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Accueil du site > Actualités > Société > Nos Sociétés à vie scolaires, ou De la Scolarchie

Nos Sociétés à vie scolaires, ou De la Scolarchie

On est comme on a été mis-en-condition. Beaucoup de nos habitudes, plaisirs, orientations et méthodes, nous viennent de la jeunesse. Pour preuve ? ... Les personnes très âgées "retombent en enfance" : du sein maternel à la Terre-Mère six pieds sous terre. Ainsi, c'est la scolarité qui nous a mis-en-condition, pour des sociétés à vie scolaires.

Un article qui a failli être en l'honneur de la rentrée des classes, et indifférent à son retard.

 

LE POINT CHRONOLOGIQUE
Ce n'est pas très compliqué : une personne âgée de 70 ans aujourd'hui, est née vers 1950. En 1970, elle avait près de 20 ans, impliquée, lointaine ou hostile devant les événements de Mai '68, et surtout dans sa scolarité.

Or en France, de tels événements que Mai '68 ont été le symptome d'une chose : de la scolarisation de l'existence jeune. La question n'est pas Mai '68. La question est que Mai '68 nous apprend, que nos sociétés étaient largement scolarisées pour les jeunes. Et même si dans les Années Yé-Yé puis Disco (1970-1980) le baccalauréat n'était pas encore ce diplôme nécessaire et vain comme aujourd'hui, même si donc nos scolarités étaient encore à la professionnalisation relative, il faut noter que la scolarité avait déjà un grand pouvoir.

LE GRAND POUVOIR DE LA SCOLARITE
Ce grand pouvoir de la scolarité, c'est le suivant : celui de mettre-en-condition la jeunesse, c'est-à-dire de lui imprimer des habitudes, plaisirs, orientations et méthodes, non seulement inaccessibles dans les familles, mais aussi particulières aux bureaucratisations des ensembles scolaires.

Qu'on le veuille ou non, le grand pouvoir de la scolarité est d'avoir bureaucratisé les comporte-mentalités humaines dans nos sociétés. Or, ce pouvoir était très grand à la fin des années '70-début des années '80, puisque c'est à la charnière des années '80-'90, qu'allaient apparaître le fameux objectif de "80% de réussite au bac, tous ingénieurs et cadres supérieurs". D'ailleurs, c'est progressivement à partir de cette fin de millénaire, que les entreprises se plaignirent toujours plus du manque de savoir-faire des jeunes.

Au dédain des savoirs pratiques, l'éducation nationale a conformé des esprits théoriques, sachant qu'elle conformait déjà beaucoup ainsi depuis la Seconde Guerre mondiale.

GENERATIONS SCOLAIRES
Tout ceci signifie qu'aujourd'hui, nous vivons dans des sociétés à vie scolaires : scolaires pour la vie. En effet, de 7 à 77 ans, nous avons massivement affaire à des personnes aux comporte-mentalités bureaucratisées par les ensembles scolaires.

Même si papy est sorti de l'école à 14 ans avec un CAP, même si papa l'a quitté à 16 avec un BP, ils ont été marqués par la bureaucratisation à même leurs comporte-mentalités, et il y a fort à parier qu'ils réalisèrent dans leur carrière une VAE leur accordant un équivalent-bac+quelque chose, niveau dont ils se sont vantés, d'autant plus qu'ils l'ont "miraculeusement" acquis "à l'école de la vie" (ce qui leur donna le sentiment de pouvoir rivaliser avec grand-papy et arrière-grand-papy).

Mieux encore : dans l'ambiance féministe puis trans-féministe actuelle, mamy et maman se sentirent immensément fières d'ainsi acquérir une valeur marchande. Et ainsi, comme papy et papa, épouser les comporte-mentalités bureaucratisées.

Finalement, quand un jeune président tel qu'Emmanuel Macron advient, tout le monde de s'en prendre à "l'énarchie" ... mais l'énarchie est précisément le symptome le plus fort, de nos sociétés à vie scolaires. Ainsi, quand nous nous en prenons à l'énarchie, nous nous en prenons à toutes nos scolarités, qui au fond ont fait de nous des singes savants, kafkaïens, bons pour le bureaucratisme (bien que nous détestions la paperasse) et peu capables de débrouillardise autrement (évidemment, Emmanuel Macron n'est pas plus doué que nous tous, de 7 à 77 ans, dans ce contexte - et il nous ressemble désespérément trop).

