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Accueil du site > Actualités > Politique > Sénatoriales 2017 (2) : Sans surprise

Sénatoriales 2017 (2) : Sans surprise

Grande victoire de LR et de l’UDI, échec de LREM et risque de disparition du PCF.

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Les élections sénatoriales du 24 septembre 2017 visant à renouveler la moitié du Sénat français se sont déroulées sans surprise, ou plutôt, ce n'était même pas une surprise qu’il n’y eût aucune surprise.

76 000 grands électeurs, désignés par les communes le 30 juin 2017, ont en effet voté pour désigner 171 nouveaux sénateurs pour un mandat de six ans, parmi les 2 403 candidats (170 renouvelables et une élection sénatoriale partielle à la suite de la démission du sénateur de Savoie Michel Bouvard, dans un département non renouvelable). Parmi les candidats, il y a eu beaucoup de recalés des élections législatives de juin 2017 : 286, soit plus de 10%.

Cet électorat, essentiellement les délégués des communes de la moitié de la France (l’autre moitié avait voté le 28 septembre 2014), est issu directement des élections municipales de mars 2014 qui furent une grande victoire de la coalition de centre droit LR-UDI.

C’était donc assez logique que le résultat des sénatoriales du 24 septembre 2017 confirme cette victoire du centre droit et en particulier de LR et aussi de l’UDI. Parallèlement, la gauche a perdu beaucoup de plumes, les communistes ont perdu le tiers de leurs effectifs (ils peuvent tout juste conserver leur groupe politique) et les socialistes aussi ont perdu un peu des leurs (sauf en Loire-Atlantique et bien sûr à Paris dont le corps électoral est associé à la municipalité de Paris).


1. Premier revers électoral pour Emmanuel Macron

L’information répétées avec raison, c’est l’échec cinglant de La République En Marche (LREM), le parti du Président Emmanuel Macron, qui a subi son premier revers. Certes, le mode de scrutin a été déterminant dans cet échec, mais les grands électeurs sont cependant rarement "politisés" et encore moins "partisans". Souvent, ils sont issus de petites communes sans étiquette et si leur tendance générale est effectivement proche du centre droit, cela voulait dire aussi qu’ils étaient macron-compatibles.

Rappelons qu’aux élections sénatoriales du 28 septembre 2014, il y a eu une grande surprise, l’élection improbable de deux sénateurs FN (le maire de Fréjus dans le Var et un maire de secteur de Marseille dans les Bouches-du-Rhône) alors que l’arithmétique des grands électeurs ne pouvait envisager un tel résultat.

Comme l’a constaté Laurence Rossignol, ancienne ministre socialiste réélue sénatrice de l’Oise, sur Public-Sénat le 25 septembre 2017, l’ensemble des grands électeurs de ce scrutin avait majoritairement voté pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle du 7 mai 2017 et pour des candidats LREM aux élections législatives de juin 2017 et donc, rien ne les aurait empêché, du moins idéologiquement, de voter pour des sénateurs LREM le 24 septembre 2017.

À Public-Sénat, le sénateur François Patriat (chef de file des sénateurs LREM) a bien fait sourire ses interlocuteurs le 25 septembre 2017 en indiquant que beaucoup de candidats LREM ont raté de peu leur élection, de quelques dizaines de voix ! Mais en fait, ces élections se font généralement, justement, à quelques dizaines de voix. C’était aussi l’argument utilisé par Jean-Luc Mélenchon pour dire qu’il aurait dû être au second tour de l’élection présidentielle, à quelques centaines de milliers de voix près ! (en oubliant qu’avant lui, il y avait aussi François Fillon).

Cet échec de LREM a plusieurs explications.

La première explication, c’est qu’Emmanuel Macron est novice dans la vie politique et il faut avoir une bonne connaissance, sinon expérience, de la vie politique pour comprendre et "sentir" des élections sénatoriales, en sachant que chaque département est une configuration particulière, et les situations locales sont très diverses (voir l’exemple des Hauts-de-Seine plus bas), un candidat indépendant très bien implanté peut faire mentir toutes les prévisions. Par ailleurs, l’absence de mandat électif d’Emmanuel Macron avant son élection à l’Élysée, en particulier, l’absence de mandat local, l’a handicapé dans cette compréhension subtile de la vie territoriale (Dominique de Villepin aurait probablement rencontré les mêmes difficultés).

