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Accueil du site > Actualités > Société > Lutte contre la prostitution : haro sur le client !

Lutte contre la prostitution : haro sur le client !

Après un parcours pour le moins chaotique, la proposition de loi sur la lutte contre le système prostitutionnel arrive vendredi en fin de parcours législatif. Analyse et lettre ouverte à Mme Olivier.

Note de lecture : la complexité du sujet et les diverses thématiques qui y sont rattaché impose un document assez long. Les plus pressés iront directement au dernier chapitre.

 

Santé des prostituées : ou comment enfoncer une porte grande ouverte

Mme la députée, votre rapport pointe à juste titre les risques sanitaires et la surmortalité des personnes prostituées. Comment pourrait-il en être autrement ? Les femmes contraintes à la prostitution par un tiers subissent souvent des violences physiques ou psychologiques. C'est un fait. Comme l'ont montré des témoignages de prostituées, ces violences peuvent être le fait de proches ou de personnes « amicales », relevant surtout d'une emprise psychologique plus que de violences physiques. Celles-ci sont par contre souvent présentes dans la prostitution mafieuse, organisée et gérée par des réseaux un minimum structurés.

Le souci est que votre rapport dresse, dans ses premières pages, un tableau de la diversité de la prostitution. Et évoque notamment le cas des personnes exerçant ce métier de façon indépendante, et revendiquant leur autonomie. Curieusement, ou plutôt fort opportunément, vous n'opérez plus ensuite ce distinguo, la problématique des violences se trouvant ramenée à une généralité. La corrélation semble alors aisée entre violence et prostitution.

Mais confondre corrélation et causalité est bien sûr une erreur. C'est la contrainte exercée sur les personnes prostituées par ceux qui les exploitent qui sont la source des violences, ainsi que la clandestinité de leur activité (que votre loi conduira immanquablement à renforcer). Et non l'activité en elle-même. Car les travailleurs du sexe indépendants agissent souvent en véritables professionnels, assurant notamment des conditions d'hygiène parfaites à leurs clients et à eux-mêmes. Et quand bien même leur activité présenterait des risques sanitaires, souvenez-vous que l'état laisse mourir chaque année 45000 de nos concitoyens par lent empoisonnement alcoolique. Le groupe Pernod-Ricard, côté à la bourse de Paris et composante du CAC40, accessoirement contributeur de quelques points de PIB, dont le gouvernement a bien besoin, le remercie.

Puisque vous aimez les corrélations, en voici une qui devrait vous intéresser : la Suède, votre modèle en matière de traitement de la prostitution, est classé en deuxième position des pays connaissant le plus de viols au monde.

 

Le travail sexuel en question

La prostitution est multi-forme, comme vous l'expliquez dans votre rapport. Vous y mentionnez les prostituées indépendantes, et précisez même qu'elles revendiquent leur autonomie. Pourtant, votre proposition de loi n'opère aucun distinguo entre prostitution et travail sexuel. La première est caractérisée par la contrainte d'un tiers. Elle est majoritaire en France, personne n'en doute. Elle a pour conséquence directe que les personnes qui en sont victimes ne peuvent disposer d'elles-même à leur guise. En pénaliser les clients a tout son sens. Par contre, pénaliser les clients de la seconde est un choix idéologique.

D'une part car cela revient à penser que ces femmes ne sont décidément pas responsables (comptez-vous les mettre sous tutelle ?). Ce faisant, vous leur refusez la première de nos libertés à tous et toutes  : la liberté de disposer de soi. Et c'est là qu'est le paradoxe  : vous voulez rendre la liberté aux personnes qui ne l'ont pas, tout en l'enlevant aux personnes qui souhaitent l'utiliser. Ce sont les deux faces d'une même pièce. Même un enfant de six ans sait qu'une pièce ne peut avoir qu'une seule face.

