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Du kosmos de Heidegger au royaume du Dasein

La philosophie de Heidegger est basée sur une réalité plutôt énigmatique, le Dasein. La philosophie de Heidegger est résolument dirigée contre la modernité et cette fiction rassurante construite par les penseurs à partir du 17ème siècle. Cette fiction sur laquelle s’appuie la philosophie moderne, c’est le sujet. De Descartes aux néokantiens des années 1900. Le sujet kantien installe les choses du monde dans les concepts de l’entendement. Le Dasein s’interprète au contraire comme un cosmos dans lequel émergent des questionnements. Le Dasein présente un caractère ambivalent, étant, selon le « face à face » choisi, une énigme à résoudre ou un mystère à vivre. Faire face et regarder le Dasein.

Heidegger a élaboré une critique des conceptions du monde à l’époque moderne. Les penseurs de la Modernité ont fait usage d’image conçue du monde (Bild) suivie d’une image du « monde concevable » (Weltbild). Le monde ajusté à la mesure d’une conception ne signifie pas une idée du monde mais le monde saisi comme ce dont on peut avoir idée. Et pour compléter, le monde sera saisi comme ce dont on peut avoir raison. Un monde rationnel prêt à être installé. Rappelons-nous cette boutade savante de Hegel, tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel. Le monde de Hegel est un cosmos rationnel. L’étude sur la raison dans l’Histoire décrit la longue genèse de ce cosmos non plus créé par Dieu mais installé sur terre et à partir de la terre par l’homme producteur. Il n’y a pas de conception du monde dans l’Antiquité ni à l’époque médiévale. Les anciens acceptaient le monde. Les modernes refusent les conditions du monde et c’est le moment dialectique amorcé par Hegel puis prolongé par Marx qui dirige la dialectique non pas contre le monde mais contre un monde installé par l’homme, celui du capitalisme. Le moment hégélien est consigné dans le chapitre sur la force et l’entendement de la Phénoménologie de l’Esprit. Hegel va plus loin que Descartes qui pensait utiliser la nature au service de l’homme. Hegel est en conflit avec la nature. Du moins la nature de l’homme.

Le grand schisme entre Hegel et Heidegger se dessine comme une différence entre conception du monde et vision (regard) du monde. Ou alors entre production du monde et expérience du monde. Cette différence est l’un des thèmes centraux du livre inaugural de Heidegger, Etre et Temps. Le regard tourné vers l’Antiquité grecque signifie une attention portée à une expérience basée sur l’homme placé comme regardant face à la nature et au cosmos. Le sage grec regarde les choses et se saisit comme regardé par ces mêmes choses. Cette vision est pré-moderne, elle n’est pas une conception. Heidegger envisage alors la fin de la modernité comme un tournant par lequel l’homme se détourne des conceptions du monde pour saisir une vision du monde sans que ce soit un retour vers les Anciens. En ce sens, Heidegger est bien un penseur de la post-modernité.

La modernité est encadrée par les conceptions du monde dont l’effet est de placer les hommes dans une configuration du monde calculée par la pensée. Après Hegel et Marx, des dizaines de conceptions modernistes se sont succédées en s’entremêlant. Y compris les conceptions considérées comme rétrogrades car incorporant des dispositions d’origine « religieuse ». Le développement durable, la transition énergétique, le climatokampf, l’économie collaborative ou alors ubérisée, toutes ces conceptions émanent des principes déterminant la technique et les sciences. Toutes ces conceptions se complètent ou s’affrontent et parfois se posent comme correctrices et réparatrices des « problèmes » occasionnés par les conceptions antagonistes. Mais où que l’on se place, on ne fait que rester dans une seule conception dont les hommes n’ont plus conscience, c’est celle de la science, du calcul et de la technique. Le monde de la technique est devenu l’étant par excellence permettant d’orienter les actions et d’avoir une certaine idée du monde.

Une possibilité offerte à l’homme serait de se détourner de cet étant technique et de partir en chemin. La vision comme alternative à la conception. « Personnel observations are more than perception (…) Insights are more than concepts » (C. Norman Slaughter). Ces propos traduisent la différence entre la rencontre d’une personne attentive et soucieuse de l’expérience du monde fournissant des intuitions et l’attitude de l’homme cybernétique qui joue dialectiquement de la technique en usant des percepts et en façonnant des concepts.

L’homme est apparu dans le monde (earth) puis s’est installé sur terre en installant un monde (world). Un monde devenu moderne dans la mesure où on peut en avoir une idée qui s’ajuste avec un concevoir.

