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Régionales et départementales 2021 : à propos de leurs dates et de l’âge du capitaine

« Nous entendions privilégier cette orientation de maintien des dates du scrutin, que j’avais qualifiée devant vous d’hypothèse de base, sans pour autant dissimuler les difficultés que son application concrète pouvait soulever. Celles-ci résultent évidemment des contraintes que la situation sanitaire fera peser au cours des prochains mois sur notre vie collective. » (Jean Castex, le 13 avril 2021 devant l’Assemblée Nationale).

C’est dans trois semaines ! Les dimanches 20 et 27 juin 2021 auront lieu les prochaines élections régionales et départementales. Si les élections départementales (anciennement appelées élections cantonales) restent essentiellement des élections locales, même si la désignation d’une majorité aux conseils départementaux n’est pas sans conséquence sur la nation puisque cette instance met en œuvre toute la politique sociale du pays, les élections régionales ont pris une tournure très politique, ce qui du reste est assez habituel depuis qu’elles existent, en mars 1986, mais plus encore dans les circonstances actuelles puisqu’elles se déroulent seulement quelques mois avant l’élection présidentielle de 2022.

Je voudrais donc ici revenir sur les interrogations, discussions et consultations qui visaient à fixer les dates de ces élections, dates finalement décidées en dernier ressort le 13 avril 2021 par un gouvernement perplexe en plein reconfinement.

Aujourd’hui, le déroulement de ces élections va "sans dire" parce que depuis le début de mai 2021, la situation s’est nettement améliorée sur le front épidémique et s’améliore encore, la tension dans les services de réanimation diminue, le nombre de nouveaux cas aussi et même le nombre de décès dus au covid-19. Il sera toujours très difficile de faire la part des choses entre les effets de ce troisième confinement, les effets de la vaccination massive qui devient remarquable et simplement, les effets d’une saison qui réchauffe, mais la situation indienne laisse entendre clairement que, bien que saisonnier, ce virus a décidément encore bien des mystères à révéler.

Mais en février, mars et avril 2021, l’idée d’organiser des élections dès le mois de juin 2021 n’était pas "évidente". Dans sa déclaration aux députés le 13 avril 2021, le Premier Ministre Jean Castex a été très franc : « Ces difficultés sont réelles, nous le savons. Nous ne devons ni les nier, ni les sous-estimer. La question était de savoir si leur niveau rendait impossible la tenue des scrutins. ».

Parmi les difficultés, le fait que ce soit un double scrutin (régional et départemental), ce qui nécessite donc deux bureaux de vote pour chaque bureau de vote, c’est-à-dire deux fois plus d’assesseurs, mais aussi deux fois plus de place, deux fois plus d‘isoloirs, etc., alors que la procédure sanitaire impose une plus grande distance entre les personnes, les tables, etc. Or, dans certaines communes, certains bureaux de vote vont devoir "déménager" dans un espace plus grand, pour pouvoir préserver les distances de sécurité dans la circulation des électeurs.

On voit bien que ce sujet était un enfer pour le gouvernement : ou il les organisait, et il risquait d’être à l’origine d’une surcontamination par la création de nouveaux foyers, ou il ne les organisait pas et l’on allait crier au loup ! à la dictature ! à la démocratie violée ! et en plus, on n’aurait pas forcément tort. On ne bafoue pas impunément la démocratie.

Le calendrier électoral était assez mauvais. La seule chance, c’est que nos élections essentielles, nationales, la prochaine élection présidentielle et les prochaines élections législatives, sont prévues au printemps 2022 et tout le monde espère que la crise sanitaire sera passée, pas définitivement, mais que l’incertitude sur l’épidémie sera faible grâce à la vaccination massive. Néanmoins, le calendrier était mauvais à cause justement de ce printemps 2022 crucial : impossible de reporter les élections régionales (pour simplifier, quand je ne parlerai ici que des élections régionales, il faudra ne pas oublier qu’il y a aussi les élections départementales), au printemps 2022. Or, ces élections étaient prévues pour mars 2021.

