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Sur la politique et son futur

Qu’entend-on par ce mot de politique ? Quel est son domaine ? Par définition, la politique est ce qui est relatif à l’exercice et à l’organisation du pouvoir. Il semble que soit confondu dans cette définition plusieurs niveaux et plusieurs domaines de la politique : politique et pouvoir, politique et forme de gouvernement, politique et société, … Cette notion recouvre donc plusieurs domaines à la fois au niveau de l’organisation du domaine public, de l’articulation du domaine public avec le domaine privé, de la manière dont sont gérés les affaires publiques, le mode d’organisation de nos sociétés.

 

Qu’est-ce que la politique ? Ce sont les relations et les actions qui interviennent pour l’organisation du système public, ce système public ayant lui-même un fort pouvoir sur le domaine privé via les lois, les règles, les normes, les contrôles, les financements, les investissements, la santé, les orientations internationales, les méthodes d’enseignement, l’organisation du travail, l’aménagement du territoire, les transports, ...On imagine finalement peu l’ensemble des domaines politique qui interagissent dans la sphère privée. Nous sommes tellement intégrés et plongés dans ce système que nous ne le voyons plus et que nous n’en percevons que les côtés les plus négatifs ou les plus répressifs.

 

Car la politique intervient à tous les niveaux et à toutes les étapes de notre vie. Aujourd’hui, malheureusement la politique se réduit trop souvent à une classe, presque une caste, la classe politique. Pour la majorité des personnes, des citoyens, la politique c’est avant tout les hommes qui la font et qui sont organisés en parti, en organisation, en mouvement. Les hommes politiques sont perçus désormais comme des professionnels de la politique. Ils forment un ensemble cohérent et stable dont le renouvellement n’est parfois qu’un leurre. L’apparition soudaine de Macron et de son mouvement, tous les députés nouvellement élus, qui étaient des novices se sont au final vites intégrés au système existant. Il est difficile de remettre en cause un système aussi bien organisé.

 

On l’oublie souvent mais le système politique est basé sur la constitution. Et une constitution, c’est la stabilité, l’intangibilité du système. Nous ne sommes pas dans la 5ème République mais plutôt dans la 5ème Constitution. Le peuple a bien compris que ce système tourne sur lui-même, qu’il gravite autour de son propre centre, qu’il s’auto-entretient. Son but c’est de durer. Et la politique, le système et les hommes qui l’entretiennent sont là pour le faire durer car c’est tout à leur avantage de faire durer un système qui les nourrit. Il faut se rappeler les paroles de Pierre Bourdieu dans ‘Penser la politique’ : “Nous vivons immergés dans la politique. Nous baignons dans le flot immuable et changeant du bavardage quotidien sur les chances et les mérites comparés de candidats interchangeables. Nous n’avons pas besoin de lire les éditorialistes de quotidien ou d’hebdomadaire ou leurs ouvrages d’ “analyse”. [...] Les propos sur la politique, comme les paroles en l’air sur la pluie te le beau temps, sont d’essence volatils [....].”

 

Car beaucoup de gens se sont rendus compte de la vacuité des paroles politiques, du vide qui se cache derrière des paroles creuses. Nous avons aujourd’hui affaire en politique à une caste de techniciens, de petits comptables qui ne font que mettre en oeuvre des programmes définis au niveau européen ou par des lobbys, des organisations internationales, les banques, les milieux d’affaires, les économistes, ...Ce système est à bout de souffle mais on continue néanmoins à vouloir l’appliquer. Il faut cependant éviter de tomber dans le piège du populisme autoritaire. Plation avait dans la République envisagé un système politique qui était dirigé par les philosophes, considérés comme sages. En somme, une oligarchie, voire une aristocratie. Celle-ci déterminait et définissait les choix sociétaux et organisait en conséquence la société afin d’apporter à ses membres le bonheur et le bien-être maximal dont l’axe était la vertu. Finalement, cette société apparaissait plutôt cauchemardesque de par sa perfection et sa pureté.

