Collège de France, Bourdieu pouvait dire ce genre de choses avec une certaine immunité.

                                                  Ce n’était pas à la portée de tous ceux qui pensaient de la sorte, et qui en réalité étaient nombreux mais on les a fait taire.


                                                • (---.---.7.243) 10 octobre 2006 15:12

                                                  Dans un article de Libé du 10 octobre, Pierre Marcelle s’en prend à Bourdieu à propos de Ségolène Royal. Mais il « oublie » de rappeler que Bourdieu s’était exprimé dans à peu près les mêmes termes sur son ex-patron Serge July, à qui il attribue dans la vidéo un « tempérament de chef » de droite.

                                                  Marcelle reproche à Bourdieu :

                                                  http://www.liberation.fr/opinions/rebonds/209527.FR.php

                                                  de ne pas avoir mentionné le nom de Ségolène Royal et d’avoir parlé de « la femme de Hollande ». A nouveau, il oublie de dire que cette phrase avait un ton interrogatif, demandant à ses interlocuteurs quel était le nom de cette personne. Il reprend la phrase en disant : « Ségolène Royal.... ». Peut-on reprocher à Bourdieu de ne pas connaître par coeur le nom de tous les ministres ?

                                                  Mais, de surcroît, peut-on vraiement nier l’existence d’un « effet de couple » Hollande-Royal, alors que Ségolène Royal a été embauchée par Mitterrand via Attali en 1982 après François Hollande qui était devenu chargé de mission de l’Elysée en 1981 ?

                                                  Lire aussi ce petit extrait :

                                                  http://www.nouvelouest.com/index.php?section=edito&edito=6

                                                  Le sénateur Michel Charasse qui compte parmi ses amis politiques raconte volontiers, en tant que témoin de l’incident, qu’en 1992 alors que François Mitterrand venait de la nommer ministre de l’Environnement, Ségolène Royal l’avait appelé pour le remercier à sa façon :

                                                  « Alors, vous êtes contente ? » questionne le Président.

                                                  « Oui, je vous remercie, mais ce pauvre François, il n’a jamais rien, ce serait bien qu’il entre au gouvernement lui aussi ».

                                                  « C’est difficile de nommer à la fois le mari et la femme » rétorque le Président.

                                                  « Mais on n’est pas mariés. Ce n’est pas juste de lui faire payer le fait de partager ma vie » rétorque la nouvelle ministre.

                                                  « Eh bien, je nomme François à votre place » s’amuse Mitterrand.

                                                  « Ah, non ! », rétorque, furieuse, Ségolène Royal...


                                                  • (---.---.86.186) 10 octobre 2006 22:45

                                                    A noter que si être ministre, c’est « avoir » quelque chose, c’est en soi une belle mentalité... Ces gens se fichent de l’intérêt général.


                                                  • Mizo (---.---.86.186) 10 octobre 2006 22:50

                                                    D’ailleurs, cette conversation de 1992 montre bien la proximité qui a nécessairement dû exister entre Ségolène Royal et Mitterrand, dont elle était chargée de mission, en 1982-88.

                                                    Pourtant, il y a eu pendant cette période l’opération FN, la « rigueur », l’ « austérité », les essais nucléaires, le Rainbow Warrior, Tchernobyl et bien d’autres « bonnes choses »... Qu’elle ne vienne pas nous la faire à présent, en disant qu’elle a toujours défendu le contraire et qu’elle va tout changer.


                                                  • z3r0 (---.---.109.20) 10 octobre 2006 17:20

                                                    Bonjour à toutes et tous,

                                                    Je vous prie par avance de me lire avec la plus grande tolérance, n’étant ni un intellectuel (« pseudo », de gauche ou de droite), ni un fan averti de politique.

                                                    Je suis quelque peu étonné par ce procès pour certains et cette indignation pour d’autres. Vous dénoncer une politique « gagne-pain » ou marketing affectant nos femmes et nos hommes politiques actuels. Cependant vos exemples laissent à penser qu’il en était de même 10 ans, 20 ans plus tôt. Et si l’on remontait le temps... Les temps fondateurs de la politique. Par exemple aux temps de la Grèce antique puis de la grande Rome. Pensez-vous que les politiciens de l’époque avaient plus de convictions, qu’ils n’étaient pas pour la plupart issus du même moule, qu’ils n’avaient pas faim et qu’ils n’étaient pas des as du marketing avant l’heure ? Je ne pense pas que la politique, dans ses grands principes régisseurs est beaucoup changée. L’objectif premier de tout politique est d’être élu... Com et Marketing pour être élu. Elu pour subvenir à ses besoins et continuer à faire de la politique... Presque un métier... de la politique en quelque sorte.

                                                    Les politiques ont-ils évolué ? Ou nous, citoyens, avons-nous changé ? Peut-être est-ce notre rapport à la politique et nos attentes qui ont progressivement évolué ?


