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Nécrofestivisme (Philippe Muray)

Le festivisme, c'est cette tendance à ne plus prendre l'existence que sur le mode maximaliste maximalisable à-maximaliser, de la fête. Mais une fête très spécifique.

C'est-à-dire qu'il n'est rien de plus humain que les motions festives - cela dit pas plus ni moins humaines que d'autres, - où la fête aura toujours eu dans l'Histoire universelle, un caractère exceptionnel. Or, c'était ce caractère exceptionnel qui la faisait si attrayante, même pas encore forcément dans ses tons carnavalesques où l'ordre social était renversé, sens dessus dessus, mais bien dans toutes ces nuances cérémonieuses, rituelles, expansives, jouissives. Notez d'ailleurs à ce titre qu'avec pute, prêtre est "le plus vieux métier du monde", et la fête en réalisa régulièrement la synthèse, toujours encore fascinante dans le dernier Stanley Kubrick, Eyes wide shut, par exemple :
 

Jusque là tout va pour le mieux dans le plus humain des mondes possibles, et Mircea Eliade, Marcel Mauss ou Georges Bataille, ou autres anthropologues et philosophes assimilés, vous renseigneront assez bien sur cette réalité du fait religieux-sexuel ou sexuel-religieux comme tréfondamental à la fête humaine, avec en sus les carnavals qui vous renversent complètement l'ordre social (Mikhaïl Bakhtine à l'appui) le temps de leur célébration. A quoi bien sûr ajoutons les baptêmes, les fiançailles, les mariages, les noces, les enterrements (qui dans certaines cultures prennent des tons dispendieux), ainsi que les bals et autres salons, qui tous font état d'un luxe, d'un abus et d'un excès (d'une Part maudite, dirait Georges Bataille) où l'économie n'apparaît jamais que comme ce qui permet la fête, et où la fête (le luxe, l'abus, l'excès) n'apparaît jamais que comme la légitimation et la justification de l'économie, en tant que fin. Tout ce qui, en sus, ferait dire à Friedrich Nietzsche qu'il y a évidemment toujours des maîtres, et toujours des esclaves, c'est ainsi, et où de nos jours les maîtres (sociologiquement parlant donc) sont de ces festifs perpétuels.

Mais, si l'on ajoute ces remarques en sciences humaines, que les subordonnés (sociologiquement parlant) ont la fâcheuse tendance (désir mimétique de René Girard à l'appui) à se concurrencer dans l'imitation des sommités, célébrités & autres notoriétés (sociologiquement parlant) - serait-ce pour faire genre, or l'humanité fait massivement genre*, - il appert alors soudain que la fête soit devenue la fin justifiant les moyens (Machiavel), et les moyens justifiant la fin (Camus) - conjugués - de l'existence en civilisation atlantique. Ça n'est pas moi qui le dit, c'est Philippe Muray, par exemple dans Après l'Histoire ou Festivus festivus, conversations avec Elisabeth Lévy.
 

Ce qui compte désormais, c'est de pouvoir en effet s'éjouir maximalistement de sa situation. Cela est totalement petit-bourgeois dans la démarche, où les grands bourgeois (financiers, héritiers et autres oligo-techno-plouto-crates) peuvent bien railler le snobisme généralisé (jusque dans le gangsta rap) qu'ils n'en sont pas moins radicalement snobs eux-mêmes (source et inspiration de ce snobisme, auto-entretenu en études de marchés pour répondre aux besoins du marché). Et tout le monde en redemande ! ... Célébrant donc les épousailles - s'il fallait encore célébrer ... - du Lucre et du Bien en cet empirisme sociopolitique alors, et dénégateur de toute culture comme élévation spirituelle (où je n'entends jamais l'esprit qu'ainsi). C'est-à-dire que cette maximalisation du luxe, de l'abus et de l'excès, conduit les motions festives à un festivisme, or Philippe Muray n'hésite pas à parler même d'hyperfestivisme, de même que Homo festivus (sic, sans article ni italique) devint Festivus festivus, d'Après l'Histoire à Festivus festivus, conversations avec Elisabeth Lévy.

