• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > La brigade des mineurs (de moral)

La brigade des mineurs (de moral)

Réponse à l'article de Marianne sur la brigade des mineurs et sur le traitement des plaintes pour violences sexuelles : https://www.marianne.net/societe/police-et-justice/crimes-sexuels-enqueter-malgre-la-prescription-est-une-mission-de-service-public

Le journal Marianne publiait le 29 Janvier 2022 un article sur la brigade des mineurs de Paris, sous la forme d’un entretien avec Monsieur Christophe Molmy, responsable de cette unité (lien en bas de page dans la section des sources).

J’ai sollicité le journaliste pour avoir un droit de réponse à cet article, qui dessine une réalité tout à fait erronée, et en contradiction totale avec ce que vivent les plaignants et plaignantes, sollicitation laissée sans réponse. Ce texte se positionne donc comme un droit de réponse, de la part d’un plaignant, qui souhaite rétablir une forme de justesse concernant le traitement des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs, que les faits soient récents, ou anciens.

Monsieur Molmy nous explique qu’il est systématique que des enquêtes soient ouvertes pour des faits mêmes prescrits. Or, de ma constatation personnelle, étant en lien avec plusieurs plaignant(e)s, de nombreux dossiers aux éléments édifiants (faits récents et anciens, et malgré l’identification de plusieurs victimes) et même urgents (faits non prescrits avec des victimes mineurs encore exposés au risque) ne font pas l’office d’une enquête, ou alors d’une enquête a minima ou très peu de témoins sont interrogés, et ou le/la plaignant(e) n’est même pas auditionné(e) alors que des pressions fortes sont exercées par le mises en cause (harcèlement violent, demandes de faux témoignages à des tiers…).

Et pour cause, l’article mentionne le dimensionnement de l’équipe a une centaine de policiers, pour une population de 2.2 millions de personnes). Ceci fait donc un policier spécialisé pour les violences sur mineurs pour 22 000 personnes. Pour illustration, Rennes compte moins de 10 enquêteurs à la brigade des mineurs, pour une population de 250 000 personnes. De même pour Angers, et ils ne sont guère plus dans des villes comme Grenoble, Marseille… La brigade financière de Paris compte 400 enquêteurs spécialisés, donc quatre fois plus que le nombre d’enquêteurs spécialisés pour les mineurs. Lorsque l’on sait la prévalence de ces crimes sur mineurs dans la société, et le nombre de dossiers traités par enquêteur par an, il devient évident que déclamer que des enquêtes sont systématiquement ouvertes, même pour des faits prescrits, relève de l’utopie. D’autre part, cette équipe s’occupe aussi des violences conjugales, des maltraitances autres que sexuelles, fugues... 

En effet, il ne suffit pas d’ouvrir des enquêtes, encore faut-il les mener, et les mener correctement. Et comme le précise M. Molmy, les enquêtes pour des faits anciens devraient commencer par entendre le plaignant (ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’une plainte est directement adressée au Procureur) et de nombreux témoins, pour constituer le faisceau d’indices puisque les preuves sont dans la majorité des cas intangibles et à rechercher activement. Combien de mises en cause font l'objet d'une perquisition informatique pour identifier si il existe du contenu pédopornographique, par exemple ? 

M. Molmy devrait nous expliquer, chiffres a l’appui, le nombre de plaintes reçues, le nombre d’enquêtes ouvertes (il serait important de détailler quels actes d’enquêtes sont en général effectués, et sous quel délai). J’ai eu connaissance d’enquêtes préliminaires qui ne démarraient jamais, ou les plaintes étaient tout simplement perdues, ou renvoyées de parquet en parquet sans jamais faire l’office d’une action concrète. Et si les éléments en sont pas récoltés, le mise en cause ne peut être confronté a ces éléments. Ceci rend impossible le recueil d'aveux, que M. Molmy souligne comme étant importants et possibles (bien que rares, et encore moins fréquents sans enquête et sans interrogatoire).

Le problème de dimensionnement est criant, il est le même pour le 119 (maximum 2 standardistes sont en poste au standard pour environ 1500 appels par jours, en augmentation de 11% sur l’année 2020, les temps d’attente sont prohibitifs pour tout jeune devant attendre souvent plus d’une demi-heure pour pouvoir parler à un intervenant). La fonctionnalité de discussion en ligne plus récemment mise en place semble être une soupape à ce problème, bien que le sujet d’accessibilité de la plateforme persiste. De plus, le rapport officiel du 119 indique que les appels pour violences sexuelles ne représentent que 2.5% des appels.

