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Accueil du site > Actualités > Religions > Le religieux comme « phrônesis »

Le religieux comme « phrônesis »

La phrônesis, c'est la prudence des sages, sagesse pratique. On la retrouve chez Aristote essentiellement, pour commencer, et dans toutes les écoles antiques (scepticisme, cynisme, stoïcisme, cyrénaïsme, épicurisme, etc.). Or, dans la mesure où les philosophies pratiques n'ont plus exactement la cote de nos jours, on peut se demander si le religieux n'est pas l'un des derniers à porter une phrônesis.

 

Considérant que chercher de la limpidité dans les traductions, dans les sources, et dans l'exégèse d'un texte religieux relève de la gageure (voire de l'impossible)* ...
Considérant que cette gageure (voire cette impossibilité) conduit à des exégèses divergentes, des spécifications géohistoriques sociopolitiques "du" culte, des schismes, des tensions voire des conflits ouverts interreligieux et même intrareligieux** ...
Considérant que ces multiplicités originées pourtant dans les mêmes sources, en conduisent certains à rechercher l'esprit de la lettre plutôt que de lettrer leurs esprits (ce qu'on nommera éveil contre intégrité ... et sachant qu'un éveillé pourrait très bien devenir intégriste, et qu'un intégriste pourrait très bien se réclamer de l'éveil ... )*** ...
Considérant enfin, qu'éveillés comme intégristes, agissent-/se croient agis par- une éthique/une morale, qui comme chacun sait consiste à acquérir une phrônésis aristotélicienne (une sagesse pratique, une prudence, un style, une manière, un genre, une façon, une comporte'mentalité maîtrisée, une ascèse, etc.) - que cette phrônésis provienne de la discipline comme de la dotation spirituelle, et parfois des deux codynamiquement**** ...

Eh bien, considérant tous ces points comme en charrade (mon premier, mon deuxième, mon troisième, mon quatrième), le tout est le suivant :

Que le religieux se comporte conséquenciellement, ainsi qu'une école antique, d'éthique phronétique : dans l'absolu, il y a un mystère incompréhensible, duquel pourtant découle-/on fait découler- un agencement mimo-gestuel & intellectuel-sensible, avec ses principes et ses casuistiques. Or, ce, d'autant plus que les affaires religieuses donnent particulièrement à voir des récits de vie doublés de préceptes.

Les religions portent plus que toute autre philosophie aujourd'hui, la philosophie-de-vie des antiques. Laissons-lui (à la religion) le mérite de la concrétude, encontre tous les irréligieux. Or c'est paradoxal, dans la mesure où l'on voudrait faire du mystère au cœur du religieux, quelque chose de spéculatif, quand on est irréligieux ... précisément sur la base de cette erreur, qu'on envisage spéculativement le religieux (sans phrônesis, base concrète). Le religieux reste incarné, d'une manière ou d'une autre.

Néanmoins, les philosophies ne partent pas d'un mystère incompréhensible, ni même, peut-être, d'un mystère. En tout cas, elles présument résoudre le mystérieux grâce à la raison. Le religieux en face, accuse alors le philosophe d'orgueil : il prétendrait résoudre quelque chose que le religieux garantit insoluble. Mais, au fond, qu'en sait le religieux ? Ce qui ne signifie pas que le philosophe l'ait résolu, ni même qu'il l'ait considéré seulement comme une question.
 


* Tout comme la philosophie politique et idéologique, d'un texte tel que la Constitution française par exemple, aussi raisonnablement fondé soit-il ...
** Tout comme les mouvements politiques et idéologiques, d'ailleurs ...
*** Tout comme entre les politiques certains se sentent ou se proclament plus royalistes que le roi (plus libéral, plus gaullien, plus degôche, etc.) ...
**** Tout comme il est des disciplines de parti, avec inspirateurs, etc. ...


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16 réactions à cet article    


  • Pourquoi ai-je en moi ce sentiment océanique ? Religion, religare, relier, faire lien. Du coq à l’âme :https://vimeo.com/193690091


    • Vertagus Vertagus 11 août 18:17

      L’éthique religieuse est, avant toute chose, un moyen par lequel on « cosmise » son Chaos par des rites récurrents, répartis sur un calendrier liturgique (sans quoi la vie de l’homme religieux perd tout son sens). Cette éthique, comme vous le dites, est concrète : comme elle affilie le religieux à son modèle archétypique (divinités, êtres semi-divins, héros), elle rattache son existence à l’illud tempus du dieu en question. Par conséquent, l’homme religieux ne vit pas « seul à bord », « embarqué », « en autonomie »... Cf. Mircea Eliade et, pour la notion d’Archétype, C. Jung. Cf. également mon article qui touche (approximativement) au vôtre : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pourquoi-sommes-nous-si-malheureux-206775 ... Je compte expliciter la notion de l’Homme christique dans un futur article.