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Il n’y avait pas beaucoup de possibilités, trois : ou les reporter juste avant les vacances estivales (fin juin 2021), ou en automne 2021 mais avec deux handicaps, le premier est l’incertitude de la situation épidémique, l’hypothèse d’une quatrième vague reste possible et donc, la situation sanitaire en octobre 2021 pourrait être pire qu’en juin 2021 (à cet égard, imaginons le second tour des élections municipales de 2020 reporté en automne 2020, cela aurait été une véritable galère démocratique), et l’autre handicap, c’est la proximité avec la précampagne présidentielle et son télescopage avec les enjeux nationaux, si bien que la troisième solution consistait à reporter… après l’été 2022, ce qui, pour le coup, devenait beaucoup trop lointain.

Personnellement, mon sentiment était plutôt à la réticence à organiser ces élections en juin et à vouloir les reporter en automne 2021 en misant sur le fait que une grande partie de la population serait vaccinée. Je n’imaginais pas que la situation épidémique pouvait aussi rapidement s’améliorer que ces dernières semaines.

Au-delà de seul sujet organisationnel (auquel je reviendrai plus loin), il y a bien sûr les considérations politiques pour ne pas dire politiciennes. On se rappelle que la plupart des élus de l’opposition en mars 2020 avaient insisté pour maintenir le premier tour des élections municipales et Emmanuel Macron n’a pas osé s’y opposer (au risque d’une supposée mise en danger d’autrui à laquelle je reviendrai plus loin).

Mais autant les élections municipales gardent leur caractère local même si on peut en tirer quelques enseignements nationaux (par exemple, l’incapacité de LREM à s’implanter localement, au contraire, par exemple, du RPF en 1947 alors tout nouveau parti), autant les élections régionales sont des élections à connotations politiques importantes, surtout à la veille de l’élection présidentielle avec des enjeux très élevés : pour un parti (RN), sa capacité à montrer qu’il pourrait conquérir un exécutif régional, prémices d’une conquête nationale ; pour un autre parti (LR), la capacité de certains leaders (Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, notamment) à se faire réélire et à se lancer dans la bataille présidentielle ; pour d’autres (PS), la capacité à toujours exister politiquement et pouvoir encore peser dans les choix nationaux.

Or, en ce qui concerne la majorité, le parti présidentiel LREM, il y a une grande probabilité, après le désastre des élections municipales pour lui, que les élections régionales soient un "mauvais moment à passer". Quelles que soient les circonstances pour les organiser. Ainsi, l’opposition a pris cet argument pour dire : le gouvernement veut repousser le plus tard possible ces échéances car il sait qu’il les perdra. Mais l’argument pourrait au contraire se retourner : comme, de toute façon, le gouvernement perdra ces élections, l’intérêt de la majorité, c’est de les organiser le plus tôt possible et que sa future défaite soit le plus vite oubliée avant la campagne présidentielle. C’est cela qui a de bien en politique, c’est qu’on peut dire tout et son contraire, les analyses se tordent de manière à retrouver les conclusions voulues dès le départ.

Donc, laissons la politique politicienne qui n’apporte pas grand-chose à ce sujet et venons-en à deux choses : la méthode et les difficultés. La méthode, je vais en tirer quelques mots rapidement pour venir au fond du sujet de cet article, les difficultés d’organiser des élections en période de pandémie.

Et avant de poursuivre, regardons très succinctement les pays étrangers, car la crise sanitaire sévit partout dans le monde et le problème des démocraties est qu’il faut quand même bien voter. Beaucoup de pays ont gardé leur calendrier électoral malgré la crise sanitaire. C’était le cas des États-Unis mais la grande difficulté à conclure de l’issue des élections serait plutôt à mettre parmi les contre-exemples. C’était aussi le cas d’Israël qui s’est habitué à ne faire que voter depuis deux ans. L’Allemagne aussi a voté dans certains Länder et s’apprête à renouveler ses députés en septembre prochain. Mais dans d’autres pays, on a aussi prolongé la situation : en Italie qui aurait dû revenir à des élections législatives anticipées, dans une certaine mesure, aussi la Belgique, etc. Bref, regarder à l’extérieur n’apporte rien d’intéressant : toutes les démocraties sont confrontées aux mêmes dilemmes et aucune n’a trouvé de solution miracle.

Parlons rapidement de méthode. Le Président Emmanuel Macron et le Premier Ministre Jean Castex ont anticipé le problème dès l’automne 2020. Ainsi, ils ont confié le 21 octobre 2020 à une personnalité à la probité incontestable, le gaulliste Jean-Louis Debré, ancien Président du Conseil Constitutionnel, le soin de pondre un rapport pour savoir s’il fallait garder la date du mois de mars 2021 ou la reporter ultérieurement pour les élections régionales et départementales.

