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Sortir du quinquennat césariste et refaire confiance à la démocratie

Le quinquennat se caractérise par le pouvoir presque absolu d’un monarque républicain, qui peut gouverner sans tenir compte de la députation, ni des corps intermédiaires. Ceci est la définition même du césarisme, antithèse de la démocratie.

 

Nos ministres et députés font majoritairement partie des classes privilégiée de la société, les CSP+. On sait par exemple que la sociologie de la chambre basse est très différente de la sociologie de la nation, et que les ministres sortent pour la plupart des grandes écoles, des grands corps d’état et des grandes entreprises. Tout ce petit monde fait partie de ce qui est appelé par certains « l’élite de la nation ».

En outre, qu’ils soient de gauche, de droite ou du centre, ils appliquent tous la même politique, celle de l’offre, comme le revendiquait F. Hollande. Cette politique consiste à favoriser les marchés et les entreprises privées, en promettant qu’à terme ce sera bénéfique pour le peuple.

On constate donc que nous avons un gouvernement par les élites, pour les intérêts privés. Ce fait est hélas indubitable. Or la démocratie consiste en un gouvernement par le peuple, pour le peuple. Il existe donc une rupture du contrat démocratique établi entre le peuple et ses représentants.

Le principe de notre république, pour appliquer au mieux la démocratie, est la représentation du peuple par des élus. Par conséquent si l’élu représente fidèlement la volonté de ses administrés, le système peut fonctionner, mais si l’élu représente la seule volonté du chef de son parti, le contrat avec le peuple est rompu, et la démocratie représentative ne fonctionne plus.

Or c’est bien ce qui se passe aujourd’hui : nous élisons tous les cinq ans un « monarque républicain », oxymore s’il en est, qui a de fait tout pouvoir puisque sa majorité, élue dans la foulée, lui obéit sans égard pour son devoir de représenter le peuple.

Tout cela est bien sûr pétri de bonnes intentions, car pour beaucoup d’élus le peuple serait incapable de comprendre que cette autocratie lui garantit le bonheur, mais pas tout de suite. Leurs pensées d’élite seraient trop intelligentes et trop subtiles pour être comprises des gens qui ne sont rien. Alors ils font le bonheur du peuple malgré lui, en promettant des lendemains qui chantent. « Les français sont des veaux » disait De Gaulle, et nombre d’élus partagent cette opinion. D’ailleurs l’expression « le bon sens du peuple » n’a plus aucun cours de nos jours, en revanche l’expression « populisme » est opposée à toute velléité d’apporter une aide au peuple (meilleurs salaires, taxes plus basses, meilleurs remboursements médicaux, revenu universel, ...).

C’est le quinquennat qui permet une telle gouvernance.

 

Le quinquennat, ou le césarisme

 

Avant le quinquennat on avait une occasion de sanctionner l’équipe au pouvoir, en votant pour la cohabitation. Les législatives étaient en quelque sorte des « midterms » à la française. Mais depuis c’est fini. La constitution a été sciemment modifiée pour garantir au vainqueur de l’élection présidentielle le pouvoir de gouverner autocratiquement, sans opposition de fait pendant 5 ans.

Il existe bien une opposition à l’assemblée, mais les directives autoritaires du chef du parti majoritaire, auxquelles ses députés obtempèrent sans critique (sinon c’est l’exclusion), la rendent en pratique incapable d’infléchir la politique du Président. Ajoutez à cela le 49.3 et autres ordonnances, et vous comprenez que le Président peut légalement imposer sa volonté au peuple, et cela sans entrave. C’est bien ce qu’ont fait tous les gouvernements depuis l’instauration du quinquennat, jusqu’à E. Macron qui utilise ce système à outrance, ne tenant plus aucun compte de la représentation nationale ni des corps intermédiaires.

Le quinquennat en dit long sur la vision que nos élus ont de la démocratie. Jamais il n’aurait vu le jour si une majorité d’entre eux n’avait opté pour le césarisme, contre la république. Car le quinquennat consiste bien en un césarisme : l’homme fort prend tous les pouvoirs, au détriment de la représentation nationale, au prétexte qu’il y aurait péril en la demeure et qu’il serait l’homme providentiel. C’est une rengaine de l’histoire, de César à Poutine en passant par tous les autocrates plus affreux les uns que les autres.