Le constat est le même au CRIP, ou un employé me confiait, a son plus grand désarroi, ne pas pouvoir faire face et ne pas pouvoir protéger les enfants, même ceux encore à risque.

L’article mentionne également que les victimes attendent parfois que la prescription soit acquise pour parler, pour éviter un procès. Ceci est une mascarade. Cette position est marginale (enquête IPSOS : 90% des francais sont favorables a l'imprescribilité des crimes sur mineurs). Les voix des victimes soulignent au contraire massivement les limites de la prescription, et les travers de cette nouvelle prescription glissante. 

Si M. Molmy souligne que les criminels sexuels ne s’amendent pas dans le temps (en effet, un agresseur fait rarement qu’une seule victime, et agit rarement que sur une courte période au cours de sa vie), comment expliquer l'inertie extreme de ces enquêtes dont la célérité permettrait d’éviter d’autres victimes ?

Mensonger également de dire que les signalements arrivent systématiquement, et au moindre doute. Toute la littérature sur le sujet indique le contraire, bien peu de faits sont révélés à l’autorité judiciaire. Il serait judicieux aussi de comprendre dans quelles conditions cet enfant qui avait dénoncé les agissements d’un prête à été amené a dire finalement qu’il mentait. J’ai connaissance de plusieurs exemples ou des enquêteurs n’hésitent pas à disqualifier d'office les plaignant(e)s, sans prendre la peine de recueillir les éléments probants. Un membre de votre équipe en est (était) l'exemple idéal (voir sources). J'en ai fait personnellement les frais. Sans établir que cet exemple ne soit pas réel (cela est bien entendu possible), il fourvoie le lecteur, ne faisant pas justice aux crimes de masse perpétrés au sein de notre société, et au sein de l’Église. Le pourcentage de dénonciation calomnieuse représentant de l’ordre de 5% des plaintes (certaines études établissement même ce chiffre en dessous de 2%).

Alors, oui, il convient de véritablement se demander si ces propos ne font pas office de belles paroles et de propagande, déconnectées du réel. Les dysfonctionnements ne sont pas des cas isolés, ils sont systémiques.

Molmy, a juste titre, dit que le rôle de la police n’est pas de se prononcer sur la culpabilité, mais alors pourquoi ces exemples récurrents ou les enquêteurs indiquent que les enfants mentent (ou les enfants devenus adultes pour des faits anciens). Non M. Molmy, par nature, la police ne croit pas la victime et ne fait pas que recueillir leur parole. Comment expliquer les classements sans suite sans aucun acte d'enquête, le mensonge serait donc presumé par défaut ?

L’article, à deux reprises, mentionnent les souvenirs induits. Ceux-ci sont, encore une fois, marginaux et même très critiques scientifiquement. Ils sont portés par des voix antivictimaires, comme Madame Elizabeth Loftus, qui prit la parole notamment lors du procès de Jeffrey Epstein, contre les victimes. Donc oui M. Molmy, M. Lann, il s’agit d’être vigilant à ce qui est dit. D’ailleurs, vous le dites vous-même, les dénonciations calomnieuses sont très rares, et vous n’en avez même pas personnellement souvenir. En ce qui concerne l’expertise, nombre de dossiers font état d’expertise du plaignant(e) mais pas du mise-en-cause, contrairement à vos propos. Encore une fois, pourquoi expertiser la crédibilité des plaignants, et pas la dangerosité et perversité du mise en cause en premier étant de cause ? Encore un nouveau signe de présomption de mensonge ?

Enfin, la défiance envers l’institution policière et judiciaire est justifiée (voir sources ci-dessous, celles-ci illustrant le propos), sans parler des délais de procédures qui ajoutent à cette défiance et qui constituent parfois, si ce n’est au moins une maltraitance institutionnelle, un véritable déni de justice. M. Molmy omet de citer les dysfonctionnements, dont il ne peut qu’avoir connaissance. Comme par exemple le cas de cet enquêteur de son équipe, qui reboute une mère malgré les informations édifiantes avec un mépris sidérant et qui a maltraité très certainement de nombreux autres dossiers (dont le mien). M. Molmy n’indique pas non plus si l’institution est allée dédommager proactivement ces plaignants, a minima de reprendre et refaire l’enquête qui se devaient d’être faite autrement, ou seulement même s’excuser auprès de ces victimes lésées par ce type d’agissement. En effet, selon l'article L-141-1, L’État est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service de la justice. 

