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Ce Deuxième Millénaire qui ne veut pas mourir

L'idée de cet article n'est pas très compliquée ni très originale sur le fond, mais bon lançons-nous quand même. C'est très simple : dans un monde toujours plus privatisé, l'espace public, le domaine public et la république s'estompent voire disparaissent, c'est-à-dire que ça se désertifie.

Image extraite des Cendres du temps, de Wong Kar-Wai

 

La désertification n'est pas qu'une notion environnementale de naturalistes, puisque l'on parle poétiquement de désert intérieur, ou bien d'être seul au milieu d'une foule.

C'est en somme le sentiment que nous développons personnellement, et nos rayons de développements personnels en librairie, sont d'ailleurs là pour ceux qui n'en peuvent plus, ou qui cherchent à animer un peu leur désert propre. Attention ce qui est valable pour une personne l'est aussi pour un petit groupe restreint comme par exemple la sainte famille, qui se réfugie assez bien chacun dans sa bulle avant et après manger (quand on mange encore ensemble).

Le désert croît, et cet article n'est pas spécialement là pour le faire décroître, puisque le plus probable est que vous le lisiez depuis l'écran de votre téléviseur, ordinateur domestique, portable ou téléphonique : quoiqu'il en soit seul devant un écran.

 

Honte à tous les articles qui font état du malaise contemporain, du moins s'ils cherchent à le résoudre.

Ils ne sont pas la solution. Au contaire, ils entretiennent le problème, même si c'est pour le dénoncer. Donc nous dirons que cet article n'est pas là pour amender quiconque, non, cet article n'est pas là pour amender quelqu'un. Le constat est là, et d'ailleurs où les critiques feraient-ils lire ou entendre leur critique, en dehors des écrans, puisque ce sont les écrans qui sont largement exploités par le commun des mortels ?

C'est ainsi que depuis des lustres, les média s'autocritiquent, et de s'autocritiquer ils exaltent leur exploitation, démontrant à tout un chacun leur "intelligence" : pourquoi quelqu'un décrocherait-il, à ce compte ? Tout est là, devant ces écrans de télévisions, d'ordinateurs domestiques lourds, d'ordinateurs portables, de tablettes et autres téléphonies, dont les noms-mêmes sont porteur d' "intelligence" (de smartness) puisque ce sont des smartphones. Ainsi l'humanité ne brille-t-elle pas par sa présence ni sa coprésence, à l'heure où plus que jamais son visage est "illuminé" par les écrans, à l'heure où elle est "éclairée" par les écrans. Et plus personne n'est là pour vouloir la créditer d'intelligence, puisque "l'intelligence", désormais, elle semble accaparée par la smartness des engins.

 

Chacun de privatiser même sa relation à soi, ou aux autres, via ses forfaits internautiques et téléphoniques.

Une publicité pour Orange, anciennement Wanadoo, anciennement France Télécom, disait en l'an 2000 : "Communiquons plus", et chacun ne met plus bien en commun (selon la définition de la communication) que de vagues impensés selon humeur et perspective du moment. Chacun laisse songeur, à songer ainsi, à vivre ainsi sa vie de larges songes. Cela tranquillise de regarder "des vidéos".

Pendant ce temps le désert a crû publiquement, puisqu'il n'y a plus de lieu public, et d'ailleurs les réseaux sociaux interfaciaux (littéralement : entre-nos-faces, elles-mêmes redoublées de pseudonymes et avatars interfaciaux !) servent de succédanés publics, succès damnés par "les grands médias" eux-mêmes privatisés, ayant relégué l'espace public pour une autre fois. Mais les réseaux, substituts publics eux-mêmes privatifs d'ailleurs (Facebook, aussi tolérante serait l'interface), ont néanmoins cette drôle de vertu de ne pas être aussi "virtuels" qu'on le dit souvent, au point d'utiliser l'acronyme d'IRL pour dire in real life, "dans la vie réelle", c'est-à-dire devant, autour, au-dessus, en-dessous et derrière les écrans.

