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Accueil du site > Actualités > Société > Didier Lombard et la mode du suicide

Didier Lombard et la mode du suicide

Lundi 6 Mai 2019 s'ouvre le procès de Didier Lombard ancien PdG de France Telecom plus connue actuellement sous le nom d'Orange. Il risque jusqu'à un an de prison et 15000 Euros d'amende. Cette ancienne histoire remue en moi des souvenirs terribles d'autant plus insoutenables quand je lis les commentaires des lecteurs du journal Le Figaro.

Oui, oui, je sais, je réponds tout de suite à ceux qui m'objecteraient : « Mais pourquoi tu lis ce torchon de droite catho ? ».

Je leur répondrais aussitôt car c'est en ligne, que c'est gratuit, que j'ai aussi la possibilité de le lire en totalité grâce à un abonnement à l'Institut Français (hé oui je n'habite plus en France mais en Allemagne) et que quand tu as lu un média MSM (médias mainstream), tu les a tous lus. Alors tant qu'à faire autant que ce soit gratuit.

De surcroît c'est plein d'enseignements : tu peux savoir ce que pense la partie de population précitée grâce à des sondages en ligne instantanés, du type « êtes-vous pour le retour des djihadistes et de leurs familles en France ? ».

J'arrête là mon apologie (sic) de ce journal pour revenir à cette période les plus sombres de l'Histoire de France telecom.

Un commentaire m'a particulièrement énervé :

 

E-conoclast

Je doute de ce que l'on puisse être globalement harcelé à France Telecom vu le rythme de travail et les avantages liés à une grosse boite. Après, tomber sur un chefaillon reste possible partout, et du cela coïncide avec une période difficile sur le plan personnel ou une fragilité...

En tout cas, j'espère qu'ils ne traitent pas leur personnel comme je suis traité depuis 5 ans en tant que client dont internet marche une fois sur trois sans qu'ils ne parviennent à régler le problème après une cinquantaine de démarches de ma part à cet effet...

Le 06/05/2019 à 07:14

 

Voilà le commentaire de quelqu'un qui a sûrement moins de 40 ans et qui n'a pas connu le service public.

En 2009 j'avais un jeune prestataire en face de moi dans mon bureau qui ne jurait que par Free. Comme de juste il avait moins de 30 ans, était Bac plus 5 et employé sur un poste qui en interne était du Bac plus 3 maximum. Et de me vanter le débit, la qualité de transmission, le rapport qualité/prix de sa boiboite Freebox. Ce à quoi je lui rétorquais : « chante beau merle, chante et attends la première panne et on en reparlera ».

Un violent orage plus tard, la foudre lui détruit, via une surtension bien en amont, sa Freebox et le voilà en train de découvrir les joies de discuter avec une entreprise qui n'a aucun service client autre qu'en ligne. Je vous passe ses discussions avec des intervenants divers et multiples qui tous déroulaient leur procédure (toujours la même d'ailleurs), les techniciens qui se déplaçaient -systématiquement quand il n'était pas chez lui (ils devaient avoir un détecteur !) - pour ne rien constater, la découverte que son chèque de caution de 400 euros était bien une séquestre...

Au final, après 2 mois sans Internet, il est passé chez SFR, fidèle à sa logique d'exécration de cette entreprise de parasites qu'était à ses yeux France Telecom qui soit dit en passant le nourrissait.

Pour revenir à ce commentateur : qu'il ne se fasse pas d'illusion. Chez tous les opérateurs c'est la même chose ! Internet et ses GAFA nous ont habitué à du gratuit ou du low cost. La contrepartie évidente c'est que pour permettre ces bas prix il faut sacrifier bien des choses. Et le choix des opérateurs a été de sabrer dans le SAV, le client étant déjà capté et captif.

 

Coutrot Olivier

Quand on n'est pas satisfait de son empoyeur, on démissionne !

Le 06/05/2019 à 07:47

Cette phrase lapidaire traduit une méconnaissance totale du sujet et mérite une réponse en trois parties.

Tout d'abord l'employeur des P&T (Postes et Télégraphes), PTT, devenus PTE, les Telecom puis France Telecom et pour finir par Orange, c'est l'Etat. Bien que depuis 1996 ont été embauchés des ACO (pour agents contractuels par opposition avec les AFO agents fonctionnaires), à l'époque incriminée le gros des troupes était encore constitué d'AFO.