Au temps des Grecs anciens, l’homme était dans une nature (phusis) face aux étants et à l’être. Le Grecs ne rencontrait pas des choses ni des objets mais un champ d’étant pourvu d’un ordre et soumis au désordre du temps. L’étant est ce qui se laisse voir, ce qui communique à travers la sensibilité. Le champ de l’être organise cette rencontre entre l’homme et l’étant.

Les médiévaux ont commencé à trier la nature. Les étants sont devenus des choses. Voir les choses est une chose, penser les choses en est une autre. La philosophie grecque du champ repose sur la substance (ousia) comme donné ontologique. La philosophie médiévale prend la substance comme ce qui se tient sous les choses (substantia). La chose (res) acquiert alors une essence singulière (quiddité). La philosophie médiévale est une phusis des particules, contrairement la la phusis du champ qui est celle des Grecs.

Parmi ces choses, il en existe deux catégories selon Descartes. Res extensa, la chose étendue ou corporelle et res cogitans, la chose pensante. L’homme n’est plus une chose comme les autres et ne l’a jamais été. Il devient sujet. En se rétractant comme sujet, il laisse se dessiner l’objet avec ses contours et ses attributs modernes comme son inscription dans l’espace et le temps (Galilée, Newton, Kant). L’objet est-il réellement déterminé dans l’espace et le temps où bien est-ce l’homme qui l’installe dans l’espace et le temps ? C’est à cette question que tentera de répondre Kant.

La physique classique est secouée par la mécanique quantique dans les années 1920.

La philosophie de Kant est dépassée par Husserl puis renversée par Heidegger dans les années 1930. Les objets ne sont plus dans la conscience mais existent dans le Dasein. Il y a une cosmologie chez Heidegger contrairement à Husserl qui installe un cosmos dans la conscience subjective. Heidegger ouvre le sujet vers le monde et transfigure, Husserl décore.

Le moment moderne décisif place l’homme comme sujet des philosophes alors que la science s’occupe de la nature capturée comme objet mesurable et calculable. Au lieu de regarder la nature comme l’ont fait les Grecs, l’homme moderne joue avec la nature puis avec la technique qui lui impose ses règles auxquelles il consent avec enthousiasme.

Le sujet est indécis et à la croisée de deux chemins. Il peut devenir un sujet chose, un élément du jeu technique, une matière à exploiter, par les complexes militaires, industriels, médicaux, éducatifs, économiques, médiatiques. Il sera un sujet destitué, un sous-homme aurait dit Nietzsche. Il y a une autre voie. Non pas le sujet restitué du passé mais le sujet transfiguré de l’avenir. Le sujet magnifié et glorieux qui installe et existe dans le royaume du Dasein.

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Lien utile

http://www.carolynnslaughter.com/essays/time-space/


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28 réactions à cet article    


  • marcel risitas meslier 14 avril 2017 15:11

    @Tall

    Non pas Boufetou c’est trop craignos , je vais faire du stop .


  • marcel risitas meslier 14 avril 2017 15:29

    @Tall

    Pas besoin , si Dugué n’est pas collé sur Wikipédia-sciences , Lavigue va lui demander de s’occuper du cabot .


  • marcel risitas meslier 14 avril 2017 15:41

    @Tall

    Macron, je n’ai jamais entendu parler de ce type , mais Dugué va voter pour lui , Ginette je sais pas ce qu’elle fout , mais on ne peut pas compter sur elle !!


  • marcel risitas meslier 14 avril 2017 15:45

    @Robert Lavigue

    Non pas le carnet de vaccination dans la boite , car il y a déjà le chat de Schrödinger , mais je ne sais pas si il est mort ou vivant .


  • Abou Antoun Abou Antoun 14 avril 2017 15:46

    @Tall
    Boutefou, à la Nietzsche !



  • marcel risitas meslier 14 avril 2017 19:41

    @Malatif

    Tout le plaisir est pour moi .
    Bien à vous .

    Jean Meslier 
    1664 -20XX


  • JC_Lavau JC_Lavau 15 avril 2017 07:09

    @meslier. Ah ? Tu as déjà vu un chat simultanément mort et vivant, toi ?


  • JL JL 14 avril 2017 12:59

    Est-ce qu’on peut dire que l’illustration est à chier ?

     
    Dessin, couleurs : ça m’foutrait la gerbe !

    • zygzornifle zygzornifle 14 avril 2017 13:42

      heuu ou sont mes UPSA .......


