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Roland Dumas, à deux pas du centenaire !

« Le tumulte me rajeunit ! » (Roland Dumas, en décembre 2010).

Roland Dumas, à deux pas du centenaire !

Vieux routier de la politique française, celle des secrets et des mystères, celle des réseaux et des conclaves, Roland Dumas fête, ce dimanche 23 août 2020, son âge canonique de 98 ans. Résistant (à 20 ans), avocat aux très nombreuses affaires sensibles, jeune député, vieux ministre et unique Président du Conseil Constitutionnel dans l’histoire institutionnelle à avoir été contraint à la démission, l’homme est un personnage de roman qui ne pouvait qu’adorer un autre personnage de roman qu’était François Mitterrand.

Replié dans une sorte de retraite par l’âge, Roland Dumas n’a jamais hésité à lâcher quelques petites bombes médiatiques à droite et à gauche, heureux de laisser quelques traces dans l’histoire, et d’abord, dans l’histoire du parti socialiste d’Épinay, pas la SFIO de Guy Mollet mais le PS qui fut OPAïsé par François Mitterrand.

Roland Dumas est un vétéran des années 1960, celles qui ne donnaient pas beaucoup d’avenir à un homme du passé, celui de la Quatrième République. Un vétéran de l’antique Convention des institutions républicaines, sorte de rassemblement des clubs mitterrandistes sans grande audience électorale. Ils sont peu nombreux, ces vétérans historiques : Georges Dayan, Georges Beauchamp, Roland Dumas, Louis Mermaz, Charles Hernu, Claude Estier, André Rousselet, Georges Fillioud, et quelques autres dont la fidélité fut sans faille au chef, même, pour les survivants, lorsqu’ils ont appris les liens étroits avec des personnalités comme René Bousquet.

Dès la campagne présidentielle de 1965, Roland Dumas servait de ce que Michèle Cotta a appelé dans ses "Cahiers" « agent de liaison politique de F. Mitterrand » ou « émissaire tout-terrain de Mitterrand, par qui passe une bonne partie des messages » (chargé notamment des relations avec les communistes en 1965 et en 1972). Pour donner une idée de l’étendue des réseaux de Roland Dumas, qui a eu des amis tant chez les communistes qu’à l’extrême droite, ce fut l’un de ses amis, qui était membre du cabinet de Georges Pompidou lorsqu’il était à Matignon, qui s’est décidé à informer directement l’ancien Premier Ministre des rumeurs qui couraient sur son compte et celui de son épouse dans l’affaire Markovic (personne, dans l’entourage de Pompidou, n’avait osé l’avertir de ce qui se disait dans les salons parisiens).

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Roland Dumas était donc l’homme des missions délicates de François Mitterrand. Et si l’on écoutait les rumeurs de Paris, il aurait pu être nommé Premier Ministre. Cela se serait passé en décembre 1985. François Mitterrand, qui avait nommé en juillet 1984 le "plus jeune Premier Ministre que la France n’ait connu", à savoir Laurent Fabius, le trouvait désormais usé et peu fiable, d’autant plus qu’il avait exprimé devant les députés, le 4 décembre 1985, son "trouble" parce que François Mitterrand venait de recevoir à l’Élysée le général Jaruzelski, Président polonais, à l’Élysée. Confiance rompue.

Michèle Cotta a relaté dans ses "Cahiers" l’une des hypothèses évoquées lors d’une réunion du "Siècle" le 11 décembre 1985 : le fondateur de ce club politique réunissant des membres de toutes les tendances politiques estimait que François Mitterrand avait besoin d’un nouveau gouvernement avant les élections législatives de mars 1986 qui devaient lui imposer une cohabitation : « Il faut à celui-ci [Mitterrand], pour réussir la prochaine cohabitation, négocier sans doute avant mars la composition du premier gouvernement issu des prochaines élections [note personnelle : alors qu’on ne connaît pas encore les résultats !]. Seul Roland Dumas est en mesure de mener à bien cette négociation, avec la confiance intacte du Président et grâce à ses talents bien connus de négociateurs. ».

Ce raisonnement fut diversement apprécié dans la salle : « Jérôme Monod [très proche de Jacques Chirac] paraît convaincu par la démonstration. Simon Nora et moi nous ergotons : maintenant, à trois mois des élections, changer de Premier Ministre ? Je hasarde : "Tout de même, n’est-il pas un peu bête de ‘brûler’ Dumas, qui, éventuellement, peut servir pendant la cohabitation ?". ».

Le 17 décembre 1985, les rumeurs ont abandonné l’hypothèse Roland Dumas au profit d’une autre, celle de Pierre Bérégovoy à Matignon, tremplin de trois mois avec l’idée éventuelle d’être candidat à la place de François Mitterrand en 1988. Il y a eu aussi des rumeurs que François Mitterrand organiserait un référendum pour le 19 janvier 1986, deux mois avant les élections législatives, sur la durée du mandat présidentiel ou encore sur le cumul des mandats…

Finalement, rien de cela ne s’est produit, Laurent Fabius est resté à Matignon jusqu'au bout de la législature, jusqu’à la défaite socialiste du 16 mars 1986 et a passé ses pouvoirs à Jacques Chirac qui a pris la tête du premier gouvernement de cohabitation. Le nom de Roland Dumas a de nouveau circulé pour Matignon après l’éviction de Michel Rocard au printemps 1991, au même titre que Michel Charasse, mais ce furent successivement Édith Cresson, puis Pierre Bérégovoy, qui furent choisis. Quant à Roland Dumas, François Mitterrand lui laissa en mars 1995 la prestigieuse succession de Robert Badinter à la tête du Conseil Constitutionnel, un mandat normalement de neuf ans…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Roland Dumas.
Roland Dumas, l'avocat sulfureux de la Mitterrandie triomphante.
Claude Cheysson.
Georges Fillioud.
Claude Estier.
Michel Rocard.
Jacques Delors.

