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#62 des Tendances

Quand Romain Gary relativisait l’inceste

Le film « La promesse de l’aube » (sorti le 20 décembre 2017) vient de remettre en lumière le très beau livre éponyme de Romain Gary. Dans cet ouvrage, le double lauréat du prix Goncourt* donne un étonnant point de vue sur l’inceste...

Paru en 1960, La promesse de l’aube est un roman très largement autobiographique dans lequel Romain Gary raconte d’une manière profondément tendre et teintée d’humour les étonnants rapports qui l’ont lié à sa mère Nina. Une sacrée femme, cette Nina Kacew ! Ancienne actrice russe francophile extravertie – pour ne pas dire extravagante –, elle a porté à son fils unique un amour absolu, et développé pour lui une immense ambition au service de la France, à l’égal d’un Victor Hugo dont le portrait était omniprésent dans l’appartement de Wilno**. Un amour auquel a répondu, à sa façon, le jeune Romain, désireux en toutes circonstances, et quel qu’en soit le prix à payer pour sa fierté, de ne jamais décevoir les rêves de grandeur que nourrissait, et que proclamait publiquement, sa mère à son égard.

Romain Gary aborde de lui-même le thème de l’inceste comme si cette question allait de soi dans une histoire d’amour aussi fusionnelle que celle qui a unis cette mère excessive et ce fils sous influence. Mais c’est pour affirmer qu’il n’a jamais eu pour sa mère de « penchant incestueux », uniquement « des sentiments platoniques et affectueux ». Cela dit avant de préciser que malgré des « ancêtres tartares [...] qui n’ont dû trembler, si leur réputation est justifiée, ni devant le viol, ni devant l’inceste, ni devant aucun autre de nos illustres tabous », leur relation est restée exempte de cette dimension charnelle : « S’il est vrai que je ne suis jamais parvenu à désirer physiquement ma mère, ce ne fut pas tellement en raison de ce lien du sang qui nous unissait, mais plutôt parce qu’elle était déjà une femme âgée et que, chez moi, l’acte sexuel a toujours été lié à une certaine condition de jeunesse et de fraîcheur physique. »

L’obstacle aurait donc été l’âge et non le tabou universel qui, selon l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, constitue l’un des éléments majeurs de la fondation des sociétés, traduit dans le droit des nations par une prohibition quasiment unanime.

Romain Gary balaie pourtant ce tabou sans la moindre hésitation en ramenant l’inceste à une forme somme toute banale de la sexualité dans sa diversité : « Toutes les frénésies de l’inceste me paraissent infiniment plus acceptables que celles d’Hiroshima, de Buchenwald, des pelotons d’exécution, de la terreur et de la torture policières, mille fois plus aimables que les leucémies et autres belles conséquences génétiques probables des efforts de nos savants. Personne ne me fera jamais voir dans le comportement sexuel des êtres le critère du bien et du mal. La funeste physionomie d’un certain physicien illustre recommandant au monde civilisé de poursuivre les explosions nucléaires m’est incomparablement plus odieuse que l’idée d’un fils couchant avec sa mère. À côté des aberrations intellectuelles, scientifiques, idéologiques de notre siècle, toutes celles de la sexualité éveillent dans mon cœur les plus tendres pardons. »

« Infiniment plus acceptables », « mille fois plus aimables », « les plus tendres pardons » : difficile de faire plus tolérant, même si les faits et les lieux évoqués par Romain Gary en comparaison de ce qu’il nomme « les frénésies de l’inceste » relèvent pour la plupart de l’horreur et de la barbarie. Une tolérance qui ne manque pourtant pas de questionner dans la mesure où le brillant écrivain passe totalement sous silence ce qui se joue lors d’un inceste entre un parent et son enfant : un viol sur mineur par « ascendant légitime », autrement dit un crime dans le droit pénal de la plupart des pays occidentaux. En l’occurrence, Romain Gary « oublie » de quoi l’on parle : d’un (ou d’une) adulte qui, du fait de l’autorité parentale dont il (ou elle) dispose, se trouve en situation d’imposer ses propres pulsions sexuelles à un enfant peu ou pas du tout apte à comprendre la nature des actes qu’il est amené à commettre ou à subir.

Certes, les lois étaient moins répressives en 1960, et le regard porté sur l’inceste sans doute plus distant dans la mesure où l’on affectait en ce temps-là de ne pas savoir ce qui se passait au sein des familles. Cette réserve posée, comment Romain Gary – homme fin, cultivé et avisé des questions touchant la sexualité – a-t-il pu éluder de façon aussi légère le traumatisme majeur et durable qu’induit un inceste sur le psychisme d’un enfant, autrement dit d’une personne en cours de construction, sachant que la sexualité est précisément au cœur de ladite construction ?

