Énième réflexion sur « la question juive »
Comme s'il s'agissait d'une question ! … Non, il s'agit plutôt de l'arraisonnement des savoirs à ce propos. Cela dit, s'il y a une « question » juive, c'est dans la « queste », la « quête » spirituelle, éventuellement, pour qui y aspire. Seulement on sait qu'il est difficile de pouvoir en être, même à y aspirer, car le judaïsme se veut « peuple élu » et « ethnie fermée » par le matrilignage, tout en demeurant certes patriarcal autrement. Bien sûr, il y a des possibilités de conversion, mais ça n'est pas la récitation solitaire dans sa baignoire, de la première prière de l'islamisme pour devenir djihadiste ! loin de là. Les critères sont plus chiadés.

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La Légende hébraïque
Le judaïsme se veut lui-même anciennement un hébraïsme, c'est-à-dire une religion ethnique, celle de l'ethnie des Hébreux. Rien de surprenant à cela : l'époque entière, voilà quelques millénaires, en était là de religions ethniques. Si bien sûr, il y avait des aires de civilisation religieuses très vastes, partageant une communauté d'héritages, de symboliques et de valeurs (telle que l'Europe) il n'en reste pas moins que chaque Alliance politique (clan, tribu, dune, cité, etc.) privilégiait des vœux, des dédicaces et des rituels (par exemple, le patronage d'un Olympien différent sur chaque cité grecque).
Légendairement – car il ne s'agit que de cela : de légendes – l'ethnie hébraïque subissait l'esclavage pharaonique. Légendairement toujours, un homme inspiré dénommé Moïse, frère adoptif du Pharaon, aurait découvert son ascendance hébraïque. Cette découverte a légendairement créé chez lui un choc identitaire et une radicale conversion, légendairement associée au dieu Yahvé, ancien dieu du tonnerre dans le Sinaï. Bon. Il y a là, chez cet homme légendaire, une émotion profondément identitariste, nationaliste. En effet, d'Égyptien, il devient – par théurgie, ou magie divine … – il devient intrinsèquement Hébreu, au point d'affronter sa nation adoptive. À savoir que le terme de nation, réfère étymologiquement à la naissance. C'est bien parce que Moïse se ressent natif hébraïque, qu'il entre dans une démarche nationaliste de libération de l'esclavage pharaonique.
Parenthèse : un parallèle moderne
Notez bien, chers lecteurs, que c'est exactement la même dynamique nationaliste, qui anima tous les peuples colonisés de la Terre, par l'Europe des trois derniers siècles. En effet, après avoir quasiment conquis le globe entier, les Européens modernes, fragilisés par leurs grandes guerres civiles continentales du XXème siècle (guerres « mondiales », à cause de l'expansion coloniale mobilisant la planète) s'affrontèrent à des nationalismes agaillardis, tels que le nationalisme indien avec Gandhi, le nationalisme vietnamien avec le Viet Cong, ou le nationalisme algérien avec le FLN. Finalement, c'est bel et bien au nom des nationalismes décoloniaux, que les Européens modernes ont été boutés ou ont accepté de se retirer de leurs anciennes colonies : l'Europe a donc admis tous les nationalismes de la Terre, au nom du Bien humanitaire.

Un mème circulant sous Facebook.
Retour à la Légende
Légendairement c'est pareil : Pharaon accepta le départ des Hébreux esclaves, parce que fragilisé par la légendaire puissance de Yahvé … la théurgie ou magise divine, en somme, du dieu-symbole-national hébraïque : les légendaires dix plaies d'Égypte, sont l'équivalent des guerres civiles continentales européennes au XXème siècle, pour l'ensemble des colonies, si l'on veut. Il n'y a dans tout cela rien de surprenant dans la légende, raccord avec son époque. L'invocation de Yahvé Adonaï (Seigneur) correspond exactement au par Toutatis ! celtique (Toutatis étant le dieu-protecteur pour chaque Alliance politique) et, en somme, les Hébreux, Anciens Juifs, crièrent légendairement un par Toutatis ! c'est-à-dire par Yahvé ! pour s'agaillardir devant les Égyptiens.