 

Les personnes n’agissent pas toujours selon les meilleurs choix possibles pour elles. Elles n’agissent pas toujours en fonction de leur intérêt maximal. Cette idée de l’action pour obtenir le plus grand bénéfice et bien-être personnel est une idée des Lumières et c’est une idée fausse qui nous a amené aux situations dramatiques qui ont été celles du 20ème siècle. Les personnes agissent parfois en fonction de leurs ressentis, de leurs émotions, de leurs pulsions. Leur action et leur décision ne sont pas toujours calculées.

 

Aujourd’hui, la classe politique est perçu, à raison je le pense, comme un système fermé, déconnecté de la société et enfermé sur lui-même. Il intervient sur la vie des gens mais les gens ont la sensation de ne pas pouvoir intervenir sur lui. Et ce manque de pouvoir, ce sentiment d’impuissance des personnes ainsi que la déraison dans leurs actions donne Trump aux USA, le Brexit au UK, un néo fascisme en Hongrie et en Autriche, un système autoritaire en Turquie et en Russie, des dérives populistes dans de nombreux pays, ….

 

Le système politique tel qu’il a existé était en phase avec son époque, une époque où le patriarcat était la règle et qui évoluait peu. Ce système a vécu. Tout comme a disparu un jour la noblesse, ce système va lui aussi disparaître. Car ce système ne vit que pour lui-même, ne se parle qu’à lui-même et n’agit que pour lui-même. Les derniers changements politiques ne font que mieux apparaître son agonie.

 

Comment et par quoi remplacer ce système ? En fait je ne crois pas qu’il sera remplacé mais qu’il va tout simplement disparaître. Je pense que d’autres systèmes vont se mettre en place, des systèmes ouverts et collaboratifs, basés sur les réseaux sociaux, des systèmes auxquels les gens vont fortement adhérer et qui vont finalement faire imploser l’ancien système. Le changement ne s’effectuera donc pas via un renversement mais plutôt par une désaffection et une adhésion à une autre système. J’entrevois ce système qui serait basé sur le même principe que celui de la justice. Des professionnels qui encadrent des personnes désignées, qui au final seront les vrais décideurs. Pourquoi la classe politique ne serait-elle pas au final choisie au hasard sur les listes électorales. Nous aurions alors une vraie représentation citoyenne. Cette idée a d’ailleurs été développé par un mouvement qui s’appelle #MaVoix Je pense aussi à des systèmes comme le parti pirate en Islande qui a malheureusement dérivé vers une forme de parti traditionnel ce qui explique je pense sa baisse de popularité. On peut évoquer également la liste ‘Tous ensemble’ des habitants de Saillans dans la Drôme.

 

Nous ne devons pas cependant oublier la phrase prophétique d’Antonio Gramsci, penseur politique italien mort en 1937, : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Espérons que nous éviterons l’apparition de nouveaux monstres.


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4 réactions à cet article    


  • Arogavox 4 octobre 14:14

    @auteur Merci d’avoir exposé cette « fausse bonne idée », d’autant plus dangereuse et retorse qu’elle part d’un « bon sentiment ».Et tout le monde sait bien que « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».  

              
      Et, puisque votre conclusion nous met en garde contre l’apparition de nouveaux monstres, je me ferai ici le devoir de tenter de déjouer au moins un piège trop grossier qui ne doit pas perdurer davantage.
       

     Vous écrivez :

    « d’autres systèmes vont se mettre en place, des systèmes ouverts et collaboratifs, basés sur les réseaux sociaux, des systèmes auxquels les gens vont fortement adhérer et qui vont finalement faire imploser l’ancien système.
     Le changement ne s’effectuera donc pas via un renversement mais plutôt par une désaffection et une adhésion à une autre système. J’entrevois ce système qui serait basé sur le même principe que celui de la justice. Des professionnels qui encadrent des personnes désignées, qui au final seront les vrais décideurs. Pourquoi la classe politique ne serait-elle pas au final choisie au hasard sur les listes électorales. Nous aurions alors une vraie représentation citoyenne » 
       
       
      xxx Ayant du mal à m’assurer de ce que peut bien vouloir dire « le système » , je prendrai ici le parti de considérer que c’est ce que de mon côté j’appellerais « le stratagème de légitimation des pouvoirs politiques en vigueur dans notre pays ... et bien d’autres » .
          
