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Accueil du site > Actualités > Société > Le Loser magnifique

Le Loser magnifique

 

Je ne sais pas pour vous, mais j’en ai un peu marre des superhéros.

En fait, j’en ai même marre tout court du monde superlatif dans lequel on nous force à cavaler comme le hamster dans sa roue. On se croirait dans une fausse pub pour de la lessive qui lave toujours plus blanc.

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Sauriez-vous reconnaitre un véritable superhéros si vous en rencontriez un ? C’est le propos du Real Life Superhero Project ! http://reallifesuperheroes.com/about/

D’une manière ou d’une autre, ça a fini par marcher. On a fini par croire que pour simplement avoir le droit à une petite place dans ce monde de brutes, il fallait juste être le meilleur, tout le temps, contre tous, comme un des ces foutus canassons de course sur lesquels mon grand-père allait perdre l’argent du ménage.

Alors on cavale, on cavale et on cavale encore. Et quand il n’y a plus de jus, hop, un petit remontant  ! Et on cravache encore un coup, et on remet le titre en jeu chaque jour, chaque matin, chaque heure, chaque moment. Et on a même fini par trouver ça normal et désirable. On le souhaite à nos enfants. On les prépare chaque jour pour qu’ils soient les meilleurs bourrins à tourner en rond sur la piste et quand ils reçoivent un bout de carotte et une tape sur la croupe, on est contents comme des cons.
En vrai, tout ça, c’est de la merde et chacun de nous le sait parfaitement bien. Le meilleur canasson du monde finit toujours par trouver son maitre ou se péter une guibole et au bout du chemin, tout ce qu’il aura, c’est une balle dans la tête, quand il ne servira plus à rien.
Et aucun de nous n’est le meilleur canasson du monde.

Et en vrai, on devrait s’en battre les flancs assez copieusement. Parce que la vie, ce n’est pas ça, ce n’est pas courir en rond dans sa cage ou son hippodrome, ce n’est pas s’épuiser à amuser la galerie en attendant de se faire jeter comme une merde.

Ce n’est pas être une ressource pour d’autres, voire un consommable que l’on jette après l’avoir bien bien pressé comme un citron.

Savoir encaisser

Je ne m’attendais à rien en visionnant Sparring, si ce n’est à retrouver Kassovitz, mon teignard préféré, le gus qui s’est un peu fait défoncer par le milieu du cinéma français, mais qui a préféré continuer à ouvrir sa gueule plutôt que de faire une très grande carrière, bien bankable, bien entre soi.

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Kassovitz, brillant dans son interprétation d’un loser magnifique dans Sparring

Steve est un boxeur vieillissant et dont on ne peut même pas dire qu’il est sur le déclin : il n’a juste jamais été bon. Mais le type s’accroche et très rapidement, tu vois qu’il a d’autres priorités dans le vie que de décrocher le pompon de Mickey sur le manège de la vie. Il s’accroche parce que même s’il n’est pas bon, il aime la boxe. 49 matchs, 13 victoires, 3 nuls et… 33 défaites. Au cinquantième match, il raccroche les gants parce qu’il ne veut pas finir comme un légume.

Tu vois le gars prendre des pains — bien méchants — tu le vois nettoyer sa gueule éclatée, mettre son short à la machine à laver, pisser littéralement du sang, se retrouver la tronche collée à l’oreiller par ses plaies suintantes. Tu le vois bien ramer pour payer ses factures, faire les courses, accompagner ses gosses, galérer, faire des extras, s’humilier aussi, parfois, parce qu’il faut bien rentrer un peu d’argent, parce qu’il veut une vie meilleure pour ses enfants. Parce que c’est un prolo, qu’il en chie et… que c’est quelque part le type le plus courageux du monde.

Cravacher quand tu es le meilleur, quand tu progresses, quand tu as ta récompense, quelque part, c’est à la portée du premier baltringue venu. Mais y aller quand tu sais que tu ne vas jamais décrocher la timbale, jamais être le type qu’on admire, qu’on félicite, dont on se rappelle, là, franchement, c’est bien plus fort que de sauver le monde alors que tu n’as juste qu’à utiliser tes super pouvoirs.

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Huit fois debout, un autre film qui parle du courage des prolos face à l’adversité qui s’acharne sur leur vie.

Et le gars, il y va. Il mange sa merde bien régulièrement, y compris devant sa fille, mais il y va, sept fois à terre, huit fois debout. Toute l’essence du film et de son hommage au courage des prolos est mis en exergue lors de trois courts dialogues.
Le premier, c’est quand son vieil entraineur lui demande quel est son style, son truc, parce que tout le monde a un truc et Steve n’a rien, il n’a juste jamais été doué. Non, son seul truc, répond-il, c’est qu’il sait encaisser, il sait prendre des coups et continuer.
Le second, c’est précisément quand le champion lui demande pourquoi il a continué alors qu’il n’était même pas bon dans ce qu’il faisait, alors qu’il perdait presque tout le temps, qu’il n’a rien gagné depuis 3 ans et que tenir dans ces conditions a l’air de lui paraitre inhumain. Et le loser magnifique de lui répondre : parce qu’il faut des types comme moi pour que des types comme toi puissent exister.
Et enfin, il y a cette phrase ultime du vieil entraineur : ce soir, sois celui que tu aurais voulu être, sois celui que tu aurais été si quelqu’un avait bien voulu croire en toi.

