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L’islam pour les Nuls, ou la géopolitique de l’islam selon Antoine Sfeir (1)

« Chaque fois que l’homme, dans l’histoire de l’humanité, s’est pris pour Dieu ou s’en est proclamé le porte-parole, ce fut la catastrophe. Rien n’a changé au cours des siècles. » (Antoine Sfeir, 2013). Première partie.



Il y a un an, le 1er octobre 2018, le politologue franco-libanais Antoine Sfeir est mort à Paris, après de douloureux moments d’une maladie hélas trop répandue, quelques semaines avant son 70e anniversaire (né le 25 novembre 1948 à Beyrouth dans une famille maronite, c’est-à-dire chrétienne). Spécialiste du Proche et Moyen-Orient, Antoine Sfeir était connu en France pour avoir participé à de nombreuses émissions télévisées de décryptage de l’actualité (en particulier "C dans l’air" d’Yves Calvi sur France 5).

Il a vécu une très malheureuse expérience, le 13 juin 1976, alors qu’il était jeune journaliste de 27 ans, il fut enlevé par des miliciens terroristes palestiniens (du FPLP) et pendant une semaine, il fut torturé. Il n’a jamais su pourquoi ni comment il en a réchappé, mais il a vite décidé de quitter le Liban et s’exiler en France quelques mois plus tard : « Cet événement a renforcé chez moi le refus de l’émotion dans le métier. J’ai appris aussi une chose après ça, c’est que j’avais envie de transmettre, et cela ne s’est jamais arrêté. J’étais déterminé et j’ai eu la chance de retravailler très vite dans le journalisme. Un métier dont on ne se lasse pas et où on apprend tous les jours. On est à la fois étudiant et transmetteur. ». Transmetteur, c’est en effet le bon mot le concernant.

Son corps a gardé des séquelles de cette semaine de l’horreur, tout comme sa bouche a gardé des stigmates de la poliomyélite dont il fut atteint bébé (à ce sujet, voici une évolution extrêmement positive des progrès de la santé dans le monde : en 1988, 350 000 cas de poliomyélite, et en 2017, seulement 22 cas ! Ce fut la conséquence de la décision de l’OMS en mai 1988 d’éradiquer totalement cette maladie grâce au salutaire vaccin).

Au-delà de son métier de journaliste et de politologue, ainsi que d’essayiste (il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages), il fut appelé régulièrement par le gouvernement ou les parlementaires pour l’expertise sur l’islam qu’il a développée tout au long de sa carrière. J’y reviendrai peut-être dans un article ultérieur.

Entre septembre 2014 et sa disparition, il fut également, après Edgar Faure et Raymond Barre, le président de l’Institut libre d’étude des relations internationales (école supérieure spécialisée dans les relations internationales, créée en 1948 par René Cassin et présidée depuis février 2019 par Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert-Schuman). Son credo pour les étudiants était assez simple mais ambitieux : « comprendre le monde pour s’engager et le changer ».

C’est en effet essentiel de d’abord comprendre le monde avant de nourrir toute volonté de le modifier. Plus qu’un hommage, je propose donc ici un petit compte-rendu de son dernier livre que je considère comme non seulement excellent, mais d’une terrible actualité, et donc, nécessaire (Renaud Girard, dans "Le Figaro", le considérait d’ailleurs comme « un livre que tout honnête homme attiré par l’Orient devrait avoir dans sa bibliothèque »).

Son titre est sans ambiguïté : "L’islam contre l’islam, l’interminable guerre des sunnites et des chiites" (éd. Grasset). C’est un petit livre, il ne contient même pas 200 pages, mais elles sont très denses. Le sujet est très complexe et pour l’approfondir, il aurait sans doute fallu plusieurs dizaines de tomes de mille pages, ce qui illustre ainsi les grandes qualités de synthèse et de pédagogie d’Antoine Sfeir.