     Dans le nouveau « système » que vous entrevoyez, les vrais décideurs seront-ils les « personnes désignées » ou les « professionnels qui les encadrent » ? 
    Et, en quoi ce nouveau système serait-il différent de celui d’aujourd’hui, avec ses « statuts » (dont le resserrement du nombre ne fait que rendre plus apparente la contradiction et l’incohérence ou mensonge hypocrite-cynique en regard de l’égalité en droit proclamée !!)
       
      Piège rhétorique, d’une indigence logique pourtant grotesque tant l’incohérence est triviale :
    « classe politique ... choisie au hasard  » ??!!
      Dans quelle ’logique’ , avec quel genre de ’raison’ arriverait-on à rêver d’un hasard vu comme un choix ???
     Et puis le seul mot « classe » sou-entend l’abandon d’une visée démocratique basée sur l’égalité en dignité !
     Pire : « classe politique » évoque immédiatement le concept archi-connu de régime aristocratique (selon l’étymologie : pouvoir des ’meillers’). Si ça va mieux en le disant, pourquoi alors le pas le dire en clair ?!
     Et puis, une « représentation » peut-elle être citoyenne ?
     Démissionner des ses responsabilités ce choix de de décisions citoyens, pour les (déléguer ?) refourguer à des prétentieux osant prétendre pouvoir vous « représenter » ! Cette désertion-démission-fuite-personnelle-de-responsabilité peut-elle sembler mature et citoyenne ?!
       
      Faut-il aussi revenir encore sur la fausse-bonne-idée d’une délégation par le hasard ?
    (piste de réflexion : mathématiquement, quelle fréquence des tirages au sort serait nécessaire ? quelle fréquence est possible ou ’jouable’ ?)



    • razoumikhine razoumikhine 4 octobre 18:03

      Bonjour

      Mon texte n’est pas clair sur un point et vous l’avez bien remarqué.

      En l’occurrence, les personnes indiquées comme « désignées » seront bien entendu, dans mon esprit en tout cas, élu selon un processus démocratique.
      Elles seront au départ désignées dans le sens où elles seront choisies au hasard sur les listes électorales.
      Mais il y aura bien sûr après un vote démocratique avec débats et exposition des idées afin de déterminer les citoyens qui accéderont aux responsabilités.

      Concernant le système, je pensais plutôt au système politique dans sa globalité.

      Le nouveau système serait différent de celui existant dans le sens où la classe politique actuelle ne serait plus existante, nous n’aurions plus affaire à des professionnels de la politique mais à des novices encadrés par des ’conseils’.

      C’est ce que nous faisons dans la vie de tous les jours lorsque nous prenons conseil dans certaines affaires auprès de professionnels (docteur, avocat, notaire, plombier, ...).

      Bien à vous


    • Le421 Le421 4 octobre 17:09
      Par définition, la politique est ce qui est relatif à l’exercice et à l’organisation du pouvoir.

      Éthymologiquement, la politique veut plutôt parler de la gestion de citoyens par ses dirigeants.
      A savoir que chaque individu est unique et cette gestion doit prendre en compte les particularités, synthétiser ce qui paraît le meilleur POUR LE PLUS GRAND NOMBRE et non pas pour des minorités privilégiés et en déduire une ligne de conduite dans les décisions à prendre.
      On en est bien loin aujourd’hui.
      La grande perversion est de faire avaler aux foules qu’en améliorant le statut de peu de privilégiés, la grande majorité en sortirais gagnant.
      La politique est devenu un jeu pervers où, comme disait de façon triviale un copain, c’est le premier qui bande qui encule l’autre !!

      • Ruut Ruut 5 octobre 08:18
        Une politique sur 5 ans est bien trop courte il faut des mandats de 10 ans renouvelables au moins 2 fois pour avoir des gouvernements qui travaillent sur la durée et non de manière après moi le déluge.

        Comme vous le dites le régime importe peut c’est la stabilité dans le temps qui compte.

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