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Accueil du site > Actualités > Religions > Mgr Barbarin : le vent du boulet

Mgr Barbarin : le vent du boulet

« Je voudrais ici réaffirmer clairement : si dans l’Église, on détecte même un seul cas d’abus, qui représente déjà en soi une horreur, un tel cas sera affronté avec la plus grande gravité. Frères et sœurs, dans la colère légitime des personnes, l’Église voit un reflet de la colère de Dieu, trahi et frappé par ces consacrés malhonnêtes. L’écho du cri silencieux des petits, qui, au lieu de trouver en eux une paternité et des guides spirituels, ont trouvé des bourreaux, fera trembler les cœurs anesthésiés par l’hypocrisie et le pouvoir. Nous avons le devoir d’écouter attentivement ce cri silencieux étouffé. » (Le pape François, le 24 février 2019 au Vatican).



On ne parlera plus de bouchon mais de boulet de Lyon. L’archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin a été relaxé ce jeudi 30 janvier 2020 par la cour d’appel de Lyon dans l’affaire de non-dénonciation des agressions sexuelles sur des enfants commis par l’ex-prêtre Bernard Preynat lui-même en cours de jugement (on attend le verdict le 16 mars 2020). Le journal "Ouest France" parle d’un « nouveau coup de tonnerre dans cette affaire symbole des défaillances de l’Église face à la pédocriminalité ». Les parties civiles ont immédiatement annoncé un pourvoi en cassation.

Est-ce un hasard ? Les deux films consacrés par les nominations aux Césars (dont la 45e cérémonie se déroulera le 28 février 2020 à la Salle Pleyel de Paris), qui sont effectivement de bons films, reprennent deux des scandales récents les plus emblématiques de notre société actuelle, l’un concernant le scénario lui-même sur les abus sexuels dans l’Église (film "Grâce à Dieu" de François Ozon), et l’autre concernant le réalisateur lui-même, Roman Polanski, avec son excellent "J’accuse" (douze nominations), Roman Polanski dont on reproche également des abus sexuels et viols sur mineur.

Lorsque Mgr Barbarin avait été condamné le 7 mars 2019 par le tribunal correctionnel de Lyon à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans, j’avais écrit : « Je me réjouis de ce verdict, non pas que j’en veuille à Mgr Barbarin dont j’apprécie l’intelligence et la profondeur et qui se trouve plutôt comme une sorte de bouc émissaire de tous les reproches qu’on pourrait faire à l’Église de France sur ce sujet si brûlant et si sensible de la pédophilie des prêtres, mais cela doit être un signal, un symbole que rien ne sera oublié, rien ne sera toléré en ce qui concerne ces actes de torture qu’on appelle pédophilie. ».

Mais j’avais ajouté aussitôt que la condamnation avait été « sévère mais symbolique ». Pour moi, ce verdict du 7 mars 2019 devait être une véritable douche froide pour l’Église catholique, la protection des enfants doit absolument passer avant toute autre priorité. C’est d’ailleurs le mot d’ordre du pape François et même de ses prédécesseurs même si c’était affirmé moins clairement.

En disant cela, que cela devait être un « signal », je n’étais pas juge mais commentateur, commentateur et "fidèle", fidèle écœuré par les pratiques abominables de certains prêtres. Et heureusement, la justice réagit autrement. Heureusement car mon propos était presque injuste puisque je convenais que Mgr Barbarin avait été ferme sur le sujet, même si on peut lui reprocher, plus moralement que pénalement, qu’il aurait dû signaler à la justice ce prêtre pécheur dès qu’il l’a su, c’est-à-dire en 2007 alors que l’affaire n’est réellement sortie du silence qu’en 2016.

J’évoquais ce signal pour que la protection des enfants primât sur, d’une part, la défense (illusoire) de l’institution (ne pas parler à cette époque d’ultratransparence où le moindre citoyen est capable de fournir des preuves enregistrées en son et images à tout moment est contreproductif) et, d’autre part, sur l’organisation même de l’Église. Le prêtre en question a gardé des responsabilités encore longtemps par manque de vocations sacerdotales.

Il a quand même fallu attendre le 5 juillet 2019, c’est-à-dire après la condamnation en première instance de Mgr Barbarin, pour que Bernard Preynat fût révoqué de son état clérical par un tribunal ecclésiastique : « Au regard des faits et de leur récurrence, du grand nombre de victimes, du fait que l’abbé Bernard Preynat a abusé de l’autorité que lui conférait sa position au sein du groupe scout (…), le tribunal a décidé de lui appliquer la peine maximale prévue par le droit de l’Église dans un tel cas, à savoir le renvoi de l’état clérical. ».