Rappelons d’ailleurs que les précédentes élections départementales ont eu lieu 22 et 29 mars 2015 (donc, le mandat se termine en mars 2021), les précédentes élections régionales ont eu lieu les 6 et 13 décembre 2015 et comme le mandat est aussi de six ans, ce n’était pas scandaleux de reporter les élections régionales jusqu’en décembre 2021.

La conclusion du rapport de Jean-Louis Debré, remis le 13 novembre 2020 à Jean Castex, était sans surprise : il a proposé de reporter les élections régionales à juin 2021 avec une clause de revoyure quelques mois avant la date pour vérifier que leur organisation restait sanitairement possible.

Sur la base de ce rapport, le gouvernement a fait adopter la loi du 22 février 2021 qui a fixé la date des élections régionales et départementales aux 13 et 20 juin 2021, avec nécessité de confirmer ces dates en début du mois d’avril 2021. Remarquons, toujours pour la méthode, que si le report était attendu, il s’est formalisé seulement trois ou quatre semaines avant la date prévue, ce qui était très court (car si le Parlement avait refusé de voter cette loi, le gouvernement aurait été matériellement dans l’incapacité malgré tout d’organiser ces élections en un temps si court, et les candidats de se porter candidats et de faire campagne).

À la fin du mois de mars 2021 et début du mois d’avril 2021, plusieurs événements ont eu lieu. Le 29 mars 2021, le Conseil scientifique a donné un avis très flou sur la tenue des élections, refusant de donner une préconisation précise mais en donnant des pistes de procédure sanitaire dont certaines vont à l’encontre du processus démocratique (je l’ai déjà évoqué il y a quelques mois, par exemple, le vote par correspondance).

La balle est donc revenue au gouvernement qui, pour faire bonne mesure, a voulu faire, en un temps record, des "consultations" : Jean Castex a ainsi consulté, a « ainsi saisi les présidents des assemblées, les présidentes et présidents des groupes parlementaires, les responsables des partis politiques représentés au Parlement et les présidents des associations d‘élus locaux ». Il a reçu ainsi 39 contributions dont la majorité proposait de maintenir l’échéance à juin 2021 : 25 pour maintenir en juin, 3 pour le report et 11 sans opinion.

En un week-end, le gouvernement a aussi envoyé un message à tous les maires pour avoir leur opinion en quelques heures : « L’État ne serait pas loyal à l’endroit des maires si nous ne les associions pas à une décision qui aura un impact très fort sur eux le moment venu, et si nous ne les accompagnions pas au plus près dans l’organisation de ces scrutins. » (Jean Castex). La demande a été formulée le vendredi 9 avril 2021 à 17 heures, avec une réponse à donner pour le lundi 12 avril 2021 à 12 heures, ce qui a montré que les maires étaient très réactifs et bossaient le week-end ! Les résultats furent les suivants. 69% des maires ont répondu : 13 513 (soit 56%) ont dit pour juin, 9 812 (40%) étaient pour le report et 4% ont refusé de prendre position.

Là encore, on pourra trouver contestable d’interroger les maires pour finalement une décision qui dépend de la situation sanitaire. Il faut donc être très exact dans la formulation de la demande : le gouvernement a demandé aux maires s’il était possible matériellement d’organiser ces élections en juin ou pas. Il ne s’agissait pas de demander s’il fallait les organiser et d’en connaître la faisabilité.

Très concrètement, dans la communication politique, après des rumeurs de report, mais en gardant la face en décalant d’une semaine les deux tours des scrutins (des 13 et 20 aux 20 et 27 juin 2021), le gouvernement a pu retarder le plus possible les échéances (et donc, se donner une semaine de vaccination supplémentaire, soit plus de 2 millions de personnes de vaccinées en plus) sans avoir besoin de modifier la loi. Le Président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand, qui était initialement partisan d’un report en automne, a lâché le morceau le 13 avril 2021 à la matinale de RTL, quelques heures avant que Jean Castex l’annonçât officiellement à l’Assemblée Nationale après les questions d’actualité.

Cela avait pour but de montrer une reddition sans condition du gouvernement aux vues de la plupart des élus locaux. C’était aussi un moyen, pour le gouvernement, de se déresponsabiliser en cas de foyer de contamination dû à l’organisation des élections en juin, en disant que toute la classe politique le voulait et qu’il n’a fait que suivre l’avis de cette grande majorité de responsables politiques. En gros, cela s’appelle le partage de responsabilité.

