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Accueil du site > Actualités > Religions > Ordre de Malte : un Etat dans l’Etat ?

Ordre de Malte : un Etat dans l’Etat ?

Les romans à sensations et les théories du complot ont popularisé les sociétés mystérieuses comme la franc-maçonnerie, le Bohemian Club ou encore l'Opus Dei. Du Moyen-âge, tout le monde connaît les Templiers et – dans une moindre mesure – les Chevaliers Teutoniques. D'autres sociétés dont les origines se perdent dans les méandres des Croisades sont en revanche moins connues du grand public car plus discrètes. Il en est ainsi pour l’Ordre Souverain Militaire Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, couramment appelé "Ordre de Malte", une société de moines-soldats fondée au XIème siècle qui devint par la suite un organisme caritatif international puissant et riche dont l'influence se fait encore voir jusqu'au Vatican. Comment cette confrérie née pour offrir le gîte et le couvert aux pèlerins devint un véritable État dans l'État ?

C'est dans les années 1070, avant même les Croisades, que des marchands et des moines d'Amalfi (une ville du sud de l'Italie) fondèrent avec l'accord du calife Al-Mustansir un "hospital" en Terre Sainte. Ce terme générique comprend aussi bien l'hôpital tel qu'on l'entend mais aussi la maison d'hôtes, l'auberge et l'hospice. Pour ces chrétiens, il s'agissait de fournir le gîte, le couvert et les soins aux pèlerins venus parfois de très loin. D'après la tradition, c'est un certain Gérard (1047-1113), connu sous le nom de Fra'Gérard qui fut le premier chef de l'Ordre. Tous ses successeurs apposèrent le préfixe Fra' à leur nom. C'est à sa mort, en 1113, que la société devient l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem et se dota bientôt de statuts, du fait du nombre croissant de membres.

Placé sous la protection exclusive du Pape, l'Ordre accumula les richesses et la puissance, notamment au moyen d'importantes donations et de relations d'affaires avec les Musulmans. Bien que qualifié d'ordre militaire et exclusivement composé de moines soldats, les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem semblent avoir peu participé aux combats, délaissant la chose militaire à leurs confrères templiers pour se concentrer sur l'aspect "social". Après l'expulsion des Croisés en 1291, l'Ordre dut se réfugier à Chypre, puis à Rhodes en 1310, après une conquête facile : ce qui montre que, malgré tout, ces chevaliers étaient des soldats aguerris. La période rhodienne (1310-1522) marque l'expansion de l'Ordre à travers toute l'Europe catholique. N'ayant plus de mission en Terre Sainte, c'est en effet vers les pauvres d'Europe qu'ils durent se tourner, tout en gardant leur fonctionnalité militaire. Bientôt l'Ordre eut des terres et des biens dans toute la Chrétienté et il fallut trouver une nouvelle organisation pour diriger ce véritable empire : dirigé par un grand-maître élu à vie, l'Ordre était divisé en huit grandes régions nommées "langues" (France, Provence, Auvergne, Allemagne, Angleterre, Portugal, Castille et Aragon) ayant chacun un Grand-Prieur qui assistait le Grand-Maître. Ces "langues" étaient divisées en régions nommés Prieurés qui étaient elles aussi divisées en commanderies sous les ordres d'un commandeur à la tête d'un couvent dont la composition variait d'une dizaine à une centaine de chevaliers, selon l'importance de la commanderie.

La période rhodienne marque également un accroissement de la puissance politique et militaire de l'ordre qui ne se contente plus de prodiguer gîte et couvert aux nécessiteux. Ils battent désormais monnaie à l'effigie de leurs grand-maîtres et ont l'autorisation expresse du pape pour armer leurs navires et recourir à la "guerre de course", un joli nom pour désigner la piraterie organisée. Eh oui, des moines pirates ! Une réputation qui ne se démentira pas tout au long de l'histoire de l'Ordre.

L'ère de prospérité prit brutalement fin en 1522 lorsque le sultan Soliman le Magnifique assiègea l'île de Rhodes où 7000 chevaliers tinrent tête pendant plus de six mois aux 180 000 soldats ottomans. Impressionné, le sultan épargna les vaincus et les laissa partir. Après plusieurs années d'errance, l'empereur Charles Quint leur accorda en 1530 l'île de Malte. Les chevaliers seront désormais connus sous le nom d'Ordre souverain de Malte, qui est toujours leur appellation officielle. L'empereur avait compris la nécessité d'un ordre chrétien en Méditerranée, tant pour tenir tête aux Ottomans et aux pirates Barbaresques, que pour asseoir sa propre autorité et avoir des alliés de taille face à des ennemis comme la France. En effet, bien que la majeure partie des grand-maîtres soient nés en France, l'appartenance à l'ordre primait sur toutes les autres solidarités.

