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Comment on achève le « Réel »...

 

Les « avancées technologiques » brouillent toute réalité et ceux qui les pilotent construisent le "réel" auquel il faut s'adapter. Le philosophe Bertrand Vergely met en garde contre un nouvel « irrationalisme » apparu à travers la négation de nos limites.

 

Vladimir Nabokov (1899-1976) écrivait un jour que le mot « réalité » était l’un des rares qui ne signifiait rien sans guillemets. A quelle « réalité » nous accrochons-nous encore ? Laquelle désirons-nous – ou nous semble-t-elle encore désirable ? Chacun ne dit-il pas "le réel" à sa manière et n'en fait-il pas l'expérience selon sa présence d'esprit et son état d'acceptation ? Existerions-nous en fait dans une simulation informatique qui nous rendrait incapables de reconnaître l’existence de la « réalité » ? D’ailleurs, quelle est "l’âme du réel" ?

Pour le philosophe Bertrand Vergely qui enseigne en classes préparatoires à Orléans ainsi qu’à l’Institut Saint-Serge à Paris, un réel sans âme cesse d’être le réel : « Ce réel mort porte un nom aussi. Cela s’appelle un cauchemar. » Serait-ce là notre « réel » dénaturé – ou notre cauchemar climatisé ?

 

Quand la réalité s’effondre…

 

Voilà plus de trente ans, Jacques Testart concluait ainsi son livre, L’œuf transparent (Flammarion, 1986) : « Viendra le temps où le solde de l’humanité sera tout entier contenu dans le souvenir de l’homme  ».

Aujourd’hui, en pleine désinformation et évaporation du réel, le transhumaniste Laurent Alexandre fait mine d’interroger : « le futur a-t-il encore besoin de nous ? »

Bertrand Vergely poursuit sa réflexion amorcée dans La Tentation de l’homme-Dieu (Le Passeur, 2015) et rappelle que « le jeu a pris les commandes de la réalité ». Le « vrai » a été escamoté par le grand leurre technologique qui fait miroiter à l’espèce un « avenir fait de jeu ». S’adressant à nos pulsions infantiles en nous parlant sans cesse de « rêve, d’utopie, de jeu, sur fond d’un univers déréalisé », les intérêts puissants d’une « industrie numérique » en roue libre nous dealent des myriades de gadgets aussi inutiles que nuisibles qu’il suffirait précisément de ne pas acheter pour qu’ils ne se vendent pas – et ne polluent plus…

A l’heure d’un féminisme exacerbé en mode guerrier, il déplore une différence homme-femme aussi surérotisée que dénaturée : « La différence sexuée qui est un fait de nature a été travaillée par la culture. A été appelée ainsi femme la femme hyper-femme exacerbant ses attributs sexuels de femme afin de plaire et de séduire. (…) Qu’est-ce qui est à la base de l’exacerbation de la différence sexuée ? C’est la bêtise avec laquelle est vécue la différence sexuée et l’ignorance dans laquelle elle ne cesse d’évoluer. La sexualité met l’être humain en relation avec les plus hautes énergies de l’homme, de la vie et de l’univers devrait être vécue de façon initiatique. Elle est vécue comme un jeu infantile et un produit de consommation. On ne peut pas à la fois, sous prétexte de libérer le sexe, désirer que celui-ci soit désacralisé et traité comme un produit de grande consommation et en même temps désirer que la femme soit respectée.  »

En pleine transgression décomplexée, il rappelle ce qui, depuis un demi-siècle, « gouverne mentalement le monde avec pour projet d’éliminer l’homme tel qu’il est, à savoir le Blanc hétérosexuel et chrétien, afin de faire advenir l’homme nouveau, individualiste, multiculturaliste et transgenre  »… Lorsque « techno-progressistes et bio-progressistes assènent l’artificialisation du monde et de l’homme comme inéluctable », ne serions-nous pas en train de rompre la filiation avec ce réel qui nous constitue et de couper toute amarre avec une Terre que nous avons cessé de sentir sous nos pieds ?

