L’Insouciance rationnelle à laquelle le Monde aspire, de la Rome antique à nos jours
La mentalité occidentale héritée des derniers siècles, au fond, est une insouciance rationnelle. Cet article va esquisser pourquoi. Mais avant tout il y a plus : le Monde entier aspire à cette insouciance rationnelle.
C'est très singulier, parce que, a priori, l'Occident fut un empire mondial ou quasi-mondial, sur les trois derniers siècles. Le Monde post-colonial ne serait pas aussi anti-occidentaliste sans cela, par jalousie ! La belle hypocrisie : car au contraire, tout se passe comme si les revendications territorialistes, culturalistes, populistes, souverainistes, génétistes comme nationalistes autorisées par l'Occident (celles des étrangers à lui-même … ) étaient accréditées.
Et pourtant, tandis que les étrangers en profitent (profitent de ce laxisme occidental, illusoirement nommé universalisme … ) il appert que les étrangers courent tous à l'occidentalisme, dans son versant d'insouciance rationnelle. De quoi s'agit-il ? …

Difficile de résister à « Jupiter » ...
Une vieille Histoire
L'insouciance rationnelle des Occidentaux, du moins le désir d'insouciance rationnelle est vieux en Occident. Concrètement, il est vieux comme l'empire romain. À savoir que notre an 1 correspondit environ à son année 732, de telle sorte que nous vivions théoriquement l'année 2752 du calendrier julien, calendrier impérial romain. Or, dans un sens, nous vivons bien l'année 2752, car le monothéisme s'est répandu et renforcé grâce à l'antique empire, tout en profitant de sa base romaine, pour se perpétuer après sa dislocation médiévale. Les schismes catholiques-orthodoxes, puis protestants, n'interviennent que quelques voire plusieurs siècles après l'effondrement de l'antique empire : l'empire monothéiste resta en place et, plus encore : il s'épandit comme le coronavirus sur toute la planète dans sa diversité, avec la colonisation euro-américaine des trois derniers siècles.
Moralement, l'insouciance rationnelle provient des Romains, car les Romains ont la mentalité majeure, de propriétaires agraires d'oliveraies et de vignobles, sous le soleil italique méditerranéen. Or cela n'aspire qu'à sa tranquillité préparant le néolibéralisme contemporain (il faut lire Leo Strauss, le Libéralisme antique et moderne) et, au fond, notre anarcho-féodalisme capitaliste en est toujours là, sophistiqué dans la globalisation relative des régions du Monde. Sans aucun doute, cette insouciance rationnelle, il s'agit d'un souverainisme personnel, souverainisme propriétaire, souverainisme domestique (en grec, oikonomia signifie la maisonnée) : les familles bourgeoises installées, comme les nouvelles méga-fortunes des dernières décennies (notamment dans les technologies internautiques), ne désirent au fond que leur tranquillité au soleil, comme on cultive une oliveraie ou un vignoble italique méditerranéen dans l'Antiquité romaine. Et c'est drôle alors, comme il est de on-dit fréquent, d'aspirer à une retraite au soleil, surtout en ce moment que le gouvernement Philippe macronien y retouche.
C'est que l'administration romaine y est pour quelque chose, à la tranquillisation, sans compter la pérennité de leurs constructions en pierre, même si la culture est pompée sur la Grèce voisine. Cela donne des envies de sauvegarde et de perpétuité, qui n'est pas sans rapport avec le salut et l'éternité monothéistes. Autant de sotériologies et d'eschatologies (propos sur la vie paradisiaque) évidemment confirmées par l'éminent père de la sociologie Max Weber, au XIXème siècle. C'est vous dire que, si les gauchistes étaient conséquents avec eux-mêmes, ils renonceraient à tout solidarisme étatique, à ne plus pratiquer que des solidarités directement vécues. En effet, l'administration est foncièrement romanisante, donc néolibéralisante, dans son antique généalogie. Par contre, les droitistes décomplexés sont foncièrement néo-romains dans l'âme, des USA à l'Australie en passant par le Brésil, l'Europe, l'Afrique du Sud. (Mais quid du Japon, de la Chine et de l'Inde ? … ces pays connurent tous les trois une organisation impériale ; ils ont fait la preuve que l'impérialisme portait, comme la Rome, son désir d'insouciance rationnelle, du moins pour les hauts fonctionnaires et magistrats).
