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L’illettrisme officiel (France Infôtes)

La France, jusque dans ses instances les plus officielles ou les plus étatiques, sabote sa propre langue : elle en est la pire ambassadrice. Plaidoyer pour une école républicaine qui arrête de spolier les futurs citoyens d’un de leurs droits les plus fondamentaux : celui de savoir manier leur propre langue.

Il y a au moins une bonne nouvelle dans ces temps de doutes, d’incertitudes et d’espoirs déçus : le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, est revenu sur certaines mesures idéologiques qui nous éloignaient toujours plus de la triade salvatrice : Lire – Écrire – Compter. On a beau persifler, quand on manque de ces bases-là, même si on a accumulé tout un tas de savoirs-gadgets, on ne maîtrise pas son univers si on ne maîtrise pas sa propre langue. Inutile d’en apprendre quelques autres à côté si on n’est pas capable de parler et d’écrire celle de son propre pays (je précise que le maniement des langues étrangères fait partie de mon métier et que j’en ai appris deux de plus depuis quinze ans ; je parle donc à contre-emploi).

Françafricophonie

 C’est un fait que la France va mal sur le plan linguistique, et ce n’est pas d’hier que j’ai remarqué que les plus ardents défenseurs de la langue française sont les francophones non-hexagonaux, notamment les Africains noirs. Je me souviens également de micro-trottoirs enregistrés en Tunisie au moment du Printemps arabe : les Tunisiens interrogés parlaient un français impeccable et se réjouissaient de bientôt pouvoir acheter à nouveau le Canard Enchaîné (d’ailleurs à peu près inégalable sur la qualité du français). Or, sur le territoire français, il n’y a pratiquement pas un « beur » ni même pratiquement pas un Français né de parents français capable de maîtriser aussi bien notre langue. On pourrait a contrario citer l’auteur algérien Kamel Daoud qui s’est appris le français quasiment tout seul, et qui est un régal à lire et à ouïr.

 Un symptôme de ce mal, c’est l’illettrisme qui saccage les bandes-annonces et les sous-titres des chaînes d’info télévisées. Amis de l’orthographe, préférez la radio. Et surtout, écoutez France Info au lieu de regarder France Info TV (bien que de terribles fautes de langage soient perceptibles à l'audition) ! Car, de toutes les chaînes d’info, c’est la chaîne publique qui est la plus nulle en orthographe, pire que les chaînes privées ! Il semble que les ronchons dont je fais partie aient envoyé des messages parfaitement inefficaces à cette chaîne, car ça ne s’améliore pas. On peut y lire par exemple le meurtier, faute de frappe que mon ordinateur n’a pas manqué de détecter. Ou bien, pour parler du dédoublement des cours préparatoires à la rentrée (en vue, notamment, d’un meilleur apprentissage scolaire), on a pu lire : 12 enfants par classes. Eh bien non : c’est par classe au singulier, puisque c’est pour chaque classe. Mais il est vrai qu’on peut lire sur France Info des choses du genre aucuns enfants, alors que aucun est systématiquement singulier et assorti du singulier.

La liberté par la langue

 Plusieurs auteurs ont fait remarquer que moins l’expression passe par le langage, plus elle passe par la violence. Il y a quelque chose de suspect dans l’organisation du mauvais apprentissage du français en France, comme si des forces ou des personnages obscurs voulaient créer des masses impuissantes à penser, à s’exprimer, à se défendre (par exemple devant une administration, un tribunal, un opérateur téléphonique, etc.). Lorsque le père Wresinski, fondateur d’ATD-Quart-Monde, installait dans les zones les plus déshéritées une bibliothèque, ou lorsque le Parti Communiste contribuait à la formation des ouvriers, ils faisaient une œuvre révolutionnaire dont l’esprit s’est largement perdu. Faut-il rappeler que, il y a cinq cents (avec un s, qu’on devrait entendre devant « euros ») ans, ce sont les fondateurs du protestantisme qui développèrent l’apprentissage de la lecture auprès des garçons et des filles ? Pourquoi le faisaient-ils ? Parce que chacun devait conquérir la liberté d’avoir personnellement accès à la Bible. Une autre liberté allait découler de celle-là : la démocratie.