Le grand-maître de l'ordre, détenteur désormais du titre de "prince de Malte", pouvait parler (au moins) d'égal à égal avec les monarques européens. La domination sur l'archipel maltais dura jusqu'en 1798 et constitua une véritable apogée pour l'ordre qui connut une apogée militaire : la marine, plusieurs dizaines de galions, était réputée comme l'une des plus puissantes d'Europe et joua un rôle décisif dans la victoire de la Chrétienté à la bataille de Lépante (1571). Et pour renflouer plus encore les caisses, l'ordre n'hésita pas à se faire le mercenaire de tel ou tel État et à pratiquer la piraterie (capture de bateaux musulmans ou ennemis, rançonnage) ainsi que la traite d'esclaves. La Valette (qui doit son nom au grand-maître Fra' Jean de Valette) devint ainsi le principal marché aux esclaves du monde chrétien à partir du XVIIème siècle. Mais les rivalités et le ramollissement suivirent de près l'apogée de l'ordre. Au XVIIIème siècle, les Maltais n'étaient plus qu'un ramassis de factions intriguant les unes contre les autres pour imposer leur chef respectif comme grand-maître. En 1770, une partie des chevaliers frondait ainsi ouvertement contre le grand-maître Fra' Manoel de Fonseca. En outre, la pressure fiscale exercée par l'ordre sur le peuple maltais avait creusé un fossé entre les chevaliers et la population qui se sentait dépossédée de son archipel. En mai 1798, Napoléon Bonaparte embarque pour l'Égypte. Il s'empare de Malte le 11 juin et en chasse les chevaliers. C'est la fin de l'Ordre de Malte… ou pas.

De nombreux chevaliers trouvent refuge en Russie dont le tsar Paul Ier, bien qu'orthodoxe, leur offre un asile et se déclare l'ami de l'ordre. Après des années d'errance, de divergences internes, de scissions et de réconciliations, cet "état sans territoire" se voit accorder un couvent et une église à Ferrare en 1826. En 1834, l'ordre, réduit à un état-major d'une centaine de religieux, s'installe définitivement à Rome, sur l'Aventin où il siège toujours. Renonçant à toute ambition territoriale et militaire, les chevaliers se consacreront désormais à l'humanitaire : lutte contre la lèpre, la pauvreté, les catastrophes naturelles, l'analphabétisme.

1961 marque la renaissance de l'Ordre sur le plan international. Cette année, de nouveaux statuts sont adoptés et propulsent la société millénaire dans la modernité. Les nouveaux statuts de 1961 font de l'Ordre de Malte une véritable force indépendante au sein de l'Église. Bien qu'il ne s'agisse pas juridiquement d'un État, l'Ordre est un sujet de droit international jouissant d'une souveraineté fonctionnelle, ayant sa propre gouvernance, sa propre diplomatie et émettant des passeports reconnus par la communauté internationale ainsi que des timbres très prisés par les philatélistes. Il est politiquement indépendant du Vatican et entretient des relations avec 107 pays, soit plus que la Suisse. L'Ordre de Malte jouit en outre du statut d'observateur au sein de l'ONU.

Ses 120 000 bénévoles et 13 500 chevaliers sont répartis dans plus de 120 pays et divisés en grands-baillages. Le Grand-Maître de l'Ordre, élu à vie par les onze membres du Conseil Souverain, est le chef politique et spirituel de l'Ordre de Malte. Il est assisté du Conseil Souverain qui se compose entre autres d'un Grand-Chancelier (numéro deux de l'Ordre) chargé de la diplomatie et de la justice) ; le Grand Commandeur, supérieur des religieux de l'Ordre ; le Grand-Hospitalier, équivalent du ministre de la Santé ; le Grand Receveur du Trésor, qui administre le budget de la confrérie. Le Souverain Conseil est élu pour cinq ans par le Chapitre Général qui détient le pouvoir législatif. La fonction judiciaire est quant à elle assurée par les divers Tribunaux de l'Ordre dont chacun a une compétence bien définie. Meme si en pratique la confrérie est indépendante du Saint-Siège, elle a un "cardinal-patron", nomme par le Pape qui représente le Vatican en son sein, une fonction plutôt honorifique. Ainsi, bien qu'on ne puisse parler d'État (absence de citoyenneté, de territoire) l'Ordre de Malte est doté d'un authentique système de gouvernance qui a su concilier la Tradition et la Modernité.