Venons-en justement à l’organisation pratique, et rappelons qu’il y a plusieurs étapes : il y a d’abord les opérations de vote, les opérations de dépouillement, et puis quelques petites autres choses.

Si l’on prend l’exemple des élections municipales du 15 mars 2020, il faut savoir de quoi on parle. Certains ont dit qu’il y a eu des contaminations. C’est possible, je ne connais pas la situation exacte des centaines de milliers de bureaux de vote en France, mais je n’en ai eu aucune connaissance précise sinon des "on dit" : pas de précision, des noms de communes, d’assesseurs, d’électeurs qui auraient été (effectivement) contaminés, ni qu’ils auraient été la source d’un foyer de contamination. N’étant pas le répertoire du ministère de l’intérieur ni de la santé, je peux évidemment manquer d’information mais la moindre chose qu’on doit faire quand on accuse ainsi, c’est de donner des informations précises et vérifiables.

Dire seulement : l’ami de la cousine de ma femme a vu que dans sa commune, quinze personnes ont été infectées à cause du scrutin des municipales, c’est une information trop floue pour être prise en compte. Et je le dis d’autant plus que malgré maintenant l’expérience actuelle du covid-19, on peine encore à connaître réellement les chaînes de contamination, impossible en pleine poussée épidémique, or, c’était le cas au milieu du mois de mars 2020, et à l’époque, on n’avait en plus que très peu de tests, seules les personnes hospitalisées se faisaient tester.

En tout cas, à ma connaissance, l’information selon laquelle l’organisation du premier tour des élections municipales aurait provoqué de nombreuses contaminations (et même des décès) me paraît erronée, en tout cas, sans fondement vérifiable à ma connaissance.

Par ailleurs, justement, j’ai été assesseur à ce scrutin et j’ai aussi supervisé le dépouillement. Je me souviens aussi d’avoir voté dans le même bureau de vote (pendant ma pause !) et juste devant moi, une femme trouvait cela tout à fait normal de voter et m’expliquait (avec raison) que c’était beaucoup plus dangereux quand elle prenait le métro parisien tous les jours pour son boulot (car la distance de sécurité n’était jamais respectée, au contraire du bureau de vote).

Beaucoup de précautions ont été précises à l’époque, selon les recommandations du préfet. Ainsi, la disposition du gel hydroalcoolique à l’entrée du bureau de vote, la circulation des électeurs avec des files bien identifiables au sol pour aller prendre les bulletins puis aller à l’isoloir puis attendre avant de placer le bulletin dans l’urne, sans jamais croiser d’autres électeurs. L’importance (déjà obligatoire hors crise sanitaire) de laisser l’électeur faire glisser lui-même son bulletin dans l’urne, quand ça coinçait à l’entrée de l’urne, il fallait que ce fût l’électeur qui poussât son bulletin et pas un assesseur. Enfin, la recommandation de prendre son propre stylo pour émarger le registre électoral, et en cas d’absence de crayon, l’électeur prenait alors le crayon disponible au bureau de vote qui était systématiquement nettoyé avant et après usage au gel hydroalcoolique par l’assesseur qui, régulièrement, se lavait les mains avec le même gel. Enfin, quand l’assesseur se faisait remplacer, il renettoyait tous ses "outils" (crayon, règle, couverture du registre, poignée d’ouverture de la fente de l’urne, etc.) pour protéger son successeur.

Les opérations de dépouillement étaient également très strictes sur le plan sanitaire. Plusieurs fois, ceux qui touchaient les bulletins de vote, soit pour les compter soit pour les ouvrir, se nettoyaient leurs mains au gel, ceux qui notaient chaque vote utilisaient leur propre stylo ou prenaient un stylo désinfecté, etc.

Pour moi, le seul réel défaut de toutes ces opérations de vote, ce fut à l’annonce des résultats et à cette tentation du candidat qui a gagné, ou de l’équipe qui a gagné (c’était le cas avec les listes municipales) de fêter sa victoire, donc de s’embrasser, se congratuler, de trinquer au champagne, et là, oui, il y avait des failles, car le contact était là et c’était difficile d’éviter ces effusions humaines. Mais malgré cela, pas de cas rapporté à ma connaissance.