 

Mine de rien, chacun ne serait pas aussi accroché à son écran, si tout cela était bien "virtuel".

Pour preuve, il faut beaucoup de matériel très réel, pour que ça fonctionne (un écran, un relais, un réseau ondulatoire, filaire ou satellitaire, des serveurs, des centrales électiques et des prises pour alimenter l'ensemble dans des bâtiments, des protagonistes logiciels, robotiques et humains, etc.) : aucune magie n'est à l'oeuvre. De plus, quand untel réalise un achat par Internet, son compte est débité, il ne peut pas en réaliser à souhait, là non plus ce n'est pas magique, et l'arrivée de la commande par livraison non plus. Et quand finalement des Gilets Jaunes s'organisent en temps réel (c'est-à-dire "à distance ensemble") finalement ça devient plus que réel.

 

Le désert a crû parce que tout va à un rythme plus frénétique dont chacun s'accommode et fait son train de vie (au point de s'en enivrer et d'angoisser sans de telles farandoles et mascarades).

Et même quand il décroît, le désert, on fait tout pour que ça reste comme une affaire privée entre Blancs Profonds, Foules Sentimentales ou Générations Désenchantées, à défaut d'employer le terme Gilet Jaune. Tout est chaos, à côté ...

Finalement, nous vivons dans une fin de deuxième millénaire qui ne veut pas mourir, enfance ébaubie du président, et nous aimons cette nostalgie d'un François Mitterand renonçant au socialisme, au social, à la société, à l'espace public, bref : à un monde non-désertique, non-désertifié, où untel ne croiserait pas autretel sans se rencontrer, bizarrement avec une franche détermination et une résolution sans pareille dans la superbe. Et au mieux, pour exprimer son taux de satisfaction, en vue du prochain commentaire sondagier ou d'une énième étude mercatique.

Environ un an avant le troisième millénaire, adolescence présidentelle, on appelait cela "la liberté", ou notre freestyle. En effet, ça part en freestyle, à n'en point douter. La débandade.


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10 réactions à cet article    


  • François Pignon François Pignon 19 janvier 10:38

    En effet, nous ne sommes pas sortis de la féodalité : l’état n’est que la version moderne du ban.

    Le ban désignait le pouvoir de commandement du seigneur guerrier et protecteur sur la terre et ses sujets manants qui sont inaliénables, taxables et corvéables ainsi que l’origine. Lle féod est un fief et se retrouve dans la circonscription électorale du clientélisme, forme moderne de ce système pyramidal.

    Les lois de cartulaire sont devenues des astreintes domaniales qui englobaient les domaines privés aux terres autrefois publiques ou communes (jusqu’à l’antiquité tardive), ainsi que les esclaves des manses serviles, les colons des dépendances et les autres êtres humains aux statuts variés et contractuels de cultivateurs, d’éleveurs ou d’artisans qui constituaient une plèbe indistincte et dominée.

    Des droits applicables en cas de sortie de l’espace domanial du ban régissaient les modalités de servage à la mnière des conventions collectives… Les manants pouvaient bien ramasser le bois mort : ils contribuaient à nettoyer la forêt et le ma^tre auquel ils étaient reconnaissants d’une telle générosité pouvait se livrer aux plaisirs de la chasse à cour.

    Rien de changé sous le soleil.


    • @François Pignon

      Belle réflexion. L’histoire est une suite de cycles comme l’électro-cardiogramme. Le 2ème millénaire ne veut pas mourir. Et pourtant, la désintégration relationnelle est opérée. Le paradigme relationnel de Sébastien Bizet. http://www.koregos.org/fr/sebastien-biset-le-paradigme-relationnel/


    • @François Pignon

      Mise au ban des Bancs publics. 


    • François Pignon François Pignon 19 janvier 12:04

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      banalisation de la république bananière


    • Erwan Prigent Erwan Prigent 20 janvier 13:40

      @François Pignon. « Y’a bon Banania. »


    • soi même 20 janvier 01:07

      Au faite vous voulez en venir à quoi ?

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