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Star Wars, une final-fantasy néo-catholique

De quoi s'agit-il ? Il s'agit d'un genre de science-fiction et d'un phénomène religieux. En termes de genres, le nom de final-fantasy provient d'une série de jeux vidéo très connue, mêlant des éléments tant magiques que techniques. On peut d'ailleurs dire que Star Wars est le père du genre, bien que la notion n'existait pas lors de la sortie du premier, devenu épisode IV : un Nouvel Espoir, dans la saga de neuf films (où Luke découvre ses origines magiciennes de jedi, sur une planète miséreuse peuplée d'extraterrestres et de robots).

Mais là où c'est plus étonnant, c'est de dire cette final-fantasy néo-catholique, et pourtant George Lucas – initiateur de la saga – est religieusement un méthodiste bouddhisant. C'est-à-dire croyant dans un courant religieux chrétien réformé issu de l'anglicanisme, catholicisme anglais (donc évidemment protestant, à la racine), doublé du new age californien, milieu de son enfance. Or le méthodisme, qu'il pratique dans son genre, reste toujours plus catholique que d'autres courants protestants.

Et, en somme : la spiritualité de masse contemporaine, animicentrique.

 

Attention : cet article part du principe que vous avez déjà vu les neufs films principaux. Spoiler alert, en somme …

 

 


Source de l'image : la sagesse des mèmes ...
... à défaut de la sagesse-même.

 

 

Trois trilogies, une nonalogie

En 1977, époque américaine californienne foncièrement hippy chantée par Maxime Le Forestier dans San Francisco (le « c'est une maison bleue … » de nos nostalgies) … en 1977, sortit donc au cinéma le tout premier épisode par Lucasfilm Ltd, qui deviendrait le quatrième épisode de la saga. Comme tout lancement prudent, c'est un film qui se tient de lui-même, tout comme le récent épisode VII : le Réveil de la Force, relancement de la franchise par les studios Disney, après rachat de Lucasfilm Ltd.

Comme on voit, donc, le temporellement premier film de la saga (scénaristiquement devenu quatrième) a eu beaucoup de succès. Suivirent logiquement les épisodes V : l'Empire contre-attaque (titre d'une suite « à l'ancienne ») et VI : le Retour du jedi (« à l'ancienne » toujours) en 1980 et 1983, avec un empan de trois ans d'attente chaque fois. Appelons cette trilogie originale, « le Cycle de Vador », tant elle est connue pour la réplique : « Luke, je suis ton père », énoncé par l'antipathique sorcier sith Dark Vador (en anglais Darth Vader) … Cycle qui raconte comment la sympathique Résistance est venue à bout de l'antipathique Empire (qui inversement la considère évidemment comme la Rébellion, en toute bonne stratégie militaire).

Le Cycle de Vador, fut temporellement suivi par le scénaristiquement premier film, en 1999. L'épisode I : la Menace fantôme, qui relate comment l'ordre des magiciens jedi rencontre un enfant miraculeux sur la planète miséreuse de l'épisode IV, enfant nommé Anakin, qui deviendra le père de Luke. Sauf que la véritable menace fantôme, dans cette épisode, n'est pas le devenir-Vador d'Anakin, mais bien sa cause : le sorcier sith insidieux, Dark Sidious (ça s'entend dans son nom, en anglais Darth Sidious qui sonne comme insidious, « insidieux ») alors sénateur de la République galactique, sénateur Palpatine. C'est ainsi que sortirent les deux épisodes concluant cette trilogie originelle ou prélogie, II : la Guerre des clones et III : la Revanche des siths un empan de trois ans d'attente encore entre chaque, en 2002 et 2005. Appelons cette seconde trilogie, « le Cycle de Sidious », puisque ça raconte les manigances permettant l'avènement de l'antipathique Empire renversant la gentille République galactique.