Le problème est donc là. Depuis 50 ans la majorité de notre classe politique a poussé au césarisme, plutôt qu’à la recherche d’une meilleure démocratie. Il faut dire que la constitution de la Vème république avait déjà bien tracé le chemin. C’est terrible, mais le fait est là, fondamentalement notre classe politique gouvernante ne croit pas aux vertus de la démocratie. Elle ne peut pas se prétendre démocrate, et en même temps voter tous les pouvoirs à un seul homme, car ce sont deux choses antagonistes. On ne peut pas être César et en même temps démocrate.

Jupiter non plus, soit dit en passant.

 

Démocratie : système naturel le plus stable

 

Pourtant un des défauts du césarisme est que, lorsque la politique imposée ne parvient pas à instaurer le bonheur promis au peuple, en échange de sa patience, ce dernier finit par se mettre en colère et demande des comptes au seul responsable possible, César. Et dans ce cas, cela se passe généralement mal pour lui. Rappelons que César finit poignardé par les sénateurs représentant le peuple, tandis qu’en France nous avons préféré la guillotine.

Or force est de reconnaître, aux vus de notre balance du commerce extérieur, de notre dette, du nombre de chômeurs et de travailleurs pauvres, que le césarisme des quinquennats n’a pas profité au peuple. Après 17 ans de ce régime, et quatre présidents qui l’ont utilisé, des trois bords politiques, la promesse de faire le bonheur du peuple, mais pas tout de suite, n’a pas été tenue. On peut bien sûr prétendre que la raison en est que nous avons choisi les mauvais César, alors qu’un autre, encore plus providentiel, porterait enfin une politique autocratique qui ferait le bonheur du peuple, mais pas tout de suite. C’est à dire qu’on pourrait s’acharner malgré l’évidence des faits. Dans ce cas il faut être prêt à encaisser la colère du peuple, car inéluctablement son bon sens lui dira qu’il faut cesser de progresser dans la mauvaise direction, qu’on traite ses porte parole de populiste ou pas. C’est seulement une question de temps.

Et quand le peuple est en colère, tout est bloqué. Pire, toutes les déviances sont à craindre en fonction de ses désespérances, des émeutes à la guerre civile, en passant par la terreur. C’est en tout cas ce que nous apprend l’histoire. Au cours des temps passés l’autocratie s’est toujours soldée par la guerre, ou/et par un peuple en colère faisant la révolution, souvent sanglante, parfois pour le pire.

Si on est attentif aux leçons de l’histoire, on aura remarqué qu’elle a un sens, celui des révolutions démocratiques. Lentement l’humanité bascule de l’autocratie vers la démocratie, et cela sur toute la planète, depuis la fin du XVIIIème siècle jusqu’à nos jours, même s’il y a encore du pain sur la planche. Or lorsque la nature fait apparaître un système au détriment d’un autre, c’est que le second est mieux adapté que le premier, plus stable. On en conclut que la démocratie aboutit à une société plus stable que l’autocratie, ce qui est vérifié expérimentalement. C’est pour cela qu’il faut utiliser la démocratie, au détriment de l’autocratie.

Un exemple pour s’en persuader, si au lieu d’imposer autocratiquement leur politique unique, nos présidents avaient persuadé le peuple de voter pour cette même politique grâce à des référendums périodiques, nous serions parvenus au même fiasco économique et social, mais il y aurait une différence fondamentale : le peuple n’aurait que lui à blâmer et ne trouverait aucun intérêt à manifester contre lui-même. Le simple fait de lui donner la parole en le laissant choisir est le garant de la paix civile. C’est tout le propos de la démocratie.

Ainsi la démocratie n’est pas par essence génératrice de la bonne politique à mener, elle est avant tout une assurance contre les colères du peuple et ses dérives. C’est là que réside l’intérêt premier de la démocratie. Les milieux économiques, qui ont tant besoin de stabilité, seraient bien inspirés de le réaliser, et de jouer enfin le jeu de la démocratie plutôt que de promouvoir l’autocratie, au final il y ont intérêt, car il est plus facile de s’enrichir en temps de paix qu’en temps de troubles.

Je n’oublie pas bien sûr que la démocratie possède d’autres avantages, notamment celui d’organiser des cercles vertueux de débats, qui aboutissent à des solutions acceptées par le plus grand nombre, plus riches et plus ingénieuses, car élaborées par plus de cerveaux qu’il en existe dans le secret d’un cabinet ministériel dirigé par un chef. Cela est vrai, mais avant d’organiser le débat il faut instaurer la paix civile, et cela est le rôle premier de la démocratie.