Pourquoi entrait-on dans la fonction publique à l'époque et encore maintenant – je dirais même, encore plus de nos jours ? Ben cette question ma bonne dame, pour la sécurité de l'emploi ! Pour cela on sacrifiait son biotope car il fallait « monter » à Paris. Je me souviens encore des conseils que nous prodiguaient le personnel qui nous accueillaient : « vous avez la chance de pouvoir choisir vos postes. Aussi ne choisissez pas ces derniers en fonction de la proximité des gares (celles qui vous ramenaient à votre biotope les week-ends !) mais plutôt en fonction du descriptif de ceux-ci.

Une deuxième composante qui faisait choisir d'être fonctionnaire était que l'Etat, en bon père de famille, vous formait et vous permettait de grimper « en interne » beaucoup plus facilement que dans « le privé ». Vous entriez niveau zéro diplôme, BEPC, Bac, Licence (anciennement et respectivement catégorie D, C, B et A) et vous pouviez passer à la catégorie supérieure (voire pour les plus brillants de deux catégories, par exemple de C à A) via des concours.

Ces formations étaient réelles avec retour sur les bancs de l'école (IRET à l'époque pour Institut Régional de l'enseignement des Telecom) avec des durées allant de 15 mois pour la catégorie A, de 3 mois pour la catégorie B...

La dernière composante et non des moindres était celle du retour dans son biotope. Après une longue traversée du désert à Paris ou de l'IdF le retour (la mutation) dans sa région d'origine. Le bonheur total ! Une bouffée d'oxygène tant sur le plan affectif que sur le plan réellement physique (la pollution) et surtout financier. Vous récoltiez enfin les fruits de votre sacrifice : un fort revenu (en comparaison à celui vos amis d'enfance restés au pays, aux mêmes postes que quand vous les aviez quittés).

Ce système était injuste, certes, car il était basé sur le sacrifice des jeunes qui y entraient mais ces derniers devenus plus mûrs en devenaient à leur tour les récipiendaires. Le tout était de savoir patienter.

Et le travail me diriez-vous ? Hé bien il était fait. Et plutôt bien fait n'en déplaise aux grincheux. Comme j'avais la bougeotte, j'ai changé souvent de postes et aussi passé quelques concours internes, en attendant le Graal de la mutation. Et à ma grande surprise j'ai toujours constaté ce ratio pour une service ou une division donné : 5 à 10 % de parasites, à peu près autant de fous furieux du travail (si, si ça existe chez les fonctionnaires) et le gros des troupes faisant leur travail et le faisant disons plutôt bien.

Avec un taux de chômage de 10 %, avec presque 16 millions de pauvres, autant qui sont en découvert le 15 du mois, de Gilets Jaunes qui clament leur désespoir économique (entre autres) voilà un Monsieur qui ose ce commentaire. Soit il est à la retraite, soit il est Bac +10 et sorti des plus grandes écoles.

 

Le président des très riches

Lombard avait recruté des DRH la plupart issus des écoles de commerce qui se faisaient appeler les "Killers" et qui étaient chargés de pousser les salariés vers la sortie quelques qu'en soient les moyens. Ils avaient des objectifs chiffrés de réduction d'emploi et était primés en conséquence. Ça m'a été rapporté par un de ces DRH qui ne s'est pas soumis à cette entreprise de destruction et qui a été licencié.

Le 06/05/2019 à 09:09

Ce commentaire décrit clairement la réalité de l'époque, celle qui a poussé tant de personnes au suicide. Mais il ne dit pas comment. La technique est simple à mettre en œuvre et s'appuie sur les plans ACT et NEXT via quelques leviers psychologiques.

Acte 1. On prépare un service à sa suppression dans disons 1 an. Les plus débrouillards, ceux qui savent ce qu'ils valent et savent le montrer (la fameuse différence entre le savoir-faire et le faire savoir !) se recasent rapidement. Puis le gros des troupes est basculé dans une autre entité.