Toutes ces légendes ont été écrites à l'époque du royaume de David, durant le premier millénaire avant Jésus-Christ, à peu près équivalent aux premiers siècles depuis la fondation de Rome – avant que la Rome ne finisse par devenir l'un des nombreux empires qui colonisèrent et déportèrent les Hébreux installés en Ancien/ne Israël/Palestine. Ce pays de Canaan fut promis par Yahvé à Moïse dans la légende, et conquis guerrièrement dans un génocide autorisé par ce même Yahvé. C'est dans le Tanakh, bible hébraïque : jusqu'au meurtre des femmes, des enfants et leurs animaux, tout devait disparaître ! … Il y a là une recherche d' « espace vital », un territorialisme fondamental, qui légendairement ne s'est pas plus embarrassé des bonnes manières, qu'historiquement l'Allemagne nazie – dont les guerres agressives ou défensives, sonnèrent le glas de l'époque coloniale européenne à fragiliser les ressources continentales. Enfin, tout peuplement se territorialise, c'est inévitable, et aujourd'hui les firmes transnationales, même « hors sol », doivent bien se territorialiser çà et là : la question de l'espace ou de la spatialisation – si vous préférez – concerne jusqu'aux zadistes et autres locaux autogestionnaires anarchisants.
De la Légende à l'Histoire moderne
Nous quittons néanmoins la légende ici, pour entrer dans l'Histoire, où les Hébreux colonisés ou récupérés par d'antiques empires (babylonien, romain, khazari … ) subissent une diaspora, bibliquement accréditée par leurs ressortissants inspirés. Cela signifie certes, que jamais leur dieu ne les appela à se réimplanter en Canaan former l'actuel État d'Israël – mais c'est un autre débat. À la limite, on peut déduire cet appel d'un texte issu du Nouveau Testament (chrétien, donc, pas juif) à savoir l'Apocalypse attribué à Jean l'apôtre, livre dans lequel les Anciennes douze tribus d'Israël sont appelées à régner chrétiennement sur toutes les nations de la Terre … Or, dans un sens, l'expansion chrétienne – et musulmane – donnerait envie de valider la légende, mais tout ce que l'on peut dire, c'est que c'est un culturalisme religieux qui a eu de la chance historique, par succès auprès des foules.
Cela n'est pas forcément signe de qualité, à cause de l'ochlocratie inhérente (règne des masses) d'une part ; d'autre part, on aurait bien du mal à retrouver les Anciennes douze tribus d'Israël aujourd'hui : elles n'existent plus, et la diaspora millénaire ne permet absolument pas de dire du judaïsme actuel, qu'il est une religion ethnique ou nationale. Donc en somme, au même titre que les chrétiens et les musulmans pratiquent des mœurs, des rites et des coutumes diversifiées selon leurs territorialisations planétaires, en plus de se répartir dans des mouvances et des ordres spirituels diversifiés en leur sein … il n'y a aucune unité du judaïsme (d'autant plus d'ailleurs, que les juifs ashkénazim issus d'Europe et auparavant de l'empire khazar, refondateurs d'Israël, sont réputés pour un certain orgueil devant les Séfaradim africains et américains, et surtout devant les Mizrahim arabes et indiens, jusqu'au racisme intra-religieux, tout comme les Africains subsahariens sont régulièrement considérés par les musulmans maghrébins et orientaux, en tant que musulmans de seconde zone).
Un peu de théologie
Alors enfin, il est à souligner une chose extrêmement importante. En effet, nous disions plus haut, que les Hébreux se réclamaient de Yahvé, dieu du tonnerre sinaïque, comme les Anciens Celtes locaux pouvaient crier par Toutatis ! … C'est une chose, et elle est naturelle. Par contre, ce qui est moins naturel, c'est ce sentiment d'élection – d'une part, mais après tout pourquoi pas ? les autres dieux-protecteurs d'Alliance politique avaient aussi leurs prédilections … – de la part du dieu prétendu unique et absolu, et pour tout dire transcendant. Ces unitarisme, absolutisme et transcendantalisme sont particuliers, et ne viennent qu'avec le temps, après la première époque du Yahvé dieu du tonnerre (les chrétiens et les musulmans, dans leurs martyrs et leurs colonisations propres, pouvant alors se réclamer d'un suprême et ultime « seigneur et maître de l'univers ») – il y avait des antécédents égyptiens et avestiques.