Même ce retard, cette lenteur est une faute morale de l’Église, qui a réagi avec trente ans de retard ! Mais l’individu Philippe Barbarin ne peut pas être condamné par tout ce qu’on pourrait reprocher à l’Église dont il était le représentant. Un homme ne peut être confondu avec son institution.

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C’est d’ailleurs ce qu’avait conclu l’avocat général Joël Sollier lors du procès en appel en novembre 2019 en ne requérant aucune peine, considérant qu’il fallait dissocier le « cas individuel » des « fautes morales et pénales » de l’Église elle-même. L’un des avocats de Mgr Barbarin, Me Jean-Félix Luciani est satisfait en expliquant : « Cette injustice est aujourd’hui réparée (…). Le cardinal Barbarin est innocent. ». Son autre avocat, Me André Soulier, ancien adjoint au maire de Lyon, a même pleuré à l’annonce du verdict, indiquant qu’il avait commencé sa carrière par une relaxe et qu’il la terminait par une relaxe. Il a surtout évoqué la perte de son épouse l’été dernier et la manière dont le cardinal l’avait accompagné avec beaucoup d’humanité.

L’ancien évêque auxiliaire de Lyon, Mgr Jean-Pierre Balut (actuel évêque de Blois), l’ancien vicaire général de Lyon, Mgr Pierre-Yves Michel (actuel évêque de Valence) et l’ancien directeur de cabinet du cardinal, Pierre Durieux, tous les trois qui l’ont côtoyé et travaillé avec Mgr Barbarin, avaient affirmé avec force le 29 août 2018 : « Nous sommes témoins qu’il a fait adopter des mesures les plus répressives qui soient en matière de lutte contre la pédophilie, plus nettes et plus claires que celles adoptée au plan national et au plan international. » ("La Croix").

Ce verdict est donc la victoire du droit sur le ressentiment, le refus de prendre un bouc émissaire pour condamner une institution dépassée par tous ses silences qui ne pouvaient être interprétés que comme une complicité implicite. Il n’en demeure pas moins que le verdict d’il y a onze mois a eu le mérite de créer un tsunami psychologique qui aura encore de l’effet concrètement dans les esprits, même s’il a été annulé en appel.

C’est cela, l’évolution d’une Église pour être en phase avec la société, et ce n’est pas seulement valable dans les milieux religieux, mais dans tous les milieux (milieux de la politique, du cinéma, de la littérature, du sport comme le patinage artistique, etc.), que le silence soit proscrit à jamais et que les victimes parlent, et même que les bourreaux, à condition qu’il y ait des preuves tangibles, soient jugés et condamnés.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mgr Barbarin : le vent du boulet.
Roman Polanski.
Pédophilie dans l’Église catholique : la décision lourde de Lourdes.
David Hamilton.
Adèle Haenel.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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17 réactions à cet article    


  • CLOJAC CLOJAC 31 janvier 08:14

    Barbarin ne pouvait pas ignorer ce qui se passait, les témoignages abondent.

    En conséquence, il est coupable de non-dénonciation de crime.

    Art 223  6 du code pénal.

    Et tout le préchi-précha curaillon n’y changera rien.


    • Pere Plexe Pere Plexe 31 janvier 08:44

      @CLOJAC
      Oui.
      Il y a les discours, les appréciations, les motivations.
      Mais ça ne change pas les faits.
      Et ceux ci sont condamnable. Mais prescrits.
      La cours d’appel ne dit rien d’autre.


    • CLOJAC CLOJAC 31 janvier 09:09

      @Pere Plexe

      « Et ceux ci sont condamnable. Mais prescrits. »

      J’apprécierais que le Parquet saisisse la chambre criminelle de la cour de cassation pour trancher sur l’opportunité de la prescription.

      Car, pour moi, le tribunal correctionnel a eu raison d’appliquer la Loi disposant que dans ce genre d’infraction, le délai de prescription commence du moment où l’on a eu connaissance du crime et où l’on n’a rien fait.

      Or le monsignore a prétendu qu’il ne connaissait rien… Ou qu’il avait appris au dernier moment… Ou qu’on lui aurait dit mais il ne se souvenait plus quand… Ou qu’il n’avait pas voulu le croire… Bref, il a noyé le poisson. C’est pas bien ça, le péché de mensonge, surtout chez la curaillerie.