Ne restent plus que ...les bras cassés. Non on vous a soufflé trop vite la mauvaise réponse. Certes quelques-uns sont là, les plus visibles mais restent aussi quelques-uns des fous furieux du travail. De ceux qui ont tout donné pour la boîte. Qui ont fait des procédures, des logiciels. Qui ont monté des maquettes, des bancs de test. Bref les « cadors » de la division mais qui n'ont pas su valoriser leurs activités par une promotion ou un diplôme, se contentant de la main que lui passait dans le dos leur responsable. Mettez cette personne hors de son élément et elle meurt littéralement.

Acte 2. On laisse mijauter les derniers quelques mois dans le service en décomposition en leur faisant tirer la langue car les « killers » ont toujours l'espoir que l'agent démissionnera. Et de fait certains sont partis écoeurés.

Acte 3. On recase les rescapés dans des bagnes. Littéralement. Je suis obligé de taire mes sources mais dans quelques grandes villes de France il existe ce qu'on appelle des plateformes d'appel (un sinistre lieu où sur plusieurs étages dans des Open Space, le personnel tente de convaincre d'autre gens d'acheter des produits Orange ou qui récitent leur procédure de « traitement d'incident » à des abonnés exaspérés).

Plusieurs de ces agents m'ont dit qu'entre eux ils surnommaient le site de Rennes Guantanamo.

Imaginez-vous un instant : le jour d'avant vous étiez un spécialiste reconnu dans un domaine très pointu. Le jour d'après vous vous retrouviez à demander à un jeune Geek qui se plaint de sa Box : « avez-vous pensé à regarder si votre Livebox était bien raccordé au réseau électrique ? ».

Et peu importait votre grade ou votre salaire.

Je vous laisse imaginer l'acte 4.

 

gerald gregoire

C'est triste ce qu'il est arrivé ... 19 suicides , je pense que leur boulot n'est pas la seule raison....
imaginez si on privatisez la SNCF ont aurait 200 suicides car il faudrait qu'ils se mettent au boulot et plus de grève surtout

Le 06/05/2019 à 08:54

En deux lignes on retrouve intacte la fracture privé versus public. Il est vrai que les suicides ont toujours existé. Mais ce que le syndicat SUD Telecom a découvert et sur lequel il a alerté, c'est la nette augmentation de ces suicides.

Concernant la SNCF il faut mettre en avant le facteur de nuisance. Si vous êtes fonctionnaire à la Direction de la Santé, Division du planning familial vos moyens d'action liés à votre pouvoir de nuisance sont, disons, un peu faiblards voire nuls.

Si par contre vous pouvez paralyser le pays uniquement avec 1 % des agents, pourquoi ne pas en profiter ? C'est honteux, injuste, tout ce que vous voulez mais tellement humain !

S'y ajoute le phénomène de délégation de la grogne sociale. Avant l'apparition du mouvement des gilets jaunes, le salarié (privé ou public peu importe) qui n'avait pas les moyens financiers et/ou le pouvoir de nuisance mais qui en avait ras-le-bol d'un certain type d'injustice sociale, soutenait les cheminots dans leur grève contre cette injustice, cheminots plus à même d'exercer ce fameux pouvoir de nuisance. Et ainsi leur déléguait ce pouvoir de revendication.

Maintenant ce sont les gilets jaunes qui reprennent le flambeau. Et on magnifie (à juste titre d'ailleurs !) ces GJS qui se font gazer, matraquer, estropier en portant haut leur grogne et la notre qu'on n'ose pas ni montrer ni défendre. J'admire au passage ces héros qui vont au casse-pipe tous les samedis !

Je me suis souvent demander pourquoi les techniciens ne faisaient pas comme les cheminots en mettant à profit leur pouvoir de nuisance en coupant carrément le téléphone. Ca aurait eu une autre gueule qu'une grève SNCF ! Plus de data, plus de TV, plus de téléphone (seul le réseau gouvernemental aurait survécu).

 

Isidore Moruy

La méthode a été indigne mais on se souvient que le rythme de travail des fonctionnaires de France Telecom n'était pas du genre olympique. Alors forcément les plus fragiles ont trouvé ça dur.

Le 06/05/2019 à 08:45

Là je suis MDR. Juste une petite anecdote. Un mien neveu après un brillant double cursus école de commerce-école d'ingénieur a travaillé dans deux grosses boîtes puis après une première alerte cardiaque à 34 ans a décidé de lever le pied et de trouver un travail « tranquille ». Il a d'abord tenté un cabinet conseil où bien vite il s'est retrouvé à faire le boulot de « petit dernier » malgré son CV mais avec la carotte du passage à Senior puis à Associate. Quand il a compris que c'était une arnaque il s'est décidé à entrer à Orange en 2017 pour avoir des horaires tranquilles tout en étant bien payé.

