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Accueil du site > Actualités > Société > L’épicerie Solidaire

L’épicerie Solidaire

 (Par commodité, j’écris ce récit à la première personne du singulier).

Je me nomme Jean et j’ai 65 ans. Pour des raisons que je ne développerai pas ici je suis sans ressources mais depuis quelques jours et avec l’aide de ma famille et d’un assistant social j’ai décidé de sortir de ce puits sans fond. Et pour la première fois de ma vie je suis allé chercher une assistance alimentaire au Secours Catholique

 Le Secours Catholique du sud Vendée tient une épicerie solidaire dans la petite ville de Maillezais connue pour les ruines de son abbaye. L’épicerie est ouverte un mercredi après-midi sur deux. N’en connaissant pas le fonctionnement je me suis rendu mercredi dernier en début d’après-midi au centre, muni d’un sac de courses. Quand on n’a jamais fait cette démarche on la trouve un peu humiliante et on n’est pas très à l’aise.

 Le petit bâtiment est muni d’un parking sommaire où une trentaine de voitures sont garées. Je me présente à l’entrée où quelques personnes attendent mais je pense que c’est une entrée pour les vêtements. Ayant aperçu une porte sur le côté du bâtiment d’où des gens entraient et sortaient avec des sacs de provisions, j’y vais. Dans la petite entrée, plusieurs personnes attendent. Assis à une petite table un homme s’occupe de tout le monde avec dynamisme. J’apprendrai plus tard qu’il se nomme Pierre et qu’il est chef d’entreprise à la retraite. Au bout de quelques minutes il me demande qui je suis. N’étant pas inscrit dans son fichier et après quelques questions rapides mais amicales il comprend que j’ai sauté une étape. Il interpelle un autre bénévole dont j’ai oublié le prénom qui me conduit à l’entrée du bâtiment et j’attends quelques minutes pour entrer dans un petit bureau où 3 personnes me reçoivent. Je fournis la feuille de l’assistant social et je raconte rapidement ma vie et un peu le pourquoi de ma présence. L’ambiance est chaleureuse et détendue.  

 Puis, toujours accompagné par mon guide, je retourne à la porte latérale où Pierre m’explique rapidement le fonctionnement. J’avoue ne pas tout enregistrer. On paye 15 % de la valeur des achats, certains produits sont donnés par les grandes surfaces ou d’autres sources, d’autres achetés (comme le papier toilettes par exemple qui n’a pas de date de péremption). Certains produits ont un prix affiché sur des étagères, d’autres sont gratuits. Certains produits sont limités comme le lait à deux litres par personne et par passage. Une personne munie d’une fiche me suit et note mes « achats » tout en me donnant des conseils et des explications. Je choisis quelques produits qui me font défaut mais rapidement mon sac est plein. Comme il y a énormément de pain je suis incité à prendre un sac contenant une dizaine de pains de toutes formes que je peux facilement congeler.

 Tout à coup, Pierre me rejoint et me demande si j’ai un sac isotherme. Je n’y avais pas pensé. Pas de problème, il va m’en fournir un. Une fois par mois le Secours Catholique reçoit des produits frais qui sont stockés dans une chambre froide de 2-3 m². Les produits doivent être écoulés très vite pour la plupart et sont gratuits. Je reçois un sac isotherme plein à craquer. J’y découvrirai, en rentrant, du fromage, des laitages et même du magret séché en tranches.

 Puis vient le moment de payer. Ce principe me rassure. Je me rends à une table dans un coin où un homme et une femme prennent ma feuille, m’enregistrent sur un ordi et notent mes achats avec rapidité mais dans une bonne ambiance. J’ai le temps de voir une somme écrite sur ma feuille … dans les 19€ … avec toutes les courses dans mes sacs la somme est dérisoire … mais très vite on m’explique que je ne dois, en fait, que 2.61 € !

 Muni de ma petite facture je retourne voir Pierre à l’entrée et je règle ma note. Et je retourne à ma voiture avec mes deux sacs de courses et ma poche de pain.

 Je suis assez ému, je dois le reconnaître, moins par la quantité de nourriture que par l’ambiance chaleureuse dans laquelle j’ai vécu cette expérience. Quelle chance j’ai eu de la vivre. Je me promets que dès que ma situation sera rétablie ils auront un nouveau bénévole même si je ne suis pas vraiment catholique mais l’entraide n’a pas de couleur.

 Voilà, cette histoire est vraie et c’est une belle histoire que je raconte avec le plus grand plaisir.

 


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18 réactions à cet article    


  • JL JL 14 janvier 13:28

    Merci pour votre témoignage.


    • nono le simplet nono le simplet 14 janvier 14:17

      @JL
      tout le plaisir est pour moi smiley


    • Clocel Clocel 14 janvier 16:26

      Courage !

      J’ai souvenir d’un séjour en yourte à la Grève sur Mignon (réunion sur l’habitat alternatif), les jeunes n’avaient pas l’air décidé à se laisser crever.


      • nono le simplet nono le simplet 15 janvier 02:46

        @Clocel
        merci


      • Sergio Sergio 14 janvier 17:55

        Il a su ’traverser la rue’ avec courage car il a fallu ’faire un grand effort’ pour se présenter dans cette épicerie. Il y a de grands et de petits courages et cela ne se mesure pas, l’effort n’est pas toujours celui que l’on veut faire croire.

        Je souhaiterai une accession plus large à ce genre d’aide, beaucoup trop sont limites au niveau des ressources afin de pouvoir y être éligible. 