N’en déplaise aux mânes de l’écrivain, l’inceste dépasse – et de loin – la cadre de la sexualité débridée et consentie entre adultes. L’inceste pèse en effet gravement sur l’équilibre mental de l’enfant atteint dans son intimité et a fortiori violé par un parent. L’inceste pèse également sur son développement sexuel et affectif, et durablement sur ses rapports aux autres dans une société où de tels actes sont possibles. Romain Gary a-t-il, en écrivant ces lignes, cédé à un désir plus ou moins conscient de provocation sur le sujet ? C’est possible, voire probable dans le contexte de l’époque.

Mais nous ne sommes plus en 1960, et cette pratique criminelle que constitue l’inceste parental ne bénéficie plus, de nos jours, de la même tolérance implicite dans notre société. Et c’est heureux tant le phénomène est présent sur le territoire dans toutes les couches de la population. En 2015, une étude (lien) réalisée par l’institut Harris Interactive pour l’AIVI (Association Internationale des Victimes de l’Inceste) a montré que 4 millions de Françaises et, à un degré moindre, de Français ont subi des agressions sexuelles ou des viols de nature incestueuse. 4 millions de victimes dont la plupart mettront de longues années, et trop souvent des décennies, avant de connaître enfin la résilience. Une réalité insupportable qui touche des personnes que nous côtoyons quotidiennement sans avoir conscience de leurs souffrances et des images qui les hantent.

Pour mémoire, rappelons qu’après avoir été récompensé d’un premier prix Goncourt en 1956 avec son roman « Les racines du ciel », Romain Gary a – fait unique dans l’histoire de l’académie – obtenu un deuxième prix Goncourt en 1975 avec le roman « La vie devant soi », publié (comme trois autres de ses livres) sous le pseudonyme Émile Ajar.

** Nom polonais de la capitale lituanienne Vilnius.

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120 réactions à cet article    


  • bob14 bob14 11 janvier 08:52

    L’inceste est-il un interdit universel ?...La consommation de relations sexuelles entre membres d’une même famille est connue sous le nom d’inceste. Cette pratique est fréquemment évoquée comme exemple d’un acte qui serait prohibé partout et de tout temps. Une telle affirmation mérite pour le moins d’être énoncée avec prudence si l’on se réfère aux classiques des sciences humaines...Bien que le nom de Freud soit souvent associé à l’idée d’interdit de l’inceste, cette notion n’a pas joué un rôle décisif dans la pensée du père de la psychanalyse. ..D’une façon assez inattendue, la notion d’inceste n’apparaît pas dans le Code pénal français, qui ne retient la relation de parenté directe entre l’infracteur et la victime que comme un facteur aggravant dans le cas d’agression sexuelle...Lévi-Strauss 

    tient l’interdit de l’inceste comme l’acte culturel décisif qui fonde la vie sociale, dans la mesure où il témoigne de la règle de l’échange à l’œuvre dans toute société...« L’inceste ne blesse en rien la nature », Denis Diderot..etc

    • Fergus Fergus 11 janvier 09:02

      Bonjour, bob14

      A de rares exceptions près dans l’espace et le temps, l’inceste a bien été et reste un interdit universel. Et, même lorsque le mot inceste ne figure pas noir sur blanc dans un code pénal, il est partout considéré comme le « facteur aggravant » que mentionne Lévi-Strauss.


    • diogène diogène 11 janvier 16:52

      @bob14


      Vous citez Lévy-Strauss,et singulièrement ce passage :
      « Bien que le nom de Freud soit souvent associé à l’idée d’interdit de l’inceste, cette notion n’a pas joué un rôle décisif dans la pensée du père de la psychanalyse. .. »

      La principale découverte de Freud a été le rôle de l’inconscient et sa place dans la structure psychique. Ce n’était pas un ethnologue, mais un psychologue (père de la psychanalyse). Il a pourtant consacré un livre entier à la question de l’inceste, Totem et Tabou et mis au jour à cette occasion un pivot de la construction personnelle : l’Oedipe-complexe.

      Dans cet ouvrage, Freud donne une réponse à la question posée par les anthropologues de son temps concernant la prohibition de l’inceste au sein des groupes sociaux. C’est la raison pour laquelle il s’intéresse à la formation du tabou ainsi qu’au rôle du totem dans les sociétés dites « primitives », notamment par le biais de récits de voyages et de monographies comme les travaux de James Frazer (Totemism and Exogamy, 1910).