Les missions de l'Ordre (plus de 2000 projets chaque année) varient du secourisme à la formation des détenus, en passant par la lutte contre les maladies et l'aide apportée aux sans-abris ou aux réfugiés. La Charte de l'Ordre précise que la vocation de ses membres et bénévoles est de "combattre la détresse humaine, sans distinction de race, de religion ou d'origine". De fait, l'Ordre s'est implanté aussi bien dans des pays chrétiens qu'au sein de peuples musulmans ou bouddhistes. Cependant, des dissensions existeraient au sein des dignitaires : certains voulant aider en priorité les chrétiens. Bien sûr, cette affirmation est vivement réfutée par le discours officiel où l'accent est mis sur l'humanité. Mais, comme nous le verrons plus loin, certains hauts dignitaires ont pris des positions aux antipodes de l'humanisme qui est officiellement ânonné. Les 5 milliards d'euros qui composent le budget de la confrérie ont aussi excité quelques convoitises.

Si l'Ordre de Malte est entré de plain-pied dans le troisième millénaire, il n'a pas pour autant dit adieu à ses pratiques médiévales. L'Ordre est ainsi composé de bénévoles, de collaborateurs salariés et de membres. La qualité de membre s'obtient par cooptation, après de longues années passées comme bénévole ou collaborateur salarié. Depuis 1961, les femmes ont obtenu l'autorisation de devenir pleinement membres, après d'âpres discussions au sein des dignitaires de l'Ordre. Ces membres sont donc des "dames" ou des "chevaliers" selon leur sexe. A l'ancienneté s'ajoutent d'autres conditions : être un(e) catholique pratiquant(e), être d'une "moralité sans tache". L'exigence d'extraction noble n'est plus de mise, même si "ça aide quand-même", comme le concède un chevalier visiblement agacé. Ces chevaliers et dames sont divisés en trois classes : les chevaliers ou dames pleinement laïcs, dits de "troisième classe" ; les chevaliers de seconde classe dits "d'obédience" à cause du vœu d'obéissance qu'ils font à l'ordre ; et enfin, les "chevaliers profès" qui constituent la première classe uniquement réservée aux hommes. Ces derniers ont fait les trois vœux monastiques (pauvreté, chasteté, obéissance) même s'ils vivent "dans le siècle". Les responsables nationaux, les membres des instances dirigeantes et, bien sûr, les Grand-Maîtres sont recrutés dans cette dernière catégorie. Si la noblesse n'est plus exigée pour être chevalier, elle est toujours de mise our devenir Grand-Maître et siéger au Conseil Souverain, ce qui agace de nombreux membres pour lesquels seule la noblesse d'âme devrait compter, en vertu du message évangélique.

L'Ordre de Malte, jusque là réputé pour sa discrétion et son humilité, a fait récemment les gros titres de la presse. Le 25 janvier 2017, le Grand-Maître Fra' Matthew Festing, en place depuis 2008, démissionnait "avec la bénédiction du Saint-Père" après une polémique qui a jeté au grand jour les dissensions entre l'Ordre et le Saint-Siège et les querelles intestines au sein de l'Ordre même.

La brouille entre les chevaliers de Malte et le Vatican avait commencé dès février 2016, lorsque des tracts hostiles au Pape (l'accusant de détruire l'Église) avaient été placardés dans les rues de Rome. Certains y avaient vu la main de l'Ordre de Malte dont certains hauts dignitaires s'étaient ouvertement prononcés contre les réformes tant doctrinales que politiques et financières de François. La presse italienne avait directement incriminé certains membres de l'Ordre ainsi que des traditionnalistes. "Les tracts hostiles au Pape, ce n'est certainement pas nous. Nous sommes dans la ligne du Saint-Père, on a été pris en otage par ses opposants", avait alors tempéré Alain de Tonquédec, vice-président de la branche française.