Où l'on arrive temporellement à la production du scénaristiquement septième film, premier film de la dernière trilogie ou nouvelle trilogie, qu'on n'ose pas nommer postlogie parce que c'est moche, l'épisode VII : le Réveil de la Force, en 2015. Notons immédiatement que l'empan de trois ans d'attente entre chaque suite n'a pas été respecté par les studios Disney racheteurs de Lucasfilm Ltd, fan-service oblige ? mais que deux ans seulement les séparent, chacun, à savoir l'épisode VIII : les Derniers jedis (2017) et l'épisode IX : l'Ascension de Skywalker (2019). Où l'on a affaire au « Cycle de Ren », puisque ça raconte comment le neveu du magicien jedi Luke, Kylo Ren – après être devenu sorcier sith, – désire enfin achever le sorcier sith Dark Sidious (revenu d'entre les morts on-ne-sait-comment, à la manière des antipathiques « à l'ancienne ») en devenant magicien jedi : les boucles temporelles et scénaristiques sont bouclées, d'autant plus que Dark Vador lui-même était redevenu in extremis sympathique magicien jedi, à la fin de son Cycle.

 

La fascination pour le Mal

Une vision sympathique de la nonalogie et ses trois Cycles scénaristiquement de Sidious, Vador et Ren … une vision sympathique de la nonalogie, se focaliserait avant tout sur les personnages sympathiques plutôt que les antipathiques. Cette vision nommerait les trois Cycles : « Cycle de Kenobi » (où comment le mentor d'Anakin futur Vador corrompu, sauve les enfants de ce dernier, de la corruption de l'antipathique Dark Sidious), « Cycle de Luke » (où comment le fils d'Anakin-Vador, secondé de sa sœur jumelle Leïa, sauvent leur père corrompu par l'antipathique Dark Sidious) et « Cycle de Leïa » (où comment la cheffe de la Résistance/Rébellion est parvenue à sauver son fils Ren, ce qui lui permet de sauver Rey de la corruption de l'antipathique Dark Sidious, de telle sorte qu'elle puisse achever enfin ce dernier).

Kenobi, Luke et Leïa sont réellement les trois sympathiques piliers de chaque Cycle, tandis que Sidious, Vador et Ren en sont réellement les trois antipathiques – encore que Sidious fasse preuve d'incorruptibilité dans la démarche, à moins qu'il soit si antipathique, qu'aucun sympathique n'ait bien voulu lui accorder une seconde chance, contrairement à Vador et Ren … ce qui est, au fond, la triste vérité. Et c'est dire alors, à quel point la nonalogie est fascinée par le Mal, dans une incroyable pulsion de mort comme on en a jamais bien connues, pulsion de mort qui lui donne toute sa puissance. Une telle fascination pour le Mal, entre toutes les religions euro-américaines plus ou moins globalisées, ne se mesure foncièrement que dans le catholicisme. Le catholicisme est seul entre les christianismes, à méditer sérieusement le Mal*. Il faut donc en déduire un retour du refoulé de la pensée du Mal, en milieux chrétiens protestants.

C'est que la figure de Dark Vador enthousiasma follement les mondes euro-américains globalisés, ces quarante dernières années, tandis que le grand public adora les ambiguïtés morales d'Anakin, de Han Solo et de Rey. C'en est au point que, pour lui (le grand public), il vaudrait mieux nommer les trois Cycles de ces noms : Anakin exprimant les contradictions dont nous sommes tous pétris, Han Solo exprimant le fait qu'il n'y ait pas de mal à se faire du bien en profitant de la vie et désirant sauver la peau de son cul, et Rey exprimant le sentiment de culpabilité : elle désire Kylo Ren, et Dark Sidious est son grand-père, mais ses amis sont dans la Résistance/Rébellion … Évidemment ! puisque ce sont les ambiguïtés du moralisme chrétien, dans lesquelles les masses peuvent se reconnaître, encore de nos jours, à l'intérieur de notre humanisme de médiocre aloi hérité des christianismes, quant à nos mœurs culturelles d'Euro-Amérique plus ou moins globalisée. On est travaillé par ça, qu'il faudrait méditer, sans quoi la fascination pour le Mal durera toujours.