LA SCOLARCHIE
Conclusion : nous sommes tous des scolarques, nous jugeant très à même de faire la leçon au monde. Et, ce, même voire surtout si l'on fut un "cancre", car rien de tel qu'un "cancre" pour - plus tard - envier "ceux qui eurent les moyens de réussir" et ainsi encourager ses propres enfants à "réussir à l'école" (bon an mal an). Les "intellos" quant à eux, estiment que "ça va de soi", et peuvent bien avoir des enfants prétentieux alors. A moins que les "cancres" ne se vengent de la scolarité à travers leurs enfants ? (Mais alors, ils veulent quand même "faire la leçon" aux profs !)

Bref, qu'on le veuille ou non, il se peut bien que nous ayons tous une dynamique scolarchique dans l'âme, à cause- grâce à- et malgré- la bureaucratisation de la vie en générale, jusque dans les entreprises (surtout les grandes firmes, fanatiques "d'évaluations" triple A, etc.).

Or, les scolarques que nous sommes, sont avant tout des personnes mises-en-condition de façon individualiste, face à la maîtresse (avec une féminisation à +80% du milieu) et du moins aux maître-sse-s. C'est-à-dire des personnes encadrées, disciplinées, paramétrées et observantes, malgré les écarts de conduite (à preuve, les différents messages obligataires dont on nous soûle à longueur de médias désormais, etc.).

Où la personne qui se déclarerait le plus exempte de scolarchie, y serait le plus sombrement sujette - comme toujours. Car nous sommes massivement des scolarques.

Tenez-vous bien, et retenez la leçon. "Dring !"


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22 réactions à cet article    


  • Passante Passante 8 septembre 20:14
    trop de madrassa tue la madrassa
     smiley


    • Morologue Morologue 8 septembre 22:03

      @Passante. En quelque sorte.


    • Odal GOLD Odal GOLD 8 septembre 22:33
       
      C’est vrai, notre réalité occidentale n’est qu’une superficielle matrice pédagogique et maternante, qui demain s’effacera doucement.
      Déjà derrière les discours de liberté chers à notre éducation occidentale, il n’y a plus que conformisme et étroitesse d’esprit.. Il est juste de bon ton de paraitre libre, quant en fait on y apprend l’esclavage librement consenti..
       
      « L’enseignement obligatoire et officiel ne procure aux enfants que l’ennui et du dégoût.

       

        Ce n’est pas en enfermant les oiseaux en cage qu’on leur apprend à voler et à se pourvoir en nourriture. Et comme pour se moquer du public, on appelle chez nous écoles libres celles qui sont les mieux fermées et qui ont les plus hautes murailles. » [*]

       

       « Mémoire d’un paysan Bas-breton »

        de Jean-Marie Déguignet (1834-1905) (Pocket)

       

       

      >> https://www.odalgold.com/socialisation-ben-oui-eirick-prairat

       

       


      • Morologue Morologue 9 septembre 11:22

        @Odal GOLD. Oui. Concrètement, on nomme aussi cela du dressage. Néanmoins, dans la mesure où les institutionnels y consentent à escient, pas forcément en toute connaissance de cause, il y a des nuances et des bienveillances. Nous restons humains.


      • V_Parlier V_Parlier 10 septembre 10:32

        @Odal GOLD
        Sur l’aspect bureaucratique, l’abandon du sens de l’initiative et de la responsabilité, je vous rejoins. Mais en revanche, je n’ai jamais cru à l’auto-éducation naturelle sans un minimum d’effort planifié. Pour s’en rendre compte il suffit de placer un enfant devant un PC raccordé à internet et de lui dire « fais ce que tu veux ». (Internet et l’ordinateur étant l’exemple même du moyen qui peut servir à tout, autant à l’instruction qu’à l’abrutissement) : Sur quels sites va-t-il aller ou quels programmes va-t-il lancer ? ...


      • Morologue Morologue 10 septembre 10:57

        @V_Parlier. Ne soyons pas sots : aucune société n’y a cru. Par contre, la majorité des sociétés n’ont rien planifié du tout, en dehors de certains moments rituels. Les jeunes accompagnaient et apprenaient des adultes, c’était ainsi, sans stigmatisation parent-prof au nom de « l’enseignement étatique ». Au fond, ce bureaucratisme est déjà totalitaire, à sa façon kafkaïenne.


      • Christian Labrune Christian Labrune 8 septembre 23:12

        à l’auteur,

        "Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir." Pierre Dac.
        J’observe par ailleurs, Monsieur, que c’est la deuxième fois en peu de jours que vous vous en prenez à ceux qui sont nés en 1948, dont j’ai le bonheur d’être. Je considère cette insistance incongrue comme une offense personnelle, et si cela devait se reproduire, je serais au regret de devoir vous envoyer mes témoins.

        Mon arme, c’est le sabre de marine. C’est donc à vous de voir :

        • Morologue Morologue 9 septembre 11:23

          @Christian Labrune. Ô Maître dans l’art des diffamations, des contresens et des ridicules ^^


        • Morologue Morologue 9 septembre 11:24

          Des offuscations, en un mot.


