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Le bac 2019 : le grand n’importe quoi

Le bac 2019 : le grand n’importe quoi

 

Nous vivons dans une République hors norme, dirigée par une élite que le monde nous envie, issue de Sciences Po, de l’ENA, des Mines de Polytechnique ou d’un autre temple de l’intelligence. Et c’est justement dans ce cadre idyllique qu’est survenu l’incident récent du baccalauréat 2 019.

 

Les personnages

Dans le rôle des méchants, voilà les professeurs, mal payés, peu considérés par leur hiérarchie qui leur impose ses réformes sans même leur demander leur avis. En effet, dans ce temple de l’intelligence, on ne pratique pas la discussion. L’opinion de ceux qui connaissent bien le terrain et qui vont devoir appliquer la réforme en question n’intéresse pas les penseurs décideurs qui ont la science infuse.

Dans le rôle du troupeau, nous découvrons les élèves qui passent leur bac avec le trac et les craintes que l’on devine, et à qui les méchants font le coup de ne pas vouloir leur donner les notes qu’ils ont acquises par leur travail.

Enfin, dans le rôle du champion, le ministre de l’Enseignement, qui pourfend les méchants avec l’aide de sa suite de hauts fonctionnaires du ministère.

 

Les faits

Le décret ainsi que les sept arrêtés définissant les contours du futur lycée et la nouvelle organisation du baccalauréat ont été publiés au Journal officiel du 17 juillet 2018.

Ces évolutions devaient rentrer en vigueur, en 2019, dans le privé comme dans le public, pour une première version du bac réaménagé en 2021.

Les professeurs qui n’étaient pas d’accord avec cette réforme auraient eu tout le temps de faire grève avant le bac 2019, dont les épreuves étaient prévues pour la semaine du 17 au 21 juin.

Mais leurs responsables avaient décidé de frapper fort. Il s’agissait de corriger les copies qui leur avaient été confiées, mais de ne pas en rendre les notes.

Le jeudi 14, la veille de la promulgation des résultats, le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale indiquait qu’il manquait encore 80 000 copies, mais que l’on espérait pouvoir en récupérer encore assez pour dépasser la limite de 50 000. Le problème, c’était qu’une note manquante bloquait le travail des jurys en rendant impossible le calcul des résultats de l’élève concerné.

Ainsi, les élèves victimes de la rétention d’une de leurs notes étaient pris en otage par des professeurs correcteurs qui luttaient ainsi, au détriment de ces élèves et au moment le moins opportun, contre une loi qui ne concernait ceux-ci en aucune façon. Les candidats étaient pour ainsi dire immolés au profit présumé d’élèves à venir. Les grévistes pensaient ainsi tenir à la gorge leur ministre de tutelle. Mais c’était compter sans la malice du pourfendeur de grévistes.

Sur le plateau de BFM/TV, le mercredi soir, il annonça avoir trouvé une parade pour que tous les bacheliers aient leurs résultats vendredi : avoir recours au contrôle continu au cas où une note manquerait. « Si en début de semaine on a finalement la copie et que la note est meilleure, c’est celle-là qui sera prise en compte, sinon, on garde la note de contrôle continu ».

 

Bilan

Ainsi, le ministre avait déjoué les plans des méchants grévistes. Mais à quel prix ?

Le baccalauréat, en tant qu’examen d’état, est soumis à quelques conditions, parmi lesquelles :

  • L’anonymat des copies, afin que le correcteur ne sache rien de celui qui a composé.
  • L’équité des épreuves : tous les participants doivent être traités de la même façon.

 

En ce qui concerne la première condition, seuls les candidats qui ont obtenu toutes leurs notes remplissent cette condition. Si l’on doit aller chercher la note du contrôle continu de l’élève, il rompt l’anonymat, car comment trouver la note de quelqu’un dont on ne saurait pas le nom ?

La Dépêche du Midi du 4 juillet 2019, remise à jour à 19 h 44 cite ce qu’ont rapporté des professeurs présents lors de la réunion de certains jurys.

« Quand le livret n'était pas disponible, il fallait rompre l'anonymat et mettre une note en fonction des autres notes obtenues au bac, sans trop pénaliser l'élève. De manière arbitraire ! Donc on a mis des 11, des 12, des 14 comme ça, à la tête du client. C'était la consigne du rectorat. »

Si l’on en croit la Dépêche, non seulement l’anonymat n’aurait pas été respecté, mais encore on aurait inventé des notes. Autrement dit, comme aurait dit le Général de Gaulle, c’était la chienlit. Que vaut un tel examen, digne des Pieds Nickelés, les rois de la bricole et de la tricherie sans génie ?

 

La seconde condition sur l’équité n’est à l’évidence pas remplie.

Les candidats qui avaient toutes leurs notes ont été jugés sur les épreuves écrites du bac. Leur cas correspond donc aux exigences.

