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L’égalité femmes-hommes : le bluff de la « grande cause nationale »

Le gouvernement avait annoncé qu'il ferait de l'égalité hommes-femmes une grande cause pour le quinquennat. Mais les premiers pas accomplis en ce domaine laissent sceptiques. encore une instrumentalisation de la cause des femmes ? 

www.comitecarnot.org

 

Le mouvement sans précèdent de témoignages de harcèlements sexuels sur les réseaux sociaux et relayés par les médias depuis quelques semaines atteste d’un malaise collectif et de faits et expériences trop souvent étouffés et gardés pour soi

 

Ce combat n’est pas restreint aux milieux militants et engagés, il est désormais mis en lumière par les médias : une telle exposition oblige le gouvernement à prendre position.

 

On ne peut que souligner cet élan positif et les bénéfices pour la cause de l’égalité femmes-hommes, malgré les potentielles dérives dénoncées par certains. Emmanuel Macron a réaffirmé le mois dernier qu’il considérait l’égalité femmes-hommes comme la cause nationale de son quinquennat. Or, il faut craindre que cette déclaration soit en décalage avec l’engagement réel du gouvernement sur ce terrain.

 

Dès le début de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron a affiché sa volonté de faire de l’égalité femmes-hommes une des missions de l’Etat. Pour ce faire, son programme détaillait deux objectifs : aider les femmes à concilier vie professionnelle et vie familiale d’une part, lutter contre le harcèlement et les agressions dont les femmes sont victimes, d’autre part. Durant l’entre-deux-tours, le candidat avait fait savoir par un tweet qu’il souhaitait la création d’un « ministère plein et entier des Droits des femmes », laissant ainsi penser que l’égalité femmes-hommes serait une politique publique à part entière du gouvernement. Cependant, le 17 mai 2017, l’annonce de la composition du gouvernement d’Edouard Philippe marque un premier recul pour la cause. En effet, c’est une secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes qui est nommée, placée auprès du Premier Ministre.

 

Ainsi, la mission de l’Egalité entre les femmes et les hommes ne se voit pas attribuer un ministère de plein-exercice. Au-delà du symbole, le secrétaire d’Etat dispose de moyens d’action plus limité. Or, comme le recommande le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes [1] (HCE) dans un rapport publié le 27 juillet dernier, une politique d’égalité réussie nécessite une action transversale et donc interministérielle.

C’est ensuite à peine un mois et demi plus tard que la mission publique de l’Egalité femmes-hommes est de nouveau restreinte, et cette fois-ci matériellement. Dans un contexte actuel de finances publiques dégradées, et un gouvernement contraint de respecter un déficit public en dessous de 3% du PIB, c’est le « programme 137 : Egalité entre les femmes et les hommes » (dénommé ainsi dans le projet de loi de finances) qui voit son budget diminuer (comme par ailleurs, l’armée, la Justice, les collectivités). Ce sont donc 7, 5 millions qui sont retirés par un décret du ministère de l’Action et des Comptes publics. Ce que l’on doit souligner ici c’est que ces 7, 5 millions d’euros représentent 25% du budget du programme- une somme non négligeable- mais surtout que ledit budget ne représente que 0,007% des dépenses totales de l’Etat- une somme dérisoire- au regard des autres dépenses. Alors que le budget alloué à la cause de l’Egalité pèse peu dans les finances publiques, c’est lui qui est mis à contribution. Moins de trente millions d’euros pour promouvoir l’Egalité et lutter contre les violences semble insuffisant lorsqu’on compare la France à l’Espagne- qui elle dépense trois fois plus- ou encore le Canada quatorze fois plus, proportionnellement au nombre d’habitant.

 

Or, Le HCE, toujours dans le même rapport mentionné ci-dessus alerte sur l’urgence à la mise en œuvre effective des lois déjà votées. Les normes existent déjà, il faut désormais les faire appliquer, et donc dédier les moyens humains et financiers pour mener une réelle politique publique dans ce sens.