Les faits ne lui ont pourtant pas donné raison, puisque le 6 décembre 2016, Albrecht von Boeselager, le Grand-Chancelier a été démis de ses fonctions par le Grand-Maître qui l'accusait d'être "un catholique libéral, traître aux enseignements de l'Église". Le baron allemand, fils d'un officier antinazi et figure de proue de l'Ordre en Allemagne, est effectivement un partisan des réformes du Pape. Sa destitution avait pour motif officiel une distribution de préservatifs qu'il avait organisée en 2005 en Birmanie. L'affaire avait pourtant été classée dès 2006…

Certains vaticanistes ont dès lors soupçonné une guerre d'influence. Matthew Festing, Grand-Maître de l'Ordre et le cardinal Raymond Burke, cardinal-patron, auraient voulu se débarrasser de ce libéral allemand trop réformiste à leur goût. Il faut dire que Festing est un prélat ultraconservateur qui a signé plusieurs pétitions pour le retour de la messe en latin et pour la réhabilitation de l'évêque négationniste Richard Williamson. Raymond Burke est quant à lui, avec le cardinal Robert Sarah, un des chefs de file de l'opposition conservatrice au sein de la Curie. Ce cardinal états-unien, ami de Steve Bannon, avait appelé ses ouailles à voter pour Trump et accuse les féministes de provoquer le courroux divin. Des rumeurs fuitaient depuis des années sur la lutte des factions papistes et conservatrices au sein de l'Ordre, cette destitution aux allures de complot n'a fait que les confirmer.

Mais, l'affaire des capotes birmanes pourrait aussi cacher une histoire de gros sous. En effet, cette "affaire" a éclaté en décembre 2016, dix jours après que le frère de Boeselager ait été nommé à l'IOR (banque du Vatican). Tout comme son frère, Georg von Boeselager est un fidèle du Pape. L'économiste émérite avait été nommé par le Saint-Père dans le cadre de sa politique de réforme financière et d'épuration à l'IOR, une banque entachée par de nombreux scandales. Or, depuis des décennies, c'est la branche conservatrice de la Curie qui avait la mainmise sur les finances vaticanes. Attaquer le baron Albrecht von Boeselager dix jours après la nomination de son frère constituait ainsi un signal lancé au pape. Pour rappel, l'affaire des préservatifs birmans a été exhumée par l'Institut Lépante, une officine ultraconservatrice de catholiques états-uniens dirigée par le prêtre Keith Fournier, un curé de Virginie, admirateur des Confédérés et proche du cardinal Burke qui est soupçonné par de nombreux journalistes d'être à la manœuvre dans cette affaire.

C'est donc sans surprise que la Pape a défendu Boeselager, désavouant le Grand-Maître de l'Ordre et le cardinal-patron, poussés à la démission le 25 janvier 2017. Après une année d'intérim et de déchirements entre les factions rivales de l'Ordre, c'est le réformiste Giacomo Dalla Torre qui a été élu Grand-Maître le 2 mai 2018. Partisan convaincu des réformes du pape, l'homme de 74 ans a promis de mener une politique de "renouvellement spirituel de l'Ordre". Son frère, Giuseppe, est juge au tribunal du Vatican. Les frères Boeselager ont, quant à eux, été maintenus dans leurs fonctions respectives de banquier du Vatican et de Grand-Chancelier de l'Ordre de Malte. Pour les observateurs, c'est une victoire du Pape sur les prélats conservateurs de la Curie. Car, les rivalités au sein de l'Ordre de Malte ne sont qu'une transposition de celles qui agitent l'ensemble du Vatican et de l'Église catholique.

Une profonde restructuration est donc à attendre dans les prochaines années, ce qui inquiète certains chevaliers attachés à l'ancienne mode : "Le lobby germanique a pris les commandes, ils vont laïciser l'Ordre de Malte qui va perdre toute consistance", rouspète ainsi un chevalier italien qui craint que les hautes distinctions ne soient ouvertes aux membres roturiers de l'Ordre. En effet, seuls les chevaliers nobles ayant fait les trois vœux monastiques (chasteté, pauvreté, obéissance) sont éligibles aux fonctions de Prieur provincial, de membre du Conseil et de Grand-Maître. Une coutume que de nombreux membres (laïcs ou religieux) trouvent désuète. Il y a néanmoins une part de vrai dans les déclarations de ce mécontent : la branche allemande de l'Ordre est effectivement l'une des plus puissantes : la Croix Rouge ayant trop flirté avec les Nazis, une partie de leur fortune a été cédée à l'Ordre de Malte après la guerre. Ce qui explique les subventions nationales et européennes que perçoit la branche allemande qui est partisane d'une ouverture de l'ordre et soutiens les réformes papales, contrairement aux branches anglaises et américaines qui sont proches des cardinaux conservateurs. Les dernières années ont d'ailleurs été marquées par l'opposition de ces deux "lobbys" au sein de la confrérie.

