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CoVid-19 - 10 ils ont tous raison, mais…

 À écouter les uns et les autres je voulais intituler ce billet « mais ouvrez tout, après on verra ». Réflexion faite là n’est pas le sujet même s’il semble couler de source lorsqu’on entend les restaurateurs et le « monde de la culture ». Non seulement je ne méconnais pas les problèmes que rencontrent ces secteurs professionnels mais je les connais assez bien. Pour autant on ne peut pas ne rester que sur la critique de ces discours même si souvent ils sont infondés au regard de la gouvernance nécessaire pour faire face aux difficultés sociales et sanitaires que vit le pays. Nous sommes, aujourd’hui, confrontés à un problème global de qualité du discours public où « public » regroupe tous ceux qui ont accès aux médias et plus particulièrement aux médias télévisuels.

 

 Hier soir, samedi 19 décembre, j’écoutais sur BFM TV un médecin anesthésiste‑réanimateur donc peu spécialiste des virus et des épidémies expliquer que les foyers familiaux sont aujourd’hui les lieux où on trouve le plus de cluster et qu’en conséquence il voyait désormais arriver à l’hôpital des familles entières infectées par le virus : « le mari, la femme, la grand-mère et les enfants ». Une fois encore, les lieux de circulation ne pouvant ni par essence ni par construction scientifique constituer des clusters il n’y a rien de surprenant que ceux-ci se trouvent dans des lieux clos. L’activité de bureau des entreprises et des administrations ayant été pour la majeure partie transférée vers le télétravail on a éliminé un lieu clos où les risques de contamination étaient élevés, ce risque est très nettement moins important dans les ateliers et sur les chantiers. Le discours de ce médecin ne fait qu’enfoncer une porte ouverte mais présente un caractère anxiogène en laissant croire que le risque de contamination existerait uniquement dans le milieu familial alors que ce qui est dangereux ce sont tous les lieux où les personnes sont dans un espace et un volume réduit où ils sont amenés à enlever fréquemment leur masque. Quant à l’histoire de familles complètes qui arriveraient à l’hôpital ça fait un peu sourire, certes cela doit exister mais au regard du nombre de familles qui vivent à trois générations sous le même toit ça ne doit pas représenter une portion importante des hospitalisations, d’ailleurs les autorités chargées du suivi épidémiologique n’en font pas état. Plus globalement son discours était assez brouillon, l’auditeur (en tous les cas moi, mais sans doute suis-je trop critique) n’arrivait pas à y discerner une conduite à tenir entre mesures strictes et relâchement. Nous étions dans une sorte de brouillard rendant indiscernable la route à prendre entre mesures de confinement qu’il décrivait comme efficaces et relâchement qu’il qualifiait de nécessaire pour le bien-être psychique des personnes. Il semblait osciller entre le désir et la raison laissant le quidam faire un choix entre les deux.

 

 On voit bien dans ce discours que l’intervenant n’a jamais totalement tort mais qu’il n’a pas totalement raison. Cela ne tient pas à la nature des propos mais à la construction du discours qui n’introduit jamais la conditionnalité ni l’incertitude et qui se fonde trop souvent sur la seule expérience de l’intervenant, par essence réduite, et néglige une vue globale du problème notamment le rapport à d’autres angles d’analyse faisant appel à d’autres approches scientifiques. Un médecin, le plus médiatique des urgentistes français, tenait un discours organisé, ou désorganisé, de la même façon sur BFM TV ce dimanche matin.

 

