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L’environnement social : un facteur déterminant des addictions ?

Au-delà des facteurs biologiques, individuels et de la place du produit, l’environnement social semble jouer un rôle important dans l’installation d’un comportement addictif problématique. Que ce soit dans le milieu familial, à l’université, dans le milieu du travail ou encore dans le relationnel, il pourrait exister un lien entre environnement social et addiction...

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit les addictions comme « un état de dépendance périodique ou chronique à des substances ou à des comportements ». C’est donc une incapacité et une impossibilité répétée de contrôler un comportement voire la poursuite de ce comportement en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives. Considérées comme une pathologie par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), les addictions regroupent à la fois la consommation itérative d’une substance psychoactive (alcool, tabac, drogue, protoxyde d’azote…) et la pratique anormalement excessive d’un comportement (jeux, temps sur les réseaux sociaux…). 

 En France comme à l’échelle européenne et dans le reste du monde, les addictions sont perçues comme un problème majeur de santé publique dont les effets sont multiples. Des conséquences sanitaires aux impacts sociaux, les comportements addictifs sont au cœur des axes de réflexion et de travail de plusieurs chercheurs, gouvernements, acteurs de la société civile, associations, scientifiques etc. 

 S’intéressant à cette question, de nombreux auteurs ont abordé plusieurs facteurs qui sous-tendent un tel comportement malgré les conséquences qui y sont associées. L’un des facteurs mis en avant par ces auteurs, est l’environnement social. Comprenant à la fois les dimensions culturelles, économiques, politiques voire les relations humaines, l’environnement social se présente aujourd’hui comme l’un des moteurs de nombreux comportements addictifs. Dans leur ouvrage « conduites addictives chez les adolescents » paru en 2014, les chercheurs de l’Inserm révèlent que les comportements addictifs sont le fruit de l’action individuelle dont la fréquence et l’intensité sont liées à des déterminants sociaux et familiaux. 

 Une telle affirmation vient souligner la nécessité de mieux comprendre le rapport entre addictions et environnement social. Vous vous posez des questions sur ce rapport ? Pas de crainte, dans cet article, nous vous aiderons à mieux comprendre cette relation. 

Addictions et environnement familial ? 

Crédit photo : Pexels.com

 Parler de l’environnement social, c’est avant tout évoquer la dimension familiale de l’individu. En effet, le rapport d’un sujet au monde, éventuellement ses liens à un produit ou son comportement en général est premièrement en lien à sa relation à son environnement familial. En rapport avec les addictions, il est important de préciser que la consommation d’un produit psychoactif ou la pratique excessive d’un comportement se fait en partie par une identification soit à un membre de la famille, aux parents ou à un proche de la famille. Par exemple, les premières consommations d’alcool chez les adolescents sont souvent expérimentées en famille. 

Pourtant la rencontre prématurée (singulière ou massive) avec une substance psychoactive (alcool, tabac, cannabis…) pourrait favoriser l’installation précoce d’un abus ou d’une dépendance. Dans une interview réalisée en 2016, Marie Grall-Bronnec, psy­chiatre au CHU de Nantes constate que plus la rencontre avec l’alcool ou la drogue se fait tôt, plus la personne, en raison de son immaturité neuronale, est en phase de manifester des complications comme les addictions.

 Outre ce premier niveau, le risque de développer une addiction est fortement majoré par la présence d’antécédents familiaux surtout dans le contexte d’un fort lien de parenté. Dans l’ouvrage « conduites addictives chez les adolescents » mentionné en introduction, les auteurs évoquent un niveau de risque de consommation précoce ou d’addiction deux à trois fois plus élevé chez les adolescents dont les parents sont consommateurs. En parallèle, Nurnberger, Jr. et coll., en 2004 ont affirmé que les jeunes dont les parents ont une forte consommation d’alcool ont deux à trois fois plus souvent une consommation excessive d’alcool. 

 Enfin, le risque d’addiction est également associé aux caractéristiques des relations parent-enfant. Des études ont montré que vivre dans une famille divorcée/séparée ou être dans une famille dans laquelle les relations enfant-parent sont mauvaises (tolérance de consommation des produits, négligence…) et peuvent être susceptible d’accroitre le niveau de consommation et conduire à des usages très problématiques. 

Les pairs, une influence à surveiller ? 

Crédit photo : Pexels.com

Au-delà de l’environnement familial, l’ouverture au monde d’un individu, son autonomisation psychique et comportementale passent par le rôle des relations amicales. Avides de reconnaissance sociale (considération des pairs, admissions dans un groupe, la popularité…), plusieurs personnes sont généralement influencées par les normes de notre société actuelle au point où il leur est difficile de refuser, au risque de s’exposer à un rejet. Pourtant Robert Courtois et all, en 2017 montraient que l’influence des pairs et le conformisme par rapport au groupe jouent un rôle significatif dans l’expérimentation précoce des substances psychoactives dès l’adolescence et dans le risque de développer un trouble d’usage. 

Par exemple chez les jeunes de 12 à 25 ans, la crainte d’être exclu.e d’un groupe ou dans certains cas le désir d’appartenir à un groupe, va inciter à l’adoption d’un comportement addictif en dépit des conséquences qui y sont associées. 

