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Vagues roses et grises mines

Tous les pouvoirs mais pour quoi faire ?

La soirée médiatico-politique des résultats du second tour des élections législatives a débuté par un scandale qui est bien représentatif d’une crise de notre système. Un scandale qui ne peut en cacher d’autres. De quoi s’agit-il ?
 
Toute la journée les médias nous ont expliqué qu’aucun résultat ne filtrerait avant 20 heures, au nom de la déontologie républicaine. Las, à 19h50, Ségolène Royale annonce une déclaration. C’est clair : aucun média n’aurait du la retransmettre avant 20 heures. 
 

Ségolène Royal, François Bayrou, Marine Le Pen : recalés ...et la victoire d'Olivier Forlani contre l'appareil PS

Or, tous les média lui ont donné la parole. Tout simplement par la dictature de l’audience. "Si elle ne parle pas chez nous, mais s'exprime chez les autres, tout le monde ira chez les autres." Et c’est ainsi que, dans la plus complète illégalité, on a appris qu’elle était battue et ne l’acceptait pas. Cette correction que l'on a le droit de juger jubilatoire, ou injuste et cruelle, est devenue, un moment, l'événement majeur de la soirée électorale.
 
Le plus important est ailleurs. Il est dans le fait que, face aux principes démocratiques, dont elle se gargarise, Ségolène Royale se croit tout permis. Mais pire, les médias aussi. Interrogé sur cette violation par Guillaume Durand sur Radio Classique, Harlem Désir n'a même pas jugé utile de répondre, en dépit de relances du journaliste. La déontologie ? L'ancien président de SOS Racisme s'assied dessus. Le cas Royal est cependant révélateur de l'ampleur des haines et des combinaisons, au sein du PS, d’une partitocratie qui tente de confisquer le vote des électeurs.
 
Cécile oui, Marine non ! C’est l'autre grand scandale de cette fausse démocratie élective. Un parti à 5 % aura un groupe ; un parti à plus de 13 % deux élus. Tout est dit. Cécile Duflot, grande démocrate s’il en est et magouilleuse partitocratique déjà éprouvée (n’est ce pas Eva ?), s’en offusque peu. La défaite personnelle de Marine Le Pen fera l’objet d’un recours ; c’est compréhensible. Les médias sont soulagés, mais n’acceptent pas le retour du FN au Parlement. Cela leur a gâché la soirée. 
 

Pour Jean-Marie Le Pen : "le FN a 1 élu, Marion "
 
Ils auront du mal à diaboliser la jeune Marion, même si, à Le Pen, elle ajoute, pour le plus grand plaisir des humoristes, le nom de Maréchal. Ils auront surtout du mal à faire taire maître Collard, qui annonce vouloir être un « casse couille démocratique ». Démocratique cela pourra se discuter, mais casse couille c’est une évidence. Il aurait mieux valu finalement, pour les obsédés du FN, un groupe normal plutôt qu’une benjamine et un Mélenchon des prétoires, impétueux, talentueux et incontrôlable.
 
Le curieux cas Bompard
 
L’obsession du FN a fait passer la presse a côté d’une élection atypique. Jacques Bompard (69 ans) a confortablement battu le maire socialiste de Vaison-la-Romaine, Pierre Meffre. Il a recueilli 58,77% des suffrages dans la 4ème circonscription du Vaucluse, agrégeant très largement les voix de la Droite, qui lui permettent de retrouver le Palais Bourbon. Le jeune "anticommuniste", comme il se définit lui-même, rejoint le groupe d'extrême droite Occident, dissous en 1968, avant d'adhérer à Ordre Nouveau, également dissous par le gouvernement en 1973. 
 
Dès la création du Front National, en octobre 1972, il y adhère et crée l'antenne de Montpellier, avant de fonder en 1975, alors qu'il ouvre son cabinet dentaire à Orange, la fédération du Vaucluse. Vingt ans plus tard, la ville l'élit maire, à l'issue d'une triangulaire favorable. Il y sera réélu en 2001 et 2008, dès le 1er tour, sur un programme "sans étiquette" d'embellissement de la ville et de baisse des impôts.
 

Jean-Vincent Placé , figure montante des Verts
 
Il est exclu, en septembre 2005, du bureau politique du FN, sur "des arguments fallacieux" de Jean-Marie Le Pen, dit-il. En décembre, après son éviction, il rejoint le Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers, qu'il quittera en 2010 pour fonder, à l'occasion des régionales, son propre parti, la Ligue du Sud.
 