 Il faut donc plaider résolument pour que nos enfants bénéficient d’un enseignement méthodique et opiniâtre de la langue française par des instituteurs qui sachent eux-mêmes correctement le français, sans aller (je l’ai vu) ajouter une faute sur un mot qu’une élève avait écrit juste...


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21 réactions à cet article    


  • Daniel Roux Daniel Roux 5 septembre 09:14

    La défense de la langue française ne doit pas être confondue avec la défense de l’orthographe. Je prétends parler correctement ma langue natale mais je sais que je ne maîtrise pas, au fil de l’écriture, son orthographe formelle.

    Un ministre qui impose ses lubies aux écoles ne peut pas être un bon ministre. Cette histoire de demander aux écoles d’accueillir les élèves en musique me paraît des plus suspectes.

    L’usage de la langue anglaise, parler et chanter, dans les publicités télévisuelles devient systématique. Plus qu’une mode, il s’agit sans doute d’un nouveau signal de la connivence d’une fausse élite avec les investisseurs anglo-saxons. 

    Inutile d’en rajouter dans l’outrance : Votre affirmation est plus une opinion personnelle forgée on ne sait ni comment, ni pourquoi, qu’un fait établi.

    "sur le territoire français, il n’y a pratiquement pas un « beur » ni même pratiquement pas un Français né de parents français capable de maîtriser aussi bien notre langue."


    • Pere Plexe Pere Plexe 5 septembre 19:57

      @Daniel Roux
      en particulier le 

      « Jean-Michel Blanquer, est revenu sur certaines mesures idéologiques  »
      est risible tant le gus est justement dans l’affect idéologique.

    • ricoxy ricoxy 5 septembre 09:33

       
      « moins l’expression passe par le langage, plus elle passe par la violence. »
       
      On a souvent établi l’équation : barbarismes = barbarie. La difficulté à exprimer pensées et sentiments entraîne la violence, parfois aveugle.
       


      • Pere Plexe Pere Plexe 5 septembre 19:53

        @ricoxy
        ...équation plus que douteuse tant il est facile de trouver nombre de beaux salopards ayant une bonne maîtrise du langage .

        Maîtrise souvent utilisée de manière élégante pour manipuler.
        Ou pour discréditer commodément un adversaire.

        A trop privilégier la forme, dans l’enseignement ou dans la vie, on en vient rapidement à négliger le fond et le sens.

      • Olivier 5 septembre 10:28

        « ce sont les fondateurs du protestantisme qui développèrent l’apprentissage de la lecture auprès des garçons et des filles » Bien sûr, il a fallu attendre MM. Luther et Calvin pour qu’on ait eu l’idée d’enseigner aux enfants à lire et à écrire. On se demande comment faisaient les étudiants des universités du moyen-âge !


        S’agissant des médias, pourquoi voulez-vous que des gens dont le métier est la manipulation et le mensonge se soucient d’orthographe et de grammaire ? 
        Un autre facteur qui est remarquable est l’incapacité chez beaucoup de journalistes et hommes politiques à émettre un discours cohérent : ce ne sont que des bribes de phrases et de raisonnement hachés et chaotiques, constamment entrecoupés de « euuuuh ». Ces gens se présentent d’ailleurs pas rasés, pas coiffés, la chemise ouverte et en grand débraillé. Quand on écoute des interviews de gens des années 1960, on est surpris de la qualité de leur diction, et de leur tenue, même chez des gens de condition modeste. 
        Je suppose que dans 30 ans les gens ne prendront même plus la peine de s’habiller et de se laver...