De quoi s'agit-il, au juste ?
De but en blanc, nous pouvons dire de l'insouciance rationnelle qu'il s'agit de la mentalité (donc de la démarche, dans les mœurs comportementales … ) mentalité de la personne qui désire une tranquillité assimilable à une propriété antiquement italique romaine méditerranéenne, ou assimilable. De gauche à droite de l'échiquier politique, cela se laisse facilement deviner (même combat). C'est qu'il faut que tout soit « en marche », que « tout roule », vous comprenez. Rien ne doit dysfonctionner ni seulement sembler être dysfonctionnel. Sinon ça craint. Aussi y a-t-il à tout rationaliser absolument, par pitié comme par cruauté, au nom de l'insouciance escomptée.
Cette insouciance escomptée, c'est l'insouciance du propriétaire évidemment, qui craint toujours pour l'ensemble de ses matériaux (locaux, gentes, services, clientèles, ressources, exploitations, transactions, capitaux, de l'esclavage au salariat : Karl Marx l'a compris à sa manière en forçant sur la lutte des classes). Sur un versant monothéiste, dans le mythe, depuis que l'humanité a été chassée de l’Éden de toutes façons, elle cherche à se reconstituer un Nouvel Éden : c'était tous les délires des colons américains et, en Amérique du Sud désormais Latine, ce fut éclatant avec la rencontre des empires inca et aztèque, respectivement dans les Anciens Pérou et Mexique : les Hispaniques, antiques Ibères romains, rêvaient d'El Dorado, de pays doré où l'or était inépuisable, faisant de ses habitants des personnes automatiquement riches comme Crésus, Ali Baba ou Jeff Bezos. On l'a tous lu au lycée, dans Candide, de Voltaire : tout se passe comme si la civilisation monothéiste romaine, même après la chute nihiliste de ses idéaux monothéistes romains, rationalisait un impossible rêve d'insouciance rationnelle au soleil paradisiaque.
Mais c'est du délire paranoïaque, et un délire, néanmoins, auquel aspire tout le Monde, désormais. Même quand nous repensons aux anciens empires américains des Incas et des Aztèques, nous ne pouvons nous empêcher de penser comme à une retraite au soleil, peu importe qu'ils pratiquèrent abondamment le sacrifice humain pour nourrir des dieux, sans les sacrifices pour lesquels ils s'imaginaient que le cosmos sombrerait dans le chaos … Il faut croire que, spirituellement, leurs dieux nous ont piqués, ou que nous nous piquions certes toujours de leurs dieux, qu'importe que nous soyons le prince Al-Walid ben Talal, grande fortune d'Arabie Saoudite et plus grande fortune du monde arabe ! … c'est qu'Allah est bien monothéiste, dans la veine post-judaïque et post-chrétienne. L'égotisme est de croyance au dieu unique, et il y a matérialisme judaïste repris sans surprise dans les suites ou dérivés. On revient toujours à l'en-propre à sauvegarder et pérenniser/sauver et éterniser, à travers une richesse au soleil.
Le grand propriétaire craint. C'est logique, car il ne peut pas être partout dans sa propriété. Mais, de plus, il tient à la conserver face aux menaces extérieures. In fine, il ne tient qu'à jouir de son bien, et actuellement à le performer machinalement (cf. la Perfection de la technique, de Friedrich Jünger). Du haut en bas de notre échelle sociale, nous en sommes là aujourd'hui, et cela nous flatte et conforte, cela nous rend frénétiques, cela nous rend vindicatifs. Les 99% de Wall Street et les Anonymous sont les miroirs intacts des grands propriétaires : la spiritualité de tous ces milieux ressortant plus ou moins des multitudes (Antonio Negri) et plus ou moins des prélats (Forbes), peut se résumer à la velléité d'insouciance rationnelle.