                                                    • (---.---.7.243) 10 octobre 2006 20:16

                                                      Non, il y a eu jadis des mouvements beaucoup plus représentatifs de la population et où LES POLITIQUES N’ETAIENT PAS PAYES PAR LE SYSTEME. Ils sont d’ailleurs grassement payés.

                                                      Dans la situation actuelle, comment pourraient-ils être contre un système qui les nourrit si bien ? Cette « démocratie » est une mascarade.


                                                    • chantecler (---.---.4.88) 10 octobre 2006 18:04

                                                      @ Avox:désolé de parler pour peu dire,mais j’ai du mal à converser avec Avox aujourd’hui:on me redemande des mots de passe et login... Notez que si c’est pour reclarifier les IP et les mots de passe je ne suis pas contre:facile de jouer avec les mots de passe,mais je trouve anormal que certains nous disent tranquillement « de Chine » qu’ils peuvent changer d’IP comme de chemise:là plus d’accord.Pour tester sur un autre site,où je voulais demander à Demian s’il ne vire pas Jésuite ou si sa cafetière un peu surchauffée ces derniers temps ne donne pas des signes de fatigue,... bref,j’en profite pour vous recommander un livre de Vincent Cespedes sorti il y a un an environ « sinistrose » qui est une entrée dans l’analyse des médias de P.Bourdieu.Et excusez le dérangement. PS : apparemment sur ce site cela fonctionne comme d’habitude.Mais parfois ça déconne !!!!


                                                      • plume (---.---.182.114) 11 octobre 2006 02:58

                                                        ROYAL A OBTENU SON INVESTITURE A LA GARDEN PARTY DE L ELYSEE PAR MITTERRAND


                                                        • (---.---.114.30) 11 octobre 2006 10:40

                                                          L’ENA fournit à la fois les « élites » politiques, les conseillers d’Etat qui les conseillent et les contrôlent, et les juges administratifs des litiges du gouvernement et des administrations. On passe d’ailleurs aisément du Conseil d’Etat à un cabinet de ministre et ce ce cabinet à la Section du Contentieux du Conseil d’Etat.

                                                          Rien que cela nécessiterait une profonde reforme, mais les politiques ne veulent pas en entendre parler.

                                                          A ce sujet, voici quelques articles intéressants :

                                                          http://quebec.indymedia.org/fr/node/24327

                                                          http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=11825

                                                          http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=12108

                                                          http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=12986


                                                          • (---.---.117.27) 11 octobre 2006 12:43

                                                            Les Royal, Sarkozy, Le Pen... sont très bons pour faire de la propagandde sécuritaire, et Sarko s’en prend même aux juges des enfants de banlieu. Mais ce qui pèse le plus lourd sur les Français est l’INJUSTICE ET LA BRUTALITE INSTITUTIONNELLES, et sur ces questions personne ne propose la moindre réforme.

                                                            Et, comme c’est la juridiction administrative qui juge les litiges des administrations et du gouvernement, et que de façon générale ça convient à tous les décideurs, personne ne se lancera jamais à proposer une réforme des tribunaux administratifs et de la section du Contentieux du Conseil d’Etat.


                                                          • Observateur Alien (---.---.104.124) 12 octobre 2006 06:22

                                                            Je vais prendre le contre-pied du point de vue majoritaire en disant que l’« enarchie » et la professionnalisation de la politique constituent la situation la moins pire dans une démocratie occidentale. Ce n’est d’ailleurs pas une spécificité française, ainsi qu’il a été déjà évoqué, des filières privilégiées pour accéder au pouvoir politique existent dans toutes les démocraties avancées (comme Yale et la Kennedy School of Government aux Etats-Unis). Le phénomène est juste plus ou moins marqué d’un pays à l’autre. Ce système a sans doute beaucoup de défauts, mais il a des avantages qui le rendent à mes yeux préférable. Lorsqu’il cesse de fonctionner, c’est le moment où des aberrations comme Berlusconi se produisent.


                                                            • (---.---.118.88) 12 octobre 2006 16:32

                                                              Les énarques sont au service des gens comme Berlusconi et d’autres « très riches ».

                                                              Les super-riches gouvernent eux-mêmes de temps à autre, pas souvent. En général, ils le font via des énarques ou des gens de Yale et l’équivalent dans les autres pays. Mais les uns comme les autres défendent les mêmes intérêts.

                                                              Il n’y a pas d’alternative politique « les énarques ou Berlusconi ». Ce dernier est membre notamment de la loge P2 , et les énarques fréquentent tous les réseaux d’influence.

                                                              C’est le même SYSTEME.