A partir de quoi, on est entré dans un déréalisme dingue ces dernières décennies, que j'ai assez bien résumé à mon avis :

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Résumé :

Etre de gauche ou de droite passe pour une hémiplégie ou une charpente gauchie. Toute construction nécessite une charpente équilibrée (colonne vertébrale) sans quoi tout en pâtit : la couverture en premier lieu, mais aussi les murs porteurs. Et la solidité de l'édifice est mise en péril.

C'est-à-dire : mise en péril par le lucre depuis une cinquantaine d'années et une trentaine sûre (Maastricht), puisqu'il s'est assez bien appliqué - décisivement mais aussi diffusément après - à pratiquer l'inception (l’inoculation ou incubation psychique) - de ce fait que tout un chacun aura certes toujours-déjà voulu acter à sa façon, que nous vivons dans une économie capitaliste tendanciellement ultralibérale, surtout depuis 1989 - chute du mur de Berlin, - 1991 - fin du Bloc soviétique, - et très vite la Net-économie (an 2000). Dans cette frénésie depuis 1983 ("virage libéral" mittérandien au bout de deux ans seulement, fallait-il ne pas être convaincu dans la démarche, et fallait-il avoir subi mille pressions), gauche et droite se délitèrent, jusqu'au discours de l'hémiplégie. Mais, auparavant, la droite disait "vivre et laisser vivre", la gauche disait "convivre et faire convivre" - chacun à l'aide de répartitions économistes. Notons bien que le libéral-libertarisme post-soixante-huitard promettait déjà la fin de ce distinguo, puisque "convivre et faire convivre" sembla pour beaucoup, très vite, devoir être un "vivre et laisser vivre", sur la base des exactions soviétiques décevantes d'une part en effet et, d'autre part, sur la base du schizophrène "il est interdit d'interdire","convivre et faire convivre" passa toujours & plus pour "facho" ! de telle sorte qu'on crut bon de "vivre et laisser vivre", soit donc de "laisser faire, laisser aller" insocialement. Car notons bien encore, que les niveaux économiques et moraux se confondaient (et se confondent encore-toujours beaucoup trop) dans les mœurs. A partir de là tout était guedin. C'est l'avènement progressif d'Homo festivus dans les années 80-90, puis de Festivus festivus dans les années 2000, selon Philippe Muray. C'est-à-dire de la civilisation atlantique, dont l'humanité ne sait plus se vivre que sur le mode festiviste du "s'amuser et punir" (pour parodier Michel Foucauld).

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C'est-à-dire que la vocation humanitaire désormais, à l'intérieur de la civilisation atlantique, consiste précisément en cette boucle récursive, ou plutôt ce ruban de Mœbius (car on n'a jamais bien l'impression de nous répéter) appert donc telle que la fête soit devenue la fin justifiant les moyens (Machiavel), et les moyens justifiant la fin (Camus) - conjugués - de l'existence en civilisation atlantique, épousailles du Lucre et du Bien en cet empirisme sociopolitique alors, dénégateur de toute culture comme élévation spirituelle. Au contraire ! comme règne le festivisme, on fait en sorte que tout devienne festiviste, dans une vaste et sombre motion à "s'amuser et punir". S'amuser d'avoir puni les récalcitrants à ce nouvel ordre moral en une énième harangue et un énième ahanement contre le fascisme, l'extrémisme de droite, la réaction, la nouvelle réaction, le passéisme, l'autoritarisme, l'absolutisme, l'aristocratisme, etc. (alors qu'ils n'existent plus que dans le fantasme des harangueurs & ahaneurs énièmes, en névrose narcissique ou psychose de masse) ... s'amuser d'avoir puni, disais-je, et punir de s'être amusé évidemment, quand cet amusement disconvient au jeu de l'amusement maximal, soit donc au jeu de l'abolition décontractée de tout humour réel en un grand, profond, grave et sérieux fun, qui ne tolère aucune plainte (il faut voir le néo-tribalisme, chez le sociologue Michel Maffesoli, aussi, sans parler de la grande référence murayienne : Jean Baudrillard, de la Séduction et la Société de consommation).