Face à l'insouciance rationnelle, le souci fou
Il y a un autre miroir à l'insouciance rationnelle, qui est le souci fou. Or ce souci fou, on a voulu lui donner un nom houleux ces dernières années, qui est celui de complotisme. Et pourtant, il semble assez évident que les prélats se rencontrent dans différents milieux, pour différentes affaires comme pour différents loisirs. Cela a toujours été, et il n'y a aucune raison que les choses en soient différemment aujourd'hui. S'ils n'ont peut-être pas de mainmise automatique et absolue sur le Monde entier, il n'en reste pas moins qu'ils en sont de vastes influenceurs, plus ou moins en concurrences, plus ou moins en alliances, selon. Or tout ceci a le nom de cartel, il ne faut pas se le cacher, ainsi que de trusts. Fut un temps où ces collusions et puissances pouvaient être combattues, mais au XXème siècle tout a été (il)légalement fait pour que le Droit épargne le phénomène.
Le problème du Droit, c'est qu'il reste largement de généalogie romaine. Le restant des Mondes se satisfait assez bien de la coutume, or cela tient assez bien en Grande Bretagne, qui n'a pas de Constitution pas plus qu'un tel Droit : en France à ce propos, il y a frénésie, tout comme aux USA, de sorte que nous ne parvenions pas à penser en dehors de cette catégorie juridique, et jusqu'à l'international de l'ONU. Et pourtant, cela serait spirituellement nécessaire. L'extrême-centrisme est précisément, d'un tel … disons … « drétisme » : j'aurais aimé écrire droitisme, mais c'est impossible. Et je veux dire que le drétisme a foi dans le Droit total (impérial, voire totalitaire).
Ça instaure. Ça prétend à la sagesse-pour-tous. Du coup, ça dédaigne : « Tout ce qui n'est pas "drétiste" est dédaignable », voilà l'adage. Sous un angle c'est légitimiste à l'ancienne. Sous un autre anciennement la légitimité ne venait pas ainsi aux peuples : elle ne venait pas au nom d'une prétendue sagesse-pour-tous instaurée par un vaste empire en dehors de l'influence monothéiste romaine étendue à toute la planète, quart par sociocratie, quart par technocratie, quart par holacratie, quart par ploutocratie.
Au fond, « l'occidentalisme », « le droit-de-l'hommisme », « l'onusisme », « l'euro-américanisme », etc. c'est ça, c'est ce drétisme, mais c'est un absolutisme dénégateur, un « dénabsoltuisme » dont la généalogie remonte à l'empire romain … L'enfer est pavé de bonnes intentions, le diable se cache dans les détails, lisez bien les notes de bas de page, les conditions générales d'utilisation de A à Z, les astérisques et les annexes, etc. … et le soir, pour se rassurer au coin du feu, on se raconte l'histoire que ce serait une organisation plus rationnelle du monde, insouciamment avec un chocolat chaud payé commerce « éthicable ». Mais tout cela n'est que de souci fou, au même titre que le complotisme (l'extrême-centrisme, le drétisme, l'écologisme, l'universalisme humanitaire, etc.) : tout venait de la romanité et sa continuité monothésite, diffusée jusque dans l'orthodoxie et le protestantisme, depuis le judaïsme et avec l'islamisme. C'est ainsi.
Comment s'en tirer ?
On se tire de l'insouciance rationnelle comme du souci fou, en s'inscrivant dans une francheté, c'est-à-dire une vaillance d'âme, une franchise et une pugnacité existentielles. D'un côté, spirituellement, il faut échapper au « propriétarisme » forcené ; de l'autre côté, spirituellement, il faut échapper à l'opposition démentielle, dont les démences varient de l'idéalisme ascétique au réformisme. Autant vous dire qu'il s'agit du chemin périlleux, de la quête du Graal si l'on veut – à condition de la débarrasser de tout monothéisme dans l'esprit. Reste que c'est une quête qui vaut la peine d'être poursuivie, et qu'elle vaut qu'on meure pour elle. Les autres ont les foies, et s'imaginent en sécurité alors qu'ils vivent dans leurs petites et grandes vilenies.
Pour ma part, je trouve la francheté dans les spiritualités animistes d'Ancienne Europe continentale. Le Graal en vient, généalogiquement, quoi d'étonnant à mon choix.
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