                                                            • Observateur Alien (---.---.104.124) 13 octobre 2006 04:04

                                                              Il y a une tres nette difference entre des politiques professionnels au pouvoir en reseau avec les puissances financieres et l’accession directe des gens d’affaires au pouvoir politique. Et, malheureusement, pour l’heure ce sont les seules alternatives, notamment en France. On ne voit pas emerger de nouvelle classe politique qui soit affranchie des filieres classiques ENA/Sciences-po/X. C’est bien de rever a quelque chose de different mais la realite est tetue.


                                                            • (---.---.99.52) 13 octobre 2006 07:00

                                                              Quelle différence peut-il y avoir entre l’exercice du « pouvoir » par une sous-oligarchie comme Berlusconi et ses potes, et la même politique faite par des larbins de grande école ? Y a-t-il une quelconque différence entre la « droite » et la « gauche » en Italie, d’ailleurs ?

                                                              Le véritable pouvoir ne se trouve ni à l’Elysée ni à Matignon, il est détenu par les lobbies financiers. Le reste, c’est de la figuration pour nous faire voter.

                                                              On a déjà donné avec la première guerre mondiale, les guerres coloniales, la période Mitterrand... Pourquoi faudrait-il qu’on se fasse avoir une nouvelle fois ?


                                                            • Zicide (---.---.192.215) 16 octobre 2006 05:34

                                                              « . Pierre Bourdieu dit notamment : »Ségolène Royal, pour moi, instantanément, on sait qu’elle n’est pas de gauche« , et qu’elle »a ce que j’appelle un habitus, une manière d’être, de parler qui vous dit qu’elle est de droite, même si elle tient des propos de gauche".
                                                              — -

                                                              C’est marrant, Bourdieu me fait exactement la même impression.


                                                              • Marion (---.---.99.52) 17 octobre 2006 01:05

                                                                Quel rapport, les positionnements politiques personnels de Bourdieu ? Il parle en tant que SOCIOLOGUE qui s’intéresse à la base sociale et idéologique réelle de certains milieux dirigeants dits « de gauche ». Pour lui, le critère principal définissant la « droite » réside dans l’autoritarisme et la recherche du pouvoir personnel. Par rapport au comportement actuel de Ségolène Royal, c’est prophétique. Mais Royal n’est pas le seul cas que Bourdieu signale.

                                                                Il parle de dirigeants du Parti Communiste, ce qui s’est très largement confirmé. Quant à Serge July, il est devenu un pilier des réseaux d’influence comme le Siècle. Voir, entre autres :

                                                                http://www.strategies.fr/archives/1365/136504901/management_14_le_pouvoir_a _la_table_du_siecle.html


                                                              • Don JakchiraK (---.---.228.76) 16 octobre 2006 15:24

                                                                Bayrou en 2002, sur son site de campagne « la france humaine.net », faisait déjà référence à l’omniprésence des énarques, aux plus hautes fonctions :politique, finance et industrie. C’est un vrai problême.( vive la pensée unique, ils sortent du même moule ) Une piste pour éradiquer ce fléaut en politique, serait de supprimer le cumul des mandats, renouvelable une seule fois. Ce qui laisserait peût-être de la place aux citoyens venant de la société civile. Vous pouvez soutenir une pétition contre le cumul des mandats sur www.changez2007.org


                                                                • Cisif (---.---.12.15) 16 octobre 2006 18:51

                                                                  DSK n’est pas énarque et sera le candidat du PS en effet il sent en ce moment comme un frémissement en safaveur smiley


                                                                  • Marion (---.---.99.52) 17 octobre 2006 01:07

                                                                    Mais DSK est un énarque d’adoption. Il n’a pas « fait l’ENA » car il a eu une carrière universitaire très rapide qui lui a même permis d’ENSEIGNER à l’ENA. A présent, il enseigne à Sciences Po.


                                                                  • (---.---.99.52) 24 novembre 2006 10:38

                                                                    • (---.---.99.52) 24 novembre 2006 10:40

                                                                      • (---.---.99.52) 24 novembre 2006 10:43

                                                                        Pardon, ce titre est une erreur, je faisais un parcour de la Toile et la souris a retenu cette phrase. Le lien fourni est celui du blog en mémoire de l’enseignant Bernard Hanse qui s’est suicidé sous Ségolène Royal.

                                                                        Lire aussi :

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                                                                        « à cause notamment de l’incroyable forcing médiatique et psychologique de masse qui l’entoure depuis des mois et qui a été perçu comme une agression par une partie de l’opinion »

                                                                        Je ne suis pas aussi optimiste que vous smiley Les citoyens semblent sous hypnose devant cette fausse nouveauté qu’est SR smiley

                                                                        Mais l’avenir nous le dira smiley

                                                                        Ceci dit, si ce peuple vote encore pour un candidat de l’UMPS, qu’il s’en prenne à lui-même smiley

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