Je n’ai pas participé au second tour des élections municipales le 28 juin 2020 puisque dans ma commune, il n’y a eu qu’un seul tour. Néanmoins, je n’ai pas entendu de réelle différence avec ce que j’avais vécu et la situation épidémique était beaucoup plus simple car il n’y avait quasiment plus de contaminations.

Alors, venons-en maintenant aux scrutins des 20 et 27 juin 2021. Quinze mois sont passés, et l’expérience s’est enrichie. Quelles sont les différences. Essayons d’indiquer ce qui sera mieux qu’en mars 2020 et pire qu’en mars 2020.

Mieux : au contraire du premier semestre 2020, tout le monde aura des masques en juin 2021. C’est appréciable pour réduire les risques de contamination d’un virus respiratoire. Le masque protège beaucoup plus que, par exemple, les gants en plastique que certains assesseurs ou "dépouilleurs" avaient portés pendant les opérations de vote. Dans la même rubrique, il y a notre connaissance du virus qui fait que maintenant, les "gens" sont habitués à adopter les gestes barrières, ce n’était pas du tout le cas en mars 2020 où il a fallu la sidération du premier confinement, c’est-à-dire après le scrutin municipal, pour prendre toute la mesure de la gravité de l’épidémie.

Pire : il y a le côté pire du mieux, les "gens" étant habitués aux gestes barrières peuvent aussi s’en lasser et se relâcher, surtout avant l’été et une année de quasi-confinement depuis le mois d’octobre 2020. Dans le pire, il y a aussi la situation épidémique qui, bien que descendante, concerne des variants plus contaminants que le virus souche de mars 2020.

Donc, doit-on conclure qu’il n’y a pas de risques à organiser les élections en juin 2021 ? Là, c’est aller un peu vite en besogne. Le protocole est en tout cas beaucoup plus sévère qu’en 2020. Par exemple, on impose aux assesseurs d’être vaccinés (inutile de dire que cela a créé des vocations pour devenir assesseurs, parmi ceux qui, trop jeunes, ne pouvaient pas encore se faire vacciner). Des tests seront aussi demandés selon les situations.

Mais remarquons que la possibilité des assesseurs à se faire vacciner a été une possibilité offerte seulement à partir du lundi 3 mai 2021. Il a fallu d’abord prendre rendez-vous, souvent rien avant les une ou deux semaines suivantes, et pour faire la seconde injection, il fallait rajouter six à huit semaines : difficile dans ces conditions d’être entièrement vacciné à temps, c’est-à-dire avant le 20 juin !

Tout cela sent donc un peu l’impréparation et l’amateurisme. C’est d’autant plus regrettable que les dates des 20 et 27 juin ont été confirmées le 13 avril 2021, donc, l’administration a perdu trois semaines pour la vaccination des assesseurs. Insistons sur le fait qu’on ne peut pas imaginer que seules, les personnes âgées (du moins d’un certain âge) puissent être assesseurs, faute aux plus jeunes d’être vaccinés. D’autant plus que pour limiter les risques, il vaut mieux aussi limiter le nombre d’assesseurs "vulnérables" (et même vacciné, on n’est protégé qu’à 95%, pas à 100%, insistons sur cette part du risque).

À cela, il faut aussi ajouter que les opérations de dépouillement vont être longues. Les candidats aux élections départementales sont généralement peu nombreux (dans mon canton, ils ne sont que trois : les sortants, la gauche unie et le RN), en revanche, aux élections régionales, il y a de nombreuses listes, parfois juste pour avoir de l’argent (un vote égale tant d’euros), ou juste pour communiquer sa publicité. Les listes sont nombreuses, et plus il y a de candidats, plus le dépouillement est long et pénible (un conseil, si on cherche à vous embaucher pour dépouiller, insistez pour dépouiller au scrutin départemental : il y aura probablement moins de votants et surtout moins de candidats, vous vous coucherez plus tôt ! à moins que… vous ne dépouilliez pour les deux scrutins).

