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Le bouddhisme et la viande sacrificielle

Le bouddhisme n’est pas une religion législative. Au sens propre, il n’interdit rien, il se contente d’indiquer à ses fidèles quels sont les actes bénéfiques et ceux qui ne le sont pas. Le sacrifice d’animaux est clairement classé parmi les actes les plus nuisibles pour le karma de leur auteur. Cette mise en garde figure en particulier dans un texte célèbre, le Aggi Sutta, figurant dans le Canon pâli (recueil de textes canoniques de l’Eglise du Sud, parfois aussi appelée Petit Véhicule, ou Théravada).

Quelle est la position du bouddhisme par rapport aux sacrifices d’animaux et à la consommation de viande sacrificielle (c’est à dire, aujourd’hui, de viande kasher ou halal) ?
 
La réponse sera nuancée, car le bouddhisme n’est pas une religion législative. Il prône l’esprit de libre examen, par exemple dans le célèbre Kalama Sutta. Au sens propre, il n’interdit rien, il se contente d’indiquer à ses fidèles quels sont les actes bénéfiques et ceux qui ne le sont pas.
 
Le sacrifice d’animaux est malgré tout clairement classé parmi les actes les plus nuisibles pour le karma de leur auteur. Une mise en garde sans équivoque figure en particulier dans un texte célèbre, le Aggi Sutta, figurant dans le Canon pâli (recueil de textes canoniques de l’Eglise du Sud, parfois aussi appelée Petit Véhicule, ou Théravada). Dans ce texte, le Bouddha historique, généralement courtois, se montre d’une rudesse peu commune chez lui vis à vis du jeune brahmane qui envisage de procéder à un sacrifice d’animaux et qui l’interroge sur la portée karmique de ce rite.
 
L’échange d’étincelles commence dès que les premières salutations ont été échangées :
 
" Le brahmane Uggatasarira dit au Bienheureux : « Ô vénérable Gotama, j’ai entendu dire que le fait d’allumer un feu de sacrifice et le fait d’ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses. »

Le Bienheureux dit : « Moi aussi, ô brahmane, j’ai entendu dire que le fait d’allumer un feu de sacrifice et le fait d’ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses. »

Cette réponse est surprenante. Le brahmane en perçoit probablement l’ironie, puisqu’il la réitère encore deux fois, dans les mêmes termes, et reçoit encore deux fois la même réponse dans les mêmes termes. Il finit par en déduire à tort que le Bouddha est d’accord avec lui, et ce dernier le laisse dans l’erreur. Il ne fait rien de lui-même pour inviter ce brahmane à mieux formuler sa question. C’est son serviteur Ananda qui donne au visiteur la leçon de politesse nécessaire, et lui demande, quand il interroge le Bouddha, de ne pas faire la réponse en même temps que la question.
 
Ayant reformulé sa question dans les normes voulues, le jeune brahmane obtient une réponse très claire :
 
"Le Bienheureux dit : Ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu de sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel dresse trois épées malfaisantes, mauvaises dans leur efficacité, mauvaises dans leur fruit. Quelles sont ces trois épées ? L’épée des actions corporelles, l’épée des actions verbales et l’épée des actions mentales."
 
Une triple moisson de mauvais karma avant même que le sacrifice ne commence : voilà qui est dit clairement, alors même que Bouddha, dans d’autres occasions, sait apporter des nuances ; la loi de causalité, qui commande notre karma, est complexe : il n’y a pas une seule cause qui commande un seul effet, mais des inter-actions. Cette loi n’est d’ailleurs pas l’explication unique de tout ce qui nous arrive, comme souligné dans le Sivaka Sutta.
 
Pourquoi le Bouddha est-il si dur vis à vis de ce jeune brahmane ?
 
Parce que celui-ci cumule toutes les circonstances aggravantes. Il a le choix : nous le devinons matériellement à l’aise. Il ne se contente pas de projeter de manger et de faire manger de la viande. Il projette de faire tuer des animaux exprès, il est fort satisfait par avance de l’action projetée, qu’il croit bonne ; il joint par là l’ignorance à la cruauté et il implique les dieux dans son action nuisible. Il est donc permis de penser que la charge karmique de son acte sera maximale.