Malheureusement, il ne s’agit pas de cas isolés, le mouvement #doublepeine l’a largement établi, que ce soit pour les violences sexuelles ou conjugales.

En conclusion, cet article me semble propager un constat bien diffèrent de la réalité, sans mise en perspective, sans nuance, et sans éléments chiffrés précisément. Les chiffres sont d’ailleurs bien rares concernant de nombreux indicateurs, la transparence étant elle aussi à grandement améliorer (comme le nombre de policiers étant visés pour violences physiques ou sexuelles, ou le nombre de plainte classée sans suite qui ont finalement abouti à une condamnation (ou même un renvoi devant jugement) pour les plaignant(e)s ayant fait l’effort de faire une constitution de partie civile et de payer une consignation a l’État pour mettre en œuvre l’action publique (souvent plusieurs milliers d’euros de consignation), le nombre de plaintes classées pour prescription sans avoir ouvert d’enquête…).

Les plaintes pour violences sexuelles sont en augmentation de 100% sur 10 ans, et en augmentation de près de 35 % uniquement sur 2021 (avec une part des affaires anciennes qui augmente, et qui donc justifie des enquêtes souvent plus longues avec l’audition de nombreux témoins et une recherche de preuves plus ardue). 

Quel fut l’augmentation du budget pour la protection de l’enfance sur les 10 dernières années ?

Avez-vous comparé vos méthodes a celles d'autres pays ?

Pourquoi nommer cette équipe Brigade de Protection de la Famille ? Quand il s'agit de violences intrafamiliales sur mineurs, il s'agit de protéger le mineur par la famille, de même, quand une femme est battue, il s'agit de protéger la femme, pas le couple.

Je ne suis ni juriste, ni statisticien, ni professionnel de santé, cet article peut donc comporter quelques erreurs. 

Les dysfonctionnements n'enlèvent rien a ceux qui font leur travail avec devotion, professionnalisme et intégrité, avec les piètres moyens qui leurs sont alloués. 

Démontrez-nous votre capacité et votre volonté de mener des enquêtes de qualité, et de les ouvrir pour tous aussi vite que pour les mises en causes ou plaignant(s) médiatisés. Et si ces enquêtes sont menées, comment feront les tribunaux deja complètement engorgés dont les effectifs 2 à 3 fois inférieurs à ceux qui nous mettrait en ligne avec la moyenne européenne ? 

Chers dirigeants, chers policiers, chers magistrats, le temps de l’honnêteté intellectuelle, de la responsabilité et de la transparence est venu.

Twitter : @kimoverseas 

Sources :

https://www.marianne.net/societe/police-et-justice/crimes-sexuels-enqueter-malgre-la-prescription-est-une-mission-de-service-public

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rennes/rennes-en-immersion-a-la-brigade-des-mineurs-2025571.html

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/angers-49000/une-brigade-des-mineurs-au-bord-de-la-crise-de-nerfs-6416324

https://www.leparisien.fr/faits-divers/marseille-denonce-en-interne-un-policier-de-la-brigade-des-mineurs-ecroue-pour-viol-sur-mineur-20-09-2021-NFHJZ6DO3RFCZFYJXDXY3SBGTA.php

https://www.leparisien.fr/faits-divers/frotteur-du-metro-un-ex-membre-du-conseil-superieur-de-la-magistrature-sera-juge-pour-agressions-sexuelles-27-01-2022-KPWEMFZI45DIBCO4TNDKMVT6QM.php

https://www.bienpublic.com/faits-divers-justice/2022/01/12/le-magistrat-proposait-sa-fille-sur-des-sites-libertins-au-tribunal-de-besancon-il-est-absent-de-son-audience

https://www.liberation.fr/checknews/un-enfant-ca-dit-tout-et-nimporte-quoi-que-sait-on-de-cet-appel-dune-mere-a-la-brigade-des-mineurs-20211019_RHVIT46SF5D6PPJA2I5FU5BEOM/

 https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/toulouse-une-maman-va-porter-plainte-contre-l-etat-pour-ne-pas-avoir-protege-sa-fille-d-un-pere-incestueux-2434081.html


Moyenne des avis sur cet article :  4.14/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

9 réactions à cet article    


  • xana 6 février 00:19

    Ah bon, moi j’ai plussé, je ne suis donc pas un pédocriminel, ça me rassure...