Ah, quand on parle de l’heure du coucher, on pense couvre-feu. Étonnant : les bureaux de vote ferment à 20 heures. Le couvre-feu commence encore à 23 heures (après le 9 juin, avant le 30 juin). Donc, il y a toutes les garanties pour violer le couvre-feu lors de ces deux dimanches électoraux. Sachant que pour chaque bureau de vote, il y a au minimum : quatre tables de quatre plus six assesseurs plus quatre secrétaires administratifs, plus peut-être des forces de l’ordre, soit une trentaine de personnes sans compter tous les observateurs et tout électeur souhaitant assister au dépouillement pour en vérifier le bon déroulement ou par curiosité de citoyen, on imagine mal la mairie devoir distribuer des centaines de justificatifs de déplacement sous couvre-feu… sans savoir à qui les adresser). Impréparation et amateurisme, donc d’un État aux injonctions paradoxales.

Dans la déclaration de Jean Castex du 13 avril 2021, j’ai noté quatre informations.

La première m’a paru raisonnable, l’assouplissement pour les votes par procuration, chaque électeur aura le droit à deux mandats pour voter par procuration, au lieu d’un mandat jusqu’à maintenant (cela est permis par la loi du 22 février 2021), et il sera possible de faire ces procurations sur le site Internet maprocuration.gouv.fr créé par le décret du 11 mars 2021, dispositif qui « permet, vous le savez, d’établir une procuration de façon presque entièrement dématérialisée ». La deuxième information est également raisonnable et permet à des petites communes, qui n’ont pas beaucoup de personnes pour dépouiller, de permettre de dépouiller, avec les mêmes personnes, successivement les deux scrutins au lieu que ce soit dépouillé simultanément (avec deux équipes de dépouillement différentes) : « Les dépouillements pourront ainsi avoir lieu l’un après l’autre dans une même salle et avec les mêmes personnes. Nous autoriserons d’ailleurs les membres du bureau de vote et les assesseurs à participer au dépouillement si cela s’avérait nécessaire. ».

La troisième information, c’est que toutes les communes laisseront ouverts leurs bureaux de vote de 8 heures à 20 heures, ce qui permettra, en élargissant pour certains cette plage horaire, « de limiter les concentrations et les flux d’électeurs ». Raisonnable, mais je pense que vu la perspective d’une abstention massive, ces concentrations seront assez rares, je n’ai pas trop d’inquiétude sur ce plan-là (sauf heureuse surprise).

La quatrième information, en revanche, me paraît inappropriée. Je cite : « Nous examinerons la possibilité d’effectuer les opérations [de dépouillement] à l’extérieur sous certaines conditions, par exemple dans la cour de l’école. ». C’est impensable de faire le dépouillement dans un espace ouvert, pour des raisons de sécurité : pour éviter toute possibilité de fraude, il faut absolument préserver les bulletins dans un espace où ils ne pourront pas être subtilisés. Dans un espace ouvert, il sera beaucoup facile de frauder. J’espère cette idée vite abandonnée.

Plus généralement, je n’ai jamais pensé que les opérations électorales pouvaient être un facteur de contamination, justement grâce aux procédures très rigoureuses mises en place dans chaque bureau de vote et la vigilance proactive de tous les acteurs. Mais le problème, c’est qu’une élection ne se limite pas qu’aux opérations de vote. Ces dernières, ce n’est que l’aspect matériel (et dérisoire) d’un phénomène bien plus important, la démocratie.

Or, la démocratie, elle impose de faire campagne, et comment faire campagne en période de crise sanitaire ? Rappelons qu’au 13 avril 2021, nous étions en plein confinement, qu’il fallait avoir une attestation de déplacement jusqu’au 3 mai 2021 pour pouvoir se déplacer au-delà de 10 kilomètres de chez soi. Sachant que les candidats aux élections régionales doivent faire campagne dans toute leur région, parfois très grande (imaginez Mulhouse-Charleville-Mézières, ou encore Poitiers-Pau, ou encore Nîmes-Tarbes, ou Aurillac-Annecy, etc.), on peut comprendre le vrai problème démocratique pour avoir des élections qui permettent à chacun de s’exprimer et de se faire entendre dans des conditions justes et équitables.

Quand on fait campagne dans les marchés, on touche les gens, on leur parle, on postillonne, on rigole, on les embrasse, on serre leurs mains, on boit un coup (rappelons que les bistrots, cafés, restaurants sont toujours fermés pour les consommations intérieures, jusqu’au 9 juin), bref, pour faire campagne, il faut aller au contact de la population, et c’est un peu dur avec les gestes barrières.