D'autre part, car les travailleurs sexuels en question proposent des pratiques sexuelles bien ordinaires, les mêmes que M. et Mme tout-le-monde. Alors que le milieu de la pornographie, parfaitement légal et absolument pas encadré, met en scène toutes sortes de perversions, plus éloignées les unes que les autres d'une sexualité saine. Savez-vous que des actrices utilisent des produits anesthésiants pour jouer certaines scènes défiant la physiologie humaine ? Savez-vous que des acteurs et actrices ont des relations sexuelles avec des êtres vivants non humains ? Savez-vous que d'autres perversions bien plus abjectes sont mises en scène et filmées le plus librement du monde ?

Ces « œuvres cinématographiques » sont disponibles dans tous les sex-shops de Paris et de France. Vendues le plus légalement du monde par des sociétés inscrites au RCS, collectant la TVA pour le compte de l'état, et honorant leur impôt sur les sociétés. Quel effet cela vous fait-il d'apprendre que votre indemnité parlementaire est alimentée par la mise en scène de telles pratiques ?

En matière de travail sexuel, tout est donc possible, à condition de livrer votre image au monde entier. Et justement, les travailleurs sexuels indépendants revendiquent de pouvoir en vivre sans abandonner leur image ni devoir subir de pratiques dégradantes.

Après le votre de votre loi, il leur restera éventuellement la possibilité de travailler dans quelque théâtre érotique, employés de sociétés parfaitement légales en France. Dans ces établissements, chaque jour de la semaine, surtout le samedi, plusieurs fois par soir et sans que cela ne vous émeuve, des femmes utilisent des phallus artificiels pour mettre en scène une activité sexuelle simulée. Libre à vous d'imaginer ce que fait le client pendant ce temps.

De là à penser que vous ne visez pas les pratiques, mais simplement l'idée d'un contact charnel et intime dans le cadre d'un travail. A bien y réfléchir, les pratiques les plus malsaines sont-elles celles que vous visez ?

 

Big mother is watching you

Avant son retour à l'assemblée nationale, le sénat a supprimé la pénalisation du client, et rétabli le délit de racolage. Une stigmatisation des prostituées et un retour de 10 ans en arrière selon vous. Plutôt amusant, lorsque votre proposition de loi promet un retour d'au moins 70 ans en arrière  : le système patriarcal était alors une réalité, et les femmes n'étaient pas libres de leurs décisions. Aujourd'hui, vous proposez ni plus ni moins d'établir un système matriarcal d'Etat.

Comment comprendre autrement votre volonté intransigeante d’empêcher les femmes qui le souhaitent d'exercer l'activité de travailleur sexuel ? Car vous l'avez vous-même écrit dans votre rapport  : si elles ne sont pas majoritaires, des femmes exercent cette activité sans y être contraintes. Leurs manifestations vous auraient-elles échappée ? Alors que, pour justifier la suppression des obstacles à l'avortement, la ministre déléguée au droit des femmes n'a cessé de clamer que les femmes étaient des êtres responsables, ce ne serait soudainement plus le cas lorsqu'elles souhaitent exercer ce métier librement  ?

La jurisprudence européenne consacre d'ailleurs la responsabilité et la liberté des femmes à disposer d'elles-mêmes, au point d'invalider les lois nationales contrevenant à cette liberté. L'avenir de votre proposition de loi  ?

 

Big brother n'est pas en reste

Les attentats de janvier 2015 ont conduit le gouvernement à mettre sur pied la législation la plus intrusive pour la vie privée jamais envisagée en France. Au point d'inquiéter jusqu'aux plus hautes instances européennes. Il est encore trot top pour dire si cette loi sera utilisée pour mener la traque des derniers clients un peu trop récalcitrants. Par contre, et grâce à votre proposition de loi, les français vont rapidement se rendre compte de l'effet du traçage généralisé de leurs activités.

Beaucoup de clients pensent que seule la prostitution de rue sera vraiment touchée par votre loi. C'est oublier qu'elle crée un délit de sollicitation de services sexuels. La prostitution « discrète  » s'exerce essentiellement via téléphone portable. D'ores et déjà, et depuis plusieurs années déjà, les opérateurs téléphoniques conservent pendant un an les données de connexion, ces fameuses métadonnées. Il suffira donc aux forces de police de repérer les numéros de téléphone de personnes proposant des services sexuels, puis de demander aux opérateurs les numéros et les noms des personnes ayant appelé ce numéro. Peu importe la nature de la conversation qui aura eu lieu, l'appel téléphonique caractérisera la sollicitation. La traque pourra s'organiser, implacable, sur la seule base de l'exploitation de ces métadonnées.