Dans le monde jupitérien des premiers de cordée, les véritables héros, les courageux, les géants, ce sont les gens de rien, les sans-grades et sans gloire, les insignifiants et les surnuméraires, ceux et surtout celles qui se lèvent tous les matins sans avoir leur place sur le mont Olympe, sans la perspective d’être seulement reconnu pour leur mérite intrinsèque : celui de faire tenir tout l’édifice social sur leurs frêles épaules, de permettre à tous les trop nombreux nombrils du monde de briller de toute la force de leur profonde et indépassable fatuité.


Moyenne des avis sur cet article :  4.13/5   (23 votes)




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17 réactions à cet article    


  • troletbuse troletbuse 28 juillet 10:59
    c’est à la portée du premier baltringue venu
    Ben oui mais il faut savoir baisser son froc. Jupiter pourrait nous l’expliquer mieux que moi.

    • Christ Roi Christ Roi 28 juillet 11:36

      Article politiquement correct. Lisez le. 


    • Clocel Clocel 28 juillet 11:09

      Fucking Kassovitz ! smiley


      • vesjem vesjem 28 juillet 20:04
        @Clocel

        Fucking Kassovitz !
        j’ai arrêté de lire quand j’ai vu son nom

      • Clocel Clocel 28 juillet 20:21

        @vesjem


        Dans le monde qui est le notre, ce type me fait du bien, et, s’il est parfois déconnant, ça tombe bien, c’est pile-poil ce que j’attends d’un artiste.

        Et, c’est un artiste, Mathieu, voyez Fucking Kassovitz, c’est plein de déjantés, mais c’est pas le pire, loin de là !

        Ce type, c’est,,, les grains de sable dans le slip à la plage, ça fait chier, mais bon, c’est la plage ! smiley



      • aimable 28 juillet 12:13

        une triste réalité , j’ appel cela monter dans le train de l’enfer , personnellement , j’ai toujours pensé qu’il valait mieux resté sur le quai plutôt que de me faire manipuler en permanence .


        • SUR1NUAGE 28 juillet 12:29

          vous écrivez avec talent ! a quand un prochain livre … ?.


          • Je n’ose pas vous révéler le nombre de morts sur tapis du cardiologue. Ils risquent la prison. Trois dans mon entourage ; 


            • Monolecte. Lisez Christian NOTS et la Pyramide inversée du Louvre. Ceux qui oeuvrent en dessous de l’OLYMPE et tirent réellement les ficelles de ceux qui s’agitent au dessus,....


              • En classe j’avais pour Principe absolu d’avoir 7 sur dix. Largement suffisant. 


                • C’est bien le sens profond du message biblique : les derniers seront les premiers. Dans le joueur de flûte de Hamelin. https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Joueur_de_fl%C3%BBte_de_Hamelin, le boîteux (castré) qui aimerait suivre le troupeau, n’y arrive pas. Ce qui le sauve,.....


                  • Jason Jason 28 juillet 14:18

                    Il y a les héros, les super-héros, les anti-héros, les héros auto-proclamés, les héros malgré eux, les surhommes, mais, tiens, il n’y a pas de surfemme, pourquoi ? On peut aisément l’imaginer. Il y a des vedettes, des champions, des médaillés et des recalés.


                    Et puis, il y a tous les autres, ceux dont vous parlez et qui se lèvent tôt le matin, la majorité silencieuse, ceux qui ne demandent rien et qui veulent qu’on leur foute la paix.

                    Il y a le Panthéon et le cimetière des anonymes, tant mieux pour eux.

                    Mais, pour que ces personnages valeureux cessent d’exister il suffit de tourner la tête.

                    Il me vient ce petit quatrain d’Apollinaire (le Bestiaire) :

                    Le Paon
                    En faisant la roue, cet oiseau,
                    Dont le pennage traîne à terre,
                    Apparaît encore plus beau,
                    Mais se découvre le derrière.

                    • @Jason


                      Mon ex était pataphysicien et un loser magnifique. Avec sa santé on pensait qu’il ne tiendrait pas. Il y a trois on m’a dit qu’il était encore en vie. Un peu comme Siné et son appareillage qui l’aidait à respirer.

                    • velosolex velosolex 28 juillet 18:38

                      Drôle d’idées de s’envoyer des pains dans la gueule. Benala serait de mon avis et préfère en donner. Ce type est un super héros, digne de poser sur la photo genre « village people » avec DJ et putes aguichantes, telles qu’on a pu le voir sur la photo du calendrier de l’Élysée. Ou alors c’était celui des pompiers, je ne sais plus. 

                      J’avais été ado très impressionné par un beau film « nous avons gagné ce soir » de Robert Wise....Du noir et du blanc, sans graisses. Souvenirs d’embrocation sur les jambes, des cris de la foule. Mon trip c’était le vélo, l’arrchement à la pesanteur en haut des côtes, les bras qu’on lève parfois, ce moment de grâce, et puis les chutes, les galipettes sur le bitume. 
                      Rien à voir avec le baiser de la miss.

                      • @velosolex


                        Benala, le traître magnifique. Ben signifie BANAH. De ce pays-là sortit Assur ; il bâtit (Banah) Ninive, Rehoboth Hir, Calach,

                      • Attilax Attilax 28 juillet 23:21

                        Joli texte, ça donne envie de voir le film, et pourtant Kassowitz m’énerve, même si c’est un très bon comédien... Sur la misère et la boxe, je vous conseille de lire les romans et nouvelles de Jack London, magnifique, notamment « Le Mexicain ». Terrible.


                        • Beretman 30 juillet 21:40

                          Tu en as super-marre du monde superlatif ?

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