Ce livre démarre assez brutalement : « Chaque fois que l’homme s’est senti supérieur à un autre, cela a abouti à une tragédie ; chaque fois qu’un clan, une tribu a convoité les biens et les richesses d’un autre clan ou d’une autre tribu, cela a fini par un massacre. Chaque fois que la force s’est exprimée, elle l’a fait au détriment de l’individu, des peuples, et du droit ; mais chaque fois que le droit a voulu s’imposer, il s’est montré impuissant face à la force. Chaque fois que l’homme, dans l’histoire de l’humanité, s’est pris pour Dieu ou s’en est proclamé le porte-parole, ce fut la catastrophe. Rien n’a changé au cours des siècles. ».

Depuis 1979 (révolution iranienne et invasion soviétique en Afghanistan), depuis 2001 (attentats du 11 septembre), depuis 2003 (guerre en Irak), depuis 2011 (Printemps arabe) et depuis 2014 (apparition de Daech), le monde d’après-guerre, structuré par la guerre froide de nature idéologique (libéralisme contre communisme) a évolué progressivement dans une guerre d’une autre nature, plus religieuse, plus irrationnelle, moins politique, moins "facile à comprendre", dont les prémices étaient observables dès la création de l’État d’Israël en 1948. Les attaques des puits de pétrole saoudiens par des minorités chiites qui ont eu lieu le 14 septembre 2019 constituent l’un des derniers épisodes de cette histoire si mouvementée de l’islam.

À la lecture de ce petit livre, il ressort (très banalement) que rien n’est simple. Et surtout pas les schémas un peu trop simplistes (que George W. Bush Jr a renforcés en parlant d’axe du mal), le manichéisme ne peut pas vraiment être pertinent dans un monde si complexe, si subtil qu’est le monde musulman.

Le seul reproche qu’on pourrait faire à cet essai, c’est qu’il est un peu trop ancien déjà, sorti en 2012, et donc, il manque des événements récents essentiels, comme l’essor de Daech dans le terrorisme islamiste, l’accord entre les États-Unis et l’Iran sous Barack Obama, puis, l’arrivée de Donald Trump et la remise en cause de cet accord, enfin, la guerre civile au Yémen, et la menace pour l’Arabie Saoudite. On peut aussi rajouter le retour à l’ordre militaire en Égypte (Antoine Sfeir en était alors à l’élection de Mohamed Morsi à la tête de l’Égypte) et le changement fondamental de paradigme avec la production américaine du gaz de schiste qui bouleverse complètement la géopolitique pétrolière.

Il est commun de dire que les relations des pays musulmans sont régies par la rivalité voire la détestation entre les chiites et les sunnites, la haine est pire entre eux qu’envers les chrétiens. Mais en disant cela, on ne dit rien, rien pour comprendre la situation géopolitique actuelle, car c’est beaucoup plus subtil et complexe que cela. C’est là tout l’effort pédagogique d’Antoine Sfeir, celui de transmetteur, d’essayer de présenter cette complexité à la fois succinctement et rigoureusement. En ce sens, il était un excellent vulgarisateur.

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À cause de la révolution islamique en Iran, seul État que les chiites dirigent seuls, on a pu croire que les chiites étaient les plus cruels, au sens des droits humains, et puis, l’arrivée d’Al Qaida, dès 1993, puis de Daech en 2014, a montré que la cruauté des sunnites n’avaient rien à envier à celle des chiites. Du reste, l’Arabie Saoudite, sunnite, l’avait déjà montré bien plus tôt. L’hypocrisie a voulu mélanger l’intérêt stratégique des alliances et la protection des droits humains… seulement quand cela arrangeait.