A méditer, lorsqu'on nous assurait à l'époque que nous n'avions rien à craindre de la collecte des métadonnées, que la vie privée était respectée car les communications n'étaient pas écoutées. La loi va créer de nouveaux coupables, culpabilité basée non pas sur les faits, mais leur intention. Et c'est en France, sous un gouvernement de gauche que cela se passe. Google promet de connecter le cerveau à internet en 2030. Envisagerez-vous alors de pénaliser les pensées  ?Orwell aurait adoré voir 2015.

 

Le client, cet inconnu

Alors que votre proposition de loi s'apprête à punir les clients, sait-on vraiment qui ils sont ? Pourquoi sont-ils clients  ? Que leur manque t'-il  ? Vous prétendez combattre un ennemi sans même le connaître, aidé par certains zélateurs de la pénalisation, notamment le président de la fondation Selles. Celui-ci n'a de cesse de clamer haut et fort que les clients sont tous des « pervers-dominateurs  », dans la presse, à l'assemblée nationale ou au sénat. Vraiment  ? Rien dans votre rapport ne semble accréditer cette thèse. D'ailleurs, la clientèle n'y ait tout simplement pas traitée. Aucun chapitre à son sujet, juste quelques occurrences au hasard des pages de votre rapport.

Tous les clients ne sont pas des DSK en puissance. Au contraire. Que penser des clients en situation de misère sociale et affective  ? Que penser des clients enfermés dans leur timidité maladive, une phobie sociale incontrôlable, ou un autisme léger ? Que penser de ces clients que les relations sociales épuisent littéralement, sans qu'ils soient pour autant misanthropes  ? Que penser de ces clients qui n'ont jamais eu de femme à serrer contre eux sans payer  ? Et surtout quelle place leur avez-vous donné lors du débat  ? Aucune. Ce sont les grands oubliés, les victimes expiatoires toutes désignées à votre vindicte législative.

Il ne s'agit pas d'instrumentaliser des situations difficiles pour justifier l'injustifiable. Très peu de clients souhaitent dominer ou exploiter qui que ce soit. Le procès DSK a d'ailleurs fourni une illustration très intéressante. Jade, lors de son témoignage, a expliqué qu'entre une prostituée et son client, existait un contrat non écrit  : le client demande ce qu'il peut faire, la prostituée choisit d'accéder, ou pas, à sa demande. Dans son témoignage, Jade a précisé que tous ses clients ont respecté ce contrat. Tous sauf un  : DSK, votre ancien héraut déchu. Vous seriez bien aimable de ne pas généraliser ses agissements à tous les clients.

Car que penser des clients prêts à débourser plusieurs centaines d'euros pour passer deux heures en galante compagnie  ? Croyez-vous vraiment que ces deux heures se résument à une histoire de pénétration, de pénis et de vagin  ? Beaucoup de prostituées vous le diront  : la plupart des clients recherchent gentillesse et attention. Les relations intimes entre hommes et femmes ne se résument pas à un acte purement sexuel.

Procéder ainsi vous permet d'animaliser le client, de lui retirer son humanité, méthode de propagande très utilisée dans les conflits  : on a moins de scrupules à abattre un ennemi moins humain que les humains.

Égalité hommes-femmes : il y a encore du chemin

Votre rapport évoque l'objectif d'une égalité parfaite (sic) entre les hommes et les femmes. On a beaucoup glosé sur les besoins masculins en matière de sexualité. Sont-ils plus importants chez les hommes que chez les femmes ? La réponse est donnée, de façon très pertinente, par une femme, féministe, fine connaisseuse et observatrice de la vie sexuelle des français : aujourd'hui, toutes choses égales par ailleurs, l'accès aux relation intimes est bien plus aisé pour une femme que pour un homme. Voilà qui risque de déplaire à beaucoup de féministes. Et pourtant Mme Lahaie, puisqu'il s'agit d'elle, l'est bien davantage que beaucoup de féministes de salon.