La deuxième explication, c’est la manière quasi-masochiste du gouvernement actuel à vouloir s’aliéner le vote des grands électeurs : la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des habitants, et donc, nécessairement, la perte d’autonomie fiscale des communes, la baisse du nombre d’emplois aidés (que la droite parlementaire aurait probablement renforcée si elle avait eu le pouvoir au printemps), la réduction des dotations de l’État (là encore, la droite parlementaire aurait probablement réduit encore plus), toutes ces mesures ont suscité l’inquiétude sinon la colère des élus locaux et du tissu économique et associatif des territoires (de nombreuses associations jouant un rôle essentiel dans la vie sociale se retrouvent sans ressources).

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La troisième explication, c’est la manière de mener campagne. Certains candidats LREM ont même organisé des réunions publiques à l’occasion de cette campagne, ouvertes à tous les citoyens. Bien entendu, cette ouverture n’est pas blâmable en elle-même, au contraire, c’est sympathique d’associer une démarche électorale même à des non-grands électeurs, mais cela montre à quel point ceux-là n’ont rien compris aux élections sénatoriales. Il ne suffisait pas de poser sur une affiche avec la tête d’Emmanuel Macron pour se faire élire comme aux élections législatives. Il fallait être soit notable soit se faire connaître des élus locaux, et pour se faire connaître de ceux-ci, il n’y avait pas trente-six solutions, il fallait les rencontrer un à un, donc, faire le tour de tous les élus de toutes les communes de son département. À quatre ou cinq réunions par jour, il fallait bien deux à trois mois pour faire une campagne au moins de notoriété auprès d’eux avant de les convaincre.

Enfin, une quatrième explication, cela pourrait être l’arrogance de LREM vis-à-vis de cette échéance électorale. Quand je dis arrogance, elle est de deux types. La première est celle qui considère que les grands électeurs allaient accorder une confiance aveugle au nouveau gouvernement alors que celui-ci est en fonction depuis quatre mois avec déjà quelques résultats (moralisation de la vie politique, réforme du code du travail, etc.). La seconde est celle, en amont, d’une tentative de débauchage particulièrement malvenue de la part de LREM auprès des sénateurs sortants. À la manœuvre, François Patriat avait réussi à récupérer quelques sénateurs socialistes pour créer le 27 juin 2017 un groupe LREM au Sénat jusqu’à 29 membres (avant la mort accidentelle de Nicole Bricq).

Cette tentative de débauchage s’est poursuivie après l’élection du 24 septembre 2017 pour récupérer des nouveaux sénateurs élus, centristes, socialistes, sans étiquette, indépendants, divers droite ou divers gauche. Or, il est clair qu’on ne brusque pas un sénateur, trop fier de son indépendance politique, et aujourd’hui, ces sénateurs macron-compatibles préfèrent plutôt regarder l’action du gouvernement sans trop s’engager dans un premier temps.

Notons quand même que ces tentatives de débauchage sont classiques à l’issue d’un scrutin parlementaire, quel qu’il soit, auprès des heureux élus indépendants, notables, divers et sans étiquettes, qui n’avaient aucune investiture de parti issu des groupes politiques sortants, sans compter ceux qui, sans étiquette car dissidents, avaient déjà indiqué dans quel groupe politique ils siégeraient.

C’est la raison pour laquelle il est difficile de donner une bonne vision (parfaitement exacte) du nouveau Sénat tant que les nouveaux sénateurs ne se sont pas organisés et n’ont pas choisi leur groupe politique (ce qu’ils feront cette semaine). Ce ne sont donc que des projections, même si l’on connaît depuis le dimanche après-midi le nom de tous les élus.


2. Le Sénat sortant

Je redonne, proposé par le site du Sénat, l’état des groupes politiques au Sénat à la veille du renouvellement du 24 septembre 2017. Comme je l’ai expliqué précédemment, la loi contre le cumul des mandats s’applique maintenant aux sénateurs, et donc, certains élus ont dû choisir encore leur mandat sénatorial ou leur mandat d’exécutif local. Au contraire des députés, beaucoup de sénateurs ont alors opté pour rester au Sénat (comme le filloniste Bruno Retailleau qui préside le groupe LR). D’autres ont cependant préféré leur mandat local, ce qui fut le cas de François Baroin (maire de Troyes) et de Jean-Claude Gaudin (maire de Marseille), dans des départements qui ne renouvellent pas leurs sénateurs.



Les sénateurs renouvelables inscrits à un groupe furent 53 LR, 47 PS, 19 UDI, 18 LREM, 16 PCF et 8 RDSE (centre gauche, essentiellement des PRG mais jusqu’en 2017, il y avait un LR, Gilbert Barbier, président du groupe). Comme on le voit, ceux qui avaient le plus à perdre étaient les macronistes et les communistes.