Le crépuscule de Lang. C’est lui qui mène le bal des vaincus. Une chute sous forme de fin de carrière et peut être aussi une fin d'influences et de réseaux qui pourrait, très vite, lui poser des problèmes. L’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand a dénoncé une « collusion d'intérêts ». «  Le mot d'ordre de Mme Le Pen a joué. C'est un formidable honneur d'être ainsi blacklisté par Marine Le Pen  », s'est-il aussi justifié. On se console comme on peut. 
 
Michèle Alliot-Marie, qui avait dû quitter son poste de ministre des Affaires étrangères pour ses liens avec des proches de l'ancien président tunisien Ben Ali, espérait rebondir à l'Assemblée. Raté. L'ancienne ministre a été battue dans la 6e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, où elle était pourtant élue, sans discontinuer, depuis 1986. Autre sortante sortie, Nadine Morano. L'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy est éliminée dans la 5e circonscription de Toul, malgré des appels répétés aux électeurs du Front national. Ancien ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, candidat dans la 9e circonscription des Hauts-de-Seine, échoue lui aussi à quelques marches du Palais-Bourbon.
 
Tous les partis, excepté le MODEM, peuvent être satisfaits
 
Le Parti socialiste et François Hollande , avec 314 élus, obtiennent la majorité absolue, ne devenant l’otage ni des écologistes avec 20 élus, ni du Front de Gauche avec 10 élus. Ce n’est pas une surprise. Comme le signalait Olivier Duhamel, politologue spécialiste du droit constitutionnel à LCI "le Parlement a toujours été dans le sillage de la présidentielle sous la 5ème république ". Tous les ministres ont été réélus réalisant ainsi un « grand chelem » que certains n’envisageaient pas, notamment à Marseille avec Marie-Arlette Carlotti, la plus en danger, qui bat René Muselier , prétendant à la mairie de Marseille. Reste d’après Jérôme Jaffré, directeur du CECOP, à «  résoudre l’abandon des couches populaires et jeunes et les relations avec ses alliées ».
 

Les Verts : un accord bien négocié avec le PS
 
Le Front National, avec 2 élus au scrutin majoritaire, peut se réjouir Certes, Gilbert Collard n’est pas un « lepéniste historique », ex-adhérent du PS, membre du Comité de soutien à François Mitterrand en 1981, exclu du MRAP, investi par Démocratie libérale puis candidat Nouveau Centre en 2008. Des scores importants ont été réalisés par les candidats FN restés en lice (60 candidats dont 29 en triangulaires) . Marine Le Pen a été battue par 100 voix d’écart, c'est déjà un exploit. Elle a commencé avec succès son processus de « dédiabolisation » et pose un problème à l’UMP. Elle aura mis en application la stratégie du pire ennemi de son père, Bruno Mégret, qui préconisait des alliances avec la « droite républicaine »
 
 
Gilbert Collard élu...malgré Jean-Marie Le Pen
 
ELLV, avec 20 élus, peut constituer un groupe. C’est un succès pour Jean-Yves Placé. Ils n’avaient jamais pu constituer un groupe mais ils sont aussi otage du Parti socialiste, qui leur aura réservé 60 circonscriptions. Combien de concessions devront-ils faire ? 
 

Un Front de Gauche toujours solidaire ?
 
Le Front de Gauche, même s’il ne constitue pas un groupe avec 10 élus, a, dans ce scrutin majoritaire à deux tours, réussi à se maintenir. Pourra-t-il constituer un groupe comme le réclame Jean-Luc Mélenchon, "en abaissant le nombre de députés requis ?" Rien n’est moins sûr. Si les sénateurs avaient pu constituer un groupe, le Conseil Constitutionnel avait donné son accord « en raison du nombre restreint de sénateurs « (348) ; ce qui laisse présager une réponse négative à la même demande pour l’Assemblée. La grosse erreur de Jean Luc Mélenchon aura été de na pas conclure d’accord avec le PS. Le Parti Communiste s’en souviendra. Sur 8 députés communistes aux alentours du périphérique parisien, seuls trois ont retrouvé leur siège. 
 