        • Pale Rider Pale Rider 5 septembre 10:45

          @Olivier
          J’ai bien dit : « qui développèrent », pas : « qui inventèrent ». C’est un fait historique que l’alphabétisation des enfants a pris un véritable essor à la Réforme, justement parce que les Réformateurs voulaient extraire le peuple de l’obscurantisme religieux et de la toute-puissance de l’Eglise du XVIe siècle. Les étudiants du Moyen-Age (dont Luther, et plus encore Calvin, sont les ultimes exemplaires) étaient une élite, presque toujours dotée d’une charge ecclésiastique (Luther était moine ; Calvin avait une cure, et Rabelais, qui étudia dans le même collège que Calvin, était moine à l’origine). Tout cela est vérifiable et a même été reconnu par des penseurs catholiques. Je passe sur Gainsbourg et son « sacré Charlemagne » : là encore, ce n’était que l’élite.
          Pour le reste, entièrement d’accord avec vous. Ma grand-mère, qui n’avait d’autre culture que l’école primaire, écrivait fort bien, mieux que les trois-quarts des étudiants de fac aujourd’hui (et je n’exagère pas). Le problème, c’est que notre ciboulot est un « disque dur » et que, quand on le surcharge de tas de trucs inutiles, il rame ! Il faut avoir les bases d’abord (un bon logiciel) ; c’est seulement ensuite qu’on peut édifier dessus.


        • baldis30 5 septembre 21:53

          @Olivier

          bonsoir,

          « Bien sûr, il a fallu attendre MM. Luther et Calvin pour qu’on ait eu l’idée d’enseigner aux enfants à lire et à écrire. On se demande comment faisaient les étudiants des universités du moyen-âge ! »

          Comme vous j’ai relevé cette prétention .... cela me rappelle que les catholiques n’ont pas inventé les massacres collectifs à but biblique ..... et que ce sont bien les protestants qui l’ont fait lors de la Michelade à Nîmes bien avant la Saint-Barthélémy à Paris .....

          Quant au discours cohérent il est à proscrire .... smiley  smiley

          .....En effet il faut tout de même conserver une distance suffisante entre les contradictions du discours .... Y aviez-vous pensé ?


        • foufouille foufouille 5 septembre 13:09

          tu as entendu parler du wolof ?


          • zygzornifle zygzornifle 5 septembre 15:14

            Nous nous battons ma femme et moi avec ma fille de 16 ans qui a Nice est dans une classe ou elle sont « 5 face de craies » (comme les appelle ses camarades de classe) , depuis le collège ça été la dégringolade au niveau langage et éducation malgré nos efforts, on se croirait avec une beurette rappeuse c’est horrible , vivement que sa scolarité s’arrête car nous n’en pouvons plus.....

            en tant que couple de « sans dents » mais lettrés et bien élevés par des parents ouvriers nous n’avons pas les moyens de la mettre en privé et nous craignons pour sa future entrée sur le marché du travail ...... 

            • Pale Rider Pale Rider 5 septembre 15:20

              @zygzornifle
              Merci pour ce témoignage.
              Pour les gens de ma génération, il en allait autrement. Un de mes meilleurs amis, qui est aujourd’hui Inspecteur du Travail, est issu de parents espagnols ayant fui le franquisme. Le père parlait à peine le français, la mère pas du tout. Lui, il est entré au CP sans parler le français. Quand je l’ai connu en 5e, il avait le même niveau de français que moi, et il était bon dans le reste. Il y avait 5 enfants, qui ont tous fait des études.
              Alors ?... smiley


            • Daniel Roux Daniel Roux 5 septembre 16:01

              @zygzornifle

              J’ose intervenir mais sur la pointe des pieds concernant un sujet sensible.

              Tous les parents d’ado passent, à un moment ou à un autre, par une phase de sidération.

              La formation et l’évolution de la conscience vers la maturité constituent un phénomène remarquable qui obéit à une dynamique dialectique déstabilisante si elle n’est pas comprise en tant que telle.


            • zygzornifle zygzornifle 6 septembre 08:28

              @Daniel Roux

              j’ai eut un autre enfant avant donc je connais bien le sujet .... Mais c’était 13 ans plus tôt et il n’y avait pas toute cette tourmente des « chance pour la France » qui a tout balayé tel un ouragan tout sur son passage ne laissant que des débris d’éducation....

            • Pasagenoux Pasagenoux 5 septembre 18:00
              Excellent article, merci.
              Pour faire un peu d’humour et dénoncer au passage notre anglo-américanisation : pourquoi, dans « Pale Rider » mettre ER à RIDER ? Ne faudrait-il pas un « é », en bon français ?