A la fin, il faut bien avouer que ce sont temporellement les personnages de Dark Vador, Dark Maul (que l'on retrouve dans le film dérivé de la saga, consacré à Han Solo) et Kylo Ren (qui n'a d'ailleurs pas de nom en Dark … ) qui firent le marketing de la final-fantasy Star Wars.

 

Les résurrections du Bien

Récapitulons : les antipathiques personnages – Dark Maul, Dark Vador, Kylo Ren – font le marketing de la final-fantasy Star Wars, les personnages qui sont moralement ambigus – Anakin Skywalker, Han Solo, Rey Palpatine – (sympathiques et antipathiques) passionnent, tandis que les sympathiques personnages – Obiwan Kenobi, Luke Skywalker, Leïa Skywalker – soutiennent le Bien … on aurait pu en choisir d'autres. Où évidemment, le grand public s’enthousiasme toujours d'entendre le thème musical des personnages sympathiques, ainsi que la dynamique sympathiquement triomphale du thème musical de fin, tandis que le thème musical des personnages antipathiques suscite toujours la crainte, quoiqu'ils fascinent. C'est que le Bien, dans la final-fantasy Star Wars, est un Bien qui ressuscite toujours, comme dans le christianisme**. C'est un Bien « survivaliste », à la manière des enthousiasmes contemporains d'Euro-Amérique plus ou moins globalisée, autour du survivalisme. C'est qu'on est travaillé par la pulsion de mort, quand, dans le manichéisme moral, le Mal n'est pas au moins affronté dans une dimension catholique : les protestants aimeraient tellement pouvoir s'en passer*** …

Pourquoi le Bien souffre-t-il autant du Mal, au point d'avoir à espérer sa propre résurrection finale, après que tout sembla désespéré ? … Tout simplement parce que ce Bien a horreur de la puissance, si bien qu'il se laisse toujours menacer par le Mal, puisque le Mal n'y fait pas de chichis. C'est chrétien. Ce Bien, c'est le Bien des gens qui s'imaginent la moindre once de puissance un inévitable danger. En effet, que ce soit les trois « Étoiles » (armes de destruction massive), les croiseurs, les navettes, les armures, les procédures impériales ou la sorcellerie sith, il est manifeste que la puissance est du côté des personnages antipathiques. Les personnages sympathiques en sont réduits à être inspirés par la Force, qui fonctionne sur le mode erratique de sentiments et d'effets d'empouvoirement.

C'est certes à ce point, que le new age bouddhisant (animicentrique) de George Lucas se pressent, néanmoins notons à quel point la Force évoque l'Esprit-Saint. On nage en pleines théologies paraclétiques catholiques (on attend plus que Joachim de Flore … ) certes sur le mode glossolalique de certaines Églises protestantes, notamment évangélistes : George Lucas reste méthodiste. Mais c'est de Renouveau Charismatique catholique, entre œcuménisme et militarisme résistant/rebelle : foi militante, soldats de la Force à défaut du Christ. Et c'est universaliste, étymologie de catholicisme, dans l'intégration toutefois multiculturelle comme le salad bowl nord-américain. Aussi y a-t-il, en plus, du néo-protestantisme dans la final-fantasy Star Wars … mais enfin, la puissance fait peur, bien qu'on prie la Force de nous exhausser comme on priait le dieu unique absolu****.

C'est que le manichéisme moral, pratiquement intenable tant il déchire nos esprits, doit bien se résoudre à combattre. Ainsi « combattre, c'est bien » nous dit la final-fantasy Star Wars, « à condition que ce ne soit pas avec les plus gros canons », puisqu'ils sont stylisés par l'Empire (Empire relayé par le Nouvel ou Dernier Ordre, selon épisode … ) et que l'Empire est légions, tout comme le Diable, dans les évangiles, dit à Jésus « nous sommes légions ».