 Ce médecin déclarait à juste titre que « L’épidémie n’est pas arrêtée », mais il ajoutait ; « Il ne faut pas avoir peur […] il faut savoir raison garder et attendre le temps de la science ». On ne sait pas ce qu’est le temps de la science, on le voit avec les vaccins où en quarante ans la science n’a pas encore découvert de vaccin contre le VIH alors qu’en quelques mois elle a mis au point plusieurs vaccins contre la CoViD19 ; en outre et c’est une question épistémologique fondamentale, est-ce que la science n’apporte que des bienfaits. Il est médecin, il n’est pas philosophe (ça se saurait), il n’est ni sociologue ni psychologue sinon il serait plus prudent sur l’utilisation de la peur en matière de gouvernement des personnes. Toutefois la question n’est pas celle de la peur, nécessaire, mais celle de la façon dont on la construit et la façon qu’on a de la gérer. Si, adulte, c’est par raison que j’accepte les mesures restrictives du Code de la route c’est soit parce que je dispose d’une connaissance scientifique ou technique qui m’assure de leur bien-fondé – et c’est limité dans une population — ou c’est parce que quelque chose me fait peur qui m’oblige à accepter ces mesures. Dans les années 1970, concernant le port de la ceinture de sécurité en voiture, la limitation de vitesse et le taux d’alcoolémie, si la France n’avait compté que sur les « sachants » et leur pouvoir de conviction nous en serions toujours à plus de 18 000 mots par an sur les routes. La décision ne fut pas de « faire peur » mais de « frapper les esprits » ainsi des images d’accidents apparurent sur les écrans de télévision souvent commentées par des médecins et des accidentologues, et surtout les autorités organisèrent une extraordinaire mise en scène où l’ensemble des 18 000 habitants d’une ville furent filmés allongés et inertes sur le bitume des rues. Je me souviens très bien, à l’époque j’étais directeur du secourisme et je collaborais avec un SAMU, de l’impact que cela eut et qui permit de mettre en place des mesures coercitives et des sanctions en cas de non‑respect des mesures, Fin observateur de la société et de l’actualité ce médecin pourrait prendre en compte ce qui fut observé lors de la 1re vague en Italie où chacun des observateurs s’étonnait que les Italiens qualifiés d’indisciplinés respectassent bien les mesures restrictives. On s’aperçut alors qu’une grande partie de la population avait été choquée par les convois de camions militaires qui faute de suffisamment de corbillards transportèrent en longs convois des centaines de morts ; psychologues et sociologues montrèrent aussi que de nombreuses familles ayant été touchées par un décès voyaient dans les mesures restrictives une nécessité.

 

 Dans la même veine ce médecin explique que la COVID va durer et qu’il va sans doute falloir vivre avec la maladie. Il a raison, c’est ce qui se passe avec la tuberculose, la poliomyélite, la rougeole, la grippe et bien d’autres maladies dont d’ailleurs le nombre va croissant, mais c’est un autre problème. Toutefois, on ne peut pas à notre époque se contenter de cette remarque sans mettre en face la science, justement, avec ses avancées et ses incertitudes dans un discours rationnel. Ce qui est anxiogène ce n’est ni de dire qu’il y aura une troisième vague ni même de dire que la maladie va durablement s’installer, ce qui est anxiogène c’est de ne pas dessiner d’espoir ou au moins de perspectives de moyens palliatifs à la maladie. Alors, l’urgentiste propose un moyen lorsqu’il dit que le problème réside dans l’inadéquation entre les moyens dont dispose le système sanitaire et les besoins, a-t-il tort ? Assurément non, le système sanitaire de la France n’est pas reluisant, mais en tant qu’urgentiste il devrait savoir qu’en présence d’une épidémie ou d’une catastrophe naturelle un système peut ne jamais être satisfaisant. Il devrait méditer l’exemple de l’Allemagne qui a un taux de lits de réanimation supérieur à celui de la France et qui, avec « sa deuxième vague » se trouve à la limite de l’implosion. Son discours qui veut présenter une solution pour la gestion sur le long temps de l’épidémie se construit moins sur une analyse poly‑scientifique, poly‑axiale et repose essentiellement sur une sorte de biais de confirmation. Pas ce biais il utilise un élément bien réel, l’épidémie, pour démontrer que son crédo revendicatif, l’augmentation des moyens, est totalement justifié. On ne peut pas dire qu’il a tort mais chacun voit bien que si sa proposition peut faire partie de la solution elle ne s’inscrit que dans le temps long et ne donne aucun espoir pour l’immédiat. Or c’est chaque jour que des personnes sont malades et meurent ; si la science s’inscrit dans un temps long, la vie des personnes se joue dans l’immédiateté.