    • Antoine 11 janvier 18:50

      @Fergus
      Et, même lorsque le mot inceste ne figure pas noir sur blanc dans un code pénal,

      le mot a été introduit en 2016


    • Fergus Fergus 11 janvier 19:40

      @ Antoine

      En France, oui, mais il semble que ce ne soit pas encore le cas partout dans les pays occidentaux.


    • Antoine 11 janvier 21:39

      @Fergus
      En réalité l’inceste relève du tabou.
      Il n’a pas a être nommé par la loi, puisque ne peut être nommé que ce qui existe.


    • Fergus Fergus 11 janvier 22:47

      @ Antoine

      La loi peut parfaitement nommer l’inceste, non en tant que tabou mais en tant que caractérisation d’une forme particulière d’atteinte sexuelle ou de viol.


    • njama njama 11 janvier 08:53

      Bonjour Fergus

      J’ai vu le film, mais à aucun moment ne transparaissait il me semble l’ombre d’un désir incestueux. Au contraire, on y voit une mère possessive, démesurément aimante c’est vrai (en compensation d’une union qui fut désastreuse (?), d’un mari qui lui manqua de respect dit-elle sans plus de détails), mais terriblement directive, autoritaire, plus père que mère, patriarcale !
      Une mère « asphyxiante » (impression personnelle), mais comme l’enfant n’a qu’une mère, il n’eut d’autre choix que de faire avec. 

      A l’inverse du cas classique de l’inceste viol sur mineur, Romain Gary paraît le concevoir dans le sens du viol sur majeur, une relation œdipienne en quelque sorte ... à laquelle sa mère n’aurait certainement jamais consenti, il devait le savoir, l’âge n’étant qu’un prétexte. Il écrit l’idée d’un fils couchant avec sa mère, et non pas l’idée d’une mère couchant avec son fils, ce qui est révélateur de son fantasme (sexuel ?). L’inceste, c’est dans un sens, pas dans l’autre, avec rapport de domination de l’un majeur sur l’autre mineur, et relation non consentie.


      • Fergus Fergus 11 janvier 09:10

        Bonjour, njama

        Sur la nature platonique des relations entre le jeune Romain et sa mère Nina, le film est fidèle au livre, et l’écrivain se montre claire sur son cas personnel. C’est pourquoi je n’ai pas émis le moindre doute sur cette question.

        Ce qui m’a interpellé dans le livre, ce sont les réflexions incidentes - au delà de la question personnelle de nature œdipienne - que Romain Gary a émises de manière plus générale sur le phénomène de l’inceste en relativisant de facto cette pratique sexuelle dans la société et en passant totalement sous silence les traumatismes qui en résultent pour les enfants. 


      • Fergus Fergus 11 janvier 09:13

        Erratum : ... l’écrivain se montre clair... et non pas « claire » (aucun problème d’identité sexuelle) smiley


      • njama njama 11 janvier 09:33

        @Fergus
        N’ayant pas lu le livre, je suis content d’apprendre que le film lui est fidèle.

        Sur les réflexions incidentes, je trouve surtout que les comparaisons de Romain Gary sont tellement inconvenantes, incongrues, déplacées, ... qu’elles ne permettent même pas de faire un lien intellectuel entre la souffrance d’un inceste forcément tellement relative par rapport à Hiroshima, ou Buchenwald... tant, ce sont des causes et des événements sans commune mesure entre eux.
        La phrase  « Personne ne me fera jamais voir dans le comportement sexuel des êtres le critère du bien et du mal », si toutefois elle reflétait sa pensée, pose davantage questions si les relations ne sont pas mutuellement consenties.


      • Fergus Fergus 11 janvier 11:02

        @ njama

        « je suis content d’apprendre que le film lui est fidèle »

        Dans l’esprit, oui, c’est le cas, et Charlotte Gainsbourg (excellente) rend très bien le caractère parfois étouffant de cette mère atypique.

        Cela dit, il y a quelques différences, entre des personnages et des situations accentué(e)s dans le film relativement au livre, ou transposé(e)s à d’autres moments de la vie de Romain Gary. Qui plus est, le film donne plus d’importance à la 3e partie (la période militaire) que le livre.