Voyez l'image que continue à traîner Orange !

Il s'en est enfui après seulement 2 mois en disant que c'était des fous payés au lance-pierre. J'ai ri, mais j'ai ri quand je l'ai su.

Maintenant il travaille dans un tout petit cabinet pour un salaire bien moindre mais tellement plus en adéquation avec ses souhaits.

C'est qu'entre temps est apparu un concept qui est celui de l'annualisation du temps de travail. Vous avez un quota d'heures à fournir mais à l'année. Ce qui fait que vous êtes très libres dans vos horaires. C'est un gros avantage pour l'entreprise. Elle ne paie plus d'heures supplémentaires ni n'a à les gérer en cas de surcroît de travail et se garde bien de vous permettre vous laisser prétendre à des « heures de récupération ».

Ce qui fait que le salarié prend l'habitude de venir tard au boulot (pour se donner l'illusion que c'est un cadre important – c'est vrai qu'il est souvent cadre), le quitte encore plus tard. Et travaille le week-end à envoyer des mails et à travailler sur ses dossiers. Pour le plus grand plaisir d'arriver le lundi matin en réunion et de montrer aux autres à quel point il est « corporate », à quel point il se sacrifie pour la sacro-sainte équipe ou team en franglais courant.

Les allemands -qui ont quand même un solide sens de l'humour malgré certains esprits chagrins- déclinent ce mot anglais tellement galvaudé « team » en un acronyme T.E.A.M qui se dit « Toll.Ein.Andere.Macht's ». Qui se traduit par « Super ! Un autre fait le boulot ».

 

RICHARD MONTI

1 an et 15000€, c’est déjà prévu dans le « business plan », et budgétisé , même pas le prix de 5 mn de pub sur TF1. 1 an de prison ramené à six mois avec sursis, en référence aux cas bien plus graves : Juppé, Cahuzac etc.. et enfin un parachute doré , conseil d’Etat ou une des structures ah hoc déjà gorgées de socialistes :Terres Australes, institutions culturelles.. voilà, cela tiens en 2 lignes pour un préjudice immense impossible à requalifier , l’instruction dès le départ à choisi le plus bénin des délits. C’est ainsi que fonctionne notre pays.

Le 06/05/2019 à 09:09

Ce monsieur met dans le mille. C'est budgétisé...

La justice est tellement aux ordres -la crise des GJS le montre bien- que cela en est institutionnalisé ! (lisez cet excellent article de Libération du 21 Février 2018). Jérome Cahuzac ne fera même pas de prison ! Il restera chez lui avec un bracelet.

Christophe Dettinger lui, est embastillé direct après une comparution immédiate et passera pendant un an ses nuits en prison.

C'est aussi ce que dénonce Philippe Pascot dans son livre « Pilleurs d'Etat » sur les députés. Ainsi à la page 155 de l'opus précité il peut mettre en titre

« Un voleur de mobylette risque plus de prison qu’un député qui fraude  ».

Juan Branco dans son livre « Macron et son Crépuscule », disponible ici par exemple, nous explique que « Pauline Guena et Marc Leplongeon nous révèle (en faisant une petite faute d'accord au passage) comment un ancien proxénète devenu milliardaire puis oligarque, un certain Xavier Niel,avait rencontré à l’orée des années deux-mille une femme du milieu, Michèle Marchand, emprisonnée notamment pour trafic de drogues, et avait décidé de s’allier à elle pour en faire un rouage dans son ascension fulgurante vers les plus grandes fortunes de France. »

Certes, ce monsieur Niel a payé pour ses fautes passées et c'est bien le grand mérite de notre République, une fois sa dette envers la société payée, que de permettre à un ex-détenu de repartir sur des bases nouvelles. Mais là on dépasse tout.

Free ce sont quelques équipements terminaux (Box pour l'internet/TV/Téléphone et BTS pour la téléphonie mobile) s'appuyant sur le réseau Orange que ce dernier est forcé de lui louer, au nom de la concurrence, et à un prix qu'il ne peut même pas décider. Je salue bien bas l'entourloupe. Free c'est du vent au contraire de SFR qui dispose d'un réseau bien à lui.