 

Hélas, historiquement, les empires ont toujours réunis judicieusement plusieurs peuples différents, ce qui s'entend même dans la notion d' « empire américain ». Alors certes, les uniformes des antipathiques dans la final-fantasy Star Wars, font référence aux nazis encore frais – à l'époque du tout premier film, en 1977 – bien qu'on se fasse perpétuellement des cures de rafraîchissements, par nos jours – comme si Hitler se réincarnait, à la manière du sorcier sith Dark Sidious, dans le tout dernier épisode.

C'était le totalitarisme, qui était avant tout combattu, dans la démarche de la final-fantasy Star Warsce qui est une tentation de l' « empire américain », du moins selon Philip Roth, l'Église ayant condamné maintes fois le nazisme, autant que possible. D'où que les sympathiques, dans la final-fantasy Star Wars, puissent bien être néo-catholiques dans l'idée – surtout quand le néo-catholicisme recoupe toujours plus le néo-protestantisme contemporainau hasard : sous cette forme fictive initiée par George Lucas, qu'est la final-fantasy Star Wars(Le totalitarisme soft « ne dérange personne », non plus dans la final-fantasy Star Wars.)

 

Bref, c'était la religion***** de cette final-fantasy, et si elle ne s'était pas traduite en l’Église jediiste – dont on attend les néo-messies, évidemment – ça n'aurait pas été aussi passionnant. Or, c'était sans parler de l'immaculée conception d'Anakin, de la sainteté des magiciens jedis, de la démonolige des sorciers sith, de Rey enfant sauvée de l'extermination, et de tant d'autres paramètres flagrants comme tout.

 

 

[A lire aussi : Politique de sorciers : l'effet "Harry Potter", et autrement "the Witcher".]

 

 

 

* Le judaïsme intègre le Mal dans le mauvais souffle du dieu et dans les ambiguïtés de l'Eretz Israël, tandis que l'islamisme exclut le Mal malement du dieu de l'Oumma – au point de le pratiquer au nom du Bien, mais en toute bonne conscience puisque c'est au nom du dieu et son Oumma. À méditer.

** Dans le judaïsme, le Bien ne meurt jamais puisqu'il est intriqué au Mal, tandis que dans l'islamisme le Bien est toujours-déjà donné au croyant bismillah. À méditer.

*** Le judaïsme est traversé par une éthique dialectique extra-morale singulièrement spinoziste (sans le suivre dans son « pan-théo-rationalisme » ou déterminisme divin) tandis que l'islamisme impose une morale juridique hyper-morale (au sens de Georges Bataille, dans la Littérature et le Mal). À méditer.

**** Le judaïsme combine avec la puissance, l'islamisme se veut une puissance. À méditer.

***** A se demander si la grande absente de cet article, l'orthodoxie chrétienne, ne serait pas une solution … et qu'il eut fallu égrainer les différents courants du judaïsme et de l'islamisme, dans les astérisques précédentes. Mais enfin, l'esprit orthodoxe reste le grand absent de l'Euro-Amérique plus ou moins globalisé, pourtant composé de Slaves et d'orthodoxes, aussi. À méditer.

 

 

 

 

 

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6 réactions à cet article    


  • Laconique Laconique 9 janvier 10:09

    C’est bizarre cet usage de l’italique quand vous employez le mot « chrétien ». Comme si c’était sale.


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 9 janvier 16:32

      Les chrétiens sont italiques.


    • zygzornifle zygzornifle 9 janvier 13:39

      Il parait que l’empereur Palpatine aurait abusé de maître Yoda pendant son enfance ....


      • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 9 janvier 16:34

        Celai expliquerait pourquoi il lui en veut, à la fin de l’épisode III, pour sûr.


      • ETTORE ETTORE 9 janvier 17:30

        Et voilà comment nait une nouvelle religion.

        Avant....on appelait cela....LE CINEMA !

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