Plusieurs mouvements féministes sont d'ailleurs opposés à votre proposition de loi. Car elles y voient trois dangers : la précarisation des personnes prostituées, la polarisation des relations hommes-femmes au détriment du combat pour le droit des femmes, et la réduction des libertés des femmes.

Malheureusement, des mouvements féministes viennent polluer inutilement cette cause. Que penser du scandale (sic) des rasoirs pour femmes vendus plus chers que leur équivalent masculin  ? Voilà un problème de première importance, intensément relayé sur le web puis dans les médias traditionnels. Au point de contraindre la multinationale concernée à s'expliquer. Indignation 2.0 menée par des groupuscules caricaturaux dont la seule utilité est de distraire le web.

L'anecdote ne saurait occulter les dérives de cet activisme  : aujourd'hui, la petite musique de l'égalité et des droits des femmes a créé un véritable conditionnement dans l'inconscient collectif. Le traitement de l'égalité hommes-femmes s'appuie sur une supposée domination masculine et n'est traité qu'à travers la suppression de tout ce qui peut être perçu comme une contrainte faite aux femmes.

Lors des récentes lois sur l'avortement, tout a été fait pour lever le moindre obstacle, réel ou supposé, à sa réalisation. Il s'agissait de renforcer le droit des femmes à disposer d'elles-mêmes. Aucune femme ne peut se voir imposée un enfant non désiré, ce qui est évidemment légitime. Mais dans le combat pour l’égalité, il semble que les hommes n'aient guère voix au chapitre. L'exemple de Mme Rachida Dati est à cet égard remarquable  : bien que dans un couple, l'homme ait sans ambiguïté exprimé son refus d'enfant, la femme peut « oublier  » sa contraception, puis voler le patrimoine génétique de son compagnon, et enfin extorquer une rente par la voie judiciaire (540.000 euros au minimum dans le cas de Mme Dati, excusez du peu). Pour les femmes : un enfant si je veux. Pour les homme : un enfant que tu le veuilles ou non (et surtout, n'oublie de payer ta pension alimentaire mon amour). Drôle d'égalité « parfaite ».

En 2015, rien ne justifie une telle injustice, pas même l’intérêt de l'enfant. La famille traditionnelle (un papa, une maman) est devenu un modèle obsolète (ses défenseurs ont suffisamment été raillés lors des manifestations contre le mariage homosexuel). De plus, la ministre déléguée au droit des femmes n'a cessé de clamer que les femmes étaient des êtres responsables, ce dont personne ne doute. Les voleuses de patrimoine génétique sont donc prêtes à élever seules leur enfant, ne serait-ce que par respect des volontés du père trompé (pour mémoire, la tromperie est un élément constitutif du viol) ? Et pourtant, cette inégalité perdure... Fâcheux oubli de Mme Belkacem, à l'occasion de la loi sur l'égalité réelle (sic) entre les femmes et les hommes  ? Il lui a visiblement semblé plus urgent et important de consacrer son énergie à imposer légalement l'expression « égalité femmes-hommes  ». C'est ce qu'on appelle avoir le sens des priorités.

L'histoire de Mme Dati révèle aussi les écarts de bienveillance et de compréhension, selon que vous êtes un homme ou une femme. Le non-argument ultime utilisé pour interdire le travail sexuel est « les hommes n'ont qu'à se retenir  ». Mais pas les femmes  ? Mme Dati peut donc céder à ses envies de maternité, au nom d'une loi naturelle pluri-millénaire, et sans consentement de son compagnon du moment, sans que personne n'y trouve à redire  ? A contrario, les hommes ne peuvent pas céder aux talents séducteurs des femmes exerçant librement l'activité de travailleuse sexuelle ? Car leur talent est bien de séduire au point de se faire rémunérer pour bénéficier de leurs charmes. M. Macron l'a expliqué mieux que personne...