Le Conseil scientifique a alors proposé d’intensifier les débats à la télévision et aussi sur Internet, mais visiblement, personne, dans ce conseil, n’a fait de campagne électorale. Les débats à la télévision, surtout pour des élections locales, sont très peu regardés, c’est normal, c’est ennuyeux, c’est convenu et au contraire des débats présidentiels, ce sont des intervenants moyennement doués en communication qui débattent (au moins, au niveau national, les candidats sont un peu plus doués).

Quant à faire campagne sur Internet, c’est n’importe quoi comme idée. Elle a toujours été présente sur Internet mais elle est aussi utile que les affiches grand format sur les panneaux officiels. Il faut aller vers les électeurs, et là, avec Internet, il faut que l’électeur aille vers le candidat. Autant dire que ceux qui suivent les blabla sur Internet sont essentiellement des électeurs déjà acquis dont la valeur ajoutée est donc nulle pour faire gagner une élection. L’idée d’une campagne électorale, c’est de quitter sa sphère confortable de militants pour aller voir ceux qui ne vous connaissent pas voire qui s’opposent à vous pour les faire éventuellement changer d’avis. Cela n’a pas d’intérêt de seulement conforter des militants acquis d’avance qui auraient de toute façon voté pour vous. À part faire de la provocation, ce qui est peu responsable quand on postule à une fonction élective qui demande d’être responsable, je ne vois pas comment un électeur, le vôtre, celui de votre territoire électoral, pas vos amis qui habitent à 500 kilomètres, pourrait être touché par votre communication sur Internet et les réseaux sociaux sinon à la marge, à moins que vous soyez déjà une star d’un réseau social.

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C’est donc bien cela, le drame de ces élections en temps de crise sanitaire, l’impossibilité matérielle de faire une réelle campagne. On pourrait croire que cela avantagera les sortants qui sont plus connus que leurs adversaires. Peut-être, je ne sais pas.

L’expérience des municipales est néanmoins intéressante et instructive. Au premier tour du 15 mars 2020, il y a eu au niveau national 44,7% de participation. Grosso modo entre 40% et 50% de participation, ce qui était très faible pour des élections municipales (on connaît son maire, on est souvent concerné par des dossiers municipaux). En fait, avec le recul, et l’intense pic de la première vague, on penserait plutôt à de l’inconscience : certains ont eu peur et ne se sont pas déplacés, d’autres n’ont pas pris conscience de la gravité de la situation.

Au second tour du 28 juin 2020, la participation a chuté à 41,9% au niveau national. Grosso modo, entre 30% et 40% dans les grandes villes (Bordeaux : 38,3% ; Lyon : 37,8% ; Poitiers : 33,2% ; Strasbourg : 36,7% ; Annecy : 35,7% ; Besançon : 39,1% ; Tours : 34,1% ; Marseille : 35,4% ; Grenoble : 35,8% ; Nancy : 42,2% ; Colombes : 42,9%). En clair, les électeurs ont eu réellement peur de se faire contaminer. L’existence du vaccin n’était pas encore connue et la crainte d’une deuxième vague très ancrée dans les esprits. Résultat, les personnes les plus vulnérables, et donc les plus âgées, ne sont pas allées voter, plutôt un électorat conservateur, dans le sens où il est favorable au sortant (cette analyse est très succincte et mériterait confirmation par de vraies études électorales qui se feront certainement dans les prochaines années). Conséquence, dans les grandes villes où il était souvent nécessaire d’avoir un second tour, les écologistes l’ont emporté sur un électorat plutôt conservateur. Qu’en déduire ? Que les électeurs écologistes se sont plus déplacés ? Certainement, et l’on peut imaginer que l’électorat jeune, qui a moins peur de la maladie, est plus ouvert aux thèses écologistes (là encore, cela mériterait d’être confirmé par des études poussées).

Les élections législatives partielles du 30 mai 2021 (premier tour) sont encore plus inquiétantes pour la participation très basse et il y a peu de chance pour qu’elle se redresse ce dimanche 6 juin 2021 pour le second tour. 6e circonscription du Pas-de-Calais : 24.3% de participation ; 15e circonscription de Paris : 15,5% de participation ; 3e circonscription d’Indre-et-Loire : 18,4% de participation ; 1e circonscription de l’Oise : 26,4%. Dans les résultats, on s’aperçoit que plus il y a de participation, plus la "droite" est forte (ou l’inverse : le lien de causalité n’est pas établi !).