Mais le réel aussi congédié par nos médias tournant en boucle ne reviendrait-il pas en boomerang déchirer le voile de l’aveuglement volontaire et du déni rageur ? Le philosophe ne désespère pas : les humains décrétés « sans valeur économique » renoueront-ils, au pied du mur ébranlé de cet aveuglement-là, avec des ressources spirituelles insoupçonnées ? « Il se produira alors une destruction de la bêtise et de la folie qu’aucune révolution n’est parvenue à faire jusqu’à présent. Une révolution d’autant plus destructrice et révolutionnaire qu’elle ne fera aucun mort. Rien que des vivants.  » La vraie liberté de l’homme ne consisterait-elle pas à accueillir cette révolution permanente appelée « émerveillement » ? La seule qui réaccorderait l’intime à l’immense en désentravant l’infini en nous ?

Bertrand Vergely, La destruction du réel, Le Passeur, 272 p., 20,90 €


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3 réactions à cet article    


  • JL JL 26 février 10:38

    ’’ A quelle « réalité » nous accrochons-nous encore ? ’’

     

     Il ne faut pas confondre le réel et la réalité. Vous aurez remarqué qu’on dit parfois « notre réalité » ; jamais notre réel.

     

    Ceci dit, l’article sans doute n’est pas dénué d’intérêt, mais je n’ai rien de plus à en dire.

     « Le réel est un concept ontologique qui désigne ce qui existe en dehors et indépendamment de nous. Il se définit par rapport à celui de réalité empirique, qui, lui, désigne ce qui existe pour nous grâce à notre expérience. Selon la thèse constructiviste, la réalité naît d’une interaction entre nous et le monde, interaction constitutive de l’expérience. » (c’est développé )


    • lephénix lephénix 26 février 11:28

      @JL

      merci pour votre contribution

      ce qui importe c’est bien le Réel dont nous faisons partie intégrante, si nous faisons pas écran avec lui par notre ego qui projette ses fantasmes de toute puissance narcissique et d’illimitation, ils sont bien insignifiants dans l’ordre de l’univers mais ont des effets bien tragiques pour nos semblables... Bertrand Vergely entend mettre en garde contre une fin programmée de l’humain (cf le transhumanisme) dans la mécanique des flux jeux ajustements et surfs déjà Bernanos dénonçait dans « la France contre les robots » (1944) cette « civilisation des machines » avec mise à mort industrielle de l’humain, et voilà que ça recommence par « le fun »...pour finir comme on sait... mais c’est juste la fin d’un monde, l’avenir est imprévisible par essence, les vagues ne pouvant que retourner à l’océan...


      • colibri 28 février 07:05

        Ibn ARABI ( le plus grand des maîtres de l’islam ésotérique ), enseignait que dans la chahada , la profession de foi des musulmans : « il n’y a de Dieu que le seul Dieu » on pouvait remplacer Dieu par Réalité ce qui donne :

        « Il n’y a de Réalité que le seule Réalité » .

        Dans cette optique , vouloir détruire la vision du Réel , l’ordre des choses et la vision que nous pouvons en avoir quand nous sommes dans le respect de notre nature et donc dans la vérité , c’est pécher contre le Divin et amener l’homme à l’anéantissement parce que c’est la négation de son âme .

        Détruire le réel , c’est vouloir réduire l’homme à la matière , oublier qu’il est pas qu’un corps mais qu’il a aussi une âme et un esprit qui s’est incarné dans ce corps .

        Cette tentative de destruction de la nature réelle de l’être humain ( pour que l’homme ne se réduise qu’à ses caractéristiques corporelles et sensibles et oublie qu’il a aussi un esprit ) existe depuis longtemps .

        Les signes en sont actuellement plus voyants, si bien qu’il y a plus de prises de conscience et de sursaut :sorte d’éveil chez certains qui ne sont pas pourtant pas la majorité .La majorité étant noyée dans la bien- pensance et l’illusion .

        L’illusion consistant à faire croire qu’il n’y a pas de Réalité (donc pas de Dieu ) , que toute réalité est forcément relative .

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