À ce point, tous les éléments sont réunis pour atteindre à ce que les Anciens Grecs nommaient l'hybris, la démesure : qu'on se mette à concevoir dans l'immanence et la totalisation du monde, un « hors monde » unitaire, absolu et transcendant, devrait déjà interroger sur la vérité et seulement la possibilité d'un tel « hors monde »*. Il y a là un délire rationnel, ce qui est la définition de la paranoïa. Car le « hors monde » n'est jamais que présumé en monde, aussi sa supposée provenance surnaturelle laisse à désirer. Elle occasionne aussitôt cette idée que les personnes peuvent se connecter (comme on se connecte en réseau à la « réalité virtuelle » d'Internet) à un utopique – et même atopique – « Tout Autre ». À partir de quoi, on a beau prêcher l'humilité et la culpabilité dans le supplice et le péché, que cela n'ôte rien à l'hybris démentielle.
Pire ou mieux encore : il semble, au plan affectif et moral, que l'humiliation et la culpabilisation décompensent paranoïaquement ladite hybris, car elle est refoulée. Si vous comprenez bien : la seule idée qu'il puisse exister un « Tout Autre » « hors monde » est essentiellement paranoïde, et de l'accepter comme une grâce en y prêtant foi, modifie aussitôt la personnalité en lui inoculant l'hybris, qu'aussitôt la personne cherche à décompenser dans le prêche d'humilité et de culpabilité. Mais ici, le seul supplice et le seul péché étaient d'avoir adhéré à un dieu grand D. Tout ceci engendre le scrupule exégétique juif, le besoin d'amour chrétien, ainsi que la défiance musulmane si combative : le moteur martyrologique est en place avec le judaïsme, qui court à toutes les théologies ensuite.
Et dire que cela commençait par une légendaire libération de l'esclavage ! qui fatalement s'était poursuivie elle-même dans de nouveaux asservissements et conquêtes, de Canaan aux violences romano-chrétiennes contre les « païens** » au Haut Moyen-Âge germanisé (l'empire de Charlemagne), sans parler des conquêtes islamiques toutes fraîches à l'époque, ni des futures croisades, ni des conversions et colonisations européennes des trois derniers siècles.

Une telle assertion est historiquement fausse,
en dehors d'Athènes : il n'y a pas de démocratie monothéiste
L'Éternel Retour « païen** », contre l'eschatologie et la sotériologie monothéiste (doctrines de la fin des temps et du salut)
On le voit, cet article, « énième réflexion sur la question juive », est un plaidoyer en faveur de tous les « paganismes** » de la Terre***. Car enfin, tous les Toutatis de toutes les Alliances politiques anciennes, répétons-le, n'ont jamais eu la prétention d'élire un peuple au nom de l'Univers, depuis un poste qui lui serait extérieur. Au fond, l'élection elle-même, est par trop dédiée et dévolue. Le plus atroce, c'est que Yahvé malmène ceux qu'il désire comme un mauvais conjoint violerait son épouse, plurielle épouse comme le patriarche d'un harem, peuplé d'autant de femmes qu'il y a de juifs – et plus généralement de monothéistes chrétiens et musulmans, dans les judéo-christianisme et judéo-christo-islamisme. L'Église se veut certes épouse du Christ, tandis que l'Oumma se soumet docilement au dieu (c'est bien la définition d'islam). Or, les autres Toutatis avaient la décence de faire confiance à leurs peuples, qui prouvaient leur honneur avant tout, devant les dieux-protecteurs d'Alliance politique : l'Europe en a des résidus affectifs et moraux, dans la chevalerie médiévale, malgré la christianisation – et encore que la chevalerie s'humiliait et se culpabilisait dans le supplice et le péché, hélas.
À noter que les irréligieux aujourd'hui, qui se regroupent abusivement sous la notion « d'athéisme » (il y a des spiritualités athées, et d'ailleurs une majorité de gens se sentent une forme de vie spirituelle) … à noter que ces « irréligieux », donc, sont massivement dans une démarche simili-monothéiste au plan affectif et moral, aussi antireligieux se prétendraient-ils. Car ils pratiquent sans vergogne un humanitarisme inconscient, ou du moins impensé, procédant de telles valeurs supposées universalistes … alors qu'au juste, ils ne font toujours qu'exporter le modèle monothéiste (même new ager) auprès de ceux qui excitent leurs motions humanitaires.