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26 réactions à cet article    


  • Clojea CLOJEA 29 juin 2010 10:14

    Le Bouddhisme est la religion la plus pacifique et la plus tolérante qui soit et pour moi, la plus vraisemblable, car pas de notion de foi en un Dieu, mais d’abord la notion de se comprendre mieux soi même et de mieux comprendre les autres, puis ensuite d’appréhender Dieu ou pas, selon ses propres découvertes.
    Merci à l’auteur, ça nous change des sempiternels débats stériles sur l’Islam et la laïcité, avec une intolérance de plus en plus exacerbée de part et d’autre.


    • samir 29 juin 2010 18:23

      "Le Bouddhisme est la religion la plus pacifique et la plus tolérante qui soit et pour moi, la plus vraisemblable, car pas de notion de foi en un Dieu, mais d’abord la notion de se comprendre mieux soi même et de mieux comprendre les autres, puis ensuite d’appréhender Dieu ou pas, selon ses propres découvertes.
      Merci à l’auteur, ça nous change des sempiternels débats stériles sur l’Islam et la laïcité, avec une intolérance de plus en plus exacerbée de part et d’autre."

      ce que vous ecrivez est une sorte de revisionisme

      que pensez vous du bouddhisme ZEN ? ou de la violence inhérente aux regimes tibetains ?
      est il pacifique ?

      non parce que des millions de chinois auraient bien aimé voir le pacifisme du bouddhisme


    • celuiquichaussedu48 celuiquichaussedu48 29 juin 2010 21:23

      Il y a eu des armées boudhistes qui ont fait des carnages, il ne faut pas l’oublier. Mais, c’est tout de même une philosophie/religion très intéressante.


    • Catherine Segurane Catherine Segurane 30 juin 2010 06:40

      Samir, si vous aviez pris la peine de clicker, dans mon article, sur le lien « Bouddhisme », vous seriez arrivé à un portail Knol consacré au Bouddhisme.


      Ce portail comporte toute une section intirulée «  Critiques, difficultés, réformes »

      Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a pas de bouddhistes violents (ce sont des hommes) ni que le bouddhisme n’a jamais connu de dérives.

      Mais ce qui compte pour moi, c’est qu’en France, le bouddhisme respecte la laïcité. Donc, si tel ou tel religieux bouddhiste dérive, cela ne retombe pas sur le reste de la société.

      Cela dit, ils « dérivent » plutôt moins que d’autres.


    • samir 30 juin 2010 10:25

      Allez Catherine on se rattrape aux branches

      sachez que TOUTE ideologie amene son lot d’extremistes, puristes et de fascistes que cela soit une religion ou non...

      la preuve venant de vous conernant le laicisme


    • Thomas Roussot Thomas Roussot 29 juin 2010 11:24

      Le Bouddhisme est clairement une doctrine beaucoup moins dogmatique que les trois monothéismes et qui par ailleurs est validée sur bien des points, scientifiquement parlant (impermanence de la matière, effets de la méditation sur le cerveau, etc...).

      Par contre, je signale à l’auteur qu’il existe bel et bien des interdits réglementant la vie monastique.

      • Serpico Serpico 29 juin 2010 13:31

        L’auteur "Il projette de faire tuer des animaux exprès, il est fort satisfait par avance de l’action projetée, qu’il croit bonne ; il joint par là l’ignorance à la cruauté et il implique les dieux dans son action nuisible."

        *****************

        Parce que, pour les manger, il les tue par accident ?


        • foufouille foufouille 29 juin 2010 14:37

          sufit d’attendre la vieillesse ou la maladie ou encore les restes du carnivore


        • Waldgänger 29 juin 2010 13:53

          Très bon article, qui apprend des choses plus générales que l’actualité, tout en s’y référant.


          • Gollum Gollum 29 juin 2010 15:32

            Je voudrais pas faire le pinailleur, mais c’est pas plutôt Sutra que Sutta ? 