Ceux qui n’avaient pas toutes les notes ont été jugés, quand on a eu accès à leur livret, sur leurs résultats tout au long de l’année. Au cas où leur copie aurait mérité une meilleure note que celle contenue dans le livret, ils auraient été lésés. Dans le cas contraire, au cas où ils auraient raté leur épreuve, ils auraient été sauvés par une bonne note au contrôle continu et auraient donc été favorisés. Quant à ceux dont la note au contrôle continu était insuffisante, ils n’auraient pas pu bénéficier d’une note éventuellement suffisante, mais malheureusement restée inconnue, au cas où le sujet les aurait particulièrement inspirés. Dans ce cas, ils auraient eux aussi été lésés.

 

Conclusion

Ce bac est à ranger dans la catégorie du grand n’importe quoi.

Parce qu’une réforme a été imposée sans concertation :

Des professeurs ont pris en otages des élèves qui n’étaient pas concernés directement par le problème de la réforme.

Un ministre de l’Éducation, pour déjouer les plans des grévistes, n’a pas respecté les conditions de base de validité d’un examen d’état, rendant aléatoires les réussites et les mentions.

Dans un pays peuplé de gens intelligents ou simplement raisonnables, le ministre, les professeurs et les représentants des élèves auraient travaillé ensemble à l’élaboration d’une réforme qui, née d’un accord commun et tenant compte des réalités du terrain, aurait pu être portée par tout le monde, chacun se reconnaissant dans le texte obtenu.

Au lieu de cela, une dispute indigne, dont les conséquences restent floues, a été menée sur le dos des élèves par des gens censés travailler dans leur intérêt.

Quant à la réaction des citoyens face à ce fiasco, on l’attend encore. Pas la moindre protestation à l’horizon. La fin justifie les moyens. Qu’on leur fiche la paix et qu’on les laisse partir en vacances.

Il n’y a vraiment pas de quoi être fier.

 


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Réagissez à l'article

22 réactions à cet article    


  • covadonga*722 covadonga*722 26 septembre 13:46

    yep , les profs ayant retenus des notations devraient révoqués !

    les fonctionnaires se soumettent ou se démettent !


    tout le reste n’est que considération oiseuse sur le sexes des Anges .....


    • un des P'tite Goutte un des p’tite goutte 27 septembre 12:38

      @covadonga*722 Déclaration strictement équivalente : les chefs des fonctionnaires, les hauts fonctionnaires, sont des anges, parfaits, compétents, jamais cons, ni corrompus, ni imbus d’eux-mêmes, ni abusant de leur pouvoir, etc. etc. Merveilleux ! Enfin le paradis des bisounours ! Joie ! Bonheur suprême !


    • tashrin 26 septembre 17:20

      2019 c’est la chienlit c’est sûr...

      en meme temps, les années précédentes attribuaient des mentions bien à des gamins qui savaient pas écrire français correctement hein...

      ca fait déjà bien longtemps que le bac n’a que la valeur du papier sur lequel on imprime le diplome


      • Esprit Critique 26 septembre 18:22

        Faut relativiser un peu. le nombre de cas a problème éventuel est manifestement très faible, et comme de toute façon ce bac ne représente plus rien puisque distribué a plus de 80 % . nous atteindrons sans doute le taux de 90 % en 2020, et la même plus besoin de corriger des copies …..


        • Cadoudal Cadoudal 26 septembre 18:29

          @Esprit Critique
          Et en 2021 le BAC sera dans le pack AME des clandos....

          On progresse...lol...


        • waymel bernard waymel bernard 26 septembre 18:32

          Remplaçons le bac qui n’a plus aucune valeur par une attestation de fin d’études secondaires et laissons les universités sélectionner leurs étudiants.


          • CLOJAC CLOJAC 26 septembre 23:52

            @waymel bernard
            Sélection ? Quel horrible mot ! 
            Il faut donner une peau d’âne à tout un chacun, ça fait partie des droits sociaux.
            D’ailleurs on devrait généraliser comme pour Cohn Bendit, docteur ès sciences sociales sans soutenance de thèse, après un DEUG par correspondance...
            Ou pour Cambadélis, encore plus fort, direct du bac au doctorat, en bénéficiant de dérogations selon lui tout à fait habituelles, surtout pour les trotskistes...


          • CLOJAC CLOJAC 26 septembre 23:43

            Les profs sont les premiers responsables de la désintégration du système éducatif depuis 50 ans.

            D’abord parce que leur égalitarisme a tout va, a détourné le sens de la formule « à chacun sa chance » par un nivellement par le bas. Évidemment, les parents qui en avaient les moyens ont envoyés leurs gosses dans les écoles privées. Quand les profs ont décidé de remplacer la méritocratie par la médiocratie, ils ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis. 

            Ensuite parce loin de s’opposer au pédagogisme, ils l’ont appelé de leur vœux. Toujours au nom de leur sacro-saint égalitarisme. Il n’y a plus de cancres ni de surdoués, plus de crétins ni d’enfants éveillés. On évite autant que possible les notes, la confrontation des intelligences et des talents (sauf dans le foot) pour les remplacer par des activités d’éveil anesthésiantes telles que du rap, du hip hop, de la free danse, tu tag, de l’open theatre, du slam, et que sais-je encore...