      • cyborg cyborg 12 août 00:19

        @Vertagus
        Alors n’oubliez pas le sacrifice du cerf sur la croix de ses bois frimeurs et le christianisme « religion positive » de Hegel, et les thèses sur Feuerbach de Marx. Car Eliade c’est très bien pour la description de l’objectivation aliénée du « chaos » comme vous dites, la porte de Babylone, où l’arbre qui va aux étoiles, et autres Styx, mais faut amener un peu de mouvement dans tout ça. Dieu est mort, je vous rappelle. smiley


      • Vertagus Vertagus 12 août 18:05

        @cyborg Hegel, Feuebarch et Marx ont comme dénominateur commun d’être des réductionnistes ou des « historicisants » (c’est-à-dire prônant des thèses auxquelles, vous l’avez compris, je n’adhère pas), qui étudient par conséquent la religion sous « des angles », sans la prendre en considération pour ce qu’elle est en elle-même. Et ceci, donc, à la grosse différence d’Eliade, dont l’intérêt est d’étudier la religion « en elle-même » sans pinailler sur des « infrastructures » ou des « causes matérielles »... 


      • cyborg cyborg 12 août 19:46

        @Vertagus
        Ben non,
        Eliade à travers l’éternel retour, l’homme voit les saisons, les mythes montrent leur « matérialisme ». Le mythe est comme une « science primitive » de l’imaginaire objectivé pour expliquer le monde (du cosmos à la psychologie).
         
        Et ce mythe dépend des connaissances scientifiques, les aztèques, les chinois où les babyloniens qui font des calculs astronomiques intègrent leurs sciences dans leurs mythes, religions, pithécanthrope a une religion plus simple... smiley
         
        D’ailleurs on voit pas comment ça pourrait être autrement. Le monde est incompréhensible.
         
        En elle même la religion est une praxis aliénée pour faire avec le monde incompréhensible, et la mort de Dieu une conscience malheureuse, et la consommation une nouvelle praxis aliénée qui remplace la religion ... l’opium du peuple réifié en l’opium du people smiley


      • Vertagus Vertagus 12 août 20:55

        @cyborg Vous dites des bêtises. Eliade déclare nettement à plusieurs reprises dans ses livres que les mythes, bien qu’un peu surdéterminés par la culture (et la technologie) de celui qui les conçoit, proviennent pour la plupart des tréfonds de l’inconscient – existence dont l’origine précise, entre les tréfonds, est par ailleurs mystérieuse. 


      • cyborg cyborg 13 août 01:06

        @Vertagus
        « surdéterminés » veut dire « réifiés »
        les « tréfonds de l’inconscient » sont les « catégories phénoménologiques » qui s’appliquent à la religion, comme il y en a pour la politique, l’économie, et autres praxis sociales.
        le mystère s’appelle le cerveau et la génétique.
        et dans ces catégories vient évidement en premier la conscience de sa finitude, aliénation primordiale car niée par l’ « inconscient » animal, mais connue de la conscience réflexive devenant « malheureuse » : c’est ce qui fait dire à Nietzsche que l’homme avec sa raison est ainsi devenu l’avorton du règne animal smiley Mais la meilleur réification de cette aliénation oublieuse reste la pâtée, non du chat, mais d’homo festivus.
         
        Diderot se demande si un aveugle de naissance serait croyant ?
        Et Marx dit que l’Être suprême du chat c’est le chat smiley Et à mon avis l’enfer du chat c’est une rivière glacée en plein vent... pas un feu éternel dans une niche. Car Félix catus n’a pas les mêmes catégories d’entendement et mêmes catégories phénoménologiques qu’homo religus, pas le même câblage.
        Heureusement que l’IA va trouver Dieu smiley


      • cyborg cyborg 11 août 18:34

        Que la religion soit une praxis aliénée, tout le monde le sait, mais sait on que le sport aussi ?
         
        1921 : Carpentier-Dempsey , 600000 parisiens se réunissent pour écouter la retransmission.
         
        Inimaginable aujourd’hui...
         