        « je trouve surtout que les comparaisons de Romain Gary sont tellement inconvenantes, incongrues, déplacées »

        Vous avez raison, et il est évident que la lecture que l’on peut faire de nos jours de ce roman, dans une société plus sensibilisée aux dégâts de l’inceste, relativement à la lecture que l’on en faisait dans les années 60, est forcément très différente, l’absence totale de référence aux victimes étant de fait choquante. Cela dit sans remettre en cause le talent de Romain Gary, et en sachant que probablement de nombreux intellectuels avaient à cette époque le même type de regard sur l’inceste.

        « pose davantage questions si les relations ne sont pas mutuellement consenties. »

        A de très rares exceptions concernant des grands adolescents, il ne peut y avoir de « consentement » réel entre un adulte et un enfant, ledit consentement étant, lorsqu’il existe, le résultat d’une manipulation plus ou moins consciente de la part de l’abuseur.


      • njama njama 11 janvier 15:49

        @Fergus
        de l’inceste à la pédophilie, la frontière est parfois tenue ...d’autant plus que les deux sujets étaient assez également tabou


      • Fergus Fergus 11 janvier 16:10

        @ njama

        L’inceste reste largement un tabou, la pédophilie nettement moins et c’est heureux.


      • gueule de bois 11 janvier 16:21

        @Fergus
        Charlotte Gainsbourg (excellente)
        Je suis d’accord et c’est une exception. Habituellement elle est nulle, mais on dirait que le rôle est fait pour elle.


      • Fergus Fergus 11 janvier 16:29

        Bonjour, gueule de bois

        Je partage votre avis : Charlotte Gainsbourg est en général aussi médiocre actrice que médiocre chanteuse. Ce rôle est donc une exception qui doit être saluée.


      • zygzornifle zygzornifle 11 janvier 09:37

        il aurait eut un père alcoolique qui lui pétait le cul tout les soirs en le roustan avec ses potes de beuveries je me demande ce qu’il aurait écrit ....


        • Fergus Fergus 11 janvier 11:10

          Bonjour, zygzornifle

          Nul ne le saura jamais.

          Pour mémoire, le père de Romain Gary a quitté sa mère très tôt après sa naissance, et celle-ci ne s’est jamais remariée, toute sa vie étant tournée vers la réussite de ce fils auquel elle prédisait constamment un grand avenir : elle aurait voulu qu’il soit Heifetz, Nijinski, Pouchkine, Hugo, qu’il devienne un héros de l’aviation ou bien ambassadeur. Aiguillonné par cette constante et omniprésente ambition de sa mère, le fils ne l’aurait pas déçu ; hélas pour cette femme, elle est morte trop tôt durant la guerre pour voir qu’elle avait eu raison, malgré les multiples embûches de la vie. A cet égard, la fin du livre est particulièrement émouvante.


        • Paul Leleu 11 janvier 21:58

          @zygzornifle


          bien dit... d’ailleurs, Gary ne s’est pas posé la question à l’envers (si j’ose dire) : c’est peut-être parce-que l’inceste est si répendu (et tu) que des choses comme Buchenwald ou Nagasaki ont eu lieu... 

          peut-être que les acteurs de ces drames gigantesques, ont vu leur flamme de « frénésie » alimentée, justement, par des situations d’inceste (et autres). 

          Peut-être qu’une société plus juste et plus douce entrainterait moins de volontaires pour les punitions d’horreur... 

          en tous cas, je suis pas fan de cet écrivain, fils à sa maman. Un peu gnan-gnan

        • JL JL 11 janvier 09:48

          Bonjour Fergus,
           
          ’’... pour affirmer qu’il n’a jamais eu pour sa mère de « penchant incestueux », uniquement « des sentiments platoniques et affectueux »’’
           
          Je ne me souviens pas avoir éprouvé des sentiments platonique envers ma propre mère ! Les enfants ne font pas dans cette sorte de nuances. Je crois.
           
           « S’il est vrai que je ne suis jamais parvenu à désirer physiquement ma mère, ce ne fut pas tellement en raison de ce lien du sang qui nous unissait, mais plutôt parce qu’elle était déjà une femme âgée et que, chez moi, l’acte sexuel a toujours été lié à une certaine condition de jeunesse et de fraîcheur physique. »
           
          En transposant, on frémit en pensant à ce qu’il pourrait éprouver envers sa fille !


          • Fergus Fergus 11 janvier 11:20

            Bonjour, JL

            Les enfants ne sont effectivement pas à même d’évaluer la nature de l’amour qu’ils portent à leur parent de sexe opposé. Mais eu égard à la forme particulière des rapports entre Romain Gary et sa mère, sans doute a-t-il intellectualisé celle-ci très tôt, au contraire de la plupart des enfants qui ce sujet n’effleure même pas, ce qui a été mon cas.