3. Quelques sénateurs sortants qui ne se représentaient pas

Des démissionnaires (hors renouvellement sénatorial) : Michel Bouvard, Jean-Claude Gaudin, François Baroin, Jean-Pierre Raffarin.
Un décès : Nicole Bricq.
Ne se représentaient pas (par retrait ou par cumul des mandats, ces derniers suivis d’une étoile, sauf erreur) : Bernard Saugey, Anne David, Gilbert Barbier, Christophe Béchu*, François Zocchetto*, Daniel Reiner, Évelyne Didier, Philppe Leroy*, Jean-Pierre Masseret, Gaëtan Gorce, Jacques Legendre, René Vandierendonck*, Michel Delebarre, Michelle Demessine, Daniel Percheron, Hervé Poher, Michèle André, Jean-Jacques Lasserre*, Chantal Jouanno*, Roger Madec*, Leila Aïchi, Hélène Lipietz (suppléante de Nicole Bricq), Catherine Tasca, Serge Dassault, Jean-Vincent Placé, Philippe Kaltenbach, Robert Hue, Hugues Portelli, Francis Delattre, Didier Robert, Jean-Pierre Cantegrit…


4. Le nouveau Sénat

Au-delà de l’échec de LREM, du PS et du PCF, il y a aussi deux autres échecs qu’il faut signaler : celui du Front national de Marine Le Pen (le corps électoral sénatorial a très peu varié par rapport à 2014 et le FN avait gagné deux sièges) et celui de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon qui a refusé de jouer ce jeu démocratique, alors qu’il n’a jamais été que sénateur apparatchik du PS pendant près de trente ans (de mars 1983 à juillet 2009) ! Sa proposition de supprimer le Sénat est donc plutôt une duperie intellectuelle sinon politique.

En tout, 69 sénateurs ont été réélus, soit un taux de renouvellement élevé, presque 60%.

Le groupe LR (centre droit) devrait avoir 159 membres, soit un gain de 17 sièges.
Le groupe UC (centristes de l’UDI) 50 membres, soit un gain de 8 sièges.
Le groupe PS (socialistes) 81 membres, soit une perte de 5 sièges (les socialistes limitent la "casse").
Le groupe LREM (macronistes) 28 membres, soit une perte d’un seul siège (en fait, grâce au transfert de certains sénateurs du groupe UC au groupe LREM).
Le groupe RDSE (centre gauche) 12 membres, soit une perte de 4 sièges.
Le groupe PCF (communiste) 12 membres, soit une perte de 6 sièges.


5. Quelques candidats battus

Suivi d’une étoile, sénateur non sortant.

LR : André Trillard, Alain Vasselle, Isabelle Debré, Joëlle Ceccaldi*, Éric Doligé…
UC : Christian Namy, Yves Pozzo di Borgo…
PS : Georges Labazée, Claire-Lise Campion…
LREM : Delphine Bataille, Michel Berson…
RDSE : Philippe Esnol…
Sans étiquette : Alex Türk (ex-RPR)…

L’exemple des Hauts-de-Seine est assez intéressant car la droite a été très divisée, avec cinq listes LR, ce qui lui a fait perdre un ou deux sièges dont celui d’Isabelle Debré, belle-fille de Michel Debré et belle-sœur de Jean-Louis Debré et Bernard Debré. Cela a favorisé le sénateur sortant André Gattolin (LREM) et fait élire Xavier Iacovelli (PS). Parmi les LR dissidents, la maire de Puteaux Joëlle Ceccaldi qui comptait, une fois élue sénatrice, "placer" son fils Vincent Franchi à sa place de maire (selon le conseiller municipal d’opposition Christian Grébert).


6. Quelques réélus et nouveaux élus

Suivis d’une étoile, les sénateurs sont de nouveaux élus.