 En outre de la relation immédiate des personnes aux propositions de ce médecin, chacun peut percevoir une autre dimension que celle strictement médicale. Supposons que la France quadruple le nombre de lits hospitaliers et de lits de réanimation, la maladie ne serait pas éradiquée pour autant, et quelle serait l’incidence économique de ces mesures ? Cette incidence se situe sur deux axes : celui du coût des hospitalisations, coût direct des soins et coût caché des arrêts de travail, ensuite il y a le coût en termes de fiscalité où on peut se demander si une forte hausse des impôts et des charges sociales n’entravera pas le développement économique. Je n’ai bien évidemment pas de réponse à ces questions, d’ailleurs y en a-t-il une ; je veux simplement montrer qu’on ne peut pas traiter une épidémie de l’ampleur de celle que vit le monde aujourd’hui en n’ayant qu’un seul regard scientifique. Le défi qui se présente à tout gouvernement c’est celui d’entendre les sciences et de croiser les problématiques pour proposer la solution la moins mauvaise, la moins invalidante pour la société qui soit.

 

 C’est ce que les professionnels comme ceux du monde de la culture et les restaurateurs semblent ne pas vouloir comprendre. La fermeture qui leur est imposée est dommageable pour eux mais elle est sans doute nécessaire pour le bien-être de la société. Le coût économique, pour eux mais aussi pour la société, sera élevé mais que serait-il si comme pour des épidémies de jadis nous atteignons des taux remarquablement élevés de mortalité : au 17e siècle en France la peste fit 7 millions de morts et la variole 3 millions pour une population d’environ 20 millions de personnes, en 1900 et pendant plusieurs années la tuberculose envoyait de vie à trépas environ 90 000 personnes en France. Même en tenant compte de l’espérance de vie ‑ très basse au 17e siècle par rapport à aujourd’hui ‑ chacun est en capacité de mesurer l’impact économique des décès au cours d’une épidémie et, nonobstant les aspects individuels notamment psychoaffectifs, on voit bien que si certaines mesures sont nécessaires les discours qui tentent de les disqualifier sont déraisonnables.

 

 La lecture d’une épidémie ne peut être que pluriscientifique incluant les aspects sociétaux et les aspects individuels des conséquences de la maladie et elle doit être distanciée de l’expérience unique de chacun pour avoir une vision sociale globale. Quand l’urgentiste cité plus haut avance, plein d’assurance, que les gens respectent tous le port du masque, l’usage du gel hydroalcoolique et le couvre‑feu il n’est que dans son expérience restreinte, je l’invite à venir chez nous et il aura le loisir d’entendre la circulation automobile et pédestre dans la rue durant une grande partie de la nuit, il verra chez ma buraliste combien de gens utilisent le gel, dans ma supérette combien portent le masque sous les narines et sans compter les lycéens et les étudiants qui se regroupent sans masques sur une place…

 

 Ces sachants (les autres étant des benêts incultes) qui monopolisent les espaces télévisuels n’ont jamais tort mais ils n’ont jamais raison parce qu’ils oublient ou négligent des pans entiers de ce qui constitue la vie d’une société et que leur discours est trop souvent mal organisé parce que trop auto‑centré. Au-delà des médecins il faut bien relever que nous cultivons, et les médias s’y complaisent, une obstination à tout séparer qui finalement fait perdre tout sens et toute consistance à l’essentiel. Ajoutons que comme dit un proverbe chinois, bien sûr attribué à Confucius, celui qui parle longtemps risque fortement de se tromper. Beaucoup, qui garnissent les plateaux de télévision autant qu’on peut garnir sa tartine de confiture, gagneraient et avec eux leur discours à être moins présents et plus raisonnables. Enfin, que ceux qui critiquent les mesures, certes coercitives, prises pour tenter de lutter contre les effets de l’épidémie et avec eux les gouvernants se souviennent de cette phrase de Paul Ricoeur : « Nous n’atteignons le bien commun que par le compromis entre des références fortes mais rivales ».


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4 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 21 décembre 2020 08:46

    « Divide ut imperes »


    • BA 21 décembre 2020 18:21

      Lundi 21 décembre 2020 :


      Covid-19. La nouvelle variante du coronavirus sème la panique en Europe.


      L’apparition au Royaume-Uni d’une nouvelle souche du coronavirus beaucoup plus contagieuse que les autres inquiète les épidémiologistes. Elle a dans l’immédiat, amené plusieurs pays européens à suspendre les liaisons en provenance du territoire britannique dimanche.


      Depuis l’apparition au Royaume-Uni d’une nouvelle souche du coronavirus beaucoup plus contagieuse que les autres, c’est le branle-bas de combat en Europe.


      Plusieurs pays dont l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie et l’Irlande, ont annoncé dimanche la suspension de tous les déplacements de personnes, y compris liés aux transports de marchandises, par voie routière, aérienne, maritime ou ferroviaire en provenance du Royaume-Uni. “Plus que jamais, l’Angleterre est une île”, note le Soir.