        De la boxe violente et virile, sport des nationalistes, aux marionnettes du fric, ces danseuses au ballon pour oligarques mondialistes, spectacle édulcorée plus adaptée à la sensiblerie migrante, végane et féminisée de la modernité.
        De la défense de la patrie à la défense de son loisir...
        Dis moi ton sport, je te dirai ton époque, et la phrônésis du sage prêtre coach qui va avec ...
         


        • Morologue Mallarme 12 août 09:17

          Les premiers commentaires « désincarnent » encore trop. Soit vous sentimentalisez, soit vous théorisez. C’est beaucoup plus simplement pratique, et pratiquement simple (incarné) le recueillement, et même le rituel. Ceci dit sans nier vos types d’expérience, et sans faire l’apologie de l’une plutôt que de l’autre. Mon parti est philosophique, donc bon. Je ne fais qu’exposer.


          • cyborg cyborg 12 août 12:36

            @Mallarme
            En restant dans l’exposition objective, c’est de la sociologie, de l’ethnologie, de la psychologie, où plutôt de l’éthologie, du moralisme animalier. Alors il y a des expériences plus marrantes sur la morale des animaux. smiley Le recueillement du chien devant sa gamelle, et l’injustice de pas avoir de croquette quand il donne la patte, alors que l’autre en a. smiley
             
            Le scepticisme, le christianisme et le droit culminant dans le droit de l’homme, du genre, et bientôt du vivant (anti-spécisme) ont cette filiation :
            « Mon nom est personne » dit le malin moderne à Polyphène l’ancien. Par là il se sauve mais reconnaît qu’il est un indifférencié, une personne parmi tout le genre, bientôt le vivant, méprisable, il n’est « personne ». Du scepticisme abouti.
             
            Et si le Christ fut le seul sacrifié pour tous, bientôt il n’y a plus de sacrifiable pour un Sacré, ni petit veau, ni migrant... Ni de Sacré, dieu, frontières, culture, inutile de prier pour la Totalité, même en cas de guerre atomique des bactéries survivront. smiley


          • Vertagus Vertagus 12 août 18:08

            @Mallarme Oui, mais si ça n’est pas pour creuser psychologiquement, quel est l’intérêt de nous dire ce qu’on sait déjà, à savoir qu’ils (les hommes religieux) prient et se recueillent ? 


          • bob14 bob14 12 août 09:59

            Les « sages » ?..ou ça dans des pays qui faisaient la guerre.. ?

            MDR...

            • Morologue Mallarme 12 août 10:15

              @bob14. Il peut y en avoir, généralement ils ne se montrent pas. Et la guerre, à cette échelle, est toujours politico-économique, le religieux servant d’idéologie. A un moment donné, il faut arrêter avec ça. Si les religions semblent un prétexte de guerre aussi fort, c’est parce que pendant 99% de l’Histoire humaine, les Hommes croyaient. C’est statistique. Et, quand ils évitèrent de croire, ils se donnèrent des raisons plus terrestres : soviétisme, nazisme, néolibéralisme, etc. Bref, quand on veut faire la guerre, on trouve toujours un prétexte. Ne confondez pas ces prétextes (superstructures) avec les infrastructures qui les sous-tendent réellement, comme font bêtement la plupart des gens. Ceci, sans nier les renfrognements aux prétextes culturels, mais il leur faut généralement une condition politico-économique, pour se déclencher guerrièrement. Allons.


            • cyborg cyborg 12 août 12:46

              @bob14
              La guerre est très sage. Dans cette dernière, l’homme prouve qu’il n’est pas juste l’éco(nomie)système de son Iphone, où l’éco(logie)système de son sexe décérébré, mais qu’il a une idée à défendre, au moins une. smiley
               
              D’ailleurs les papous aussi le savent, ils ont des guerres rituelles entre clans pour se rappeler qu’il son un clan, pas juste un ventre et un sexe, contrairement au bobo « narcissique à vomir » gaïnoien.
               
              Et comme disait Diderot : la sensiblerie est le partage des médiocres.


            • Vertagus Vertagus 12 août 18:20

              @Mallarme Oui, de toute évidence, les hommes prétextent des idéologies afin de justifier telles ou telles habitudes après coup (Gai savoir, §29). Mais la religion ne se réduit pas (entièrement) à cela. Elle a une utilité per se.


            • zygzornifle zygzornifle 13 août 10:38

              Le religieux écoute SON Dieu , le travailleur son patron , le mougeon son président .....

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