      J’aurais aimé un procureur plus tranchant et un avocat des parties civiles plus pugnace pour pousser le prélat dans ses derniers retranchements afin d’éclairer la cour sur la chronologie réelle des faits.


    • Initiativedharman Initiativedharman 31 janvier 08:24

      Il est temps que le Vatican autorise le mariage des prêtres...


      • raymond 2 février 11:15

        @Initiativedharman
        aucun rapport, la plupart des pedo en activité sont des pères de famille bien tranquilles.


      • San Jose 31 janvier 08:59

        Citation  : J’évoquais ce signal pour que la protection des enfants primât...

        .

        ....des Gaules ? 


        • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 31 janvier 10:34

          La défense de Barbarin est la même que celle de Barbie : « je n’ai fait qu’obéir à des directives venant de plus haut ».

          Apprendre à dire non n’est pas toujours facile.

          C’est malheureusement un enseignement qu’on se garde bien de dispenser aux écoliers, collégiens et lycéens, celui de la désobéissance cohérente. Les systèmes éducatifs et les hiérarchies, cléricales ou non, sont basés sur l’obéissance. Désobéir, c’et quitter le rail obligé, se mettre en marge, se faire montrer du doigt par ses contemporains. Désobéir, refuser, dire non, c’est résister aux grands principes. Ne pas céder aux injonctions, c’est manquer de respect à une société dominatrice. C’est bafouer l’ordre moral.

          C’est ça, le problème de Barbarin, rien d’autre, cette injonction paradoxale qui lui demande « en même temps » d’appliquer des directives et de les dénoncer.


          • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 31 janvier 11:09

            @Séraphin Lampion

            « La défense de Barbarin est la même que celle de Barbie  »
            en relisant, je m’aperçois que le deux noms commencent par b-a-r-b et que les deux ont exercé à Lyon...
            mais bon, voilà, hein...


          • L'Astronome L’Astronome 31 janvier 16:24

             

            Les media commencent à nous barber avec cette affaire Barbarin. A les croire, prêtre = pédophile, prof = pédophile. Alors que l’on sait que les affaires de pédophilie se développent surtout à l’intérieur des familles.

             


            • CLOJAC CLOJAC 31 janvier 20:55

              @L’Astronome

              « A les croire, prêtre = pédophile, prof = pédophile. »

              Seriez-vous prof ou curé, ou prof chez les curés, pour prendre la défense de ces 2 corporations ?

              « Alors que l’on sait que les affaires de pédophilie se développent surtout à l’intérieur des familles. »

              Disposez-vous de statistiques ?
              Et quand bien même vous auriez raison, en quoi cela excuserait-il la curaille et les profs criminels ?


            • Jonas Jonas 1er février 01:59

              @CLOJAC « Disposez-vous de statistiques ? Et quand bien même vous auriez raison, en quoi cela excuserait-il la curaille et les profs criminels ? »

              Depuis plus de 20 ans, 10.000 enfants sont victimes d’agressions sexuelles chaque années en France, 20 enfants sont violés chaque jour sur le territoire, 100% de ces actes de violence faites aux enfants n’ont rien à voir avec l’Église catholique.
              La très grande majorité des pédophiles condamnés ont vécu en couple et pas dans le célibat.

              Si frustration il y a par la faiblesse de la chair, le prêtre s’orientera plutôt vers une femme, pas vers un enfant.
              Il y a clairement une propagande anticatholique menée à grande échelle médiatiquement, les rares scandales pédophiles révélés dans l’Église constituent une goutte d’eau comparée aux actes pédophiles se produisant tous les jours en France.
              Il ne s’agit pas de dédommager les prêtres pédophiles, mais le lobby homosexuel qui a infiltré Vatican II dans les années 1960, dénoncé pourtant à maintes reprises par des évêques et des prêtres soucieux de la Foi et de la vérité, a fait beaucoup de mal à l’Église catholique. Il est temps d’assainir cela et de revenir aux fondamentaux du catholicisme.