 

Une loi, deux grands absents

Les premiers concernés par votre proposition de loi sont évidemment les clients. Pour eux, quelque soient les circonstances (prostitution subie ou travail sexuel choisi ?) et leur comportement (violence imposée ou respect du contrat ?), la justice devra prononcer la même peine, forfaitaire et indifférenciée. Oubliés les grands discours sur l'individualisation des peines. Oubliées les déclarations enflammées sur l’échec du tout répressif. Oublié l'aide à apporter aux coupables en vue de leur réinsertion.

Lorsque Charles-Edouard (le prénom a été modifié), voleur de smartphones avec violence, dealer occasionnel et caillasseur de flics et pompiers finit au tribunal, il y a toujours de belles âmes pour expliquer pourquoi il est certes coupable, mais que la responsabilité incombe à la société et qu'il doit donc être aidé. Dans votre proposition de loi, les clients n'ont pas cette sollicitude. Électoralement inutile  ?

Les deuxièmes grands absents, et pas des moindres pour une loi qui prétend lutter contre « le système prostitutionnel  », sont les réseaux mafieux et les proxénètes. Pas un article à leur sujet. Alors que ce sont eux qui exercent les véritables violences (coups, brûlures de cigarette, enferment, et pire encore). Cette activité criminelle est d'ailleurs la plus féminisée  : les mères maquerelles ne sont pas une légende et peuvent se montrer plus violentes encore que les hommes. Toutes les contradictions et la schizophrénie des bien-pensants résumés en une loi  : vous vous montrez forte avec les faibles, faible avec les forts. Les nouvelles valeurs de la gauche version 2015 ?

 

Vendredi 12 mai 2015 : un rendez-vous manqué  ?

La lutte contre le système prostitutionnel devrait faire consensus. Comme en témoigne son parcours chaotique, les opposants à votre proposition de loi sont nombreux, à l'assemblée nationale comme au sénat. Ne vous y trompez pas  : être contre votre proposition de loi n'est pas être pour la prostitution. Jouer sur le pathos et instrumentaliser les cas les plus dramatiques de prostitution forcée pour tenter de disqualifier vos opposants ne vous grandit pas.

Vous avez posé l'équation suivante  :

 client pénalisé = prostitution divisée par 2

C'est le choix du simplisme. Si la simplicité est une qualité en politique, le simplisme est une faute. C'est aussi le choix du renoncement. Car vous auriez pu choisir une autre équation, bien plus efficace  :

 frontières maîtrisées + chômage résorbé = prostitution divisée par 5 ou 6

Selon votre rapport, les prostituées sont à 90% étrangères, souvent en situation irrégulière sur le territoire national. Par ailleurs, comme Jade en a témoigné lors du procès DSK, c'est la difficulté à retrouver un emploi qui l'a conduit à se prostituer. Sur ces deux fronts, force est de constater que le PS au pouvoir n'est pas à la hauteur : un million de chômeurs supplémentaires depuis l’élection de François Hollande. Quant à la maîtrise des frontières, le rapport de la cour des comptes sur l'asile est accablant  : parmi les déboutés du droit d'asile, seul 1% quitte effectivement le territoire national, le gouvernement ignore ce qu'il est advient des 99% restants. Sur ces deux fronts, quelle contribution du gouvernement à l'augmentation de la prostitution ?

Votre proposition de loi est une grande lessiveuse idéologique  : bien que vous en parliez dans votre rapport, vous refusez que des femmes ou des hommes puissent décider, en conscience, d'exercer ce travail. Vous refusez de les entendre et vous décidez à leur place. Vous refusez aussi de chercher à comprendre pourquoi les clients utilisent ces services. Vous vous permettez même d'opposer une fin de non recevoir à la tenue du débat sur la question des assistants sexuels (M. Guedj, alors président du Conseil général de l'Essonne, l'a vécu à ses dépens), activité autorisée et encadrée chez certains de nos voisins. Ces pays permettent-ils pour autant l’exploitation de l'être humain ? Enfin, comme en témoignent vos déclarations dans la presse après que la commission ait rétabli la pénalisation du client, vous laissez à penser que l'achat de services sexuels relève nécessairement de l'exploitation de la misère d'autrui. Et désignez par là même le seul et unique responsable, selon vous  : le client.