        • zzz'z zzz’z 9 septembre 07:37

          Cela permet de reculer, voire, avorter la « cérémonie  » de passage à l’âge adulte ; des expressions comme « on apprend toute sa vie », réintroduisent dans l’inconscient le système de valeurs tutélaires que l’éducation de Jules Ferry a instauré dans les esprits des scolarisés.


          T’es sage, tu auras une image… Les tigres au cirque sont bien mieux récompensés !

          • Morologue Morologue 9 septembre 11:25

            @zzz’z. Oui. Néanmoins, je vous renvoie à ce commentaire @Odal Gold, ci-dessus.


          • zzz'z zzz’z 10 septembre 08:55

            @Morologue


            « Nous restons humains. »

            Si le nous fait partie des gens cités par la Boétie dans De la servitude volontaire ; dans les autres cas, infantilisés grâce à des « implants mémoriels », on ne peut pas vraiment parler d’humains.

          • Morologue Morologue 10 septembre 10:58

            @zzz’z. De quoi parlez-vous, au juste ?


          • generalchanzy generalchanzy 9 septembre 11:08
            Scolarchie !?!?
            Et il propose quoi d’autre ce devin capable de pondre un article… parce qu’il a été scolarisé ?

            • Morologue Morologue 9 septembre 11:27

              @generalchanzy. Vous confondez apprentissage, érudition, connaissance et scolarisation (en l’occurrence, bureaucratique, qui est le point essentiel), sombre commentateur.


            • V_Parlier V_Parlier 10 septembre 10:39

              @Morologue
              Il faut savoir que le conditionnement bureaucratique répond hélas de plus en plus aux « besoins » des grandes entreprises d’aujourd’hui, quoi qu’elles prétendent. Le problème qu’elles rencontrent ensuite c’est qu’un néo-bureaucrate n’est ni motivé ni directement responsable. Il se « couvre » en suivant les procédures et fait strictement ce qui lui est demandé. Ensuite, comme il faut trouver une explication on interprète ça comme un manque de savoir-faire. (Le savoir-faire, désolé de le dire, ne peut s’apprendre de toute façon qu’après l’école ou par les activités pratiques ou intellectuelles spontanées. Mais ça c’est uniquement sous le pouvoir de l’intéressé lui-même, les profs ne pourront jamais rien pour lui dans ce domaine).


            • Morologue Morologue 10 septembre 11:01

              @V_Parlier. Non mais c’est exactement ce qu’indique l’article, en parlant de la bureaucratisation des grandes firmes-même, adeptes des « évaluations » triple A, etc. C’est un monde disciplinaire, déjà totalitaire sous ses airs kafkaïens consentis démocratiquement. Je l’ai déjà dit plus haut.


            • Trelawney Trelawney 10 septembre 11:14

              à l’auteur

              Au bout de combien d’années d’études, avez-vous intégré l’idée que la scolarisation était un moyen de « normaliser l’individu » dans un « moule sociétale » ?
              Si c’est après une maîtrise ou un doctorat, il est évident que votre intellect n’est pas en capacité comprendre cela sans l’aide de quelqu’un. Dans ce cas précis, la scolarité vous est absolument nécessaire. Et c’est en cela que réside tout le dilemme !

              De la part d’une personne qui a arrêté sa scolarité à 14 ans et qui, si je suis votre raisonnement, est capable d’esprit critique.

              • Morologue Morologue 10 septembre 11:28

                @Trelawney. Votre commentaire n’a pas un mauvais fond, et je l’aime bien, sinon qu’il stigmatise. Tous les ados sentent qu’ils sont du bétail, dans les établissements scolaires. Donc même un scolarisé le comprend, que les adultes se débarrassent de lui, au nom de la défense de l’économie de marché : il faut segmenter la société, pour qu’elle fonctionne ainsi productivement au nom du lucre.


              • Trelawney Trelawney 11 septembre 07:30

                @Morologue
                Si l’homme a un égo suffisamment énorme pour croire qu’il est au dessus des autres, l’immense majorité des humains n’a pas de capacités intellectuelles suffisante pour se fabriquer une vie correcte sans un soutien scolaire. C’est pour elle qu’est fait l’école. 


              • Morologue Morologue 11 septembre 18:11

                @Trelawney. Il y a d’autres voies, et qui ne passent pas nécessairement par le sacro-saint « socle commun ».


              • Morologue Morologue 11 septembre 18:12

                Evidemment, pour cela, il faudrait renoncer à l’ensemble du fonctionnement social, par trop « efficacitariste » dans son lucre - et pas que son lucre.

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