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La toile pour l’éternité

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Quand on ne veut pas tourner la page.

Un ami en quête de souvenirs, de témoins d’un passé qu’il met en mots pour le magazine municipal de son pays d’enfance, s’étonne et se lamente. Il envoie à cette étrange vague, ce message que je vous transmets dans son intégralité et qui bien sûr pose un problème qu’il faudra bien un jour examiner sérieusement. Le virtuel s’impose de plus en plus au réel et vient désormais abolir l’issue fatale qui nous guette tous.

« Quand on souhaite trouver sur le net ce qu’est devenue telle ou telle connaissance de sa génération, perdue de vue depuis longtemps en France, on tape généralement son nom dans un moteur de recherches, avec plus ou moins de réussite. Personnellement, je vais direct à l’essentiel en commençant par une astuce morbide mais efficace : je tape le nom de la personne suivi de la mention « décès », et là, hélas trop souvent depuis quelque temps, je tombe sur des avis de décès de presse ou de sites spécialisés comme « dansnoscoeurs.fr », qui ne me laissent aucun doute sur les disparitions de ces personnes. Glaçant ! La Grande Faucheuse est plutôt en forme en ce moment et ça tombe comme à Gravelotte parmi mes connaissances… Mais il y a encore plus glaçant : les proches de ces personnes décédées oublient souvent de supprimer leurs comptes dans les réseaux sociaux, ce qui fait qu’on voit encore intactes, bien présentes et fringantes sur le net, des personnes disparues depuis longtemps. Une manière de demeurer quelque part immortelles et figées sur les écrans pour l’éternité… »

Ce message me pousse à extrapoler son contenu pour envisager un aspect curieux de la toile. Pour avoir vécu la confrontation à un message semblant émaner de l’au-delà, j’avoue avoir non seulement été surpris mais aussi quelque peu troublé, m’interrogeant peut-être de manière déplacée sur la volonté de celui ou celle qui perdure l’activité numérique d’un défunt. Est-ce que j’outrepasse mon rôle quand je désapprouve le procédé de quelqu’un qui doit faire son deuil ? Il est clair que c’est bien là le plus douloureux et complexe rendez-vous que chacun a avec l’existence.

Mais pourquoi diable nous impliquer de la sorte en nous faisant témoin d’une blessure qui ne peut se refermer ? Dans une société où bien rares sont ceux qui portent le crêpe noir, nous nous faisons tous les spectateurs indécents d’un départ qui n’en finit pas. Chaque apparition d’un message d’outre-tombe me plongeant alors dans un abysse de perplexité.

Bien sûr mes états d’âme n’ont aucun intérêt. Là n’est pas la question fondamentale de cette pratique qui n’est pas aussi marginale que vous pouvez le penser. Il y va de la transmission, de l’héritage intellectuel, de la trace laissée. Autant, les écrits, les actes, les propos, les réalisations d’un humain doivent lui survivre et c’est ce qui fait la gloire de notre passage sur terre, autant l’usurpation de son identité pour créer des traces illusoires et apocryphes me semble contraire à la nécessaire vérité que l’on doit à celui qui est parti.

Que mon ami Gérard trouve glaçant les messages de l’éther me rassure. Je ne suis donc pas seul à m’inquiéter d’une pratique sur les réseaux sociaux qui non seulement interroge sur nos rapports à l’identité, à la mort et à la mémoire mais, qui plus est, insinue le trouble, distille le doute ou entretient la confusion dans l’esprit de ceux qui ne savent pas. C’est ainsi que l’on se trouve confronté à une épouvantable maladresse en demandant des nouvelles ou pire encore en répondant à de tels messages, risquant parfois de dévoiler des secrets que le disparu aurait dû emporter dans son dernier voyage.

Ce phénomène mérite analyse de plus savants, de plus érudits que nous deux. Il n’en demeure pas moins une nouvelle étape franchie dans cette course folle de notre humanité pour gommer ce qui fait l’essence même de notre existence : « La mort ! ». C’est à ce titre que j’ai répondu à la requête de mon camarade pour compléter son indignation de quelques réflexions jetées en vrac. C’est désormais aux sociologues et à un éventuel comité d’éthique numérique de se pencher sur le dossier.

Thanataunotement leur.

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15 réactions à cet article    


  • juluch juluch 20 mars 15:48

    en effet, ça peut être gênant....

    La multiplication des réseaux sociaux et l’oublie des descendants de clôturer le compte emmène parfois à des « dérapages »...