            • CLOJAC CLOJAC 1er février 06:27

              @Jonas

              « 100% de ces actes de violence faites aux enfants n’ont rien à voir avec l’Église catholique. »

              Donc curés pédos = 0 %, les violeurs d’enfants sont tous de doux agneaux victimes d’erreurs judiciaires.
              J’ajouterai, si on s’en tient au nombre de victimes par coupable, les curés sont des serial rapists. 
              Avec le cheptel enfantin mis à leur disposition en toute confiance, régulièrement renouvelé, soumis à la crainte révérencielle de la religion, pourquoi se priver ? Quand les affaires sortent, les victimes dans la fourchette non prescrite se chiffrent à plusieurs dizaines par curé !
              Et la hiérarchie des salopards hypocrites qui savent, ferme les yeux.

              Et à propos des salopards...
              Le curé d’Uruffe, ça vous parle ?
              Dans les années 50 Guy Denoyers violeur compulsif de plusieurs de ses jeunes paroissiennes, en contraint une à des relations sexuelles régulières.
              Elle tombe enceinte.
              A 8 mois de grossesse, il la tue à coups de revolver.
              Après lui avoir donné l’absolution tout de même...
              Puis il l’éventre au couteau, en sort une enfant viable qu’il tue avec son couteau.
              Après l’avoir baptisée, tout de même...
              Aux assises, une ordure d’évêque viendra influencer les jurés en leur expliquant que, pour lui, Desnoyers reste prêtre, puisqu’il n’a pas remis en cause les évangiles et le sainte trinité !


            • Leonard Leonard 1er février 08:49

              @CLOJAC

              Puisqu’on vous dit qu’il y a autant de pédophile à la paroisse que de Dieu existant sur la planète !

              Vous pourriez au moins y croire, ne serait-ce qu’une bref instant !

              Allez chantons tous en cœur :

              « Imagine all the people... »


            • L'Astronome L’Astronome 1er février 14:12

               
              @CLOJAC : « Seriez-vous prof ou curé »
               
              Ne vous fiez pas seulement à la parole de Jésus : « Laissez venir à moi les petits enfants ». Dans ce cas-là, le Père Noël serait lui aussi un pédophile.
               


            • Jonas Jonas 1er février 14:23

              @L’Astronome « Ne vous fiez pas seulement à la parole de Jésus : « Laissez venir à moi les petits enfants ». Dans ce cas-là, le Père Noël serait lui aussi un pédophile. »

              Vous n’avez pas écrit la suite :
              "Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer."
              Matthieu 18:5-6


            • Jonas Jonas 1er février 14:26

              @CLOJAC « Donc curés pédos = 0 %, les violeurs d’enfants sont tous de doux agneaux victimes d’erreurs judiciaires. »

              Je n’ai pas dit ça.
              Des tragédies de ce type, il y en a dans tous les milieux (votre cas date des années 1950).
              Je faisais mention de statistiques.
              Statistiquement, les cas d’agression contre les enfants par des prêtres sont très faibles par rapport au reste de la population.


            • eric 5 février 14:33

              @Jonas
              Tout à fait. J’ia regardé dans le temps.

              Parmi les ecclésiastiques catholiques, on trouve peu de cas.

              Pour l’essentiel, les abus ( ou non) sexuels, sont des cas d’homosexualité éphébophile. Les prêtre homosexuels, n’en sont pas moins hommes, et préfèrent souvent des jeunes à des vieux. De la même façon, les profs de fac s’intéressent plus souvent à de jeunes étudiantes qu’à de vieilles collègues.

              Les malades pédophiles essayent de se caser là ou ils seront en contact avec des gosses Vu les effectifs dans les églises, ce n’est certes pas un lieu à privilégier.
              Comme l’ont confirmé des évènements récents, il y a toute sorte de milieux ou la pédophilie était considérée comme quelque chose de bénin, voir sympathique. 
              Pour toutes les églises chrétiennes, c’est considéré comme une abomination.
              Chez les cathos en particulier, la sexualité hors mariage est déjà et en tant que telle condamnée. 

              La dernière fois que j’ai fait des recherche sur la question, il apparaissait qu’aux états unis, en proportion, il y avait moins de cas chez les curés que chez les pasteurs, et moins chez les pasteurs que chez les profs et animateurs sociaux ou soignant de gens fragiles. Et je vous dis cela, je suis moi même protestant.

              Après, cet article incite l’église catholique à suivre la société. Aller dénoncer les gens à tout va ?

              Les attaques contre des prêtres pédophiles, c’est à dire dans des milieux ou l’environnement ne se prête pas vraiment à la chose, devrait inciter à aller voir ce qui se passe, là ou il y a beaucoup d’enfants avec beaucoup d’adultes et peu de contrôles. 

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