Si la France veut retrouver la stabilité et la paix sociale, elle doit choisir la démocratie plutôt que la Vème République et son quinquennat. La constitution de De Gaulle était adaptée à résoudre la crise de l’époque, la guerre d’Algérie et le capharnaüm politique qu’elle a entraîné, mais 60 années se sont écoulées depuis, et la situation est radicalement différente, à tous points de vue, économique, technologique, démographique, international, politique et social.

Il est donc temps de refonder la république, non plus en la pensant comme une pyramide hiérarchique dirigée par un homme providentiel, mais en trouvant les moyens d’une gouvernance horizontale, avec laquelle les citoyens pourront interagir directement.

Un informaticien dirait qu’il faut passer du modèle centralisé maître-esclave (ordinateur central monotâche), au modèle distribué client-serveur (ordinateurs multitâches sur le réseau internet).

 


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6 réactions à cet article    


  • François Pignon François Pignon 17 janvier 08:11

    C’est la République qui est en danger, pas la démocratie.

    Les attaques contre l’intérêt général (privatisation des services publics) qui sont fondées sur des doctrines économiques comme la liberté du marché se heurtent aux principes de la République, mais s’accommodent très bien de la démocratie.

    L’école est en crise par manque de moyens, ce qui met en danger la République. La mode est aujourd’hui à la dévalorisation des enjeux collectifs, de l’intérêt public ou commun au profit de la valorisation de la sphère privée, perçue comme un bunker des libertés.

    C’est dans la Constitution, qui fait la République « indivisible, laïque, démocratique et sociale », que sont complétées, au profit de l’intérêt général, les lacunes structurelles de la démocratie. La République essaie de donner à tous les individus les mêmes chances de réussite car l’intérêt général contribue, au bout du compte, à l’intérêt particulier, ce que ne permet pas l’inverse.

    La démocratie est un commencement dont la République est l’aboutissement toujours inachevé.

    Ce qu’il faut restaurer, c’est la République confisquée par des clans en s’appuyant sur les articles spécifiques à la constitution de la Vème République, articles introduits pour transformer le Président en chef de guerre à l’époque de l’Algérie « française ».


    • François Pignon François Pignon 17 janvier 08:19

      @François Pignon

      Dans la démocratie, ce qui est bon pour l’individu est bon pour ses semblables ou ceux de sa communauté. dans une république, ce qui est bon pour l’ensemble des citoyens est bon pour chacun d’entre eux.


    • samy Levrai samy Levrai 17 janvier 09:36

      Rien sur l UE l euro et l OTAN ... > qui dirige la France ? Qui a le pouvoir ? En tout cas pas les factotums dont nous bassine l auteur...


      • samy Levrai samy Levrai 17 janvier 14:05

        @talec
        J’adore les abrutis qui donnent des leçons et ne savent pas de quoi ils parlent...
        Alors une sixieme republique qui ne fait pas ses lois , sa justice, sa monnaie, ni ne decide de la paix ou de la guerre parce que dans l’UE, leuro et l’OTAN...
        il y en a un peu marre des escrocs comme toi qui enfument le peuple par pure connerie et limitations intellectuelles.
        Et si tu grandissais ?


      • Taverne Taverne 17 janvier 11:03

        Voici un passage qui illustre l’humilité et la simplicité du césarisme :

        "Je pourrais être ému, si j’étais comme vous. Si j’étais capable de prier pour émouvoir, je serais ému par des prières. Mais je suis constant comme l’étoile polaire qui pour la fixité et l’immobilité n’a pas de pareille dans le firmament. Les cieux sont enluminés d’innombrables étincelles ; toutes sont de flammes et toutes brillent  ; mais il n’y en a qu’une seule qui garde sa place. Ainsi du monde : il est peuplé d’hommes, et ces hommes sont tous de chair et de sang, tous intelligents  ; mais, dans le nombre, je n’en connais qu’un seul qui demeure à son rang, inaccessible et inébranlable ; et cet homme, c’est moi. J’en donnerai une légère preuve en ceci même : inflexible pour envoyer Cimber en exil, je suis inflexible pour l’y maintenir."

        Shakespeare : Jules Cesar.

         


        • beo111 beo111 17 janvier 12:57

          Je vote pour une inversion du calendrier électoral, i.e. des législatives en 2021. Encore que ces dernières n’ont aucun sens si on ne modifie pas le système électoral.

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