L'Ordre de Malte surmontera-t-il ses dissensions et arrivera-t-il à se moderniser comme il l'a fait jadis en passant d'un ordre militaire à un ordre humanitaire ? Ou bien les dissensions entre "Anglo-américains" et "germaniques" auront-ils raison de cette confrérie millénaire ? L'avenir de l'Ordre est entre les mains de ses chevaliers.


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24 réactions à cet article    


  • Decouz 16 août 09:28
    Après la destruction de l’ordre du Temple, les Hospitaliers ont hérité de ses biens. Philippe le Bel vit cet héritage lui échapper, suite aux décisions papales de transfert.

    "Cette mesure sanglante clot l’histoire de la suppression du Temple ; l’ordre disparu, que devinrent ses biens ? La transmission aux Hospitaliers se fit-elle sans encombre, et quel fut le sort des possessions de la Péninsule ibérique que le Souverain Pontife avait réservées ?"

    • Fergus Fergus 16 août 12:06

      Bonjour, Decouz

      Vous avez bien fait de rappeler ce fait : c’est en grande partie la fortune des Templiers qui a permis à l’Ordre de Jérusalem (devenu ensuite Ordre de Malte) de développer sa puissance.


    • Nicolas Kirkitadze Nicolas Kirkitadze 16 août 14:39

      @Decouz
      Bonjour


      Merci pour votre commentaire. J’ai omis de le préciser mais l’Ordre a effectivement hérité des biens des Templiers après leur dissolution. Ce qui a été un élément décisif dans la croissance économique et politique de l’Ordre de Malte. A cette époque, ils étaient déjà maîtres de l’île de Rhodes. Mais avec l’argent des Templiers, ils ont pu mettre en place une véritable marine de guerre qui tenait en respect les plus grandes puissances européennes. Quant à la piraterie, il ne faudrait pas croire qu’ils rançonnaient uniquement les bateaux musulmans : plusieurs navires français, vénitiens et anglais ont été arraisonnés durant le XVIème siècle lorsque l’Ordre était allié à Charles Quint.

    • Et hop ! Et hop ! 16 août 17:42

      @Decouz : «  Après la destruction de l’ordre du Temple, les Hospitaliers ont hérité de ses biens. Philippe le Bel vit cet héritage lui échapper, suite aux décisions papales de transfert. »


      C’est le roi Philippe le Bel qui a décidé d’attribuer tout le « temporel » de l’Ordre du Temple à l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, du moins en France. 

      Le Domaine temporel relevait par définition de l’autorité temporelle du roi, l’Église (et donc son chef le Pape) n’ayant son mot à dire que sur le domaine spirituel.

      Il y avait sous l’Ancien Régime, séparation stricte entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, c’est un des principes fondamentaux des sociétés tripartites indo-européennes qui existait déjà chez les peuples celtes.

      Hannah Arendt définit d’ailleurs le totalitarisme comme le régime politique de fusion des pouvoirs temporels et spirituels, camme ce fut le cas sous la Révolution française ou dans le communisme soviétique.

    • Decouz 16 août 19:03

      @Et hop !

      Hum les rois de France étaient bien sacrés, et les rois espagnols très catholiques. Il y a eu constamment des querelles entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel, soit parce que la hiérarchie du spirituel était ignorée (les brahmanes ont un rang supérieur aux kshatriyas), soit parce que les rois ou empereurs se mêlaient de spirituel (Charlemagne par exemple), soit parce qu’il n’y avait plus de présence ou de conscience de l’autorité commune dont procèdent le temporel et le spirituel.
      Les biens d’Eglise étaient inaliénables sous l’ancien régime, du moins en principe.
      « Les causes canoniques d’aliénation des biens ecclésiastiques[18][18] L’aspect essentiellement canonique de l’aliénation.... Traditionnellement, la doctrine canonique définit trois causes légitimes d’aliénation de ses biens : l’utilité, la nécessité et la piété. Constituées essentiellement durant l’Antiquité, ces règles demeurèrent jusqu’au Code de droit canonique de 1917."


    • Et hop ! Et hop ! 16 août 20:11

      @Decouz


      Le fait que les rois étaient sacrés n’en faisait ni des prêtres, ni des autorités spirituelles, cela indiquait que toute autorité vient de Dieu, et c’était l’occasion pour le nouveau roi de prêter le serment du sacre dans lequel il s’engageait à défendre et conserver les libertés de ses peuples (au pluriel), c’est-à-dire leurs propriétés, leurs coutumes, leurs usages, leurs droits, leurs langues.

      La notion d’aliénation d’un immeuble est moderne : dans le système féodal le roi avait une propriété supérieure (souveraine) sur tous les immeubles qui était purement politique même si il y avait un domaine royal propre où le roi était seigneur (comme l’État actuellement qui a un domaine), il les inféodait aux grands seigneurs qui avaient le domaine noble, et comme ils avaient l’interdiction de les exploiter à leur propre compte puisque le pouvoir politique de la noblesse était aussi séparé du pouvoiir économique, avec l’obligation de concéder le domaine utile à des non nobles, des paysans, qui payaient en contre-partie de la protection et de la justice (la jouissance paisible des actuels contrats de location), un cens annuel en nature assez faible.

      Les seigneuries qui avaient été données à l’église ou à des ordres monastiques pour des motifs pieux ou charitables, étaient aussi concédées à des censitaires, ces redevances servaient à entretenir les oeuvres pieuses ou charitables que faisaient les ordrres bénéficiaires.


    • Decouz 16 août 20:52

      @Et hop !
      Il faut tenir compte également que les évêques appartenaient à la noblesse et qu’ils conservaient leurs biens.


    • Et hop ! Et hop ! 17 août 13:14

      @Decouz : 


      Il y avait des évêques qui étaient issus de familles nobles, mais ça n’avait rien de systématique, bien au contraire : beaucoup de très grands prélats ont été d’origine extrêmement modeste dès le Moyen-Âge, par exemple Gerbert d’Aurillac ou Suger qui étaient isus de familles de serfs.

      Par construction, la règle de célibat dans le Clergé faisait que les gens d’église n’avaient pas d’enfans, ce qui empêchait que la transmission des fonctions ecclesiastiques se fasse de façon héréditaire et devienne patrimoine privé. Il y a eu des grandes familles d’ecclésiastiques, aussi bien chez les nobles que chez les roturiers, où on voyait des oncles et des neveux se succéder, mais ce n’est pas plus scandaleux que les familles de polytechniciens ou de médecins, il fallait après l’apprentissage chez son oncle, que le neveu soit élu si c’était un évêque ou un abbé.

      Un évêque par définition n’appartenait pas au second ordre de la Noblesse, ni au troisième de la production économique, mais au premier ordre du Clergé. Si il avait fait ses voeux monastiques, il était considéré comme « mort civilement », ce qui veut dire qu’il ne possédait aucun patrimoine en propre, il n’était pas héritier de sa famille, même si il était fils unique, et il ne pouvait pas léguer les richesses dont il jouissait comme évêque ou comme abbé car il n’en était que détenteur le temps que durait son emploi (comme un directeur de société). Si il n’avait pas fait de voeux religieux, si il était seulement ordonné prêtre, il n’avait pas fait voeu de pauvreté, il pouvait être très riche, ce qui en général profitait à sa mission : il faisait reconstruire des bâtiments ou créait des fondations charitables à ses frais.

      Par contre, les sièges épiscopaux étaient souvent associés à des grands fiefs, parfois des comtés ou des duchés, et le titulaire se retrouvait de ce fait comte ou duc. Il y avait 6 évêques qui étaient ducs et pairs de France, ils étaient avec les 6 autres pairs laïcs les électeurs du roi, c’est-à-dire ceux qui désignaient le successeur du roi défunt compte tenu des règles de succession de la couronne et qui s’assuraient de son avènement sur le trône en organisant et faisant le sacre.

      Comme titulaires de sièges épiscopoes évêques titulaires de sièges qui étaient des seigneuries, les évêques-comtes, princes-évêques dans l’Empire, étaient des seigneurs justiciers avec des fonctions typiquement nobles. C’est un exemple de confusion des deux pouvoirs, mais dans la réalité les deux chancelleries étaient bien distinctes. C’est en qualité de seigneur haut-justicier, donc de nobles par fonction, que certains membres du Clergé ont été primitivement convoqués aux États généraux, avec des roturiers qui étaient maires de villes ayant aussi le pouvoir de haute-justice. 


    • Passante Passante 16 août 09:43

      la horde de Malte..

      quel désordre !

      • Houlà, une des vers SIONS Je préfère de loin celle de ERNST Kantorowicz sur Frédéric II et Saint-François d’Assise qui à l’époque étaient clairement opposés à la papauté. Mais bon,.. (Frédéric II, Gallimard, Paris, 1987). Actuellement l’OPUS DEI a repris la main. Tapez, De DECKER sur INTERNET et vous en saurez plus (dans l’ombre de SARKO,.....). 


        • Selon Jean-Pierre Bayard les sociétés secrètes et les Sectes :, Plus de 300 sociétés secrètes sont présentées et analysées : les ordres de chevalerie (Malte, Toison d’Or, Prieuré de Sion, ...), les ordres maçonniques, les Roses-Croix, les Cathares, les sociétés mystiques occidentales (Quakers, Mormons, Adventistes, ...) ou orientales (Zen, Krishnamurti, Tantrisme, ...), et des sectes diverses dans leurs origines, leurs buts et leurs activités. c’est dire que l’avenir du monde se dessine dans un total m..r ou luttes de pouvoirs et spiritualités authentiques et fourbis foireux se mélangent comme des poulets sans tête. Plus Panier de crabes que Saint-Graal.


          • Odin Odin 16 août 14:32

            Comme l’Opus Dei, la Maçonnerie… l’Ordre de Malte est une secte dont la grande majorité des membres sont là pour donner une impression virtuelle de lutte contre la détresse humaine alors que les réels objectifs, connus que de la cinquantaine de chevaliers profès (classe uniquement réservé aux hommes), est d’aller dans le sens du Pape et de Vatican II pour éliminer les prélats conservateurs de la Curie pour toujours plus de laïcité.

            Cette secte n’est pas que religieuse, elle est aussi et surtout politique. Valéry Giscard d’Estaing qui fut admis dans l’ordre en 1960 comme Chevalier de Grâce et de Dévotion, fut ensuite récompensé pour bons et loyaux services pour son travail pour la construction de l’U.E et sa loi du 13/01/1973, Pompidou/Giscard, dite loi Rothschild, pour devenir le 24/09/1979 Bailly Grand-Croix d’Honneur et de Dévotion.

            https://www.lesechos.fr/24/03/2017/LesEchosWeekEnd/00069-010-ECWE_rififi-a-l-ordre-de-malte.htm#

             


            • Nicolas Kirkitadze Nicolas Kirkitadze 16 août 14:53

              @Odin
              Effectivement, la charité n’est souvent qu’un prétexte à des ambitions personnelles et à des penchants idéologiques. Mais je n’irai pas jusqu’à parler de secte, dans la mesure où l’Ordre de Malte n’est pas un mouvement occulte et n’a pas de spiritualité propre (sinon l’attirail de décorations et de titres chevaleresques).


              Pour la franc-maçonnerie, je crains de ne pas être d’accord non plus avec votre analyse. Peut-on réellement parler de secte ? Oui, si l’on se penche sur certaines micro-obédiences (loges égyptiennes, crowleyens etc...) mais dans la grande majorité la franc-maçonnerie n’a pas de dérives sectaires, du moins dans les principales obédiences comme le GODF, la GLNF ou la GLDF : les membres de sectes tels que les Témoins de Jéhovah ou ou les Scientologues ne sont d’ailleurs pas acceptés. Pour ma part, comme je l’avais écrit dans un précédent article, j’ai dû rencontrer des franc-maçons dans le cadre d’un exposé universitaire que je faisais sur le sujet et je n’ai pas du tout eu l’impression d’avoir affaire à une secte mais à des personnes qui ont une vision différente du monde, une vision certes particulière et teintée d’un brin de mysticisme, mais de là à dire que ce serait sectaire ?

            • Odin Odin 16 août 15:15

              @Nicolas Kirkitadze

              « l’Ordre de Malte n’est pas un mouvement occulte »

              Donc, nous pouvons trouver facilement les comptes rendus de chaque réunion de la cinquantaine des chevaliers profès ?

              Pour être admis il n’y a pas de cooptation ni de rituel ?

              Il y a une totale transparence dans les objectifs entre la base (cette couverture humanitaire) et cette cinquantaine d’individus ? 

              Ce n’est pas sectaire de refuser les femmes dans le haut du panier ?


            • Odin Odin 16 août 15:28

              @Nicolas Kirkitadze

              Pour les frères la truelle, idem que pour l’ordre de malte.

              Prenons le GODF, combien de femmes dans les 33° ?