            Enfin, conséquence logique de ce qui est dit supra, afin de ne pas humilier les fainéants, les apathiques, les endormis, les abrutis de naissance et ceux défoncés à la colle ou au shit, on distribue les diplômes comme des bonbons au soir d’Halloween. Et ça na touche pas que le bac. À présent, au niveau mastère, on commence à trouver des illettrés. Et des doctorants ont le niveau qu’on avait au bac d’avant 68.

            « De mon temps » quand on avait 30 à 35% de reçus au bac, c’était un bon cru. Une note de 16/20 était exceptionnelle. Après, en première année de fac, il y avait 80 à 85% de déchets (l’horrible mot, mais je l’assume) Ensuite, le taux de réussite montait en flèche, 90% et plus. Mais on n’avait pas mis la charrue avant les bœufs !


            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 septembre 00:16

              @CLOJAC

              Bof ...mon gamin a eu son bac S haut la main bien que fils de prolo . Étant dans le haut du panier régional vu ses résultats il a pu bénéficier de la bourse du mérite . Il s’est planté en allant en médecine (suivisme de ses potes) mais au second semestre direction maths sup ...l’a rattrapé le cursus les doigts dans le nez .Il se place pour les arts et métiers... Ils ont tout décortiqué de son cursus ...accepté. Il était dans sa 4e année que des boites s’intéressaient a lui . Il bosse pour une des meilleures boites d’ingénierie mondiale . Suis fier.


            • Cadoudal Cadoudal 27 septembre 00:22

              @Aita Pea Pea
              Comme quoi l’intelligence n’est pas génétique...

              Ça va faire plaisir à Pemile...lol...


            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 septembre 00:30

              @Cadoudal

              Bin vouais. Mais il est blondinet comme moi et sa mère...lol


            • Cadoudal Cadoudal 27 septembre 00:36

              @Aita Pea Pea
              Chez nous on est fils d’imbécile de père en fils depuis 37 générations, mais de là à se marier avec une blonde...

              J’ose à peine imaginer le résultat...


            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 septembre 00:40

              @Cadoudal

              Chez nous on habite au bord du pays flamand... Alors éviter les jolies blondes faut vraiment être con .


            • Cadoudal Cadoudal 27 septembre 01:05

              @Aita Pea Pea
              Hé ben, que des blondes à moitié Belges, Il partait vraiment avec un sacré handicap...lol...

              Il est fortiche le fiston, bravo à lui...

              En même temps, un pays de jolies blondes, on doit pas y croiser Mélenchon et le 421 tous les jours, ça doit être reposant pour l’esprit...


            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 septembre 01:18

              @Cadoudal

              L’essentiel c’est mon gamin...


            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 septembre 01:24

              @Cadoudal

              Sais tu qu’il y a des Flandres françaises ? Je devrais te présenter quelques amies ...que tu tire la langue...lol


            • CLOJAC CLOJAC 27 septembre 02:02

              @Aita Pea Pea
              Mon père était maçon. Sans la franchise. Et en métropole dans les sixties, les métèques basanés n’étaient pas adorés comme aujourd’hui.
              Mais on était motivés à s’en sortir parce qu’on savait que le diplôme était bankable.
              La sélection féroce avait l’avantage de limiter le nombre de candidats. Quand je dis à des jeunes : je répondais à 1 annonce, j’avais 3 réponses dont 2 positives, je choisissais celle qui m’intéressait le plus, il ne me croient pas.
              La distribution actuelle de diplômes à tire-larigot nuit à ceux qui les méritent car comment veux-tu que l’employeur fasse la différence ?


            • vesjem vesjem 27 septembre 09:09

              @Aita Pea Pea
              pourquoi n’a t-il pas essayé polytech ?
              çà lui aurait ouvert plus de portes


            • L'Astronome L’Astronome 27 septembre 03:18

               

              «  Que vaut un tel examen, digne des Pieds Nickelés, les rois de la bricole et de la tricherie sans génie ? »

               

              Il s’agit, ni plus ni moins, que d’une fraude. L’État est en occurrence un fraudeur.

               


              • Traroth Traroth 27 septembre 11:38

                Comme à chaque fois qu’on parle de « prise en otage » à propos de grévistes : zéro pointé.


                • exocet exocet 27 septembre 19:37

                  "Nous vivons dans une République hors norme, dirigée par une élite que le monde nous envie, issue de Sciences Po, de l’ENA, des Mines de Polytechnique ou d’un autre temple de l’intelligence.

                  « 

                  .

                  La première phrase de cet article.

                  .

                  Ca commence mal.

                  .

                  Dans le classement de Shangaï, le plus sérieux pour les écoles et universités, Polytechnique est plus de 400ième et l’ENA ne figure pas dans les 500 premières écoles mondiales.

                  .

                  Il suffit de voir tous les jours de quelle manière notre Pays est gouverné. Le chômage, la dette, les iniquités. Les hommes politiques passent, les hauts fonctionnaires énarques et polytechniciens restent. Seuls les diplômés de ces deux écoles se prennent pour des »élites que le monde entier nous envie".

                  .

                  Ou quelques naïfs, dont l’auteur

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christmeunier

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