Pour les scrutins des 20 et 27 juin 2021, la situation de la participation électorale sera encore pire que pour les municipales de 2020.

D’une part, les élections régionales et départementales sont souvent les scrutins où l’abstention a toujours battu des records, parce que ce sont des collectivités moins incarnées : on connaît "son" maire, on connaît "son" Président de la République, mais que dire de "son" président de conseil régional, et de "ses" conseillers régionaux élus sur des listes départementales aux contours flous… sans compter qu’aujourd’hui, si vous arrivez à vous y retrouver avec les étiquettes réelles et les noms génériques pour éviter de rappeler des étiquettes politiques aujourd’hui contreproductives, vous êtes un grand savant de la science politique.

Pour information, la participation du premier tour des élections départementales du 22 mars 2015 fut de 50,2% (second tour du 29 mars 2015 : 50,0%) ; celle du premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 fut de 49,9% (second tour du 13 décembre 2015 : 58,4%).

Et d’autre part, l’on peut rajouter, non pas la proximité des vacances scolaires (elles ne commencent que le 5 juillet 2021, il me semble, donc aucune raison que les parents partent en vacance plus tôt, du moins, les parents d’enfants scolarisés), mais simplement le défoulement de pouvoir partir en week-end au soleil après sept mois de confinement ou semi-confinement, pourrait l'emporter sur le devoir électoral.

Bref, tout est là pour que les scrutins des 20 et 27 juin 2021 soient ceux qui vont faire éclater les plafonds records de l’abstention. Après, quel va être le profil de ceux qui vont en profiter ? C’est le grand mystère. À mon sens, les sondages sont dans l’incapacité de savoir exactement qui seront les rares électeurs qui se rendront dans les bureaux de vote. Les gagnants, ce seront ceux qui auront le plus mobilisé. C’est assez banal de dire car cela s’applique à chaque élection, mais là, la capacité à mobiliser les électeurs sera la seule clef du scrutin : la peur, la colère, l’espoir… À cette occasion, on aura une petite idée de ce qui motive réellement notre nation et notre peuple. J’espère plus l’esprit constructif que râleur.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


(Le dessin humoristique provient du site HuffingtonPost).


Pour aller plus loin :
Rapport de Jean-Louis Debré du 13 novembre 2020 (à télécharger).
Avis du Conseil scientifique sur la tenue des élections du 29 mars 2021 (à télécharger).
Régionales et départementales 2021 (1) : à propos de leurs dates et de l’âge du capitaine.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Régionales 2015 : sursaut ou sursis ?
Les enjeux du second tour des régionales de 2015.
Le premier tour des régionales du 6 décembre 2015.
Les enjeux des élections régionales de décembre 2015.
Les départementales 2015 au second tour.
Les départementales 2015 avant le second tour.
Départementales 2015 : le pire n'est jamais sûr.
Les 4 enjeux nationaux des élections départementales de mars 2015.
La réforme territoriale.
La réforme des scrutins locaux du 17 mai 2013.
Le référendum alsacien.
Le vote par anticipation.
Le vote proportionnel.
Le vote obligatoire.
Le vote électronique.
Vive la Cinquième République !

_yartiRegionales2021A03
 


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2 réactions à cet article    


  • phan 7 juin 11:47
    Macron la sens-tu ?

    • Étirév 7 juin 12:21

      « voter, pour les nuls »
      La démocratie est le vêtement dont se pare le pouvoir sous le prétexte qu’existe une représentation populaire. Mais cette représentation n’est pas populaire, car, en réalité, elle est contrôlée par des partis politiques sous influence des puissances d’argent.
      Mais la grande habileté des dirigeants actuels est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même. C’est pour créer cette illusion qu’on a inventé le « suffrage universel » qui est l’opinion de la majorité supposée faire la loi. Mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion est quelque chose que l’on peut très facilement diriger et modifier : on peut toujours, à l’aide de suggestions appropriées : sondages, attentats, pandémies… gouvernance par la peur, etc., y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé.
      En démocratie, le perdants est toujours le peuple, quel que soit le résultat. C’est un constat assez évident aujourd’hui, sauf pour un « aveugle ».
      À l’issue, le politicien professionnels, ce clown pathétique, repart hiberner jusqu’aux prochaines élections, c’est-à-dire ses prochaines pitreries, dont les masses sont assez encore friandes, mais pour combien de temps ?
      Origine de la démocratie moderne

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