Si je devais faire une comparaison très osée et beaucoup trop grossière, ce que ne fait pas explicitement Antoine Sfeir, je serais tenté de mettre en parallèle les chiites avec les catholiques (plus particulièrement les jésuites) et les sunnites avec les protestants. Avec un schisme qui n’est pas survenu quelque 1 500 années après la mort du prophète, comme avec Luther et Calvin pour les chrétiens, mais seulement quelques années après la mort de Mahomet, ce qui renforce cette haine mutuelle car jamais, dans l’histoire de l’islam, et dès la mort de Mahomet, futurs chiites et futurs sunnites n’ont été alliés ou amis, n’ont vécu ensemble, unis et confiants.

Cette complexité, loin d’angoisser, devrait au contraire donner de l’espoir : les stratégies diplomatiques peuvent en effet avoir un jour de l’effet. Ce n’est pas une lutte religieuse manichéenne qui aurait pour conclusion soit la victoire définitive de l’islam sur le christianisme et l’athéisme, soit sa défaite définitive et "l’éradication" de l’islam. Dans ce monde mouvant qui nécessite probablement plus de finesse et d’intelligence qu’auparavant, tout reste possible, et pas forcément le pire.

Dans son livre, Antoine Sfeir ne laisse pas apparaître cet espoir, il donne seulement des éléments historiques, théologiques, politiques sur l’islam. Il se livre à l’explication des faits et ne semble pas proposer ses impressions pour l’avenir, rose ou noir, voire vert ou brun, ou les deux, vert et brun. Dans un premier temps, il explique l’origine de cette différence entre les branches principales de l’islam, sunnites et chiites (en sachant qu’il existe de nombreuses ramifications, notamment chez les chiites, comme les druzes par exemple au Liban). Puis, après un saut de plus d’un millénaire, il présente la situation géopolitique plus récente et fait une analyse de chaque (grand) pays musulman.

Restons dans le parallèle simpliste que je me suis fait. Chaque analogie n’est pas équivalente à la suivante. Par exemple, on pourrait considérer que les chiites sont "de gauche" tandis que les sunnites sont "de droite". En disant cela (ce qui est déjà très osé et trop généralisant), je ne veux pas pour autant dire que les catholiques sont "de gauche" et les protestants "de droite" (d’autant plus que le libéralisme, véhiculé plutôt par le protestantisme, est loin d’être une valeur philosophique "de droite", elle serait plutôt "de gauche" même si en France, on le considère autrement). Ce sont juste des "pseudo-clivages" pour aider à comprendre, avec le risque de penser qu'il faudrait choisir uniquement entre chiistes et sunnites...

Les chiites seraient plutôt des jésuites en ce sens qu’ils sont plus théologiques que politiques. Ils considèrent qu’il faut étudier l’islam, les textes, le Coran, donner des interprétations qui peuvent évoluer au fil du temps, ce sont des chercheurs, ils ont développé beaucoup de sciences et de savoirs, tandis que les sunnites, qui sont avant tout politiques, donc, plongés dans l’islam politique, ils considèrent que les premiers textes sacrés suffisent à leur foi et qu’il n’est pas question d’en dire plus.

Le clivage est donc surtout religion (chiite) vs politique (sunnite). Il pourrait être aussi monarchie, dynastie, vs république populiste, dictature militaire. Je m’explique. L’origine du différend entre chiites et sunnites remonte à la mort de Mahomet, en juin 632. Ce dernier n’avait pas de fils ayant survécu mais plusieurs filles. Ali ibn Abi Talib (Ali), son cousin, a épousé sa fille Fatima Zahra (604-632). Mahomet n’avait donné aucune consigne pour sa succession. Son gendre et confident, Ali (600-661), logiquement, aurait dû succéder à Mahomet, mais il considérait que l’élément majeur était l’unité des musulmans, et refusait donc de déclencher une guerre civile pour s’accaparer de l’empire mahométan.

Face à lui, des notables influents et militairement puissants de La Mecque ont pris le pouvoir. Mahomet avait fui La Mecque vers Médine pour justement s’en éloigner (ce fut l’Hégire, en 622, le calendrier musulman débute le 16 juillet 622).