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13 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 22 août 12:55

    C’est vraiment un rigolo ce pangolin...


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 22 août 13:22

      Il parait que Deviers-Joncourt, c’était quand même un sacré coup !


      • Laconique Laconique 22 août 13:24

        C’est bizarre, vous ne parlez pas de l’affaire Dumas, qui a été une affaire énorme à l’époque. Vous ne citez pas la fameuse formule de Mitterrand : « J’ai deux avocats : Robert Badinter pour le droit et Roland Dumas pour le tordu. » Article étrangement bref, étrangement lacunaire, bâclé. De la lassitude chez vous ?


        • Clocel Clocel 22 août 13:41

          @Laconique

          Dès l’instant où on a fait état de sa promiscuité avec Mitterrand, on peut considérer que sa moralité est largement esquissée, ce qui vaut également pour l’icône Badinter qui s’est offert, selon moi, un costume d’intégrité pour pas cher.


        • Nowhere Man 22 août 16:37

          @Clocel
          Badinter définitivement discrédité quand Tesson demanda la peine de mort (sans procès) pour Dieudonné sur le même plateau que lui.


        • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 22 août 20:28

          @Nowhere Man

          Badinter = suppression de la peine de mort pour les meurtriers.

          Simone Veil = mise en place de la peine de mort pour les innocents dans le sein de leur mère.

          Laurent Fabius = a trouvé le mariage des homos conforme à la constitution comme Président du Conseil Constitutionnel.

           

          Tout ce que la France ne voulait pas, ils nous l’ont fait.

          La France doit être gouverné par des français et non par des étrangers. C’est ce que nous chante le couplet 3 de Notre Merveilleuse Marseillaise.

          «  Quoi ! Des cohortes étrangères

          Feraient la loi dans nos foyers !

          Quoi  ! Des phalanges mercenaires

          Terrasseraient nos fiers guerriers ! (Bis)

          Dieu  ! Nos mains seraient enchaînées !

          Nos fronts sous le joug se ploieraient !

          De vils despotes deviendraient

          Les maîtres de nos destinées ! »

           

          Ces 3 là pourraient-ils chanter ce couplet ?


        • osis 23 août 06:59

          @Daniel PIGNARD

          Trois gouttes d’eau bénite et au lit...
          Votre état empire.


        • amiaplacidus amiaplacidus 23 août 11:00

          @osis
          Dans son état, l’eau bénite doit être administrée par perfusion, l’administration per os n’est pas suffisante.
          Il faut ajouter 9 g. de chlorure de sodium par litre d’eau bénite, pour lui éviter une hémolyse.


        • amiaplacidus amiaplacidus 22 août 15:51

          Dumas, n’est-ce le type aux bottines à plus de 10.000 € payé par ?


          • osis 23 août 06:56

            Dis moi qui tu hantes, je te dirais qui tu es.

            En bref, indéfectiblement, des crapules aussi notoires qu’opportunistes.

            Ce qui qu’il est a de pire et de plus vil en politique est, sera, ou a été forcément socialiste.

            C’est objectivement historique.


            • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 23 août 08:35

              @osis
              « En bref, indéfectiblement, des crapules aussi notoires qu’opportunistes. »

              Vous n’êtes pas mal non plus en donnant des consultations avec ordonnance gratuites.


            • Michel VIDAL Michel VIDAL 23 août 16:35

              Les parties de jambes en l’air, ça conserve...


              • Octave Lebel Octave Lebel 24 août 12:09

                Vous avez raison d’édifier nos concitoyens avec des anecdotes, la vérité est trop cruelle et nous sommes des enfants.

                Roland Dumas : « En 1995, les comptes de campagne de Balladur et Chirac étaient manifestement irréguliers »

                https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/28/dumas-les-comptes-de-campagne-de-balladur-et-chirac-etaient-manifestement-irreguliers_4564766_3224.html

                « Que faire ? C’était un grave cas de conscience. J’ai beaucoup réfléchi. Annuler l’élection de Chirac aurait eu des conséquences terribles. J’ai pensé à mon pays. Je suis un homme de devoir. Nous avons finalement décidé, par esprit républicain, de confirmer, à l’unanimité au deuxième tour, son élection présidentielle. Je suis convaincu que j’ai sauvé la République en 1995. »

                Selon la Constitution, le rôle du Conseil constitutionnel est de veiller à la régularité de l’élection du président de la République, examiner les réclamations et proclamer les résultats du scrutin. Le président du Conseil est nommé par le président de la République. Sa voix est prépondérante en cas de partage.

                La suite a effectivement montré que protéger les défaillances de notre système est ce qu’il fallait faire, d’ailleurs cela a continué.

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