            • Catherine Segurane Catherine Segurane 29 juin 2010 16:14

              @ Gollum,
              On parle de « Sutra » quand le texte est en sanskrit et de « Sutta » quand il est en pali.
              Le pali est la langue du canon du Bouddhisme du sud (« Canon pali »).
              Les textes de l’école du Nord (« Grand Véhicule ») sont en général en sanskrit.


              • Gollum Gollum 30 juin 2010 08:43

                Merci de cette précision smiley ça m’apprendra à pinailler.. j’ai appris quelque chose, merci smiley


              • Catherine Segurane Catherine Segurane 30 juin 2010 09:36

                Donc, Gollum, vous avez eu raison de pinailler. Votre message n’était pas déplacé (sans quoi je n’aurais pas répondu) et la différence entre Sutta et Sutra ne fait pas partie de la culture générale de tous en France. Vous avez parfaitement eu raison de questionner puisque vous ne saviez pas.


              • Ronald Thatcher rienafoutiste 29 juin 2010 17:49

                Le jaïnisme, voisin du bouddisme dans l’esprit, est encore plus radical puisque à l’instar des Bishnoïs du Rajasthan, ils défendent les animaux et les arbres. Bien entendu cela passe par un régime exclusivement végétarien qui ne permet que la nourriture poussant hors sol (sont exclus les oignons, carottes, pdt, racines... etc,pour ne pas tuer de lombrics ou de larves présentent dans la terre). Les adeptes se couvrent la bouche d’un masque de coton pour ne pas respirer d’insectes...
                Ce respect de la nature et des animaux, jusqu’à l’absurde, devrait être un exemple pour la jeunesse occidentale. Mais d’autres sacrificateurs en ont décidé autrement en important des pratiques barbares sur notre sol déjà gorgé de sang.


                • robert 29 juin 2010 17:51

                  bof ! j’eu préféré un article comparant le allal et le casher mais bon donc -


                  • Catherine Segurane Catherine Segurane 29 juin 2010 18:14

                    « bof ! j’eu préféré un article comparant le allal et le casher mais bon donc - »

                    __________

                    Ecris le.


                    • LeGus LeGus 29 juin 2010 18:41

                      Pas de fausse modestie madame, vous en avez commis un déjà :
                      http://www.ripostelaique.com/Viande-halal-ou-kasher-delires.html

                      Sur riposte laïque, comme par hasard, mais vous n’êtes pas d’extrême droite, vous êtes de gauches, avec toutefois une carte du FN.
                      http://www.ripostelaique.com/Precisions-a-Laure-Daussy-qui-me.html


                    • staybehind 29 juin 2010 20:05

                      « Le bouddhisme n’est pas une religion législative,blah,blah,blah.... »
                      premiere phrase,premiere connerie...

                      le bhoudisme n’est PAS une religion !!!!


                      • Tetsuko Yorimasa Tetsuko Yorimasa 30 juin 2010 00:06

                        ah...ben..pose donc la question à un asiatique par exemple, je suis sûr que sa réponse sera du genre : c’est ma religion.


                      • Tetsuko Yorimasa Tetsuko Yorimasa 30 juin 2010 00:08

                        en fait le bouddhisme n’est pas une religion à l’origine, mais avec le temps il s’est ritualisé, alors on peu aujourd’hui parler de religion


                      • Catherine Segurane Catherine Segurane 30 juin 2010 06:48

                        Tetsuko,


                        Je suis assez d’accord avec votre analyse : le bouddhisme, à l’origine, me parait davantage être une philosophie. En particulier, d’après des analyses qui me convainquent, il comporte, dans son capital génétique, beaucoup de gênes venant de la philosophie grecque. Voir cet article :


                        Après, au cours de l’histoire, il a toute une vie ; il devient chinois, japonais ... il prend des tas de formes.

                        Il y a quantité de personnes, en Asie, qui le pratiquent comme une religion, et c’est bien leur droit.

                        Personnellement, je le pratique comme une philosophie et même comme une variante de la philosophie grecque. Chacun ses choix. Tant que la république laïque reste au commandes, nous pouvons pratiquer le bouddhisme de la façon que nous voulons, sans avoir de comptes à rendre à personne.