Simplisme, amalgame, désignation d'un bouc émissaire, stigmatisation, refus du débat, refus d'entendre, ces méthodes sont connues  : le client tient dans votre discours la place de l'étranger dans celui du front national. Les socialistes historiques doivent se retourner dans leur tombe.

Et ce n'est certainement pas fini. Cette loi est destinée à créer une rupture, à faire accepter la pénalisation du client. Pénalisation qui, novlangue aidant, devient une « mesure de responsabilisation  ». La peine en soi n'est pas le plus important. Du moins pas tout de suite, car vous ne vous contenterez pas d'une hypothétique division par deux de la prostitution. Dans deux ou trois ans, à l'heure du bilan, et quelque soit le résultat qu'aura produit cette loi, vous proposerez de durcir les peines et de correctionnaliser l'achat de services sexuels. La prison ferme à la clef, qu'il s'agisse de travail sexuel volontairement choisi ou pas, alors que les pires perversions continueront d'être possibles et rémunérées tant qu'une caméra les filmera.

A l'heure où le politique se désole de la désertion des électeurs, où l’abstention est le premier parti de France, ce sujet aurait pu être traité plus intelligemment qu'au travers d'un prisme partisan. D'abord en pénalisant effectivement le recours aux prostituées, étant entendu que la prostitution suppose la contrainte d'un tiers. Ensuite, pour compléter cette mesure, encadrer la pratique du travail sexuel librement choisi. Cet encadrement aurait pu être défini en prenant en compte les attentes des premiers concernés, travailleurs sexuels et pourquoi pas clients, dans un exercice de démocratie participative ouvert et non dogmatique. Le but étant de rechercher un cadre éthique et équitable, permettant de sécuriser ces pratiques, sur les plans juridiques et sanitaires, de définir droits et devoirs réciproques. La Nouvelle-Zélande a réussi ce pari. Car ne vous en déplaise, cette activité n'est pas anodine, mais elle est maîtrisable. Pour preuve, l’État sait encadrer une activité autrement plus dangereuse  : le tir sportif. Cet encadrement permet à 150000 personnes de posséder chez elles armes et munitions, largement de quoi massacrer son voisinage sans que cela ne pose de problème réel.

Ultime manœuvre pour assurer le vote de votre proposition de loi : le programmer un vendredi après-midi, jour mis à profit par bon nombre de députés pour leur travail local en circonscription. Combien penserons à donner délégation pour faire entendre leur voix ? C'est bien le minimum à attendre pour une loi créant de nouveaux coupables.

Finalement, vous ne tirez pas d'enseignement de l’histoire. Alors que Marthe Richard s'est battue et a obtenu la fermeture des maisons closes, elle a fini par reconnaître que c'était une erreur. L'histoire bégaye souvent...


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8 réactions à cet article    


  • hunter hunter 10 juin 2015 18:15

    Bonsoir,

    Votre texte est long, mais bien écrit et précis.

    Je crois que cette volonté de faire payer le client, reflète bien la totale inculture des personnels politiques en matière de médias électroniques !

    Le racolage... ? dans la rue, comme dans le films avec Gabin, tournés il y a 50 ans...ça existe encore ce truc ? Bon il est vrai que j’habite en campagne, il n’y a pas cette activité chez nous !

    Mais dorénavant, les travailleuses démarchent leurs client potentiels sur le net ! le cleint visite les sites où les annonces, prend rencart via mail on téléphone, et le jour venu....ben il rend visite à une amie, c’est tout ! Aucun pandore n’y trouvera rien à redire ! A ce que je sache, on a encore le droit de rendre visite à une femme non ?

    On voit bien que ces gens sont inutiles, incompétents et incapables, à pondre des conneries de lois qui ne serviront à rien !

    Tous ces gens devraient partir, dégager, avant qu’on ne les dégage, et ce jour là, ils risquent de « manger » bien plus sévère que s’ils partaient maintenant !