Justement d'ailleurs ! n'en tolérant plus aucune, on fait de la plainte fête même, où la mort semble compagne-reine, précisément de ce que ce nouvel ordre moral tout de harangues et de ahanements contre-contre-contre, pour soi uniquement, et par soi l'altérité avec soi. C'est ce que Philippe Muray appela le nécrofestivisme.
 

Néanmoins, là où il est éclatant, c'est par exemple lors de la mort de Mickael Jackson. This is it. Soit donc que le deuil est totalement évacué de l'espace public, sauf à s'exprimer dans les termes impatients d'une minute de silence suite à un attentat, mais encore en en faisant l'occasion d'une énième émission humanitaire, telle que le Sidaction, les Enfoirés ou le Téléthon, dont on ne veut plus voir le glauque. Mais aussi, toutes ces associations allant construire des écoles et des puits en Afrique, et dont les membres se glorifient de leur tâche en conspuant fielleusement le monde dont ils ressortent, et par lequel pourtant ils peuvent humanitariser. J'en passe et des meilleures.

La guedinerie est à son comble. Festivus festivus est un guedin. Mais, quand Philippe Muray disait Festivus festivus sur le mode paléoanthropologique - de ce que cette humanité préfère régresser du stade humain à la préhumanité de grands singes suréquipés, - afin d'en faire un comique énorme, à la Boileau, Satire ... je dis guedin sur le mode emprunté à cette réalité pour mêmement en dénoter toute la vrille d'esprit : à la fois dingue, et à l'envers - tragiquement. Soit donc ayant fait de carnaval réalité permanente, dans la plus grande consumation des mondes - et de son monde - films de zombis à l'appui (et que Muray prend lui-même comme symptômes).

C'est-à-dire que, dirais-je personnellement, réalisant la métaphysique selon Heidegger depuis Platon, ainsi que l'Etat hegelien sans avoir admis le négatif pourtant, nous vivons - dixit Muray - dans un parc d'abstractions. Il n'est que Festivus pour s'en exalter flex.


* Où le genrisme des gender studies alors, prétend avoir inventé la poudre, de ce que nous genrisions sidéralement depuis toujours, de bon machiavélisme.


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10 réactions à cet article    


  • Certains jouissent et d’autres ouïssent. Je pointe la différence. 


    • Jean Roque Jean Roque 21 juillet 20:58

       

      Luchini lit Murray
       
      La nursery s’étend
       
      https://www.youtube.com/watch?v=feSlci6SlrA
       
      Chers djihadistes l’histoire d’une bobo gogochonne du pasdamalgame en Amazonie avec barbu... smiley
       
      https://www.youtube.com/watch?v=rQHhbhNkwhQ
       
      Tombeau pour une innocente


      • UnLorrain 22 juillet 08:22

        Au deuxième paragraphe « sens dessus dessous » doit être sans dessus dessous. ..Ahaner me fait plaisir. Je ahane quand j’en ch... a scier le rondin de bois dur ou même devoir le fendre ou le casser.



        • Jean Roque Jean Roque 22 juillet 09:35

            
          « c’est le travail du monde romain, en tant qu’universalité abstraite, de s’approprier les peuples singuliers et de les opprimer par son universalité abstraite » PhH Hegel
           
          Les 16,5 milliards qui viennent et la mort de La Mort seront la grande Négation de la négation, gogochonus festivus ne s’en remettra pas, et son maître du Spectacle de l’Avoir non plus.
           
