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A la table du bonheur

'' Le plaisir se ramasse, la joie se cueille et le bonheur se cultive'' dit Bouddha, un peu comme un aliment. Le bonheur dans l'assiette, l'alimentation un accès au bien-être, deux notions pourtant complémentaires mais dont il faut en payer le prix fort.

 

'' Quand l'appétit va tout va ! '' C'est en ces termes plutôt explicites qu' Obelix définit sa philosophie de vie. Aujourd'hui pour la majeur partie de la population l'appétit se lie au plaisir de cuisiner, de partager, définissant une sorte de bonheur alimentaire mais dépendant malheureusement du mental, de la santé et de la classe sociale de l'individu. Le plaisir alimentaire ne peut donc être comblé que si certains critères sont remplis. 

 

La philosophie du bonheur 

'' Il y a deux types de bonheur'' énonce le philosophe allemand Wilhelm Schmid(1). Le bonheur définit comme hasardeux jouant un rôle essentiel tout au long de la vie ; composé d’éléments simples, bénéfiques, éphémères et inattendus ; c'est une notion inexplicable du quotidien.

Le « Bonheur du bien-être »(2) perçu comme la seconde forme du bonheur n'est en réalité que sa quête perpétuelle. Cette liberté tant désirée, ce besoin de posséder une chose intouchable et invisible, qui se vit simplement, déçoit. Les attentes et les recherches incessantes de cet élément si précieux qui rend heureux, les ambitions si démesurées qu'il déchire et rend malheureux, ayant pour seule cause : nous-même. Une notion si complexe à définir, dépendant de chacun, de sa situation, son éducation, son mode de vie, sa façon de voir et de penser... ne devrait pas avoir d'idéal, de but, de quête mais devrait être cueilli quand il se présente, consommé avec plaisir et délicatesse et le laisser partir et revenir comme il est arrivé : spontanément.

La notion de plaisir, de bien-être, de bonheur ou même de satisfaction se trouve dans des choses aussi diverses et variées qu'il y a d'êtres humains sur terre. Elle peut se retrouver au travers de ce besoin vital qu'est l'alimentation pouvant devenir source de plaisir. La notion de plaisir alimentaire, malgré que les goûts de chacun soient tous différents, se procure de la même façon chez chaque individu. Mais alors, comment coupler la notion de plaisir et d'alimentation ?   

 

Les sciences du plaisir  

Le plaisir est une émotion qui se créer dans le cerveau grâce à des neurotransmetteurs. Des chercheurs ont réalisés des expériences en se penchant précisément sur « un groupe de neurones de l’hypothalamus »(3) . Cela a permit de prouver qu'en l'absence d'un des principaux neurotransmetteurs, la notion de plaisir dépasse celle de l'unique besoin de manger et peut engendrer des problèmes de santé comme l'obésité, l'anorexie, des problèmes cardio-vasculaires... La Dopamine est un neurotransmetteur de la notion de jouissance et permet de définir la notion de plaisir. Cette substance possède d'autres vertus avec des objectifs précis dans l'organisme. On peut la trouver dans la viande blanche, les œufs et le fromage frais. L'Adrenaline stimule la créativité, la sérotonine est active au niveau du tube digestif et influe sur le comportement alimentaire d'un individu, l'Histamine fait partie du système immunitaire pour faire face aux allergies alimentaires...(4) De multiples neurotransmetteurs pour de multiples rôles à différents endroits mais un seul conducteur permet de les véhiculer : le sang. La notion de plaisir n'est d'autre que le fruit de notre système nerveux. Enfin, pas totalement... 

L'éducation sensorielle est aussi un facteur important voir presque primordial. Plus cette éducation gustative, lors de l'enfance, est variée plus la notion de plaisir est accentuée. Prendre plaisir à goûter, manger, cuisiner, partager, donne une envie de convivialité. Que dire alors en résumé ? Le plaisir alimentaire n'est pas plus simplement réalisable qu'avec une bonne éducation sensorielle, une alimentation variée et équilibrée diminuant les risques médicaux et un partage pour rendre ce joli mélange conviviale vivant et festif ? NON, pas totalement ! Le bonheur ne peut être présent et remplir ces critères que par la présence de moyens financiers. Sans ce budget, déterminant également le rang social, il est difficile de ressentir un quelconque bien-être au travers de son assiette car la qualité est moindre, résultant à des problèmes de santé et effaçant tout contrat avec la notion d'accès au plaisir et au bien-être gustatif et ce, depuis des années.