 

 

En témoigne les différences de salaires dans les entreprises, où malgré un dispositif législatif concernant l’égalité de rémunération, la majorité des structures ne sont pas en règle. Ainsi, les inégalités entre les femmes et les hommes perdurent et leur résorption n’en est que ralentie.

 

Conscient peut-être de l’erreur de communication d’une telle restriction budgétaire, le gouvernement a annoncé en septembre dernier une augmentation de 450 000 euros supplémentaires pour le programme 137.

 

Une augmentation symbolique, à l’image de ce que semble être la mission d’intérêt général de l’Egalité entre les femmes et les hommes pour le gouvernement, ce dernier en faisant une « grande cause nationale ». En effet, il s’agit de rappeler ce que signifie une « grande cause nationale ». C’est en réalité un label gouvernemental (datant de 1977) qui est attribué chaque année à une campagne d’intérêt public, autour d’un thème. En pratique, il était d’usage que le Premier ministre choisisse une cause, et les associations concernées envoyaient leur candidature à la direction du développement des médias, une antenne des services du Premier ministre. Ainsi, le label permettait aux organismes choisis d'obtenir des diffusions gratuites de messages sur les radios et télévisions publiques. Ainsi on l’aura compris, le but est simple : que la cause défendue bénéficie d’un traitement médiatique favorable. L’initiative peut être louable. En revanche, on peut ne s’empêcher de constater l’ironie de la situation actuelle. Le déferlement médiatique par vagues de ce qu’on pourrait qualifier de « libération de la parole » au regard du harcèlement sexuel s’est propagé sans l’aide de diffusions gratuites et campagnes de communication. L’élan de ce mouvement, on l’a dit, a émergé hors des cercles militants. Il est venu de toutes les femmes, de tous les milieux, il est venu des lieux de vie, des lieux de travail, des lieux publics. Maintenant que la prise de conscience semble s’amorcer et que l’affirmation de ce problème sur la place publique ne semble pas se tarir, il est indéniable que l’égalité femmes-hommes mérite désormais mieux qu’un simple label, davantage une réelle institutionnalisation au niveau des missions d’intérêt général dont est en charge l’Etat. La mobilisation l’atteste, il y a désormais une urgence à en faire une véritable politique publique. La médiatisation n’est pas venue des institutions, en revanche l’action doit émerger de celles-ci pour que le combat soit mené.

 

Certes, le gouvernement entend « impulser et coordonner » - à travers le programme 137 - « les actions relatives à l’égalité entre les femmes et les hommes dans la vie professionnelle, économique, politique et sociale, à la promotion des droits et à la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes », ce qui se traduit concrètement par un projet de loi en 2018 « contre les violences sexistes et sexuelles » prévoyant : l’allongement des délais de prescription des violences sexuelles faites aux mineures ; la fixation d’un âge minimal en dessous duquel le viol est constitué de fait ; la verbalisation du harcèlement de rue. En parallèle a été lancé en octobre dernier un « Tour de France de l’égalité » qui permettra de recueillir les besoins et souhaits des femmes et des hommes et de partager les pratiques observables sur le territoire.

 

Cependant, le mouvement de libération de la parole sur le harcèlement sexuel semble appeler à davantage d’actions encore. En effet, le phénomène marque certainement un tournant. C’est d’abord l’Affaire de Pontoise en avril 2017 - une fillette de 11 ans a porté plainte pour viol contre un homme de 28 ans, le parquet a considéré qu’elle était consentante et a requalifié les faits « d’atteinte sexuelle » - qui semble amorcer une prise de conscience de l’opinion publique face aux carences dans la répression des affaires de viol. Puis, c’est « l’Affaire Weinstein » et l’apparition des hashtags qui cristallisent véritablement le mouvement. A titre indicatif, entre le 13 et le 18 octobre, 335 300 messages ont été publiés sur Twitter avec #balancetonporc, dont 17 000 témoignages d’agression et de harcèlement. Il s’ensuit ensuite de nombreuses dénonciations, plaintes et témoignages publics allant de l’humiliation au viol, et des dérives ordinaires aux faits considérés par la justice comme des délits ou des crimes, à l’encontre d’hommes de tous milieux, célèbres ou non.