          « Veblen, Goblot, sont les grands précurseurs d’une analyse culturelle de classe, qui, au delà du ‘matérialisme dialectique’ des formes productives, tiennent compte de la logique des valeurs somptuaires [de différenciation], par laquelle seule la classe dominante assure sa domination et perpétue le code [existentiel du gogochonus festivus], la mettant à l’abri en quelque sorte, par cette ‘transsubstantiation’ des valeurs, des révolutions dans l’ordre économique [que ne voit que le crétin gogochon] et de leurs répercussions dans les rapports sociaux [...] Les classes dominantes ont toujours - où bien assuré d’emblée sur les valeurs/signes (sociétés archaïques et traditionnelles) - ou bien tenté (l’ordre bourgeois capitaliste) de dépasser, de transcender, de consacrer [sanctifier, sacraliser] leur privilège économique en privilège des signes [écrire la grammaire existentiel du gogochon, comme César], parce que ce stade ultérieur représente le stade accompli de la domination. »
           
          ‘Pour une critique de l’économie politique du signe du gogochon multiethniqué’ J. Baudrillard


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 22 juillet 13:36

            Sympa sur le travail de Murray...on en attend d’autres avis .


            • zygzornifle zygzornifle 22 juillet 17:02

              Comme pour la coupe du monde de foot alors ?


              • Jean Roque Jean Roque 22 juillet 18:01

                MÖEBIUS
                 
                « Le oui lui-même n’est plus exactement un oui à l’Europe, ni même à Chirac ou à l’ordre libéral. Il est devenu un oui au oui, à l’ordre consensuel, un oui qui n’est plus une réponse, mais le contenu même de la question [Micron est le oui au oui ...bienveillant et en marche, Brexit un blasphème] » Baudrillard
                 
                « Cette émergence des besoins, fut elle formelle et asservie [marketing], n’est jamais sans danger pour l’ordre social — comme l’est la libération de n’importe quelle force productive, comme le fut et l’est l’émergence de la force de travail : dimension de l’exploitation [captation de la plus-value] elle est aussi l’origine des contradictions sociales les plus violentes, d’une lutte de classes.
                Qui peut dire quelles contradictions historiques nous réserve l’émergence et l’exploitation de cette nouvelle force productive que sont les besoins [illimités par la science, dans une désublimation narcissique dirigée par le Capital, qui détruit la tempérance traditionnelle]. »

                 
                ’Pour une critique de l’économie politique du signe’ Baudrillard, 1972


                • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 23 juillet 12:45

                  Lire aussi Murray sur la peinture ou la littérature (en exemple son « Céline » ).


                  • Jean Roque Jean Roque 23 juillet 13:21

                     
                    FESTIVISME = CAPITAL TOTAL
                     
                    Le temps de loisir est le temps indispensable au Capital pour sortir du temps du travail et de l’échange (le temps marxiste). Il est le temps du signe de distinction mondaine par excellence pour le gogochon. Il est le temps où l’économie politique prend forme d’existence, donne sens au Capital dans la vie gogochonne, pose la fausse conscience. Il n’est pas le temps de l’otium antique, du temps libre (personnel) pour l’art où la connaissance, il est le temps du libidineux sexe décérébré de l’auge où
                     
                    le Capital-Travail est détruit dans le Capital-Loisir et ce potlatch est indispensable pour ce dernier comme « économie » MAIS SURTOUT comme « sens politique » ! C’est à dire comme « économie politique ».
                     
                    (regarder les top vidéo youtube si vous ne savez pas ce qu’est le gogochon).
                     
                    « Un P.D.G [dominant] se doit de travailler 15h/jour. C’est son indice de servitude [au système économique, inévitable, même pour lui sous-entend il] affectée [réprobation de l’oisiveté traditionnelle]. En fait, cette formation réactionnelle [valorisation passéiste du travail] prouve a contrario [sert à prouver] la force du loisir/valeur noble dans la représentation profonde [pour les dominés] [Ainsi, du P.D.G au golf, gogochon apprend que se free-branler dans les loisirs est un privilège... mais pas ne rien faire...]
                    [Le loisir] n’a rien à voir avec la passivité [l’inactivité] : c’est une activité [jeune cadre dynamique fait du parachutisme], une pression sociale obligatoire [les pubs de voitures ne sont que ça !]. Le temps n’y est pas libre, il y est sacrifié, dépensé [dans un travail d’autres gogochons d’ailleurs] : c’est le moment d’une production de la valeur [ma branlette produit car je gaspille du travail, le loisir est un sacrifice voulu par le système et nécessaire, un potlatch] »

                     
                    ‘Pour une critique de l’économie du signe’ Baudrillard

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