        Nono, beaucoup de sensibilité dans cet article.


        • nono le simplet nono le simplet 14 janvier 18:34

          @Sergio
          merci pour ce commentaire lui aussi plein de sensibilité smiley


        • Aristide Aristide 14 janvier 20:03

          Pour des raisons que je ne développerai pas ici je suis sans ressources

          Peut-etre il serait instructif de connaitre à grands traits les raisons de cette situation. Une personne handicapée ? Le pourquoi d’une absence de retraite à 65 ans ? Aucun travail salarié, indépendant, ... à 65 ans ? ... enfin, dépasser le compassionnel(*)

          Mais bon, je vais en prendre plein la figure d’avoir osé poser la mauvaise question. 


          (*) Je souscris tout de même à cette mise en avant de tous les actions individuelles et collectives qui mettent en oeuvre un enseignement assez simple « Ici et maintenant ».


          • nono le simplet nono le simplet 15 janvier 02:33

            @Aristide
            je vais en prendre plein la figure d’avoir osé poser la mauvaise question. 


            salut,
            non, non, en tous cas pas par moi ...
            ce serait instructif, sûrement, mais ce n’était mon propos ...


          • foufouille foufouille 14 janvier 20:30

            fallait vendre une sdb .........

             smiley

            ou sérieusement louer une des chambres.


            • nono le simplet nono le simplet 15 janvier 02:35

              @foufouille
              décidément, foufouille, tu ne comprends pas grand chose à grand chose ... peut être parce que tu es plus tourné vers toi que vers les autres ... dommage ...


            • foufouille foufouille 15 janvier 18:37

              @nono le simplet
              réponse du gars qui est concerné pour une fois.


            •  C BARRATIER C BARRATIER 14 janvier 20:40

              Bonjour

              Dans le Rhône il y a plusieurs associations qui offrent une épicerie solidaire. En général non confessionnelles, ouvertes à tous.C’est pareil partout, bénévoles bienveillants, qui font les fins de marchés et les grandes surfaces.Prix donnés.

              Je vais parler d’une association non confessionnelle ouverte à tous dont je suis membre. Même topo, mais en parallèle il y a un service gratuit d’aide à l’emploi pour ceux et celles sui le souhaitent. ça marche d’ailleurs bien

              Les « clients » nous sont adressés par des assistantes sociales. Ils ont droit à l’épicerie chaque semaine pendant 6 mois, après d’autres les remplacent. Dans le prolongement de l’épicerie, ils peuvent continuer à venir un autre jour avec une autre équipe de bénévoles, l’activité s’appelle la popote. Il s’agit d’apprendre à cuisiner, l’équilibre alimentaire, de choisir les produits frais les plus abordables. les « clients » découvrent qu’ils gaspillent beaucoup chez eux.La popote est gratuite, on en mange ensemble, on en emporte dans des tupperware.

              Mais la vraie autonomie reste pour chacun l’emploi local

              En table alphabétique des news :

              Cap sur l’emploi, aide à la recherche http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=218

              • nono le simplet nono le simplet 15 janvier 02:36

                @C BARRATIER
                salut et merci pour ce témoignage smiley


              • velosolex velosolex 14 janvier 23:42

                Bravo pour ce billet plein d’humanité. Une initiative formidable, comme le sont les ressouceries.

                Etre bénévole dans ces associations évidemment vous fait entrer dans un autre monde, plus méconnu maintenant que le bout du monde. 

                On va tout autant en immersion à la rencontre de soi même. L’estime de soi est de la plus haute importance dans une vie d’homme. Et cela évidemment valable pour ceux qui donnent et ceux qui reçoivent. Mais chacun est dans cette double proposition. 


                • nono le simplet nono le simplet 15 janvier 02:37

                  @velosolex
                  comme dab tu tapes juste smiley


                • Raymond75 15 janvier 08:45

                  Les épiceries solidaires sont une particularité française dans l’Union Européenne. Elles visent à aider les gens qui traversent des difficultés sans les faire tomber dans l’assistanat. Ils ont un budget à gérer et restent des clients, qui choisissent leurs produits et gèrent leurs priorités. Ils reçoivent l’aide des services sociaux pour retrouver une situation stable.

                  Il faut ajouter aussi qu’il existe dans certains départements des ’logements solidaires’ : des propriétaires s’engagent à proposer des loyers modestes et stables. Ils sont protégés contre tout incident de parcours par le département, et bénéficient je crois de réductions fiscales. Le but : permettre une situation stable pendant deux ou trois ans à une famille avant qu’elle ne trouve un logement définitif, le plus souvent en HLM.

                  Les bénéficiaires doivent s’engager dans un programme de réinsertion, qui est suivi, ce qui évite tout comportement de parasitage social.


                  • nono le simplet nono le simplet 15 janvier 09:33

                    @Raymond75
                    merci pour ce complément d’info


                  • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 15 janvier 22:55

                    Ce qui me révolte fortement ( même que le mot est faible ) c’est de voir toute cette misère, et alors que de milliers de gus dépensent un pognon de dingue pour des bricoles superflues !


                    J’ai une philosophie qui me fait penser quand la grande faucheuse à fait son œuvre, ben que le treillage pour le paradis existe peut-être !


                    Ouf ! Je ne voudrais pas être dans les petits souliers de certains !


                    C’est peut-être enfantin,... mais ça rend la vie sur terre plus agréable !


                    @+ Papy


                    P.S.


                    Avant de bouffer les pissenlits par leurs racines, j’espère toujours en une 6 eme République !

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