              • Pale Rider Pale Rider 5 septembre 21:21

                @Pasagenoux
                D’accord, cher Notdownonmyknees, mais à condition de mettre un ^ sur « pâle ». smiley


              • koulouge 5 septembre 19:42

                un des objectifs généraux de la mondialisation - d’origine américaine - est de faire abandonner les langues natives de tous les états pour privilégier l’américain. Je m’étonnais, il y a quelques années, de voir beaucoup de populations - où la langue native n’était pas protégée - passer à l’anglais/américain, délaissant leur langue d’origine, qui va d’ailleurs s’éteindre lentement. Pourquoi la France serait-elle à part dans cet insidieux programme ?


                • Pale Rider Pale Rider 5 septembre 21:23

                  @koulouge
                  Geneviève Fioraso a hélas contribué abondamment à amplifier la catastrophe que vous dénoncez, en autorisant certains enseignements en anglais sur le territoire français. Et que Mister Macron s’exprime parfois en anglais, même s’il se double en français, n’est peut-être pas une bonne nouvelle.



                  • mmbbb 6 septembre 07:34

                    @QAmonBra j ’ai vecu dans un village il n y a avait pas de bibliotheque pas d ’ animation peu de de culture. je n etais pas une chance pour la France et il n y a avait que la grand messe du dimanche L amerique me faisait rever C ’etait ainsi tant nos traditions paraissaient sclerosantes .  Quant a nos profs ils nous toisaient de notre ignorance et ce n ’est non par l émulation que nous avancions mais par la réprimande Il est un trait que le point etait toujours mis sur le negatif peu sur le positif J appartiens encore a cette generation ou les lignes de partages etaient nettes , la grande culture francaise etait reservee a ces gens savants et nous n avions pas l intelligence pour ce docte savoir. je caricature a peine mais il vrai que maintenant nous ne cessons pas nos jérémiades. La mondialisation est alors ? encore eusse t l y il fallu savoir defendre et promouvoir l amour de notre langue avant de pleurer . Ce pays je l aime pas Idem avec la nourriture nous sommes un pays ou le Mac Do s ’est le plus développé alors que nous sommes le pays de la gastronomie. Je ne m en offusque je constate .


                  • Pale Rider Pale Rider 6 septembre 08:28

                    @QAmonBra
                    En récompense pour votre sympathique message, ce barbarisme de Léa Salamé sur France Inter ce matin (elle l’a déjà fait) : « vous metteriez ». Du verbe metter, évidemment. smiley


                  • ZenZoe ZenZoe 6 septembre 14:23

                    Comme il a été dit plus haut, la défense de l’orthographe et la défense de la langue sont deux sujets différents. Mais les deux devraient être des sujets d’inquiétude.
                    Les Français maîtrisent en effet de moins en moins bien leur langue, même les journalistes, mêmes les profs. On trouve des coquilles énormes dans des livres, alors que ce n’était pas le cas avant. Des mots sont utilisés à contresens, et la syntaxe est souvent hasardeuse.
                    Quant au rayonnement, c’est tout aussi triste. Alors que la BBC et la plupart des grandes universités anglosaxonnes proposent à foison des tutoriels gratuits pour apprendre l’anglais, rien de tel en France. Question de mentalité. Rayonner, oui, mais sans faire d’effort et sans y mettre un sou !


                    • moderatus moderatus 7 septembre 08:01

                      Bonjour, Pale Rider

                      il faut comme vous le faites tirer la sonnette d’alarme sur la dégradation de notre enseignement,
                      et particulièrement celui du Français.
                      La dégradation se poursuit lentement depuis une trentaine d’années.

                      Alain BENTOLILA linguiste faisait remarquer que certains jeunes ne possèdent que 500 mots alors qu’’en moyenne ils devraient posséder pour pouvoir s’exprimer un minimum de 2500 mots

                      Quand les mots manquent, quand on ne peut exprimer ses doutes ou sa colère parfois ils sont remplacés par la violence.

                      N’écoutons pas ceux qui disent que la France n’a pas de culture, elle est immense, mais l’accès à cette culture ne peut se faire que par la maitrise de la langue Française , si riche et si belle.

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