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Accueil du site > Actualités > Société > Gérald Andrieu tire le portrait de la périphérie frontalière

Gérald Andrieu tire le portrait de la périphérie frontalière

Cet été, j’ai lu et étudié deux livres de Christophe Guilluy, « La France périphérique  », et « Le crépuscule de la France d’en haut  », qui ont suscité des débats parfois très vifs, sans doute le signe qu’il avait vu juste. Son analyse gagne à être complétée par deux très bons livres : « Dans quelle France on vit  », d’Anne Nivat, et « Le peuple de la frontière  » de Gérald Andrieu.

 

A la rencontre de ces Français abandonnés
 
C’est à la marche que Gérald Andrieu a parcouru la France, du Nord au Sud, une incroyable aventure humaine, parcourant plus de 2000 kilomètres à pied, en cinq mois. Des deux livres, c’est celui de Gérald qui m’a le plus plu, et que j’ai dévoré en quelques jours. Plusieurs raisons à cela : outre un format plus compact, qui lui donne un style vif et élégant, c’est surtout la capacité de Gérald à discuter avec les citoyens, plus encore que les individus atomisés, résignés et maltraités par l’époque. Ses échanges ont été, probablement à dessein, essentiellement politiques, quand Anne Nivat a choisi d’avoir des échanges plus personnels, très intéressants, mais produisant un autre type de matériel.
 
En introduction du livre, il y a cette belle citation de Jack London : « je découvris que je n’aimais pas vivre à l’étage du salon de la société. Intellectuellement, je m’y ennuyais. Moralement et spirituellement, cela me rendait malade (…) Je n’ai plus envie de monter. L’imposant édifice de la société qui se dresse au-dessus de ma tête ne recèle plus aucun délice à mes yeux. Ce sont les fondations de l’édifice qui m’intéressent  ». Il dit vouloir « donner la parole à ces gens à qui les responsables politiques reprochent d’avoir peur alors que dans le même temps ils font si peu pour les protéger et les rassurer », souvent peu visibles, à mille lieues de la superficialité des campagnes électorales d’aujourd’hui.
 
Il dit aussi avoir voulu « ralentir pour en finir avec le flux d’actualités qui rend le journalisme fou et le monde toujours plus flou (…) les média ajoutent désormais du brouhaha au bruit et du capharnaüm au désordre existant ». Loin de Paris, il note que la bulle Macron ce « candidat des villes, et certainement pas celui des champs  » a peu intéressé, et que, si le candidat du « bloc bourgeois » a gagné, il y a eu 15 millions d’abstentions, de votes blancs et nuls… Pour lui, « en 1983, la gauche a commencé à abandonné le rôle qui était censé être le sien : défendre les classes populaires dans leur ensemble, auxquelles elle a fini par préférer un agglomérat de minorités, le ‘chacun’ plutôt que le ‘commun’  ».
 
Il évoque Ungersheim, dirigé par un maire de gauche et écologiste depuis plus de 30 ans, Jean-Claude Mensch, mais qui vote FN aux élections nationales. Ici, les enfants mangent bio et local pour 4,21 euro par repas (contre 2,5 à 2,8 pour les solutions industrielles), « l’eau et l’assainissement ont été repris en régie publique, ce qui a permis de baisse le prix de l’eau de 5% à deux reprises  », la piscine est chauffée avec du bois et des panneaux solaires, et la ville expérimente une monnaie locale. Mais elle est aussi une « cité-dortoir typique de cette France périphérique, traversée en son centre par des routes très passantes et n’arrivant pas à faire vivre sur place beaucoup de commerçants  ».
 
Gerald Andrieu conclut son livre en évoquant « ces personnes qui se sont montrées prévenantes envers moi. Ces mille et unes attentions quotidiennes dessinent – il faut le répéter, encore et encore – un pays plus solidaire et plus généreux qu’on nous le dit ». Il parle de ces Français qui « ont souvent le sentiment d’être réduits au rang de chair à canon d’une guerre industrielle, commerciale et financière dont l’Europe actuelle ne les préserve pas ou, pire encore, qu’elle encourage (…) la recherche du seul profit et l’obsession du court-termisme qui détruit tout, les valeurs et les repères d’hier qu’is regrettent de voir peu à peu abandonnés (…) ces politiques qui ont cédé les rênes du pouvoir  ».
 
« Le peuple de la frontière  » est sans doute le livre indispensable pour prendre le pouls politique de cette France périphérique oubliée, le complément logique aux livres de Christophe Guilluy par la parole qu’il donne aux citoyens de la périphérie, sans artifice, mais en s’adressant à eux d’une manière éminemment politique, dans un dialogue ouvert et bienveillant qui vaut mille sondages et chiffres.
 
Source : « Le peuple de la frontière  », Gérald Andrieu, Les éditions du Cerf
 
Lire aussi le compte-rendu de Natacha Polony, et celui de David Desgouilles,
 

 

Suite dans deux jours

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5 réactions à cet article    


  • ysengrin ysengrin 22 novembre 11:03

     Bonjour,

    Cette France périphérique, celle des besogneux qui ne se font pas entendre et qui ne participent pas au grand spectacle, 

    C est le socle..
     les fondations immuables et tranquilles qui tiennent la France debout..... 


    • zygzornifle zygzornifle 23 novembre 09:04

      Ces 2 bouquins ne seront pas sur la table de chevet de Macron ......


      • ysengrin ysengrin 23 novembre 09:25

        les laissés pour compte invisibles font masse ..


        ils n’ont pas la chance d’appartenir à une minorité visible...

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