Le MODEM a été le perdant de ces élection par la défaite de son leader, François Bayrou, qui entend «  prendre du recul et changer la forme de son engagement momentanément » Jean-Marc Ayrault, par sa personnalité, aura principalement dans les régions de l’Ouest «  fait passer le centre à gauche » comme le reconnaît Jean-Pierre Raffarin. Mais un homme politique est-il mort ? Le Centrisme est en déshérence avec 11% des voix à la présidentielle, des députés européens, des sénateurs. «  Le jour où les Français imposeront cette conscience et cette volonté nouvelles, je serai, et nous serons, au milieu d'eux pour que vive la France »( François Bayrou)
 
UMP : la crise couve
 
L’UMP, avec plus de 100 députés en moins par rapport à la précédente législature, subit une défaite importante, sans qu’elle soit une catastrophe. La plupart de ses responsables sont élus (Baroin, Xavier Bertrand, Jean-François Copé, François Fillon, Nathalie Kociusko-Morizet) prouvant ainsi que les reports de voix du FN n’ont pas fonctionné et rendus caduques la « liste noire » élaborée par Marine Le Pen. Les candidats (Morano, Guéant, Peltier) ayant appelé de manière directe les électeurs FN à la rescousse auront tous été battus. 
 
Est-ce l’échec de la stratégie Buisson ? Sur les 40 membres de la Droite Populaire, la moitié a perdu son siège (Brigitte Barèges, Jean-Paul Garraud, Maryse Joissains, Richard Mallié, Eric Raoult, Christian Vanneste) «  La dérive droitière de l’UMP a échoué. Les personnalités de l'UMP qui n'ont pas fait d'alliance dans cette campagne (avec le FN) mais qui avaient des complicités thématiques (avec le Front national) ont payé les frais de leurs erreurs". (Jean-Pierre Raffarin). Nicolas Sarkozy est déjà oublié. Pas de Jean-François Copé qui réplique : «  L'échec est-il dû à une stratégie de droitisation, comme le dit par exemple la sénatrice Chantal Jouanno ? "Ce n'est pas mon point de vue, je ne suis pas sûr d'ailleurs que Chantal Jouanno soit tout à fait majoritaire sur cette thèse".
 

La Droite Populaire : un courant défait
 
Reste au parti les difficultés à venir : « Remettre l’UMP sur la voie de l’ascension, engager une discussion de fond sur ce qui nous rassemble, nos valeurs, notre projet commun » (Alain Juppé) . Quoi de commun entre les députés de la « Droite populaire » et ceux de la « Droite humaniste » que Jean-Pierre Raffarin appelle de ses veux «  l’UMP doit marcher sur ses deux jambes : une culture de droite républicaine et autoritaire et une culture de droite humaniste ». Comment concilier l’inconciliable ? Un scrutin majoritaire à deux tours réclame des réserves pour le deuxième tour. L’UMP n’en a pas. Le parti unique n’est-il pas une erreur ? L’UMP, née en 2002 du désir de Jacques Chirac, avec l’appui d’Alain Juppé, n’aura jamais été un parti d’opposition. Il lui reste à le devenir et à élire vraiment un président. Ce n’est pas la moindre affaire. Cinq ans de sarkozysme et un échec de type giscardien. L'UMP ne s’en remettra pas, dans son état actuel en tout cas. 
 
Voila donc, finalement, le Parti Socialiste avec tous les pouvoirs. Tous les pouvoirs, mais pour quoi faire ? Cela commence maintenant, en fait, pour François Hollande fragilisé par le tweet de sa compagne, qui semble s’être abstenue à la chute de son obsession, Ségolène Royale.
 
Le vote grec est intéressant, on attendait la révolte. On a une sorte de soumission. La voie est étroite pour le changement, car l’avenir de la France ne se jouera pas au Parlement national, mais dans les institutions internationales et européennes. Mélenchon est plus déçu par le vote grec que par le revers français. L’horizon rouge s’éloigne. Les grises mines vont s’allonger. La vague rose n’est pas la promesse de la vie en rose.
 

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1 réactions à cet article    


  • ELCHETORIX 20 juin 2012 16:03

    EXCELLENT votre article !
    A mon avis le plus grand parti est celui des abstentionnistes , ceux qui comme moi en ont marre de voir le peuple représenté par des cumulards , j’en foutre , carriéristes , cupides et surtout malhonnêtes et souvent incultes en humanisme ou simplement en compassion envers son prochain embourbé dans les calamités sociales imposées par ces servants de l’oligarchie insatiable , cruelle , vaniteuse et
    égoïste !
    RA.

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