    J’ai entendu souvent des témoignage dans le sens de l’article. Il est vrai que les flics habilités ) recevoir les plaintes sont en sous-effectif criant. Mais classer les plaintes sans suite parce qu’on n’a pas les moyens de les instruire, c’est aussi se moquer du monde.

    Si vous ne pouvez pas faire votre boulot, démissionnez ! au lieu de faire semblant.


    • voxa 6 février 08:02

      @xana
      « 
       »Si vous ne pouvez pas faire votre boulot, démissionnez ! au lieu de faire semblant.

      « 

      Entrepreneur, entre mes chantiers, mes véhicules, ma voiture, mon dépôt et mon atelier, j’ai été cambriolé, 24 fois en 20 ans... (dont un fourgon volé et incendié)
      .
      Au début, je suivais cela de près après ma plainte...
      Ensuite...
      Ensuite rien, jamais.
      Pas une seule fois de suites.

      Une nuit, la bac a arrêté en flagant délit, un tocard qui avait plié ma portière en deux...
      Plainte....
      Après, plus rien.

      Coprenez moi...
      Ensuite, je ne déposais donc plainte que juste par obligation des assurances, et cela juste quand le dégât on le vol était au-dessus de la franchise...
      Inutile de perdre 4 heures en face d’un filc qui tape (son clavier) avec deux doigts.
      .
      Un jour, seul, j’ai retrouvé un de mes voleurs. (souvent, ils sont extrêmement cons et stupides...)
      Retour à la police et dénonciation circonstanciée...
      Rien.
      Toujours rien.

      Et, quand par hasard, un filc arrive à faire correctement son boulot, en l’occurence il s’agissait de la gendarmerie, le procureur classe l’affaire...

      Si...
      Tout de même, la dernière fois, j’ai reçu un avis du »proc" comportant en haut le nom complet et réel du voyou...
      En bas, plainte classée au motif de la non-identification du coupable, pourtant entendu et identifié par la gendarmerie presque deux ans avant...

      Les flics n’y sont pour rien, et certains en sont même atterrés, voir démotivé.
      C’est au niveau du dessus que cela ne se passe pas....

      Au-dessus l’on juge qu’il n’y a gravité que si le délinquant s’en prend :

      — Aux banques
      — Aux beaux quartiers
      — Aux V.I.P.
      — Au scooter du fils du petit nerveux

      — et..... pire que tout, au systeme.

      Nous ?
      Nous sommes des croquants.


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 6 février 11:18

      Chers dirigeants, chers policiers, chers magistrats, le temps de l’honnêteté intellectuelle, de la responsabilité et de la transparence est venu.

      ça sera compliqué puisque les réseaux pédocriminels sont justement couverts par certaines personnes de ces milieux !


      • Doume65 6 février 12:32

        Bonjour.

        Le droit de réponse

        sollicité était-il signé avec un pseudo, comme ici ? Cela expliquerait le refus.

        « Les plaintes pour violences sexuelles sont en augmentation de 100% sur 10 ans »

        Est-ce dû à une augmentation de ces crimes, ou a un meilleur signalement (ce que j’espère) ?

        Cordialement.


        • Kimoverseas 6 février 17:41

          @Doume65 Les 2, notemment par l’augmentation de la pedocriminalite en ligne pendant les confinements et les violences intrafamiales en hausse pendant ces périodes.


        • Doume65 7 février 19:51

          @Kimoverseas
          « l’augmentation de la pedocriminalite en ligne »
          Donc pas vraiment plus d’agressions (un tordu derrière un écran n’agresse directement personne), mais plus de signalements.
          Cordialement.


        • Kimoverseas 8 février 09:26

          @Doume65 Je me permets de vous signaler que consommer du contenu illicite encourage d’autres a commettre des crimes sur de vraies victimes. D’autre part, une partie de la pedocriminalite consiste a commander des viols d’enfants a la commande et a regarder en direct, il y donc aussi la dans ce cas une victime de plus directement.


        • Doume65 8 février 12:01

          @Kimoverseas
          Vous ne m’apprenez rien. J’ai bien écrit « n’agresse directement personne ».
          Ce qui sous-entend qu’il y a bien des victimes, indirectement...
          Cordialement.


        • confiture 6 février 17:21

          Vous avez choisi un pseudo qui dit que vous êtes expat ? (overseas)

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Kimoverseas


Voir ses articles



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité