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Accueil du site > Actualités > Société > La prison française est-elle un hôpital psychiatrique bon marché (...)

La prison française est-elle un hôpital psychiatrique bon marché ?

Lundi 6 novembre, 40 parlementaires ont visité 30 prisons. Leur but : établir une photo instantanée de la situation, en vue de préparer la future loi de programmation de la justice. Par ricochet, cela fait parler du personnel, épuisé, et des détenus placés sous écrou, en situation compliquée. J'ai eu l'occasion de voir le système de l'intérieur en suivant la formation de #surveillant de prison, et de faire les deux stages ( maison d'arrêt et centre pénitentiaire). J'ai été là où les journalistes n'ont pas le droit d'aller. Ce que j'y ai vu est inacceptable.

La surpopulation, l'arbre qui cache la forêt

Les détenus se plaignent d'une situation qui existe depuis de nombreuses années.

La maison d'arrêt de Caen, par exemple, présente un taux d'occupation de 160 % ( chiffres de 2 014). Celles de Fresnes, 202 % ( chiffres de 2 016). A nîmes, pire, on atteind les 207 % ! http://lhttp://www.bfmtv.com/societe/la-maison-d-arret-de-nimes-occupee-a-207percent-une-situation-qui-dure-1023777.html

Concrètement ? 3 voire 4 dans des cellules prévues pour 2. Avec les 2 détenus supplémentaires qui dorment sur des matelas, par terre. Trop nombreux dans les cours de promenade. Trop nombreux pour travailler soit comme "auxis", soit comme ouvrier dans les entreprises installées sous contrat avec l'administration pénitentiaire. Trop nombreux à attendre des jugements, en détention provisoire, qui n'en finissent pas d'arriver à cause de tribunaux engorgés.

Voir à Fresne les conditions de détention : http://fr.blastingnews.com/societe/2016/12/maison-d-arret-de-fresnes-des-conditions-de-vie-denoncees-001329329.html.

Ou encore à Bois d'Arcy, visitée par les parlementaires : http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/11/07/visites-surprises-de-quarante-deputes-dans-des-prisons_5211138_3224.html

La prison en France est cernée : côté input - la justice ne suit plus, les délais de jugement sont trop longs, on incarcère trop vite - et côté output, les services d'insertion - les SPIPS - même situation, trop de dossiers à suivre par agent de probation.

Mais cette situation ne doit pas masquer une autre réalité, tout aussi catastrophique, celle des pathologies psychologiques des personnes incarcérées.

Hôpital psychiatrique bon marché ?

Les députés font leur travail en allant visiter les prisons, ils contrôlent le gouvernement, qui s'apprête à construire 15 000 places supplémentaires dans les prisons. La France a déjà été plusieurs fois condamnée par la cour Européenne des droits de l'homme. Je pense qu'il faut d'abord et surtout parler des maisons d'arrêt, qui concentrent à mon sens toutes les dérives du système : régime carcéral d'enfermement 22 h sur 24, avec deux promenades par jour. Les détenus vivent dans des cellules de 9 m2 - pour celles qui sont prévues pour 2 mais qui finalement sont occupées par 4 personnes, toilettes comprises.

On y place sous écrou un peu tout : les personnes en attente de jugement, les personnes condamnées à des peines de moins de 5 ans, les mineurs - certes isolés dans le quartier des mineurs, les délinquants routiers - qui pour certains ne comprennent pas ce qui leur arrive quand ils entrent en détention. 

Mais aussi les SDF qui préfèrent se faire incarcérer pour dormir en prison qu'à la rue, https://www.ladepeche.fr/article/2014/08/08/1931375-sdf-a-18-ans-il-demande-a-aller-en-prison.html, ou les personnes qui relèveraient plutôt d'un internement en hôpital psychiatrique ( 30 % de la population carcérale). Sur le sujet, voir le très bon article de Slate.fr : http://www.slate.fr/story/150216/malades-psychiatriques-prison. Bref, la maison d'arrêt est pour moi le maillon faible du système pénitentiaire.

Un surveillant coûte moins cher à former qu'un infirmier

Le personnel de surveillance est formé en 6, 8, ou 12 mois, à l'ENAP ( école nationale d'administration pénitentiaire), selon les années et les besoins de l'administration. Il faut 3 ans pour former un infirmier qui travaillerait en hôpital psychiatrique. Le salaire d'un surveillant de prison, personnel de catégorie C, est bien inférieur à celui d'un infirmier ( on parle de 400 euros d'écart environ mais multiplié par un nombre d'agent important, cela finit par peser sur le budget). Pour qui a été en détention, y a travaillé, ou même passé, ce qui saute aux yeux, c'est le nombre de détenus qui souffrent de pathologies psychologiques. Certaines sources parlent de 17 000 détenus qui souffriraient de troubles psychiatriques. Dans la formation de surveillant, on vous apprend sommairement à vous comporter face à un psychotique, comment faire pour fouiller sa cellule, comment réagir s'il est en crise. Heureusement, l'administration pénitentiaire reconnait que les pathologies existent et donne des clés de compréhension à ses agents.

L'univers carcéral est tellement particulier que certaines pathologies s'y déclarent. Dans le milieu, on parle de choc carcéral, vécu par les personnes qui entrent pour la première fois en détention, surveillants compris. Sous l'ancien régime, au XVIIe siècle, l'hôpital général était un lieu d'enfermement des indigents qui avait été mis en place pour régler le problème de la mendicité, endémique. On y trouvait toutes les typologies de la population. Est-on revenu à cette situation avec les maisons d'arrêt ?


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25 réactions à cet article    



    • zygzornifle zygzornifle 16 décembre 2017 12:55

      les Matons en sont aussi les victimes ....


      • xana 16 décembre 2017 14:48

        Bravo Charpentier et merci pour cet article, bref mais extraordinairement édifiant.


        La prison est effectivement la poubelle sociale où notre société cache ceux qu’elle ne veut plus voir, comme l’était l’hôpital sous l’ancien régime. Le tapis sous lequel on cache les ordures que l’on ne sait pas traiter.
        Non seulement s’y retrouvent tout un tas de personnes qui auraient eu besoin d’un minimum de soins psychiatriques (trop chers pour la société) mais ceux qui s’y retrouvent accidentellement y contractent à leur tour des maladies psychiatriques dûes à leur détention dans un milieu carcéral inhumain et au contact avec les malades mentaux qui s’y trouvent. C’est exactement ce qui se passe pour les maladies nosocomiales que l’on contracte dans les hôpitaux mal tenus et surpeuplés.

        Notre société aurait tout intérêt à consacrer moins d’argent à des sottises et davantage pour les instituts censés soigner et réhabiliter ceux qu’un problème ponctuel a dirigés vers la poubelle.

        Ou alors, qu’elle ait la franchise de les euthanasier immédiatement.
        Cela coûterait moins cher que l’hypocrisie actuelle.

        Jean Xana

        • astus astus 16 décembre 2017 15:27
          Bonjour Charpentier,
          Il manque curieusement des places dans les prisons françaises, mais dans un pays similaire très proche, les Pays-Bas, et en seulement trois ans, 19 prisons sur une soixantaine ont été désaffectées car près d’un tiers des cellules sont vides...au point que certains bâtiments ont été transformés en logements sociaux pour des familles. 
          Ce pays considère depuis longtemps que la réinsertion et les peines alternatives coûtent moins cher, limitent les récidives et sont plus efficaces que l’incarcération simple sans mesures d’accompagnement qui est une école du crime.
          Mais en France on continue d’incarcérer environ 30% de personnes qui sont des malades mentaux ou qui ont de gros troubles de la personnalité, et qui pourraient être mieux pris en charge ailleurs si l’on s’en donnait les moyens, ce que personne ne veut faire car cela coûte effectivement plus cher.
          Et je ne dis rien de ceux qui utilisent la prison pour se radicaliser encore davantage. 
          On a aussi longtemps mis en prison de simples consommateurs de drogue (je ne parle pas des trafiquants et vendeurs qui doivent bien sûr être emprisonnés), et aussi des délinquants de la route alors que ces derniers devraient travailler gratuitement (pour le ménage ou d’autres tâches simples) dans les établissements de rééducation fonctionnelle où sont soignés, parfois durant des années, leurs victimes.
          L’application de ces mesures de bon sens et de celles des pays proches aiderait probablement à améliorer la situation actuelle.
          Bien à vous

          • Diogène diogène 16 décembre 2017 16:01

            @astus

            Entièrement d’accord
            Et pour revenir sur l’analyse de l’auteur concernant l’incarcération de personnes souffrant de troubles mentaux, on peut appliquer les mêmes considérations sur la manière d’appréhender la question de l’internement ou non de ces personnes.
            En Islande, les médecins psychiatres privilégient le fait de laisser leurs patients dans leurs familles et assurent un suivi assidu des évolutions pour qu’elles ne pénalisent pas les autres membres de la famille. C’est plus efficace et moins cher que des hôpitaux et des piqûres.

          • Alren Alren 16 décembre 2017 18:31

            @diogène

            « En Islande, les médecins psychiatres privilégient le fait de laisser leurs patients dans leurs familles »

            Il faut rester très prudent avec cette technique. Car certains comportements notamment d’ultra-violence sont en réalité engendrés par le milieu familial, une ou plusieurs personnes de ce milieu.
            Si dans la famille il y a des violents notamment un père ayant frappé le malade enfant, de drogués, des alcooliques des marginaux etc. un tel retour pourrait s’avérer catastrophique.

            Tout retour dans la famille d’un malade souffrant de troubles psychiatriques devrait être précédé d’une enquête sérieuse sur la capacité de la famille à améliorer l’état du malade et pour ceux qui en ont besoin de veiller à ce qu’ils prennent bien régulièrement leurs médicaments.

            Ceci dit en effet le milieu carcéral est le plus mauvais endroit pour soigner un malade psychiatrique, encore moins le guérir.

            En cas d’inaptitude de la famille biologique à prendre en charge son parent malade, une solution pourrait être une association hôpital de jour et famille d’accueil.


          • velosolex velosolex 17 décembre 2017 18:56

            @Alren
            Effectivement, beaucoup de naïveté. Notre époque induit tout un chant computationnel autour du « fou ». Ce qui est bien en soi, quand on sait d’où l’on vient. Mais faudrait pas tomber dans l’excès contraire. Il faut avoir été confronté avec la souffrance des familles qui n’en peuvent plus, pour avoir une vision éclairée des choses......Pourtant certaines familles tentent l’impossible, allant jusqu’à leur propre désintégration. Père ou mère ne voulant pas se déchargés, culpabilisés parfois par d’autres membres, le voisinage, etc...Ce qui aboutit parfois au suicide, à la prostration, à l’abandon de l’éducation des autres enfants, parfois associés à ce grand délire....Mais quelqu’un de violent, qui ne voit pas la réalité, qui est dans la souffrance de la folie est une charge incommensurable. Mais qu’un type délirant poignarde un passant, et voilà nos belles âmes qui demandent alors de comptes, qui cherchent des responsables " Pourquoi ce type n’était il pas hospitalisé... ?

            Foucault dans son histoire de la folie, a fait du fou la victime de la société. Un discours qui a été vrai, mais qui ne l’est plus, dans les grandes largeurs. Reste que son discours,donnant une explication exogène, c’est à dire mettant en cause la société, qui fabriquerait le fou, reste très influent. Dans les années 80 on a fait l’apologie de la psychiatrie, en Italie, qui fermait ses hôpitaux psy, croyant naïvement que la maladie allait peut être disparaître, une fois qu’on aurait supprimé ce système supposé d’oppression.....C’était tout simplement donner une corde à ceux qui veulent se pendre, et un non assistance à personne en danger, déguisée sous une allure humaniste......

          • frugeky 18 décembre 2017 22:29

            @diogène

            Oui c’est possible et d’ailleurs l’antipsychiatrie avait de très bons arguments.

            Mais le plus souvent, de ce que j’ai pu constater, le problème est justement familial et le « malade » (du moins celui qui présente des symptomes) atteint un degré de saturation qui devient difficilement gérable pour la-dite famille qui devient à son tour demandeuse d’aide auprès de personnes qui en acceptent la prise en charge.

            Quant aux piqûres, je vous assure que ce n’est pas pour leur prix. La majeure partie des ampoules utilisées (ou efficaces si vous préférez) ne coûtent pas deux euros l’ampoule.

            L’hôpital reste cher, c’est sûr. Je ne suis toutefois pas certain que l’éducation de la population à la santé mentale, à la folie, à la psychiatrie (science sans théorie), ou plus simplement à l’acceptation du fou, du malade mental, de l’handicapé soit réellement moins cher vu l’ampleur de la tâche. Parce qu’il serait alors plus simple pour les personnes en souffrance de trouver de l’aide ailleurs que dans ces endroits que sont les hôpitaux psychiatriques.

            Quant aux malades incarcérés, pour avoir fait un stage dans ce genre de colonie, pour certains ça dépasse l’entendement. Finalement, si certains détenus se comportent comme des cons vis-a-vis des malades, d’autres leur viennent en aide et les surveillants sont capables aussi de faire la distinction. Certains détenus ne relèvent visiblement pas de la détention mais, bon, entre la prison et l’hôpital, souvent ils préfèrent la prison...


          • Rincevent Rincevent 16 décembre 2017 18:44

            Il existe bien des équipes psy dédiées aux prisons dans chaque département mais, pour ce que j’en connais, leurs moyens sont complètements insuffisants (nombre d’agents, temps dédié).

            A côté de ça, il y a aussi le problème récurrent des psychopathes (ce n’est pas considéré comme une maladie psy mais un trouble de la personnalité). En prison, comportements inquiétants pour des gardiens qui ne savent pas faire et ingérables en hôpital psy. Chaque institution pensant ‘’il n’a pas sa place chez nous’’. D’où des allers-retours avec des ‘’ratés’’ éventuels.


            • velosolex velosolex 17 décembre 2017 18:39

              @Rincevent
              Effectivement, certains n’ont leur place nulle part, une fois qu’ils ont « pété les plombs », comme on dit maintenant. Notre société est une machine à fabriquer de la psychopathie : Absence de sens, baisse des affects, incapacité à donner des messages clairs, monde médiatique organisant le spectacle de la perversion....C’est la fabrique au tarés allant se la péter chez « daesh » 

              Contrairement à ce beaucoup imaginent ici. Non ce n’est pas l’acte « dit fou » qui fait le fou. La maladie mentale ne peut être définit en trois coups de cuillère à pot. Sinon, je vous le dis, demain, tous les retours de syrie devront être dirigés vers la psy...
              La prison évidemment peut faire dérailler sérieusement un prisonnier. 
              Quelqu’un qui ne déprimerait en prison ne me semblerait pas très normal, ce qui peut paraître paradoxal... ;Mais le corps pénitentiaire a tendance parfois à voir la maladie en terme de délinquance institutionnelle. Un bon psychotique qui ne les dérangera peut ne pas être repéré..
              Le transfert d’un prisonnier en hopital psy n’est pas une mince affaire. Les naïfs seraient surpris des problèmes concomitants. Quid de la sécurité des autres patients dans cette affaire,où l’on voit des administratifs délimiter le champ de la prise en charge, dans un beau bottage de touche...« No problem..Monsieur x n’est pas un détenu, mais un malade comme les autres.... »...Bien sûr vous êtes entièrement responsable s’il arrive un problème

            • franc tireur 16 décembre 2017 19:03

              Les investissements francais dans la justice sont dérisoires comparés aux pays développés de meme taille .Toujours la question du budget alors que la France dépense 57% de sa richesse dans la dépense publique ,presque un record mondial .On préfère construire construire des sous marins atomiques .Chacun ses priorités.
              Par contre si vous trouvez qu’on incarcère beaucoup comparez aux chiffres anglais ou allemands , ou le système de remise de peine n’existe par ailleurs pas ou peu .Mais on va dire que c’est compensé par les conditions de détention déplorables.
              La vérité est qu’a population égale on on a 30 000 prisonniers de moins .Aujourd’hui si t’es condamné t’as peu de chance de connaitre l’enfermement ,sauf délit grave.


              • vesjem vesjem 16 décembre 2017 20:32

                C’est notre société qui est malade d’engendrer la délinquance, le banditisme et donc les incarcérations qui en découlent
                Notre société (nos politiciens essentiellement) a fabriqué le banditisme ordinaire des banlieues, par laxisme, en dissimulant cette calamité, d’une part , et par un néocolonialisme guerrier qui a ravagé plusieurs pays nord-africains
                Si on ne nomme pas les vrais coupables, et s’ils restent en liberté, il est sûr que nous auront des afflux massifs de « bons » migrants, périodiquement mis en mouvement par les désastres qu’on leur exporte 


                • velosolex velosolex 17 décembre 2017 19:06

                  @vesjem


                  Attention aux idées reçues....D’autre part, si les prisons sont pleines, ce n’est pas la faute des juges, ni d’une police qui ferait du zèle, c’est simplement du au fait que la France a un tôt de places disponibles dans la petite moyenne, comparativement à d’autres pays. D’autre part, bien des peines pour cette raison ne sont jamais purgées, ce qui explique sans doute, hors humanisme, que les peines de substitution sont fréquentes. On ne s’en plaindra pas pour la petite criminalité, tant que ce ne sont pas des individus violents, ou dangereux qui ne sont pas bouclés.
                  Prison : la France est championne des peines de probation en Europe

                • vesjem vesjem 18 décembre 2017 09:39

                  @velosolex
                  je ne parle pas du problème concret de la surpopulation carcérale mais de ses causes : chômage, immigration due aux destructions de nations d’origine des migrants, et fauteurs in fine de ces désastres : un certain nombre sinon un nombre certain d’hommes politiques et de pseudo-conseillers (que chacun reconnaîtra)


                • Paul Leleu 16 décembre 2017 20:35

                  bien-sûr... on revient vers une société d’Ancien Régime... avec des masses de pauvres croupissant sous les fenêtres de quelques riches raffinés et sanglants... c’est cela que le « libéralisme »... 


                  le libéralisme à visage humain ça n’existe pas... que dans les théories... dans la pratique, le libéralisme c’est des prisons débordant de fous désespérés, des villes pilonnées en Syrie, des africains qui se noient dans la Méditerrannée, des enfants qui crèvent dans les mines de Cobalt au Zaïre... et Macron qui fête ses 40 ans à Chambord « parce-qu’il le vaut bien » et qu’il veut faire « enrager les vilains jaloux »... 

                  Macron il se croit dans Machiavel, mais il est plutôt dans Sade... une société dégénérée ... 

                  • Eric F Eric F 17 décembre 2017 11:14

                    On avait beaucoup glosé sur la réforme entreprise par Christiane Taubira relative aux peines de substitution (accusation notamment que ce serait du laxisme). C’est pourtant ce qui a été mis en place aux Pays Bas, comme le mentionne Astus dans son commentaire. Il est du reste stupéfiant que cela ait pu être déployé avec une telle ampleur (des pays voisins envisagent de louer des prisons néerlandaises désormais désaffectées pour délocaliser leurs propres détenus !).
                    Il faudrait une bonne fois qu’au niveau européen (voire mondial) il y ait une mise en commun les « meilleures pratiques » dans différents domaines, au lieu de repartir à zéro dans son coin. C’est vrai pour le système judiciaire et carcéral, mais aussi sur les questions pédagogiques, sur le traitement médical (ainsi, les néerlandais consomment 5 fois moins de médicaments que nous), etc. Il ne s’agit pas d’instituer des « directives » contraignantes, mais de concertation, coopération de terrain, coaching mutuel, etc.
                    On ignore que parfois des bonnes idées ou exemples peuvent venir de pays desquels on ne s’y attendrait pas, par exemple le système de bibliothèques dans les prisons et entreprises mise en place au ...Cambodge, pour la lutte contre illettrisme ; d’autre pays l’on fait, ainsi le Brésil a institué des bonus de remise de peine en fonction de l’effort d’instruction https://www.actualitte.com/article/monde-edition/au-cambodge-l-ong-sipar-lutte-contre-l-illettrisme-dans-les-prisons-ou-les-hopitaux/53274


                    • astus astus 17 décembre 2017 12:41

                      Bonjour à toutes et à tous,

                      Il est assez commode pour parler de délinquance de se décharger sur des boucs émissaires qui sont d’ailleurs toujours les mêmes comme le suggèrent vesjem et Paul Leleu  : nos politiciens qui « fabriquent » le banditisme et persévèrent dans un néocolonialisme criminel, et bien sûr le libéralisme...
                      Personnellement je n’ignore pas certaines de nos responsabilités, mais je cherche surtout à les comprendre et je constate alors, car cela est facilement vérifiable, que notre pays n’a jamais connu une période de paix aussi longue (72 ans) ni un taux de criminalité aussi faible dans toute sa longue histoire. 
                      On entend toujours que « c’était mieux avant », quand le capitalisme n’existait pas (c’est à dire avant le 15 ème siècle !). Mais on ne peut pas dire que la vie était alors vraiment tranquille avec des guerres, des épidémies et des famines permanentes qui créaient des rapines et des violences que plus personne n’oserait imaginer aujourd’hui.
                      Alors je remercie Eric F de chercher des solutions plutôt que de condamner les autres en montrant qu’il en existe en effet : l’illettrisme est une cause réelle de délinquance (merci pour le lien), et il y a en effet de meilleures pratiques que celles qui sont utilisées aujourd’hui. 
                      Faisons donc patiemment notre travail de citoyen là où nous sommes, et les choses iront mieux partout plutôt que d’attendre que cela vienne d’en haut. Autrefois on attendait que Dieu apporte des solutions miraculeuses à tout, et maintenant on attend que cela vienne des politiciens. Etranges croyances.
                      Bonne journée.

                    • vesjem vesjem 17 décembre 2017 14:25

                      @astus

                      « notre pays n’a jamais connu une période de paix aussi longue »

                      Arrête de ressasser les vieilles lunes que l’on inculque à la populace, et qui servent à dissimuler la prédation qu’on opère dans les pays musulmans
                      Soit tu n’as pas compris le principe, soit tu fais semblant par confort ?
                      Si tu es sincère, ne regarde plus la télé, ni n’écoute plus les radios, et tu verras plus clair


                    • astus astus 17 décembre 2017 15:05

                      @vesjem

                      Je ne vois pas bien le rapport entre « la prédation qu’on opère dans les pays musulmans », (à laquelle je ne participe en aucune manière) et la délinquance avec les difficultés qui existent dans les prisons. Quant aux médias j’ai aussi un avis sur la question ici : https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/comment-la-tele-nous-ment-90371
                      Mais tout le monde attend avec impatience vos propositions pour améliorer concrètement la question carcérale...



                    • vesjem vesjem 17 décembre 2017 16:04

                      @astus
                      toi, astus, tu as des réponses à la gruni ; t’aurais pas plusieurs comptes ?
                      je ne te réponds pas sur le fond , tant ta réponse est félonne ; tu es définitivement dans la bienpensance


                    • xana 17 décembre 2017 19:38

                      Débat intéressant (pour une fois, sur Agoravox, ça mérite d’être souligné).


                      Il ne s’agit pas ici de se prononcer pour ou contre l’élargissement systématique des prisonniers ou celui des internés psychiatriques, mais de constater que la solution de facilité (Un cas gênant ? Hop, à la poubelle) aggrave les choses le plus souvent, et en plus elle n’est même pas économique !

                      Consacrons moins de moyens à la prison (sans la supprimer totalement) pour en consacrer davantage à des possibilités de réinsertion, et à un suivi réel des citoyens à problème.

                      Evidemment ces idées ne sont pas à la mode qui est, je vous le rappelle, de passer au modèle américain : Plein de prisons privatisées !!!

                      Jean Xana

                      • Eric F Eric F 17 décembre 2017 22:14

                        @xana
                        L’effet de l’incarcération est parfois non seulement inutile, mais plus encore néfaste, lorsque notamment en tassant les gens incarcérés, nombre de petits délinquants se font pervertir et endoctriner par des co-détenus endurcis, et ressortent en tant que gros délinquants radicalisés.


                      • Philippe VERGNES 18 décembre 2017 14:10

                        @ Charpentier,


                        Un très grand merci à l’auteur pour ce témoignage et aux intervenants pour la qualité du débat. Comme le dit ci-dessus Jean Xana, c’est assez rare sur ce site pour être souligné comme il se doit.

                        La problématique de fond de cet article touche au problème de la délinquance, certes, mais également et de façon plus générale, à celui de la récidive et du meilleur moyen d’y remédier. A ce titre deux visions s’affrontent qui sont celles de la justice punitive Vs justice restaurative.

                        Il existe un institut français de justice restaurative qui s’est créé sous l’impulsion de Christiane Taubira et il serait totalement inique de ne juger de cette idée uniquement au travers de la personnalité appréciée ou détestée de cette ex-garde des Sceaux. Cet institut a été fondé par quelqu’un d’extrêmement compétent en matière de criminologie puisqu’il a été en France le premier, avec Gérard Lopez, à créer une formation universitaire de criminologue.

                        Ainsi, pour juger de l’efficacité de l’une ou l’autre de ces deux idéologies, il convient de s’en remettre au fait plutôt qu’aux sentiments, aux logos plutôt qu’au pathos, de façon à comparer correctement les bénéfices risques de l’une et l’autre. Telle devrait être la démarche de tout penseur critique qui se respecte. Ce faisant, il faut se rendre à l’évidence : la justice restaurative arrive très largement en tête pour limiter le risque de récidive. Cependant, elle ne l’empêchera jamais, seuls les « idéalistes » peuvent croire en un tel miracle. Aussi, à chaque fois qu’un délinquant passe une nouvelle fois à l’acte, les passions de ceux qui prônent une justice punitive se déchaînent. C’est triste, mais l’intérêt de la société va à la justice restaurative tant d’un point de vue individuel et humain que collectif et matériel, donc financier également. Ce qu’il y a d’encore plus triste, c’est que les mêmes qui souhaitaient imposer une justice punitive sont les premiers à crier au loup lorsqu’il s’agit de payer plus d’impôts pour construire de nouvelles prisons en France. Aller comprendre ! 

                        • Kanok Kanok 18 décembre 2017 15:45
                          Si vous voulez un peu de lecture je vous conseille « Fresnes, histoires de fous », Catherine Herszberg, Seuil.

                          Salut !

                          • Hurricane Hurricane 19 décembre 2017 08:45

                            Pour ne pas aller en prison ? fastoch  ! suffit de pas faire le con et le tour est joué ! 


                            Ras le bol des pleurnicheurs intellos bobos gauchos pro délinquants 

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