Les trois premiers successeurs de Mahomet furent les trois premiers califes, avec un rôle plus politique que religieux : Abou Bakr As-Siddiq (573-634), Omar ibn Al-Khattab (584-644), qui fut assassiné, et Othman ibn Affan (579-656). Abou Bakr, père de Aïcha (614-678), l’épouse préférée de Mahomet, considérait qu’Ali, à 32 ans, était trop jeune et inexpérimenté pour succéder à son gendre. Il "vola" donc son pouvoir.

Après l’assassinat d’Othman, Ali est devenu le quatrième calife et est considéré comme le "premier imam" pour les chiites. Il fut contesté par le très puissant gouverneur de Syrie Mo’awiya (602-680) nommé par Othman. Ali réussit à s’imposer militairement contre ses adversaires dirigés par Aïcha. Après une bataille contre Mo’awiya et un arbitrage le défavorisant, Ali se replia en Irak (à Koufa) tandis que ses adversaires agrandirent leur zone d’influence vers Arabie et l’Égypte.

Ali fut assassiné à Koufa en 661 par certains de ses partisans (les kharidjites) qui s’opposaient à cet arbitrage défavorable (il fut enterré à Najaf), permettant à Mo’awiya de s’emparer du califat et de créer sa dynastie (les Omeyyades).

Hassan (624-670), le premier fils d’Ali, succéda à son père comme "deuxième imam", puis, à la mort de ce dernier, le deuxième fils d’Ali, Hussein (626-680) lui succéda comme "troisième imam". Lors de la bataille de Karbala, le 10 octobre 680, Hussein, petit-fils de Mahomet, fut très cruellement assassiné par Yazid (645-683), le fils de Mo’awya qui lui avait succédé comme calife à la mort de ce dernier.

Cette mort atroce fut le point de départ du rite de l’Achoura qui a pris la même importance que la Passion du Christ dans la liturgie chrétienne. Neuf autres imams se succédèrent après Hussein, jusqu’au douzième imam, Mohammed Al-Mahdi, qui est mort en 874 à l’âge de cinq ans. En fait, officiellement, il ne serait pas mort mais "occulté" et il est considéré seulement comme "caché" et il devrait revenir dans les siècles à venir. Là encore, cette idée du retour du douzième imam reprend celle du retour du Messie sur Terre.

Pour résumer, les chiites sont les partisans d’Ali et de ses successeurs, tandis que les sunnites sont les partisans des califes et des Omeyyades. Les premiers sont donc plus focalisés sur la religion, l’islam (avec un clergé très hiérarchisé, comme chez les catholiques), et les seconds sur la chose politique, le pouvoir politique et militaire (sans aucune autorité religieuse structurée, comme chez les protestants).

Les chiites sont eux-mêmes très divisés, car beaucoup de "sectes" ont été créées au cours des douze premiers imams, les zaydites après le quatrième imam, les ismaéliens après le sixième imam (donnant la dynastie des Fatimides et d’où sont originaires les druzes), ainsi que les alaouites après le onzième imam. La grande majorité des chiites sont cependant duodécimains, c’est-à-dire qu’ils croient à la succession des douze premiers imams, dont le douzième est "occulté" et censé revenir un jour sur Terre.

Les chiites sont minoritaires dans le monde musulman, ils représentent environ 9% des musulmans en tout, soit environ 140 millions de personnes. Ils ne sont majoritaires que dans très peu de pays comme l’Iran, l’Azerbaïdjan et Bahreïn, tandis qu’ils représentent souvent des minorités socialement opprimées. C’est pour cela qu’on pourrait aussi faire du clivage gauche vs droite avec des chiites qui sont la classe défavorisée et les sunnites les dirigeants économiques et politiques de la plupart des pays musulmans (à quelques exceptions près).

