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Vincent Auriol, le premier Président socialiste

« Il est borgne, on le sait. Ce qui ne le rend pas moins louche. Et quand on dit que, peut-être, il ne voit jamais plus loin que le bout de son nez, il faut vite ajouter : et d’un seul côté seulement. » (le 9 novembre 1940 dans "Vendémiaire", hebdomadaire créé par le colonel Maurice Guillaume).



Contrairement à la croyance populaire, François Mitterrand n’a pas été le premier socialiste à avoir été élu Président de la République française. Il fut le deuxième. Il y a soixante-dix ans, le 16 janvier 1947, les parlementaires français ont désigné le premier Président de la IVe République. A été élu Vincent Auriol, 62 ans, qui avait été élu Président des deux Assemblées Nationales Constituantes puis de l’Assemblée Nationale du 31 janvier 1946 au 20 janvier 1947.

Cette élection était le couronnement de la longue carrière politique d’un député qui fut à la croisée des principaux leaders du socialisme français : il fut l’élève de Jean Jaurès à Toulouse, le ministre de Léon Blum, et il a soutenu la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de décembre 1965.

Né le 27 août 1884, avocat après avoir obtenu un doctorat en droit, Vincent Auriol fut l’un des hommes clefs du socialisme du Sud-Ouest pendant l’entre-deux-guerres. Adhérent à la SFIO en raison de sa proximité avec Jean Jaurès (il épousa aussi la fille d’un grand ami syndicaliste de Jean Jaurès à Carmaux), il eut une longue carrière de mandats électifs : élu sans discontinuité député de la Haute-Garonne du 10 mai 1914 (il avait 29 ans) au 31 mai 1942 (fin du prolongement du mandat des députés élus en mai 1936) et du 21 octobre 1945 au 31 décembre 1947, il fut également élu maire du Muret de 1925 à 1946 et conseiller général de Haute-Garonne de 1928 à 1946 (en octobre 1945, il fut élu président du conseil général de Haute-Garonne).

À partir du début des années 1920, Vincent Auriol est devenu le spécialiste des finances publiques de la SFIO, prenant donc une importance considérable au sein de l’appareil (c’est très difficile de donner des éléments de comparaison mais disons que Dominique Strauss-Kahn avait eu un rôle similaire au début des années 1980 au sein du PS). Ce fut donc très logique que lors de la victoire du Cartel des gauches et de l’arrivée à la tête du gouvernement du radical Édouard Herriot, Vincent Auriol fut élu président de la commission des finances à la Chambre des députés (entre 1924 et 1926).

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Vincent Auriol fut tellement proche de Léon Blum pendant une dizaine d’années jusqu’au Front populaire qu’on a même parlé de lui pour diriger le premier gouvernement socialiste en 1936 dans le cas où Léon Blum préférerait rester à la tête de la SFIO. Mais il avait au contraire encouragé Léon Blum à prendre lui-même la direction du gouvernement, car c’était dans la logique politique après la victoire du Front populaire.

Fidèle parmi les fidèles du leader socialiste, Vincent Auriol fut nommé Ministre des Finances du 4 juin 1936 au 21 juin 1937, dans le premier gouvernement de Léon Blum, aux côtés notamment d’Édouard Daladier, Paul Faure, Camille Chautemps, Roger Salengro, Marx Dormoy, Yvon Delbos, Pierre Cot, Jean Zay, Irène Joliot-Curie, Jean Perrin, Paul Ramadier, Jules Moch et Léo Lagrange. Vincent Auriol milita en faveur d’une intervention militaire française aux côtés des républicains espagnols pour lutter contre le franquisme (intervention refusée par les radicaux dont le soutien était indispensable pour le maintien du gouvernement).

Après la démission de Léon Blum en raison de l’absence de soutien des radicaux pour un autre sujet, Vincent Auriol resta dans le gouvernement dirigé par Camille Chautemps, comme Ministre de la Justice du 29 juin 1937 au 14 janvier 1938, et il se retrouva de nouveau ministre dans le deuxième gouvernement de Léon Blum du 13 mars 1938 au 10 avril 1938, à la Coordination des services ministériels à la Présidence du Conseil.

Vincent Auriol a compris rapidement le danger des accords de Munich en septembre 1938 (il s’y opposa mais paradoxalement, les ratifia comme parlementaire, par discipline de parti), et il a eu le courage (rare) de s’opposer à Philippe Pétain lors du vote du 10 juillet 1940 (il fut l’un des très rares socialistes à s’y être opposés, et a aidé Léon Blum à se protéger durant l’été 1940). Comme Léon Blum, Vincent Auriol fut arrêté par le régime de Vichy et fut emprisonné de septembre 1940 à août 1941, puis une fois libéré, il s’engagea dans la Résistance en 1942.

Le Général De Gaulle le nomma président de la commission des finances de l’Assemblée consultative d’Alger en 1944 et il fut réélu député aux deux assemblées constituantes après l’Armistice. De Gaulle l’intégra ensuite dans son gouvernement du 21 novembre 1945 au 20 janvier 1946, comme Ministre d’État représentant la SFIO, avec trois autres Ministres d’État : Francisque Gay (MRP), Louis Jacquinot (républicain indépendant) et Maurice Thorez (PCF).

Alain Peyrefitte a raconté que De Gaulle avait démenti le fait que Vincent Auriol l’aurait influencé pour ne pas s’exprimer devant les Français lors de sa démission en janvier 1946 et il aurait dit le 6 septembre 1966 devant son Ministre de l’Information : « Je ne lui avais pas demandé la permission de m’adresser aux Français le 18 juin 40. » ("C’était De Gaulle", 1994).

