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#ChosesVues

De même qu'il y eut un hashtag "On vaut mieux que ça" ou "Me too" qui permit de témoigner de choses vécues dans nos mondes trop-rationnels-pour-être-vrais, il faudrait quelque chose comme un #ChosesVues. Avis aux internautes... C'est-à-dire une masse de témoignages autour de choses sidérantes par nos contrées, "paradis artificiels, cages dorées" de la planète Terre, finalement trop artificiels, et seulement vernis cuivre.

Tous les éléments relatés dans cet article sont réels.

  • Thierry Lhermite, dans l'indéboulonnable le Père Noël est une ordure. "C'est c'laaa, ouii."

 

JOYEUX NOËL
En 2015, une Caisse d'Allocations Familiales (CAF) offrait une prime de Noël d'environs 200€ à un couple nécessiteux comme à d'autres, que l'on nommera Francine et François pour des raisons bien compréhensibles d'anonymat. Apparemment, l'opération bénéficiait d'une petite couverture médiatique nationale, comme quoi l'Etat est "bien bon pour ses braves".
Quatre mois plus tard, Francine et François recevaient un courrier de leur caisse, réclamant la prime de Noël en retour, pour un "bon" prétexte "ou l'autre". Joyeuse Pâques !

Le Père Noël est une ordure ?

 

"VOUS ÊTES NULLE ET NON-AVENUE MADAME"
En 2016, Audray - appelée ainsi pour l'anonymat évidemment - recevait du Pôle Emploi un courrier réclamant d'elle un certain nombre de documents. Lesquels Audrey s'empressa de produire auprès de son Pôle Emploi, afin de ne pas être radiée.
En effet, tous les courriers Pôle Emploi rassurent ainsi leurs usagers : si vous ne le faîtes pas, au revoir. Eh bien Audrey l'a fait, mais pas par le bon canal : il eût fallu les transmettre par courrier ou Internet, ou l'inverse je ne sais plus, afin de ne pas être radiée.
"Vous êtes nulle et non-avenue madame", et ainsi vous pûtes attendre un mois afin de vous réinscrire, et seulement enfin bénéficier d'un malheureux document, afin de déclencher de vitales actions auprès de la CAF.

Si la bureaucratie dit que tu n'existes pas, tu n'existes pas ?

 

UN HIVER PAS COMME LES AUTRES
Hiver 2017. Jacques et Jacqueline - couple anonyme comme toujours - vivent dans un appartement au chauffage à gaz défectueux. Par chance, cet hiver ne fut pas trop rude, mais là n'est pas l'essentiel.
Un chauffagiste vient remplacer la chaudière, conformément à la loi. Merci proprio ! Seulement, c'est tout le réseau de canalisations-radiateurs, qui perd de la chaleur, et le simple-vitrage laisse passer les courants d'air. Si donc Jacques et Jacqueline voulaient atteindre 19° dans leur appartement, il faudrait qu'ils chauffent à 70° en continue. De quoi faire péter la note de gaz joliment.
Malheureusement, le proprio se souhaite un joyeux Noël, et il n'est pas dans ses plans de faire réparer ça de si tôt : il dénie. Essayez de passer un hiver à 15° sous des couettes, c'est marrant. Mais bon : il faudrait peut-être que Jacques et Jacqueline survivent en mode bidonville, je suppose, ils ne sont pas à plaindre (!) ... et puis, avec le réchauffement climatique, non seulement l'hiver 2017 est plus clément qu'un autre, mais en plus ils sont forcés d'être écolos, à éteindre leur chaudière neuve, mais inutile (!). Blagues de richards, vous ne pouvez pas comprendre (!). Et puis, là n'était pas l'essentiel.
L'essentiel, c'est que pour entreprendre une action en justice, Jacques et Jacqueline apprennent sur Internet, que tout se passe à telle Maison des Jeunes et de la Culture (MJC). En s'y rendant, des animateurs socioculturels en mode "je prends le café, parle à mon cul ma tête est malade", leur apprennent que la permanence juridique a été déplacée à la Maison du Citoyen (MdC). Hélas, cette maison n'ouvre que le lendemain après-midi et, après y être allés, Jacques et Jacqueline apprennent que ça a encore été déplacé. Décidément les informations Internet sur le site des associations locales, laisse à désirer.
Enfin à leur permanence juridique, Jacques et Jacqueline apprennent qu'entamer une démarche en justice leur coûterait les yeux de la tête, et qu'il serait plus simple de déménager. Cela, ils le savaient, même si le permanent local est empathique, humain et compétent.