      • kalachnikov kalachnikov 14 avril 2017 14:29

        Nietzsche a élaboré une critique de ce qui produit des conceptions du monde, quelles qu’elles soient.


        • Abou Antoun Abou Antoun 14 avril 2017 16:27

          @kalachnikov
          Mikhaïl Timofeïevitch, lui, a inventé l’AK47 qui est une autre façon de régler les problèmes.


        • kalachnikov kalachnikov 14 avril 2017 16:40

          @ Abou Antoun

          I know.



        • Malatif Malatif 14 avril 2017 17:52

          @Abou Antoun
          Du même il y a en Une de mon blog depuis des années


        • scorpion scorpion 14 avril 2017 15:27

          Oui mais mon cher Bernard vous oubliez cette célèbre citation de Manuela Moruétès Sauça Escabêche grande philosophe portugaise du 16 ème (arrondissement) qui disait à juste titre en essuyant la table de cuisine de sa conciergerie : « Je penche donc j’échuiii.... »


          • Abou Antoun Abou Antoun 14 avril 2017 16:42

            @scorpion
            Querelle de spécialistes :
            Manuela Moruétès Sauça Escabêche
            Ne serait-ce pas plutôt Manuela de Bacalhau com natas ?
            Et les paroles exactes :
            « J’éponge, donc j’échuiii... »


          • Etbendidon 14 avril 2017 17:53

            Moi ce que je peux dire c’est que Ginette c’est la reine de la quéquette
             smiley


            • Le Gaïagénaire 14 avril 2017 19:11

              @par Bernard Dugué 14 avril 2017

              Ce que j’ai compris : pensée et vision créatrice, pensée et vision de matrice, pensée et vision créatrice, pensée et vision de matrice sur un continuum sinusoïdal.

              Cordialement



              • Abou Antoun Abou Antoun 14 avril 2017 19:36

                @Le Gaïagénaire
                Rimes en ’trice’ pour élaborer un peu plus.


              • JC_Lavau JC_Lavau 14 avril 2017 20:13

                Jacassin envahissant, sans queue ni tête.


                • Taverne Taverne 15 avril 2017 00:36

                  @JC_Lavau

                  La parole qui ne révèle pas l’être est une parole qui n’a pas de choses à dire, tels vos propos qui montrent que vous n’avez pas compris la consigne : « Merci de commenter cet article uniquement si vous avez des choses à dire. »

                  « Je veux d’abord considérer ma relation à la parole – à la parole du poète ou du penseur, voire même à toute parole qui dit quelque chose, qui révèle quelque chose concernant les êtres et concernant l’être. C’est dans cette relation à la parole, à toute parole signifiante, qu’est impliquée une sorte d’obéissance entièrement dénuée de toute résonance éthique ; c’est donc cette obéissance non éthique qui peut nous tirer du labyrinthe des valeurs, laquelle est peut-être le point pourri de la philosophie même. » (Paul Ricoeur)


                • JC_Lavau JC_Lavau 15 avril 2017 07:05

                  @Taverne. Même remarque que précédemment : Jacassin envahissant, sans queue ni tête.


                • JL JL 15 avril 2017 08:20

                  @Taverne,


                   ’’La parole qui ne révèle pas l’être est une parole qui n’a pas de choses à dire’’
                   
                   Est-ce que vous pensez que cette phrase révèle l’être ? 

                   Et si oui, expliquez moi ce que vous entendez par là, je vous prie.

                • JL JL 15 avril 2017 08:11

                  Dasein je ne sais pas, mais rendons à César ce qui est à César et à Dassin ce qu’il a dit ; « On ira, où on voudra quand on voudra »

                   


                  • Jean Keim Jean Keim 15 avril 2017 09:14

                    Y a-t-il une passerelle possible entre le dasein et le savoir ? 


                    Le savoir qui se manifeste par l’activité mentale de la pensée, ne peut se mouvoir que dans le passé ; ou encore dit autrement, la pensée ne peut produire que ce qu’elle connaît ou à partir de ce qu’elle connaît par des associations et des combinaisons qui peuvent être innovantes, cependant toujours dans le domaine du connu.

                    Une projection vers l’avenir est toujours dans le passé car elle s’appuie sur le savoir.

                    • Le Gaïagénaire 15 avril 2017 13:29

                      @Jean Keim 15 avril 09:14


                      C’est la pensée et vision matrice c.à.d. féminine que vous venez de décrire.

                      Cordialement


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