Après la démission de De Gaulle de Matignon, le socialiste Félix Gouin lui succéda. Félix Gouin avait été élu Président de l’Assemblée Nationale Constituante, poste qu’il abandonna donc pour diriger le gouvernement provisoire, si bien que ce fut Vincent Auriol qui fut choisi le 31 janvier 1946 pour lui succéder, puis en juin 1946, pour présider la seconde Assemblée Nationale Constituante, et enfin, le 3 décembre 1946, pour présider la première Assemblée Nationale de la IVe République. Tandis que Léon Blum fut chargé de diriger le dernier gouvernement provisoire de la République française du 16 décembre 1946 au 16 janvier 1947. Ce qui signifia que Vincent Auriol allait succéder à Léon Blum comme chef de l’État français.

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Lors de l’élection présidentielle du 16 janvier 1947, 883 parlementaires (députés et équivalents de sénateurs, "conseillers de la République") ont pris part au vote. Vincent Auriol, soutenu par la gauche, fut élu dès le premier tour avec 452 voix (soit 51,2%), face à Auguste Champetier de Ribes (MRP), son principal concurrent, premier Président du Conseil de la République (c’est-à-dire du Sénat) du 27 décembre 1946 au 6 mars 1947 (date de son décès), grand résistant et ancien ministre d’avant-guerre, qui a obtenu 242 voix (27,4%), face aussi au vieux parlementaire octogénaire Jules Gasser (radical), vice-président du Conseil de la République et ancien maire d’Oran, avec 122 voix (13,8%) et enfin, face à un député de centre droit, Michel Clemenceau, le fils de Georges Clemenceau, avec 60 voix (6,8%).

Concevant sa fonction présidentielle dans le rôle d’arbitre suprême, Vincent Auriol a dû affronter l’instabilité ministérielle récurrente de la république naissante qui donnait la part trop belle aux partis et aux groupes politiques des assemblées : pendant son septennat, il ne nomma pas moins de quinze gouvernements (en moyenne, plus de deux gouvernements par an !), dirigés par Paul Ramadier (qu’il connaissait à Toulouse durant sa jeunesse), Robert Schuman, Georges Bidault, Henri Queuille, Edgar Faure, René Mayer, André Marie, René Pleven, Antoine Pinay et Joseph Laniel.

Refusant de solliciter un second mandat présidentiel, Vincent Auriol quitta l’Élysée le 16 janvier 1954 (à l’âge de 69 ans) laissant la place à René Coty (républicain indépendant) élu très laborieusement le 23 décembre 1953. Il rédigea pendant son mandat un journal de bord ("Le Journal du Septennat") retraçant la chronologie de ses activités pendant cette période, et j’ai eu le privilège d’avoir été interrogé sur un extrait concernant l’année 1947 (et les terribles grèves de l’époque) à l’épreuve écrite d’histoire au baccalauréat.

Favorable au retour de De Gaulle en mai 1958, Vincent Auriol quitta la SFIO après un désaccord de fond avec Guy Mollet. Il participa à la création du PSA (parti socialiste autonome) d’Édouard Depreux le 11 septembre 1958, devenu ensuite, le 3 avril 1960, PSU (parti socialiste unifié) qui lança Michel Rocard en politique.

Conformément à la nouvelle Constitution de la Ve République, Vincent Auriol siégea au Conseil Constitutionnel comme membre de droit (ancien Président) du 5 mars 1959 au 1er janvier 1966 (date de son décès) mais refusa de participer aux travaux de cette haute assemblée à partir de 1962 pour s’opposer à la pratique très dirigiste des institutions par De Gaulle, fustigeant le « pouvoir personnel et arbitraire en opposition avec les principes et les règles essentiels de la démocratie ».

Comme indiqué au début de l’article, Vincent Auriol apporta son soutien au candidat François Mitterrand quelques semaines avant de mourir le 1er janvier 1966 à Paris, à l’âge de 81 ans, reliant historiquement François Mitterrand aux figures fortes du socialisme que furent Jean Jaurès et Léon Blum. À ma connaissance (mais je peux me tromper), ni François Mitterrand ni François Hollande, le troisième socialiste à avoir été élu à l’Élysée, n’ont rendu hommage à celui qui fut un acteur loyal du socialisme de gouvernement au plus haut niveau de l’État.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vincent Auriol.
Le Front populaire.
René Coty.
Edgar Faure.
Gaston Defferre.
François Mitterrand.
Georges Clemenceau.
André Tardieu.
Jean Jaurès.
Joseph Caillaux.
Aristide Briand.
Léon Blum.
Pierre Laval.
Philippe Pétain.
Colonel de La Rocque.
Charles De Gaulle.
Pierre Mendès France.
Jean Zay.
Charles Péguy.

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3 réactions à cet article    


  • covadonga*722 covadonga*722 14 janvier 13:52

    yep moi chez mes Auriol ma préférée c’est Jacqueline !


    • oncle archibald 14 janvier 18:08

      @covadonga*722 : sûr que d’être la belle fille du Président de la République et avoir accès aux avions de l’armée ça aide pas mal pour être la première femme à passer le mur du son ..... ce qui n’enlève rien à son talent de pilote, ni à son physique agréable.


    • Et hop ! Et hop ! 15 janvier 01:15

      «  il a eu le courage (rare) de s’opposer à Philippe Pétain lors du vote du 10 juillet 1940 »


      Il faisait partie des courageux qui refusaient un armistice qui suspend les combats, mais qui exigeaient que la France capitule sans condition et abandonne à l’ennemi les populations civiles désarmées et les soldats prisonniers.

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