De plus, certains jeunes s’adonnent à la consommation de drogue, d’alcool, de tabac pour éviter les scènes de railleries et moqueries de leurs pairs. L’illustration parfaite de cette affirmation se trouve dans l’histoire racontée par les journalistes Kai Hermann et Horst Rieck dans leur ouvrage « Moi, Christiane F, droguée, prostituée… » paru en 1978. Dans cet ouvrage, les auteurs relatent l’histoire vraie d’une jeune fille des années 70, qui pour échapper à une enfance peu joyeuse et par ricochet être à la mode, se plonge plus profondément dans la drogue. Cette histoire met en lumière l’influence des pairs dans l’adoption de certains comportements chez un individu. 

Les inégalités sociales et les addictions : quel rapport ? 

Crédit photo : Pexels.com

Les inégalités sociales, se présentent comme de véritables déterminants des conduites addictives. Dans l’ouvrage « Motivation et facteurs de vulnérabilité », les auteurs révèlent par exemple que l’entrée et l’installation dans des consommations régulières ou problématiques apparaissent plus fréquemment lorsque les adolescents connaissent une situation sociale défavorable. En effet, même si l’on observe une expérimentation fréquente des substances psychoactives chez les jeunes connaissant un statut social plus favorable, il est important de souligner que ceux-ci évoluent souvent moins vers des usages fréquents ou intensifs d’alcool, de tabacs ou d’usages problématiques de cannabis (Inserm 2014).

Cependant, les jeunes issus des milieux populaires ou ruraux ont tendance au fil des temps à aller vers des consommations et des comportements très problématiques. Leurs trajectoires sociales notamment la détérioration de leurs conditions de vie, la perte d’emploi, le chômage voire les difficultés financières vont favoriser la survenue d’une pratique addictive. Cette perception est partagée par Melchior lorsqu’il affirme en 2007 que : « les personnes qui ont une situation sociale défavorable tout au long de leur vie ou qui connaissent une détérioration de leur situation sociale au cours de la vie ont des niveaux de conduites addictives plus élevés que celles qui ont toujours une situation sociale favorable ou qui connaissent une ascension sociale, même lorsqu’on tient compte d’évènements de vie ou de difficultés psychologiques ». Cette affirmation vient montrer le lien étroit qui existe entre inégalités sociales et addictions.


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2 réactions à cet article    


  • PascalDemoriane 5 mars 11:36

    Intéressant et bien construit, sauf que... sauf que...

    « L’un des facteurs [d’addiction] mis en avant par ces auteurs, est l’environnement social. Comprenant à la fois les dimensions culturelles, économiques, politiques voire les relations humaines,... », écrivez-vous.

    N’avez vous pas conscience d’enfoncer là une porte ouverte ?
    C’est quoi un environnement du sujet humain qui ne serait pas social et pas relationnel ? Autant prétendre faire découvrir que les poissons vivent avec d’autres poissons dans l’environnement de l’eau ! Waouh, on aurait pas cru !
    Et non, l’environnement social n’est pas en soi un « facteur », « le facteur environnemental » c’est du jargon technocratique, çà ne veux rien dire ! Tout facteur vient du milieu ! Tautologie !

    Vous semblez avoir inversé la logique du problème complexe :

    Un être humain n’est pas un individu « en soi » plongé a posteriori, à un moment donné dans un milieu relationnel donné avec ses « facteurs », c’est le contraire, c’est le milieu commun relationnel qui fait émerger a priori une instance individuelle humaine qui en est le produit plus ou moins déterminé. Donc évidement que les addictions sont des latences propres au milieu : on ne nait pas addict, on ne vient au monde qu’avec une seule quasi-addiction, la pulsion vitale animale de perdurer comme vivant, c’est tout.

    Donc oui, bien des (psycho-)pathologies sont avant tout instances individuelles de socio-pathologies collectives latentes liées au rapports de production : c’est d’abord la société qui est malade, addicte à ses contradictions systémiques !
    Donc non, le déterminisme du milieu ce n’est pas la conclusion d’une hypothèse de recherche, c’est une donnée d’entrée ! Votre titre, n’a pas de sens ! Inverse le sens !

    Or il y a une forme addictive socio-déterminée qu’on vous interdira d’analyser, c’est l’addiction à l’argent, à la valeur d’échange « magique » que Marx identifie comme telle via le « fétichisme de la marchandise  ». Médiation parasitaire du fétichisme de la valeur qui se substitue pathologiquement à la relation au monde, y compris à la relation affective à soi. Voilà, selon nous, le cadre de la problématique, tant psychique que sociologique du problème global.


    • JEAN MARCO 15 juin 21:28

      Il semble que l’on oubli le plaisir pour avoir une addiction ! Il y a une jubilation qui permet au consommateur de se projeter dans ce nouveau comportement en valorisant l’image qu’il a de lui-même. Les marques d’alcool le savent bien et donne a voir de super motards pour le whisky, ou des cow-boy pour les cigarettes, etc... Enfin, l’addiction est a la dopamine : l’hormone du plaisir. Le produit en lui-même est seulement nocif pour l’organisme. On le voit avec le sucre ! Les addictions sont des passions destructrices et désocialisantes. Les rechutes sont d’ailleurs dévalorisantes jusqu’au vocabulaire où ils pensent ne pas avoir de volonté alors qu’ils n’ont pas été assez tenace. Cordialement a tous

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