Ah ! l'hiver et ces matins enneigés, c'est beau ?

 

UN CHERCHEUR D'EMPLOI NON-CHÔMEUR NON-ACTIF TRES ENTREPRENANT
Oui d'abord, pourquoi dire "demandeur d'emploi", comme si c'étaient des mendiants ?
Tout suggère ainsi que "les marchés" et "les recruteurs" sont de "bons princes" et de "grands étales généreux". Allons, soyons sérieux une seconde ... Et puis aussi, pourquoi dire "chômeur" ? Un chômeur ne chôme pas tant qu'on le pense, et d'abord, grâce à ses allocs dont on lui donne le strict nécessaire souvent, il reste bien "sacro-saint consommateur" sur les marchés de l'achat, entraînant ainsi la machine productive au service des recrutés.
Donc bon, cela relativise. Il s'agit donc d'un non-chômeur, "non-actif" ? ... Et pourtant, il s'active à chercher un emploi.
C'est donc un chercheur.
Or, évidemment, il y a des chercheurs d'emploi plus ou moins entreprenants, mais essayez voire de chômer totalement, de vous laisser aller à l'ennui total et définitif : vous ne pouvez tout simplement pas, il faut que vous fassiez quelque chose, à un moment ou l'autre, même si la télé ça bourre le crâne.
Donc voici Antoine - anonyme comme les autres - en 2018, qui se découvre soudain une envie de formation, alors que son CV actuel ne lui ouvre plus aucune porte. L'idée lui vient d'un magazine, car il se tient informé.
Aussi téléphone-t-il à la Chambre des Métiers et de l'Artisanat (CMA) responsable de l'annonce. Elle lui dit que, "en fait", il doit téléphoner ailleurs, "voici le numéro".
Antoine téléphone donc au Centre de Formation des Apprentis (CFA). Là-bas, la standardiste lui donne un énième numéro, "pour le moment indisponible".
Après l'avoir composé au moment propice, Antoine reçoit pourtant de la personne - en guise de contact - un mail de la CMA. Cherchez l'erreur. Reste qu'Antoine a pu apprendre qu'il devait contacter son conseiller Pôle Emploi, afin d'obtenir un papier d'habilitation à se présenter à un dernier test d'entrée pour l'année, dans deux jours seulement.
Antoine envoie donc un mail à son conseiller Pôle Emploi - seul moyen mis à disposition pour le joindre. Puis, désireux d'appuyer sa démarche rapidement, Antoine téléphone au 3949 - numéro Pôle Emploi pour les chercheurs d'emploi - où il escompte qu'un standardiste appuie sa démarche auprès de son conseiller (qu'il ne peut donc pas non plus avoir directement par ce moyen téléphonique-là hélas).
La standardiste qui lui répond ne veut pas comprendre sa demande, et s'imagine qu'Antoine attend d'elle le papier d'habilitation directement. Et, comme Antoine lui explique que ça n'est pas cela, la standardiste le décrête hautain, dans une sorte de réflexe anti-viril mal placé, comme si Antoine allait lui imposer sa "domination masculine" par téléphone. Et puis, "connaît-elle mieux son métier qu'Antoine". Sauf qu'Antoine, lui, très entreprenant dans sa recherche d'emploi, en voudrait un. L'échange s'anime sec, il est 16h30, mais Antoine reste cordial, encore qu'on le taxe d'énergumène ne sachant pas ce qu'il veut (!).
La standardiste veut raccrocher. Antoine parvient à faire perdurer l'échange, afin de savoir si oui ou non sa démarche serait appuyée. Impossible d'obtenir une réponse clair et, à la fin, l'heure du boulot, c'est l'heure du boulot, et puis la journée a été pénible : la standardiste lui raccorche au nez (!). Véridique.
A votre avis, le Pôle Emploi a-t-il été réactif au bout de deux jours pour Antoine, chercheur d'emploi dynamique ? Et même si Antoine fit une réclamation, cela change-t-il quelque chose à un calendrier bureaucratique de formation ?