Comme on le voit, les chiites et les sunnites ont toujours été en guerre les uns contre les autres, et cela depuis la mort de Mahomet. Dans la prochaine partie, j’arriverai à l’époque contemporaine et ferai part de certaines observations très pertinentes et éclairantes d’Antoine Sfeir qui confirment l’extrême complexité du monde musulman.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Antone Sfeir.
Michel Aoun.
Énième attentat islamiste.
Que faire des djihadistes français de retour de Syrie ?
Terrorisme = islamisme ?
Vous avez dit amalgame ?
Daech.
Ben Laden.
Arafat.
Incompréhensions américaines.
Nouveau monde.
Attentats du 11 septembre 2001.
Printemps arabe.

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9 réactions à cet article    


  • amiaplacidus amiaplacidus 30 septembre 11:30

    « L’islam pour les Nuls, ou la géopolitique de l’islam selon Antoine Sfeir (1) »

    @L’auteur : Vous devez avoir beaucoup lu Sfeir.


    • Aimable 30 septembre 11:49

      De tous temps les religions , crées par des opportunistes pour des raisons le plus souvent inavouables , quand elles en ont eu l’opportunité se sont imposées par la terreur et comme il n’y pas que les religions qui sont sectaires , certaines organisations type végan s’en prennent a des individus pour ce qu’ils représentent et par ce biais veulent terroriser la population en utilisant les mêmes méthodes .

      L’humain dans la grande majorité des cas se fait tuer et tue au nom de sa croyance pour le plus grand bénéfice des marchands d’armes .


      • Cyrus (TRoll de DRame) Cyrus (TRoll de DRame) 30 septembre 11:55

        A quand une explication de la perversité du sionisme pour les null ?


        • Étirév 30 septembre 13:05

          « Chaque fois que l’homme s’est senti supérieur à un autre, cela a abouti à une tragédie ; (...) ; mais chaque fois que le droit a voulu s’imposer, il s’est montré impuissant face à la force. Chaque fois que l’homme, dans l’histoire de l’humanité, s’est pris pour Dieu ou s’en est proclamé le porte-parole, ce fut la catastrophe. Rien n’a changé au cours des siècles.  ».
          Rien de plus vrai.
          Mais l’Islam n’est pas un cas paticulier. Toutes les religions créés par l’homme, qui sont toutes basées sur le surnaturel, ont ses mêmes conséquences. Elles sont liées à la physiologie et la psychologie de l’homme. On sait depuis des temps immémoriaux que sa nature le porte à l’opposition, à la contradiction et surtout à la domination, mais aussi à des degrés divers.
          Rappelons néanmoins que, dans l’enseignement de la plupart des religions il existe un sens exotérique et un sens ésotérique.
          Chez les ismaélites par exemple, disciples d’Ismaël, qui étaient des libres penseurs qui discutaient les préceptes du Coran chaque fois qu’ils en avaient l’occasion, l’enseignement de leurs doctrines était divisé en 7 degrés. Dans le 7ème degré, on apprenait que toutes les religions des hommes étaient des chimères et qu’il fallait revenir à la Nature.
          Islam, Ismaélisme et Arabes


          • troletbuse troletbuse 30 septembre 13:50

            Prochain article : Antoine Sfeir au Panthéon


            • Pascal L 30 septembre 15:30

              Votre récit des débuts de l’islam correspond assez fidèlement à la Sîrah, la biographie de Al Qasim ibn Abd Allah dont le sobriquet est Muḥammad (Mahomet selon les traductions en Français). Ce qui est exact, c’est bien les guerres civiles entre futurs chiites et futurs Sunnites. Elles ont commencé dès l’année 656 (jusqu’en 661, le début du règne des Omeyyades) et ont repris entre 684 et 692, à la mort du gouverneur de Petra, ʿAbd Allah ibn Al-Zubayr.