 

Ces mots et paroles brandis ne sont malheureusement qu’une preuve - qu’on souhaiterait ultime - des violences sexistes. Ils semblent surtout, par leurs flots, outrageusement crier la nécessité de faire de l’égalité femmes-hommes, une politique publique portée au plus niveau. 

 

Sarah Hermann

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21 réactions à cet article    


  • bob14 bob14 8 novembre 08:25
    L’égalité femmes-hommes...La France des petits bras..jamais content, toujours à râler après tout et n’importe quoi..et pendant ce temps, leur pays coule dans les abysses de leur connerie !

    • francois 9 novembre 08:00

      @bob14
      notre maitre a tous bob14


    • troletbuse troletbuse 8 novembre 08:35

      Normal (je ne parle pas de Hollandouille quoi que !!) que la petite Macaron veuille cette égalité, afin de devenir comme un homme  smiley


      • zygzornifle zygzornifle 8 novembre 09:06

        En tolérant 9,5 millions de citoyens sous le seuil de pauvreté et plus de 10 millions de sans emploi on me fait bien marrer avec l’égalité homme-femme , il y a trop de ménage a faire en France et cela ne risquerai pas de plaire a notre belle Europe sois disant sociale et a la mondialisation qui surfe sur les injustice ......


        • Cateaufoncel 8 novembre 09:22

          Comme si on pouvait changer la nature humaine, avec des dénonciations d’anonymes par des anonymes, des campagnes médiatiques, des lois et un budget !

          Tout ça, c’est de la comm’ et l’anomalie qui trône à l’Elysée, le sait très bien. L’égalité totale existerait-elle qu’il y aurait une masse de frustrés pour considérer qu’elle favorise les médiocres et qu’elle pénalise les méritants, dont ils font partie.

          C’est aussi ça, la nature humaine.


          • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 8 novembre 11:51

            Nous vivons sous un régime de surveillance généralisée, non seulement nos achats sont traqués sur Internet, nos comptes en banques sont accessibles directement aux services fiscaux, et nous sommes fichés de mille et une manières. Sans compter le regard des autres et ceux qui dénoncent leur voisin sous n’importe quel prétexte juste pour nuire.

            Mais pour le pouvoir, ce n’est pas suffisant, il n’y a pas assez de personnel pour épier les gens, les mailles du filet sont trop grandes. La nouvelle tendance évidente est donc que les gens ordinaires fassent eux-mêmes ce travail. Les femmes sont particulièrement adaptées à ce rôle car elles disposent généralement de réseaux sociaux plus étendus et mieux organisés que les hommes. Le but de cette campagne sur le harcèlement est donc de les faire participer davantage à cette surveillance des masses en les habituant à la délation.

            Économie de personnel et efficacité, gagnant-gagnant !


            • pipiou 8 novembre 13:48

              @Gilles Mérivac

              Si vos achats sont pistés sur Internet et qu’on surveille vos comptes bancaires je vous plains, mais certainement que vous êtes quelqu’un de vachement important smiley

              Un conseil : évitez d’écrire sur Agoravox, même des conneries, la NSA nous surveille.


            • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 8 novembre 16:15

              @pipiou
              Tout le monde un jour ou l’autre a fait l’objet d’un contrôle fiscal (sauf peut-être si vous ne payez pas d’impôt). Dans cette situation, vous pourrez constater que le fisc a accès à tous vos comptes, même ceux que vous avez oublié !

              Quant au pistage sur internet, il est pratiquement automatique et dû aux différents bots, il suffit de regarder les publicités personnalisées qui vous parviennent.

              Donc soit vous êtes naïf, soit vous participez volontairement à l’enfumage.


            • JL JL 8 novembre 12:06

              Le monde actuel n’est pas contrôlé par Big Brother (1984, Orwell) ni par Big Mother (Michel Schneider), ni par Big Sister (Jérôme Leroy) mais par little brothers and sisters : tout le monde est susceptible d’être surveillé par tout le monde.
               