LR : Michel Savin, Christophe Priou*, Philippe Bas, Philippe Nachbar, Jean-François Husson, Gérard Longuet, François Grosdidier, Marc-Philippe Daubresse*, Édouard Courtial*, Pierre Charron, Céline Boulay-Esperonnier*, Philippe Dominati, Anne Chain-Larché, Gérard Larcher, Jean-Raymond Hugonet*, Laure Darcos*, Roger Karoutchi, Philippe Dallier, Christian Cambon, Arnaud Bazin, Pierre Frogier…

UC : Joël Guerriau. Yves Détraigne, Valérie Létard, Olivier Henno*, Nathalie Goulet, Vincent Delahaye, Jocelyne Guidez*, Hervé Marseille, Vincent Capo-Canellas, Laurent Lafon*…

PS : André Vallini, Jean-Pierre Sueur, Pascal Kanner*, Laurence Rossignol, Marie-Noëlle Lienemann, Rémi Féraud*, Marie-Pierre de La Gontrie*, David Assouline, Vincent Éblé, Victorin Lurel*, Maurice Antiste, Hélène Conway-Mouret…

LREM : Didier Rambaud*, Jacqueline Gourault (la seule membre du gouvernement présente dans cette élection), Jean-Marie Vanlerenbergue (ex-UC), André Gattolin, Alain Richard…

PCF : Pierre Laurent…

Sans étiquette : Jean-Louis Masson (ex-RPR), Esther Benbassa…


7. La suite

La première session ordinaire de la XVe législature de la Ve République commence le 2 octobre 2017. Pour le Sénat, la première séance est consacrée à l’élection du nouveau Président du Sénat. En raison des résultats sans ambiguïté du 24 septembre 2017, il y a très peu de doute que Gérard Larcher soit réélu au Plateau. Il resterait alors le premier interlocuteur parlementaire d’Emmanuel Macron, notamment lorsque viendront des projets de révision constitutionnelle. Le Sénat reste une chambre parlementaire de temporisation et de pondération, corrigeant les passions peut-être parfois excessives de l’Assemblée Nationale et du gouvernement.

En revanche, le Sénat aurait tort de s’opposer frontalement à toute évolution constitutionnelle, même s’il est antirévolutionnaire par nature. En effet, s’il refusait d’accompagner une réforme, il risquerait beaucoup lors des prochaines élections et sa propre existence pourrait même être remise en cause, comme c’est déjà le cas par quelques démagogues peu respectueux de leur histoire parlementaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 septembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élection du nouveau Président du Sénat (le 2 octobre 2017).
Résultats des élections sénatoriales du 24 septembre 2017.
Sénatoriales 2017 : état des lieux.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Élections sénatoriales du 28 septembre 2014.
Emmanuel Macron.
Gérard Larcher.
Jean-Pierre Bel.
Christian Poncelet.
René Monory.
Alain Poher.

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4 réactions à cet article    


  • Cateaufoncel 26 septembre 18:58

    On notera aussi que le FN a enregistré une forte progression de ses voix, de 1168 en 2011 à 1802 dimanche, soit une augmentation de 55,3 %, auxquelles s’ajoutent les 67 voix acquises dans les départements où le FN ne présentait pas de candidats en 2011 (Loiret, Lot et Pyrénées-Orientales). D’où on peut déduire, que s’il y a eu un « effet Philippot » il fut très faible et géographiquement limité.

    La progression s’explique en partie par l’augmentation du nombre de « grands électeurs » élus du Front national. Ainsi dans ses fiefs du Nord et du Pas-de-Calais. gagne-t-il respectivement 107 voix, à 248, et 159 voix, à 260.

    Dans le Grand Est, région de Florian Philippot, le FN stagne à 43 voix en Meurthe-en.Moselle, perd 1 voix dans la Meuse, à 31 voix, en gagne 23 en Moselle, à 110 voix, et 20 en Haute-Marne, à 54 voix.

    Le FN recule, au total, dans 5 départements, dont 4 ne lui sont, traditionnellement, pas favorables : l’Indre-et-Loire -15, à 32 voix, la Manche -28, à 28 voix, la Nièvre -15, à 14 voix et la Seine-Saint-Denis - 1, à 16 voix.

    En Ile-de-France, il passe de 157 à 224 voix, avec une assez curieuse poussée dans l’Essonne, où il a recueilli 82 voix, contre 18 en 2011.

    P.S. - Les chiffres peuvent être vérifiés sur le site du Ministère de l’Intérieur, ici pour 2011 et ici pour 2017


    • Ruut Ruut 27 septembre 09:15

      Il sert a quoi le sénat ?


      • Ruut Ruut 27 septembre 13:53

        @Shawford
        Ils n’ont pas la retraite forcé obligatoire a 60 ans ?


      • zygzornifle zygzornifle 27 septembre 13:14

        pas de surprises ils gagneront tous 7100 € sauf le président avec ses 20 000€ hors avantages qui sont colossaux et aucun regard dessus , mettez les au SMIC et ils iront manifester a coté de Mélanchon en couinant comme des porcelets devant le couteau du boucher  .... lol

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