 

L'économie du bien-être

La place de l'argent est un facteur influant sur le caractère du plaisir alimentaire depuis des siècles. Autrefois, partager un repas n'était principalement que pour montrer sa puissance, sa richesse, sa force, quémander des faveurs et montrer sa noblesse. L'argent mit dans ces réceptions était pour montrer son appartenance à la haute société. Seuls les plus riches pouvaient se permettre de telles festivités. Les plus bas rangs sociaux, n'avaient pas de quoi montrer leur compétences car, jugés trop pauvres, étaient définit comme sans capacités respectables. Certains pouvaient saisir leur chance tout comme le démontre le film Vatel et le Festin de Babette.

Aujourd'hui le repas est plus un moment de partage et de convivialité si et seulement si l'individu ou le ménage possède les fonds monétaires adaptés à ce genre d'envies, de caprices et surtout de besoin. ''En l'absence de moyens budgétaires ou matériels, les personnes ont du mal à considérer leur repas actuel comme source de plaisir''(5) . De part une augmentation continue des prix du marché pour améliorer les rendements, les ménages les plus défavorisés à faible revenu, n'ont plus les mêmes habitudes de consommation créant des disparités sociales. Il y a 50 ans, l'alimentation représentait le principal poste de dépense des ménages (35%), aujourd'hui, elle n'est plus qu'à 20%(6). En effet l'augmentation des prix ne permet pas de relier la notion de bonheur à celle de l'alimentation. Le poste du plaisir est perçu différemment selon les catégories sociales : se satisfaire est le critère n°1 chez 72% des foyers à hauts revenus et que 44% des foyers à faibles revenus. Cela montre encore l'effet de la société de consommation sur la détermination du rang social.

L'alimentation est au prisme du statut social, pour 78% des français, le prix reste le critère de choix mais le budget dédié à cette dernière n'est qu'à hauteur de 19% derrière le logement, le chauffage et l'éclairage (7). Des choix de budget donc des choix alimentaires à faire allant jusqu'à définir malgré les traditions, cultures, âges, moyens, statut professionnel...la catégorie sociale et donc portant un jugement directe sur l'individu le parquant dans une catégorie et une mentalité qui peut ne pas être la sienne ! Il n'est donc plus question de bonheur ou de plaisir mais de besoin et qu'importe la qualité nutritionnelle du produit.

 

Malgré les caractères physiques et neurologiques, l'éducation sensorielle et les moments de partages, le plaisir alimentaire n'est définit que par la société de consommation instaurant les prix et normes sociales définissant inconsciemment les catégories ayant droit à ce bonheur gustatif.

 

Sources de l'article : 

. (1)-(2) : Le bonheur, un idéal qui rend malheureux ? D'Alexandre Devecchio

. (3) : L'alimentation : manger par besoin ou par plaisir ? D'Anne JeanBlanc, article paru sur Le Point en 2015

. (4) : Les aliments du plaisir, de la mémoire et de la bonne humeur du professeur Henri Joyeux, article paru en 2016

. Film Vatel et Festin de Babette sur Allociné

. (5)-(6)-(7) : Articles sur le magazine Alimentation, Santé et Petit Budget


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8 réactions à cet article    


  • Un enfant pauvre qui reçoit pour la première fois de sa vie un train électrique : mais c’est byzance !


    Un enfant de riches qui reçoit aussi un train électrique : bof, c’est même pas le dernier modèle !

    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 7 octobre 11:51

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      de toute façon, l’enfant pauvre n’a pas d’électricité ... c’est con un pauvre ... ^^


    • zygzornifle zygzornifle 8 octobre 10:11

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      fini le train électrique c’est le smartphone maintenant et si le gosse de pauvre n’a pas le dernier Iphone il le casse sur la tete de ses parents , ensuite il demande a « chance pour la France » de lui en procurer un pas cher tombé du camion ou piqué en tout cas ou j’habite ça se passe comme cela .....

    • @zygzornifle
      N’est pas pauvre qui a peu, mais qui désire beaucoup.
      Citation de Fernando de Rojas ; La Célestine - XVIe siècle.


    • zygzornifle zygzornifle 7 octobre 13:16

      Pour cela que Sarkozy le soir même de son élection a été avec ses potes a la table du Fouquet’s .....


      • marmor 7 octobre 17:24
        On dirait du Panda ! C’est clair, net, concis et très explicite, bravo !!

        Au fait : avec un paquet de spaghetti à 2 €, une tomate, un oignon quelques lardons et deux feuilles de basilic, soit 5 € au total, je vous fais un festin pour quatre personnes !


          • Ciriaco Ciriaco 8 octobre 12:19
            Truc bizarre, la société de consommation ne sait pas vendre le jeûne (si bon pour la santé, et connu depuis des lustres) ^^

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