Ainsi, nous nous joignons de tout coeur au décolonialisme, évidemment – du moins, tant qu'il ne prétend pas imposer sa loi-retour par esprit de vengeance, à l'Europe !
Le Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, Droit de l'homme souverainiste (territorialiste, culturaliste, jusqu'au nationalisme)
Comme on voit, dans ces affaires hautement affectives et morales, donc fatalement idéologisées au plan intellectuel et géopolitique, en vérité, il n'y a pas d'ennemi en soi. Mais chacun est son propre ennemi, et des émotions en tous sont les ennemies, du moment qu'on s'imagine échapper aux réalités de la territorialisation, de la culturalisation, de la nationalisation, bref : aux réalités des aires de civilisations et leurs diversités.
À l'heure de ce qu'on appelle « la mondialisation », la sagesse humaine enjoint à préserver et sauvegarder l'anthropodiversité, et à combattre tout ce qui s'y oppose. Ceux qui se sentent juifs, certes ! peuvent bien disposer d'Israël ! à condition de reconnaître tout leur nationalisme, ainsi que ceux qui – pro-israëliens – en prennent la défense****.
Mais on ne saurait avoir le beurre, l'argent du beurre, et le sourire de la crémière : comme dirait Sartre*****, il n'y a que la mauvaise foi des salauds, pour cela. L'hybris mortifère du monothéisme rend parano : à déconseiller.
A lire aussi : L'égotisme, dynamique des croyants au dieu unique
* Le truc avec les chrétiens, et pas que les chrétiens

BHL n'est donc pas pro-israélien, n'est-ce pas ?
En tout cas, infiniment moins que cet article.
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* Tout comme les firmes transnationales et plus généralement les grands financeurs et les financements qui se prennent pour ressortissants du « monde de la finance », comme s'il existait « hors sol », indépendamment du Monde.

"La finance", ça n'existe pas. Mais les financeurs, mais les financements. Ce "monde" n'est qu'une partie du Monde, et encore : une partie forclose. Elle se prend sans comprendre, pour la transcendance d'un prétendu dieu unique et absolu.
** Les animistes, l'animisme, courent du chamanisme le plus sauvage, au polythéisme le plus administratif, en passant par le fétichisme (pierres, bijoux, armes fantastiques … ), le chimérisme (totems, fées, animaux fantastiques … ) et le ritualisme (sorcelleries, magies, cultes … ). Les Romains, étaient animistes. Il n'y a qu'une mentalité « progressiste » inventée par des Européens de l'âge classique, période dite « des Lumières », qui peut s'imaginer une évolution historique de l'animisme au polythéisme, du polythéisme au monothéisme, du monothéisme à la philosophie métaphysique, et de la philosophie à la science : cette paranoïa (délire rationnel) ignore que la philosophie naquit en milieu animiste, notoirement chez les Gréco-Romains, à ce dont on a hérité. D'ailleurs, les anciens druides sont des connaisseurs, avant tout.
*** Où nous songeons aux propos du Dalaï-Lama, qui déclara, le mercredi 12 septembre 2018, à Malmo en Suède que « l’Europe appartient aux Européens » et que « les réfugiés doivent retourner dans leurs pays d’origine pour reconstruire leur propre pays. » Vivent les bodhisattvas de toute la Terre, et que leurs dieux les aident !
**** On les enjoint évidemment, à revenir au Yahvé dieu du tonnerre, époux de la déesse Shekinah, maîtresse de sagesse.
***** Hélas, Sartre fut universaliste, illustrant en cela le simili-monothéisme de l'affection et de la morale humanitaires, que nous conspuons. Il arrive évidemment, quand un système philosophique est aussi pertinent que le sien, que son auteur tombe lui-même sous le coup de ses conclusions : c'est la preuve que le système est bon, or l'ontologie phénoménologique et la raison dialectique sartriennes, ont de la valeur.
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