Vous pouvez lire avec profit l'admirable prestation de Xavier Niel devant la Commission des affaires économique du Parlement en date du 25 Janvier 2012 afin de vanter les mérites d'un quatrième opérateur. L'on y apprend qu'il gagne 173000 euros/an, que Free dispose d'une Task Force de 5000 agents et que grâce à cette saine concurrence la qualité va obligatoirement augmenter. On se croirait en 2005 à entendre les arguments des pro UE qui nous décrivaient une France dans une Europe sans chômage avec une nette augmentation du niveau de vie.

Pas de chance le lendemain Stéphane Richard (le président d'Orange) devant cette même commission nous apprenait que Xavier Niel touchait 14 millions d'euros de dividendes en 2011 ainsi que tout un tas de contr'arguments que je vous laisse découvrir dans cet article.

Las. La quatrième licence d'opérateur mobile fut quand même accordée à Free.

 

ciyoyendu78

Les fonctionnaires de l’époque ont simplement goutes au management privé et n’étant pas préparés certains ont commis l’irréparable . Dans le privé l’intimidation ,la pression , la placardisation , le mgmt par le stress c’est le quotidien de millions de salariés . Ils ne se tuent pas pour autant quand ça devient insoutenable ils se vendent ailleurs tant que faire se peut . Un fonctionnaire est un écolier qui attend son bulletin trimestriel . Un biberonne sur protègé . Donc ce n’est pas égalitaire .
Désolé de ne pas pleurer sur le sort de moutons qui font pour la plupart du présentiel sans aucune valeur ajoutée .
Dans 30 ans ça ira mieux nos jeunes veulent gagner de l’argent pas de se planquer avec un crayon et un fax .

Le 06/05/2019 à 12:49

Ce monsieur est sûrement un adepte de tout ce qu'il décrit (intimidation, placardisation, pression, management par le stress). Quand il dit « Ils ne se tuent pas pour autant », il a tout faux. Jusqu'à ces fameux suicides la France ne disposait d'aucune statistiques à ce sujet. J'en profite pour rappeler le scandale énorme que fut à l'époque la parution du livre de Claude Guillon et Yves Le Bonniec, Suicide, mode d'emploi : Histoire, technique, actualité, Paris, éd. Alain Moreau, 1982 (réimpr. 1987), 276 p.

Ce livre (que j'ai la chance de posséder) a été écrit dans l'intention absolument louable d'éviter que les candidats aux suicides ne se ratent et survivent avec d'affreuses complications. Il a été censuré neuf ans après. En effet il faut bien distinguer un suicidé et quelqu'un qui fait une tentative de suicide (TS) afin d'attirer l'attention sur son mal-être.

Depuis rien, aucun chiffre. Il a fallu attendre le 9 Septembre 2013 pour que soit créé un Observatoire national du suicide. Lequel publie des rapports réguliers...sur la prévention du suicide. Chaque secteur d'activité (police, agriculture, commerce...) a peur d'être sous les feux de la rampe et donc ne publie rien spontannément.

Une autre étude médicale très poussée sur le Nord-Pas-de-Calais indique dans sa conclusion

« Diagnostiqués par le médecin généraliste, ressentis par le patient ou objectivés par le MINI, les troubles psychiques reliables à l’activité professionnelle concernent un quart de la population active occupée consultant son médecin généraliste, dont une majorité de troubles anxieux et d’épisodes dépressifs majeurs.

Le site https://www.sentiweb.fr/ publie, depuis 2013, chaque année un rapport assez détaillé sur les suicides et les TS mais qui ne va pas malheureusement dans le détail par grands secteurs professionnels.

Un détail troublant par contre : le taux de suicidés parmi les plus de 70 ans a sacrément augmenté, passant de 25,9 % en 2013 (page 89) à 40,0 % en 2017 (page 112).

Voici encore un point à creuser : le suicide des personnes âgées. Ce sujet est encore bien tabou.

 

expat014

N'y a-t-il pas plus de suicide dans les forces de l'ordre ses dernières années que chez France Telecom à l'époque ? En nombre comme en taux ?

Le 06/05/2019 à 16:50

 

On compare souvent ce chiffre de 19 suicidés à Orange pour 120000 salariés sur deux ans au 71 suicidés dans les forces de l'ordre en 2018 pour 238000 membres des forces de l'ordre (source le Monde de 2015)

Ce qui donne respectivement 7,9 suicidés pour 100000 à Orange contre 29,8 pour 100000 pour les forces de l'ordre. Ces dernières semblent plus à plaindre de prime abord. Je pense que c'est vrai mais qu'il faut relativiser.

Premièrement les 19 suicidés à Orange sont uniquement des cas avérés et patents liés aux conditions de travail. N'ont pas été comptabilisés les autres cas (maladies, désordres affectifs...). D'autre part il ne faut pas oublier qu'il est beaucoup plus tentant -et j'oserais même dire, facile- de passer à l'acte quand on dispose d'une arme à feu que de se jeter du haut du troisième étage ou de se pendre à une poutre.

Je m'étonne aussi de la passivité et de la solitude de ces pauvres gens qui s'infligent cette violence terrible qu'est le suicide.

Aussi je me propose de pasticher ce bel aphorisme lu sur le dossard d'un gilet jaune :

"La honte d'être pauvre se transforme en colère quand on se rend compte qu'on n'est pas seul" en disant :

"Avoir mal au travail se transforme en colère et en combat quand on se rend compte qu'on n'est pas seul."


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8 réactions à cet article    


  • L'Astronome L’Astronome 7 mai 13:22

     

    Ce que l’on moins peut-être, c’est que France-Télécom était en partenariat avec des sociétés qui sous-traitaient certains services. En particulier, les services internet et réseau, l’expertise des lignes, les problèmes de connexion / déconnexion internet avec la fameuse « Live-Box »... Une de ces sociétés était Télé-Performance, en lien direct avec FT, et elle traitait les appels des clients se plaignant de pb de connexion internet. Les salariés (« collaborateurs ») de Télé-Performance étaient soumis au même stress que les employés de FT, et s’il n’y a pas eu de suicides constatés (j’étais alors au CHSCT), le taux de turn-over était effarant, tant les conditions de travail étaient exécrables

     


    • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 7 mai 14:30

      @L’Astronome

      Le slogan de l’époque était : garder le « coeur de métier » et sous-traiter le reste.
      Vous m’apprenez le nom de Télé-Performance ainsi que son domaine d’activité. Votre description décrit parfaitement la déclinaison de ce slogan ainsi que les conditions de travail en relation.
      Par ailleurs cette sous-traitance concerna aussi l’immobilier. FT a bazardé son gigantesque patrimoine immobilier pour le relouer aussitôt !
      Et ainsi la présentation comptable change complètement !


    • Ruut Ruut 7 mai 13:27

      Le télétravail est le début de l’isolation du travailleur en préparation a son remplaçant par un employé moins coûteux d’un pays autre que la France.


      • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 7 mai 14:49

        @Ruut

        Ce sujet est extrêmement intéressant mais est vraiment très vaste et requiert plein de développements dont je ne connais bien qu’un exemple à FT.
        Ils ont tenté d’outsourcé l’intégration de produits informatiques en Inde. Ca a été un brave fiasco qui a duré de longues années.
        Un exemple qui va vous étonner : mieux vaut faire fabriquer du matériel en Suisse qu’en France malgré le coût horaire exorbitant local ! La raison tient en partie dans la facilité de licenciement du travailleur suisse.
         


      • Yaurrick Yaurrick 7 mai 21:25

        @Michael Gulaputih
        et accessoirement cela permet à la Suisse d’avoir un taux de chômage de 2.6%...


      • foufouille foufouille 7 mai 16:15

        je n’ai pas vu que france télécom était mieux que les autres.


        • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 7 mai 16:32

          @foufouille
          Mieux que quels autres ?


        • UnLorrain 9 mai 12:01

          @Michael Gulaputih

          Autres F.A.I. je suppose. Je n’ai pas tout lu de votre article.

          Ah les F.A.I....il y existerait une concurrence féroce entre eux,féroce est aussi cruelle. Je me souviens lire sur forums,quand le nombre de concurrents croissait, que des intervenants sur les lignes physiques « saboter » la bande passante de ce concurrent...Un très petit nombre de mains avait la possibilité de farfouiller sur ces lignes physiques. ..

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