      Londres redoute maintenant “une crise du fret”, souligne The Independent. Selon le quotidien britannique, “certaines entreprises craignent que les conducteurs ne soient bloqués en Grande-Bretagne et que les marchandises ne puissent ni entrer ni sortir, ce qui entraînerait des pénuries alimentaires et les forcerait potentiellement à cesser leurs activités”.


      En cette pré-période de fêtes, quelque 10 000 camions effectuent chaque jour la liaison entre Douvres et Calais, rappelle la BBC. Downing Street a annoncé dimanche soir que le Premier ministre britannique Boris Johnson allait présider lundi une réunion de crise consacrée aux approvisionnements du Royaume-Uni.


      La fermeture des liaisons avec l’Europe tombe particulièrement mal alors que les ports anglais connaissent actuellement un trafic massif, causant parfois des retards et des bouchons sur les routes y menant, car nombre d’entreprises stockent pour se préparer à la sortie du Royaume-Uni du marché unique européen le soir du 31 décembre. 


      Face aux inquiétudes que suscite ce virus mutant, Emmanuel Macron, lui-même à l’isolement après avoir été testé positif au Covid-19, a présidé dimanche un Conseil de défense sanitaire extraordinaire, convoqué à la dernière minute.


      “Il y a quelques jours, cette découverte” avait pourtant “laissé de nombreux scientifiques indifférents”, remarque la Süddeutsche Zeitung. “Après tout, les virus sont en constante mutation – et cela peut même les rendre plus inoffensifs. Mais le développement actuel de ce pathogène en Angleterre sort clairement du cadre habituel”, car il est notamment 70 % plus contagieux que la forme précédente. “On ne sait pas encore si ce nouveau virus est également particulièrement dangereux, mais il doit être étroitement surveillé”, note le quotidien allemand.


      Par ailleurs, s’il a la capacité de se transmettre plus facilement d’un individu à un autre, “cela pourrait forcer potentiellement le gouvernement irlandais à revoir sa stratégie de contrôle du virus”, a expliqué le professeur de médecine dublinois Paddy Mallon, au quotidien The Irish Times. “Étant donné qu’un plus grand nombre d’infections signifierait que davantage de personnes tomberaient gravement malades à cause du Covid-19, ce qui entraînerait une pression accrue sur les hôpitaux”, l’Irlande, comme d’autres pays, “pourrait être contrainte d’appliquer des restrictions sévères plus longtemps et d’abandonner l’idée de restrictions progressives et d’assouplissement des mesures”.


      https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/covid-19-la-nouvelle-variante-du-coronavirus-seme-la-panique-en-europe


      • Gasty Gasty 22 décembre 2020 07:49

        « le mari, la femme, la grand-mère et les enfants ». Si l’un d’entre eux est touché les autres sont évidement exposé.

        Si c’était une gastro ou la grippe le résultat serait le même et n’aurait comme origine non pas l’intérieur du foyer mais l’extérieur. Pour le COVID 19 il proviendrait de Yuhan, même pas du paillasson d’à côté. Le COVID est un grand voyageur.

        Comment se soigner du COVID : restez chez vous, n’allez pas voir votre médecin, mangez du doliprane.

        Il y avait pourtant d’autre solutions mais restés sous silence, méprisés, écartés, on aurait voulu faire des morts qu’on s’y serait pas pris autrement.


        • Jean Keim Jean Keim 22 décembre 2020 08:13

          Les membres du gouvernement ne veulent que notre bien en nous interdisant certains faits et gestes qui peuvent nous exposer au covid-19 (j’en profite pour dire que covid ne peut être que masculin comme l’est le mot virus), ok qu’ils soient couverts de louanges, mais alors pourquoi ne pas interdire tout ce qui manifestement nuit à la santé en la dégradant, comme MacDo, Coca-cola, nutella, le tabac, la drogue, l’alcool, les intrants chimiques agricoles, les conservateurs, etc. ?

          Oui, oui je sais ! il y a notre sacrée sainte liberté à géométrie variable et des considérations économiques supérieures autrement plus importantes que le petit hôtel-resto-bar du coin, alors qu’en est-il des dessous de l’affaire virale qui tourne en boucle dans tous les médias ?

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