    • C'est Nabum C’est Nabum 20 mars 18:20

      @juluch

      Il y a là un risque énorme en effet


    • nono le simplet nono le simplet 21 mars 06:58

      c’est peut être ça l’Éternité ...


      • C'est Nabum C’est Nabum 21 mars 08:24

        @nono le simplet

        C’est certain


      • nono le simplet nono le simplet 21 mars 07:03

        j’ai cherché le nom d’une amie décédée en 2009 ...

        toujours présente sur copains d’avant ... et son âge augmente comme si elle était toujours là ... un peu plus bas dans google on trouve tout de même la date de son décès ...


        • cevennevive cevennevive 21 mars 08:20

          @nono le simplet, bonjour !

          Attendez, il y a pire :
          Mon amour, décédé en février 2015 était, à la MACIF, compté comme conducteur secondaire de mon véhicule.
          A son décès, j’ai voulu l’effacer de mon site MACIF. Impossible !
          Ce n’est que récemment, sur mes insistances, que cela fut fait (et encore, parce que j’ai remplacé son nom, son numéro de permis et sa date de naissance par ceux de l’une de mes filles...)
          Doit-on penser que tout est « inscrit dans le marbre » sur internet ? C’est sans doute pourquoi des défunts reçoivent du courrier ou des mises en demeure bien après leur départ de ce monde...


        • C'est Nabum C’est Nabum 21 mars 08:25

          @cevennevive

          Terrible


        • Julien S 21 mars 11:46

          @nono le simplet
          .
          Ouais, c’est super-intéressant, mais la prise de Berlin, ça vient ? 


        • nono le simplet nono le simplet 21 mars 17:23

          @cevennevive
          bonjour cevenne,
          permets moi cette blague sans malice ... il vaut mieux rire de tout ...
          la MACIF pensait peut être que ton amour pouvait conduire à tombeau ouvert ...
           smiley


        • nono le simplet nono le simplet 21 mars 17:56

          @Julien S
          la prise de Berlin, ça vient ? 

          entre toi qui s’en fout et moi qui ait autre chose à penser en ce moment à cause de ce superbe anticyclone ... dés qu’il pleut chez moi il pleuvra sur Berlin ...


        • nono le simplet nono le simplet 21 mars 18:02

          @cevennevive
          un petit PS ...
          vivant près de Niort et ayant des copains ayant travaillé dans les mutuelles dont plusieurs à un très haut niveau, je peux te dire que la MACIF c’est la plus nulle ... je suis à la MAAF depuis longtemps ...


        • cevennevive cevennevive 22 mars 07:32

          @nono le simplet, salut !

          Pas de problème pour ta petite blague qui m’a fait sourire...

          Quant à la MACIF, depuis des années et des années chez qui je suis adhérente, je n’ai pas à m’en plaindre en ce qui concerne la couverture accidents.
          Il faut dire que je ne conduis pas « à tombeau ouvert » !
          Bonne journée nono !


        • Julien S 21 mars 12:11

          Bon, mes potes d’il y a quarante à cinquante ans retrouvés sur la toile sans que j’ai cherché à les recontacter :

           Un seul mort certain, un aristocrate tué par le bras d’un engin élévateur. 

           Un pote pas pote du tout d’ailleurs, en tachycardie permanente pour communication interventriculaire, et qui d’évidence a été opéré depuis pour être encore là.

           Un qui est devenu grand reporter après avoir fait Normale Supérieure. Cela ne m’a pas surpris : nous avons fait six ans de classes primaires et de collège en commun, où il était régulièrement classé troisième, excellent présage pour la rue d’Ulm. J’étais évidemment classé ou premier, ou second non moins régulièrement et j’ai fini par réussir l’IUT de Saint-Denis-du-Neuf-Trois. 

           Un camarade de collège qui est devenu le critique de rock’n’roll Philippe Manoeuvre.

           Un nommé Nabum, que je croyais mort à moins qu’il ne soit aujourd’hui usurpé. 


          • Julien S 21 mars 19:00

            Et en 42 ans de MACIF, aucun souci. 
            Ma 125 assurée 36,83 euros. Autrefois ma 600 payait dans les 1700 francs.
            (sans autoconstruction je n’aurais pas fait d’aviation longtemps et sans la Macif jamais de moto).
            Deux motos tuées sous moi à l’étranger, deux beaux retours en avion ! 


          • C'est Nabum C’est Nabum 21 mars 21:14

            @Julien S

            Je suis usurpé

            J’ai bien cet adjectif que je préfère au terme usurpateur

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