              La vie de Muḥammad n’est pas confirmée par d’autres textes historiques, sinon par sa présence à la bataille de Gaza en 634, c’est-à-dire deux ans après sa mort officielle. D’autres écrits non Musulmans situent sa mort à Jérusalem, donc après sa conquête en 636 ou 638. Après sa mort, il disparaît complètement des radars, car il n’existe aucun écrit datant de cette époque qui parle de lui, pas même sur un graffiti ou une pierre tombale. C’est ʿAbd Allah ibn Al-Zubayr qui le sort de l’oubli pour revendiquer le calfat, car il est un des plus proches descendant d’Al-Qasim et revendique le pouvoir en son nom. Nous avons donc des pièces de monnaie retrouvées à Bishapur en Perse qui datent de 684 ou 685 qui parlent de mḥmd. Ce mot de mḥmd est parfaitement ambigu, car il peut être un participe et se traduire par « Le loué » en arabe classique ou « le désiré » en araméen et « le désiré » est un titre qui s’applique plus à Jésus dont le retour était attendu qu’à Muḥammad dans la perspective très eschatologique des débuts de l’islam. En tout cas, c’est le vainqueur d’ibn Al-Zubayr, ʿAbd Al-Malik qui reprend cette appellation pour Al-qasim à partir de 694, sans doute pour arabiser la religion. C’est à cette époque que le nom de Muḥammad apparaît dans le Coran selon les résultats de l’étude des palimpsestes, dont en particulier celui de Sanaʿa.

              Cette histoire de guerre civile est donc principalement une lutte de pouvoir où la religion n’est qu’un prétexte. Il est curieux que Chiites et Sunnites aient pu s’entendre sur un Coran unique mais deux Corans différents aurait mis des doutes sur son origine divine. Les Chiites ont tout de même revendiqué le fait que beaucoup de versets ont disparus à cause des Sunnites qui auraient effacé toute référence à Ali du Coran. D’après Hela Ouardi (voir ses deux livres : « les derniers jours de Muhammad » et « les califes maudits ») c’est le calife Omar qui aurait interdit à Muḥammad de désigner un successeur et désigné Abou Bakr As-Siddiq comme héritier. Hela Ouardi a essayé de construire une vraisemblance à partir de versets peu connus de la Sîrah mais elle nous montre surtout l’absence de fiabilité de cette tradition écrite 150 ans plus tard. Cette Sîrah ne montre aucun signe qui aurait permis une transmission orale du texte (rythme, rime...) et nous sommes donc face à une tradition qui n’a eu que l’écriture comme support, contrairement à ce qui est revendiqué dans le texte par les chaînes de transmetteurs (isnad). 


              • Berthe 30 septembre 22:19

                a l’aube du troisième millénaire, vous croyez encore aux guerres de religions ? Ba c’est des conneries qui masquent des enjeux financiers bcp plus importants. Les religions sont juste faites pour endoctriner les populations, les empêcher de se projeter en tant individu libre. Vous ne posez même pas les questions qu’il faut sur la présence de Daech à cet endroit précis, la Syrie et pourquoi ils sont à présent en Libye et au Sahel... c’est juste des cartels des la drogue qui se rapprochent de l’Europe. comme on en trouvait en Amérique du Sud, ni plus ni moins.. Ces mecs n’ont strictement rien de religieux !


                • the clone the clone 1er octobre 09:15

                  L’Islam est fort et sans pitié dommage pour les moutons .....


                  • Jonas 4 octobre 16:08

                    A l’auteur 

                    Merci de rappeler la mémoire de ce grand spécialiste du monde arabo-musulman , et de l’islam. Il avait un avantage considérable sur ses confères journalistes , il maîtrisait , parfaitement la langue arabe et comprenait parfaitement les méandres de la pensée des gens de la région.

                    Le livre « Islam contre islam » L’interminable guerre des sunnites contre des chiites. est de 2013 et non de 2012. Je rappelle également comme tous les arabes de l’époque bien qu’il soit chrétien , Antoine Sfeir , fut un grand admirateur de Nasser. 

                    Je salue son professionnalisme et sa connaissance de la région. Des femmes et des hommes de sa trempe , manquent par ces temps tortueux. 

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