                      • croacroa 29 juin 2010 23:00

                        allez c est complet , un article sur la religion soucoupiste...


                        • Odal GOLD Odal GOLD 29 juin 2010 23:02

                          Bouddha :


                           Je pense que dans l’expérience de soi-même, les élèves trop conformistes ne peuvent pas non plus comprendre l’essence et l’intérêt de cette parole du Bouddha :


                            « Nous ne devrions pas croire à une chose uniquement parce qu’elle a été dite,

                           ni croire aux traditions parce qu’elles ont été transmises depuis l’antiquité,

                           ni aux « on dit » en tant que tels,

                           ni aux écrits des sages parce que ce sont des sages qui les ont écrits,

                           ni aux imaginations que nous supposons nous avoir été inspirées par un Déva

                           (et que nous croyons être une inspiration spirituelle ) ,

                            ni aux déductions tirées de quelque hypothèse hasardeuse que nous aurions pu faire,

                           ni à ce qui parait être une nécessité analogique,

                            ni croire sur la simple autorité de nos instructeurs ou de nos maîtres ;

                            mais nous devons croire à un écrit, à une doctrine ou à une affirmation

                            lorsque notre raison et notre expérience intime les confirment.

                           C’est pourquoi,

                           je vous ai enseigné à ne pas croire simplement d’après ce qui vous a été dit,

                          mais conformément à votre expérience personnelle,

                           et puis à agir en conséquence et généreusement. »



                          • nada 29 juin 2010 23:54

                            Si tous les êtres humains consommaient comme les habitants des pays industrialisés il leurs faudrait 5 planètes Terre.Des animaux et des végétaux disparaissent définitivement de la planète Terre, à cause des Hommes.

                            Les causes principales sont la perte, la dégradation et la fragmentation des habitats, les changements climatiques, la mortalité accidentelle (roadkill, mort sur la route), la pollution et l’homme (chasse, poison, pièges, introduction volontaire ou non d’espèces invasives et concurrentielles des espèces autochtones).

                            Toutes les causes sont humaines : industrie et société de consommation.

                            Les êtres humains font disparaître toute forme de vie sur la terre.Et il n y a pas de retour en arrière, possible.Nous pouvons ralentir l’extinction des différentes formes de vie ( animales et végétales) , mais impossible de l’arrêter.L’être humain sera peut être parmi les dernières espèces vivantes à disparaître.Peut être en déclenchant un cataclysme nucléaire, ou biochimique.

                            "Les animaux et végétaux qui figurent sur la liste des espèces menacées en France figurent aussi sur la liste rouge dressée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dans la catégorie « en danger d’extinction ». Ils ont dépassé le stade « vulnérable » et tentent d’échapper au statut suivant : « en danger critique d’extinction »."


                            • Catherine Segurane Catherine Segurane 30 juin 2010 06:56

                              Bien d’accord avec toi, Rouxel : la consommation de viande n’est jamais sans dommage.


                              Cela dit, il faut bien manger, et même un végétarien cause des dommages indirects (habitats animaux supprimés pour y faire des champs par exemple).

                              Cela dit, il y a une différence entre manger un petit morceau de viande pour se nourrir, et procéder à un sacrifice en étant tout content de son abattage en série (cas de ce que projette le jeune homme qui interroge le Bouddha). Plus grave aussi, la sacralisation, par ce sacrifice, de ce qui reste un meurtre. Je ne voudrais pas employer les grands mots, mais, quand on associe les dieux à nos actes nuisibles, on est limite sacrilège.

                              Bon, c’est juste mon avis.


                            • Ronald Thatcher rienafoutiste 30 juin 2010 09:29

                              Les hindous, avec tout le respect que je leur dois, ne sont pas en reste côté rituel sacrificiel avec le festival Gadhimai qui se déroule au Népal, où des dizaines de milliers d’animaux sont sacrifiés en l’honneur de Gadhimai, déesse du pouvoir.

                              Comme quoi on peut être extrèmement respectueux de la vie sous toutes ses formes, et accepter un massacre pour la promesse de protection d’une déesse mythologique.

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