    Adishatz

    H/


    • sarcastelle sarcastelle 10 juin 2015 18:48

      Les deux sexes sont égaux en intelligence et devoirs, sauf que dans un acte commis à deux un des deux est coupable et puni, cependant que l’autre est innocent. 

      C’est grossièrement anticonstitutionnel ; c’est insultant pour les femmes considérée comme des mineures et des incapables juridiques. 



      • njama njama 10 juin 2015 22:03

        Sanctionner (pénaliser, puisque il s’agit d’amendes) le client (dont personne ne connaît les intentions variées, multiples, et diverses .........) , n’est ni plus ni moins pour la société que de se donner bonne conscience, l’impression de résoudre le problème, mais en le déplaçant ...
        ça ne freinera en rien la prostitution, ou si peu de temps ...
        la loi accouche d’une souris.


        • Ramana Ramana 11 juin 2015 13:10

          « Les fenêtres jacassent
          Quand une femme passe
          Qui habite l’impasse
          Où passent les messieurs. »
          Mais qu’ils nous laissent donc tranquilles avec ça ! Le sexe fait partie de notre vie intime, et que chacun fasse ce qu’il veut de ses organes, seul ou entre adultes responsables et consentants. Qu’ils s’occupent donc avec plus de conviction des mafias internationales qui prospèrent en contraignant leurs victimes. Bon, il est vrai qu’à certains sommets, cet argent sale profite au système, alors on fait semblant de fermer la porte principale, tout en laissant ouverte la porte arrière, si j’ose dire, et c’est encore les même qui se font .........


          • Le p’tit Charles 11 juin 2015 13:18

            Tant que les politiciens se feront des putes..il n’y aura aucune amélioration pour les prostituées.. !


            • legrind legrind 11 juin 2015 13:47

              les abolitionnistes (sic) d’OLF n’ont qu’une seule ex prostituée qu’elles exhibent comme un phénomène de foire : Rosen Hicher , surexposée médiatiquement, ce qui n’arrive pas à cacher l’inanité et la malhonnêteté de leur discours : passer du viol, des violences dans le couple à l’interdiction de la prostitution.


              • Philippe Stephan Christian Deschamps 11 juin 2015 20:10

                Mytic et Badou organisent cette été la plus grande rencontre mondiale
                de célibataire a Ibiza, avec la participation de david Getta
                certains disent que se sera la meilleur fête bonobo de tout les
                temps et que le champagne et la vaseline couleront a flot.
                 smiley


                • franc 12 juin 2015 10:50

                  encore une loi à la con et deplus fascisante fomentée par des féministes haineuses et jalouses ,c’est tout le contraire qu’il faut faire ,il faut reonnaitre et légaliser le métier d’assistant sexuel et les handicapés peuvent m^me être remboursés par la sécurité sociale

                  -

                  D’autre part la pénalisation d’un client qui a recours à un service qui n’est pas interdit ,la loi n’interdit pas la prostitution me semble t-il ,est illogique et donc inconstitutionnelle ,c’est comme si on punit ceux qui boivent du vin alors que la vente de vin n’est pas interdite.

                  -

                  les socialistes ne savent plus quoi faire et ils font n’importe quoi pour exister et pour faire comme s’ils travaillent ardument pour mériter leur salaire, mais en fait ils ne font que nuire aux autres .

                  Or il vaut mieux être payé à ne rien faire qu’être payé pour nuire aux autres ;

                  certains socialistes en fait des pseudos ou de s faux socialistes sombrent dans le fascisme et l’ordre moral pour faire diversion en tre autres des vrais et graves problèmes qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas résoudre

                  -

                  déjà que la justice est encombrée et que les services de police ne sont pas suffisants pour traquer et surveiller les terroristes ,les voilà qu’ils doivent en plus surveiller et traquer e s clients de prostitués .Et on va de plus dépenser l’argent publique pour des taches fascisantes ;

                  bravo les fauxcialistes

                  cette loi ou plutôt cette disposition juridique ne durera pas éternellement

                  -

                  j’ai comme une impression que les socialistes vont recevoir une gigantesque raclée dans les prochaines élections 

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Auteur de l'article

Hermes Lejuste


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