 

DES ANONYMES ?
Evidemment, les noms ont été changés, mais tout cela est vrai, et très peu anonyme aujourd'hui, quoi que pas relayé.

Il en serait de même, et pour un tas de raisons, avec des bureaucraties privées.

La bureaucratie est une plaie, à nous faire - entre autres - ainsi scolarchiques. Le service public, qui n'est plus ni serviable ni public, dans notre société qui est en fait "une société anonyme" vaste et morbide... le service public n'est pas seul en cause, mais bel et bien toutes les techno-structures titanesques.

Pour la simple raison que nous sommes à l'ère des masses. Navré de heurter votre ego, si jamais, mais nous sommes des massus. Ce qui n'est pas une raison pour nous assomer ...

Et je veux si bien vous démontrer que ça transcende le public et le privé, que je finirai sur un exemple particulier.

 

FILOU D'ATTENTE
Dans une poste, Stéphane - anonyme - attend de pouvoir accéder à une borne. Derrière lui, un usager - lambda, ou "massu", tout comme Stéphane - commence à jaser, débonnaire : "Tout de même, aujourd'hui, les gens sont pressés. Ils ne savent plus attendre. Ils sont incivils. Et blablablablablablabla." Or, Stéphane est d'accord. De fait, délibérément auto-confinés dans leurs bulles monopersonnelles voire microfamiliales et réseaux-Internet-amicales, "les gens" sont comme le disait cet usager là, à côté de Stéphane.
Quand alors, l'usager en question demande à Stéphane : "Ca vous dérangerait si je passe devant vous ? j'ai une urgence." Or, Stéphane a vraiment le temps ce soir-là. Ce qui ne l'empêche pas de saisir l'énormité contradictoire de l'usager en face - appelons-le Dylan - qui utilisait une technique dite "du pas dans la porte".
C'est-à-dire que vous trouvez un point d'entrée avec quelqu'un dans la discussion, pour ensuite lui demander un service. Or, comme votre point d'entrée concernait précisément la question, l'autre ne saurait refuser sans contredire la discussion que vous venez de lui faire approuver. Sa face/son honneur/son ego est "en jeu". Et en gros : Stéphane pense que s'il ne laisse pas passer Dylan, toute son approbation de la critique des gens pressés est nulle (puisqu'il se montre pressé) tandis que pourtant, Dylan s'est avéré pressé, après avoir fait valider son discours par Stéphane.
C'est que Dylan avait ainsi procédé à ce qu'on nomme couramment et de bon sens : une puterie (ceci dit avec tout le respect dû au métier sexuel). Dylan n'était donc ici ni un service public, ni une agence privée. C'était juste un habile.
Aussi habile que tous ces pseudo-services, apparemment inattaquables de ce qu'ils sont "des services". Car il se trouve qu'habilement tout est fallacieux.

Les fakes aujourd'hui, ce ne sont pas spécialement les news.

Les fakes, c'est nous, c'est tout, à commencer par les instigateurs d'un tel monde.

A commencer donc, par les bureaucratismes. Business is business, genre, mais n'importe quoi !

Bien des étrangers qui arrivent dans nos contrées le comprennent très vite, et ne peuvent évidemment pas nous prendre au sérieux. Ils ont bien raison d'en profiter. Bref : soyez progressites ! au moins, eux, ils en retirent quelque chose (et pas qu'eux).

Moi, je ne leur en veux pas. Il est naturel de prendre ce qu'on peut : les richard-es le savent tout bellement, et montrent l'exemple.

Cela aussi, bien des étrangers le voient. Ils ne sont pas cons, eux. Ils devraient nous inspirer tous.

En attendant, le kebab d'origine turc par chez moi, vote RN, véridique, "parce que y'en a marre qu'on nous prenne pour des cons."

 

PS : Au passage, les technophobies et autres singularités technologiques, ne sont jamais que symptomatiques de la société anonyme bureaucratique, "personnifiée" dans la machine. Mais nous sommes depuis longtemps en avance sur les IAs, hein ! sociobiologiquement - je voulais dire : bureaucratiquement.

Voir aussi : L'inavouable essence du nazisme  ; Principes d'une société de stigmatisation  ; Justice nulle part ? ; Nécrofestivisme ; Empirique, rationnelle Europe ...


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12 réactions à cet article    


  • NEMO Joker 11 septembre 10:57

    pourquoi avoir recours à un hashtag quand il suffit de retirer ses œillères ?


    • Morologue Morologue 11 septembre 11:01

      @Joker. Peut-être parce qu’on est « à l’heure d’Internet », qui n’empêche pas de retirer ses œillères.



    • Morologue Morologue 11 septembre 11:22

      @Joker. L’art de diffamer. Et vous ne comprenez rien, dans la démarche, tout de suite à accuser. Bonne route.


    • Areole 11 septembre 23:01

      @Joker
      Votre lien est ambigu, peut-être tout simplement est -ce un germano-pratin qui fait sa prière la tête dans le sable pour ne pas voir qui vient derrière ?


    • Ciriaco Ciriaco 11 septembre 20:21
      Où que vous jetiez votre regard, y compris dans nos sociétés perforatrices, vous trouverez toujours l’humain tenter de s’accrocher à du nous. Voilà ce qui n’est pas un espoir, mais un fait de l’humanité, une de ses conditions sans cesse émergente.

      Alors il faut le cultiver et y bâtir des solutions politiques - ou alors la fuite pour ceux qui en ont les moyens dans la donne darwinienne de cette vie, politiques parce nous vivons le grand nombre.

      Dès lors ceux qui en font le constat dans leur chair doivent se battre, d’ailleurs ont-ils vraiment le choix arrivé à ce point.

      Le pire étant de leur refuser l’alternative, tellement concrète que ce sont bien des intérêts autres avec tous leurs moyens qui s’y opposent : aucune structure de lien pour les chômeurs, les exclus, les précaires, les différents, du gaz dans les Zad et que ça ne bouge pas, des institutions injurieuses qui intériorisent des comportements de jungle, dans un certain reflet - est-ce une surprise ? - des conditions d’existence au plus haut niveau, et des histoires à dormir debout 24h sur 24h, de la confusion à la vitesse de l’éclair, que tout cela se noie dans le brouillard pour qu’un vent mauvais aux allures de vérité reconduisent toujours la vieille histoire de la domination - sans que cela soit le génie d’un complot qu’on ne peut prêter à l’obscurantisme.

      L’alternative donc, à défendre comme le dernier rempart et avec tout ses défauts, ses faiblesses et ses démons - serions-nous de cette étrange perfection qui ne vaut que pour soi - nous qui tomberons de toute manière.

      • Morologue Morologue 11 septembre 20:47

        @Ciriaco. Sans ironie, c’est beau.


      • Ciriaco Ciriaco 11 septembre 21:47

        @Morologue
        Merci ! Il semble qu’on en ait vu.


      • Morologue Morologue 12 septembre 15:20

        @Ciriaco. On en a vues.



        • Morologue Morologue 12 septembre 10:35

          @Passante. Sans ironie, c’est beau.


        • Ruut Ruut 5 octobre 14:08
          Bienvenu en France en 2018 :)
          Trop d’associations, trop de départements administratifs et finalement pas de résultat sauf si copinage.

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