              C’est effrayant.


              • Enabomber Enabomber 9 novembre 12:46

                @JL
                Ouais, et je n’ose même pas imaginer l’ambiance dans une famille déstructurée où le fiston est HitlerJugend pour le compte du système marchand.


              • Pierre 8 novembre 12:45

                Dans vos chiffres, vous comptez les dénonciations comme celle qui a envoyé Loïc Sécher au mitard ?


                •  C BARRATIER C BARRATIER 8 novembre 16:42

                  Pour revenir au sujet.....
                  Les progres de l’égalité hommes femmes sont reels, En Marche est le premier parti assurant la parité.

                  La marche vers l’égalité continue donc

                  Femmes : Conquêtes, reponsabilités nouvelles.Prenez votre part de pouvoir http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=228

                  • troletbuse troletbuse 8 novembre 17:00

                    @C BARRATIER
                    Ouais, une bite pour toute les femmes évidemment smiley


                  • troletbuse troletbuse 8 novembre 17:04

                    @C BARRATIER
                    Mais attention, pas de vagin pour tous les hommes, sinon, le problème serait le même. La solution est le prêt avec ou sans intérêt comme actuellement.


                  • troletbuse troletbuse 8 novembre 17:17

                    @troletbuse
                    Quoique il y en a des qui trouvent un ersatz de vagin. Faudrait que Macaron nous éclaire.


                  • Le421 Le421 8 novembre 18:25

                    Il ne sera jamais écran de fumée plus efficace pour les gouvernements que le « sociétal ».
                    Hollande a utilisé le mariage pour tous, avec l’aide de « sens commun » pour fournir la mousse, et pendant ce temps là, Macron nous préparait ses lois en loucedé.
                    Maintenant, on est passé à l’égalité homme-femme à fond la caisse.
                    Pourquoi ne pas appeler Stéphane Bern « Madame », tant qu’on y est !!  smiley


                    • Enabomber Enabomber 9 novembre 13:03

                      @Le421
                      Il faut quand même conserver un mât pour que le drapeau puisse être mis en Bern.


                    • alinea alinea 9 novembre 00:08

                      Il y a plein de choses que je ne comprends pas.
                      À part faire une loi qui oblige une rémunération égale à travail égal - et là, j’aimerais qu’on me donne un lien qui détaille les lieux où cela ne se fait pas-, que peut faire un ministère, à tant de frais ?
                      Les agressions sexuelles relèvent de la Justice qui est indépendante ( arrêtez-moi si je me trompe)
                      Comment pénaliser les harcèlements de rue ? Un flic derrière chaque fille ?
                      Quant aux pathologies sexuelles des hommes, violents,manipulateurs, séducteurs hâbleurs et j’en passe, qu’y peut un ministère ?
                      L’égalité de notre devise est de droit : où les femmes ont-elles moins de droits que les hommes ? ( c’est une vraie question parce que tout le monde a l’air de s’offusquer et ne me vient aucun exemple de droits différents entre homme et femme)
                      Enfin bref, je patauge en pleine semoule devant une telle unanimité de demande à l’État.


                      • Ratatouille Ratatouille 9 novembre 00:56

                        @alinea
                        le problème c’est les hormones.
                        les filles devrait se balader avec des packs de bière et larguer des canettes dans leurs fuite en cas d’agression.comme des leurres anti missile .

                        l’alcool est également une substance à réduire absolument pour garder un bon niveau de testostérone. En effet, il a la particularité de provoquer une conversion de la testostérone en oestrogène (autrement dit, chaque bière vous transforme un peu plus en femme) !. smiley
                        .
                        c’est pour cette raison que les belges n’auront que des ennuies avec les barbus anti-8/6. smiley


                      • Enabomber Enabomber 9 novembre 13:08

                        @alinea
                        Que peut faire ce ministère ? J’aurais dit glander, mais on risque de m’accuser de tenir des propos sexistes smiley


                      • ysengrin ysengrin 9 novembre 13:11

                        vous cherchez l’incident ou quoi... ?



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