              Pour 99 % des FM, cacher son appartenance n’est pas sectaire ?

              Pourquoi ne peut-on pas assister, comme au Palais Bourbon, au tenue blanche fermée, seuls sont admis les initiés ?

              Sauf le grand Maître, pourquoi les FM ne connaissent que certaines personnes du degré juste au dessus et pas l’intégralité des 33 ° ?

              Etc…  


            • njama njama 16 août 14:46
              "En effet, seuls les chevaliers nobles ayant fait les trois vœux monastiques (chasteté, pauvreté, obéissance) sont éligibles aux fonctions de Prieur provincial, de membre du Conseil et de Grand-Maître. "

              Une secte ne ferait pas mieux.

              • Nicolas Kirkitadze Nicolas Kirkitadze 16 août 14:59

                @njama

                Cette règle désuète date du Moyen-âge, et, plus particulièrement, de 1182, lorsque l’Ordre a commencé à avoir un grand nombre de membres. Malgré les différentes réformes, et la refondation de 1961, elle reste encore valable de nos jours. G. Dalla Torre (le nouveau Grand-Maître élu en mai dernier) a promis un « renouvellement spirituel » et certains journalistes y ont vu un souhait d’abroger cette règle jugée archaïque par beaucoup de membres. Mais il est probable qu’il n’en soit rien. Les membres issus de la noblesse étant les plus riches et les plus influents au sein de l’Ordre, ouvrir les hautes dignités à des roturiers pourrait provoquer une dissension et provoquer un départ des membres nobles (jaloux de leur privilège) ce qui augurerait la fin ou du moins le déclin de l’Ordre.

              • Et hop ! Et hop ! 16 août 17:59

                @njama : 


                Tous les religieux de tous les ordres religieux catholiques faisaient et font toujours ce triple voeux, y compris les Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul ou les 

                Ce triple voeux permettait aux ordres religieux d’avoir des membres qui n’ont pas la charge d’une famille et qui peuvent se dévouer complètement à des missions d’intérêt public.

                Chaque ordre religieux avait une mission, certains comme les Frères Pontonniers construisaient des ponts là où ça manquait, d’autres comme les Cisterciens défrichaient et mettaient en culture les campagnes (les vins de Bourgogne et de Champagne vienent d’eux), ils crééaient des industries (par exemple les moulins à fer et à cuivre), les ordres charitables tenaient des hospices, des orphelinats, des hôpitaux, les Lazaristes tenaient des maisons pour les lépreux, puis par la suite pour les fous, les Clarisses et les filles de Sainte-Agnès étaient aides familiales et nurses ches les paysans, les ordres enseignants tenaient des écoles gratuites (Ursulines, Lasallistes..), des collèges gratuits (Oratoriens, Jésuites..), des universités gratuites aussi (Franciscains, Dominicains..), d’autres passaient leurs vies à la conservation et à la copie des manuscrits antiques, à des travaux de recherche et d’histoire littéraire (les Bénédicins de saint-Maur), d’autres rachetaient les esclaves détenus par les Barbaresques (les Trinitaires), d’autres comme les chevaliers de Saint-Jean malte) faisaient la police maritime de la Méditerranée, luttant contre la piraterie et les razias des Barbaresques.

                L’Église avec ses ordres religieux étaient la principale partie de la Fonction publique, avec comme secteurs le Social, l’Administration locale (curés, chanoines), l’Instruction publique, la Culture, la Recherche,... ça n’a rien à voir avec des sectes, ce sont les anciens corps de la Fonction publique.

              • catejo 16 août 14:49

                Pour des siècles et des siècles !


                • Le maté (CRUZ de MALTE, excellent pour ceux qui n’aiment pas le thé) : Il y aurait portant tant de choses à détailler. LE MAT E, les Chevaliers et le vaisseau Saint-Jacques qui perdit son mat. 


                  • Laissons aux romanciers la part du gâteau avec ou sans malt.


                    • L'enfoiré L’enfoiré 16 août 18:48
                      @L’auteur,

                       Bon billet récapitulatif... accroché en commentaire à mon billet déjà cité.

                      • L'enfoiré L’enfoiré 16 août 18:52

                        L’ordre hospitalier ne se retrouverait-il pas en émulation à l’Hospice de Beaune ?


                      • Malte vient du Phénicien : Melita, lui même associé à Mélisse et miel, MAYA, Mélior. L’OPUS DEI est à l’opposé d’une ruche qui distribue son miel. Elle le garde jalousement caché.

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