            « on frémit en pensant à ce qu’il pourrait éprouver envers sa fille » 

            Romain Gary n’a eu qu’un seul enfant, avec Jean Seberg : Alexandre Diego. Pas de fille par conséquent. Mais je ne suis pas persuadé du tout qu’il aurait eu avec une fille un comportement déplacé ; comme je l’ai écrit dans l’article, je suis convaincu qu’il y a eu dans cette partie de ses écrits une part de provocation.


          • JL JL 11 janvier 11:29

            @Fergus
             
             mais je ne suis pas persuadé non plus !
             


          • gruni gruni 11 janvier 10:00

            Bonjour Fergus


            L’inceste, un sujet pour le moins difficile Fergus, les chiffres que tu donnes son évocateurs de l’étendu de ce fléau et peut-être encore en dessous de la réalité. Malheureusement, la société n’en finira jamais avec ça, mais il est nécessaire d’en parler.

            • Fergus Fergus 11 janvier 11:35

              Bonjour, gruni

              Un sujet « difficile » en effet.

              Les chiffres sont-ils « en dessous de la réalité » ? Nul ne peut le dire. Cependant l’enquête réalisée pour le compte de l’AIVI semble très sérieuse, très complète, et sans doute assez fiable.

              « il est nécessaire d’en parler. »

              Je le crois effectivement, et cela depuis que j’ai connu personnellement des enfants abusés* chez ma sœur et mon frère, parents d’accueil de la DDASS puis de l’ASE. A la même époque, j’ai en outre assisté à un procès d’assises concernant précisément des faits d’inceste.

              * Certains de ces enfants étaient suicidaires, et la plupart gravement perturbés.


            • Le Panda Le Panda 11 janvier 11:15

              Bonjour Fergus

              Comme le signale @gruni ce fléau ne date pas d’une époque récente. Les chiffres sont bien plus importants à priori que ceux que tu semble citer.

              Mais nous avons en reculant dans le sens des époques les Borgia et la liste serait trop longue, pour ne pas considérer ces faits comme pire qu’un fléau. Mais les responsables sont les humains.

              Pourtant combien d’ouvrages n’ayant pas eu le Goncourt parle de l’inceste comme un plat de consistance que les générations améliorent et cela est un désastre. Le prochain film qui sort ce mercredi en 8 traite de faits similaires réels en 2010. Donc qu’il faille se tenir informé et préventif c’est indéniable. Des mesures seraient à prendre pour légiférer face à de telles situations. En évitant ce type de film et de propagandes qui ne peuvent que provoquer masse d’interrogations pour certains entre le bien et le mal, C’est à mon sens des réels dangers.

              Cordialement


              • Fergus Fergus 11 janvier 11:41

                Bonjour, Le Panda

                « Les chiffres sont bien plus importants à priori que ceux que tu semble citer. »

                Qui peut l’affirmer ? Ce sont les chiffres de l’AIVI, et ils sont confirmés en termes de grandeur par des universitaires qui les trouvent plausibles.

                Face à ce fléau qui a en effet toujours existé, je crois que les pouvoirs publics ont pris conscience depuis des années de la nécessité d’agir en termes de prévention et de signalement. Mais il est évident que l’arsenal juridique et social n’est pas suffisant. D’où l’importance de tout ce qui peut contribuer à sensibiliser les personnes en capacité de signaler les abus constatés ou soupçonnés de manière tangible.

                Cdlt


              • Le Panda Le Panda 11 janvier 13:42

                @Fergus bonjour

                Mille excuses pour la faute de frappe, erratum : que tu sembles « L’express » va plus loin en se basant comme indiqué dans l’article puisqu’il estime à tort ou raison ce qui suit avec une vidéo dans le Lien

                Six pour cent des Français auraient été victimes d’inceste selon les résultats d’un sondage Harris interactive. 27% des personnes interrogées déclarent connaître au moins une victime dans leur entourage. La vidéo le prouve dans un cas précis ! 

                Quatre millions de Français seraient concernés. Selon les résultats d’un sondage Harris interactive pour l’Association internationale des victimes d’inceste (AIVI) rendu public mercredi, c’est le nombre de personnes qui auraient été victimes d’inceste en France, soit six pour cent de la population. Ce qui à la lecture de l’article donne des frissons dans le dos pour rester correct mais plus de 4 millions affirme t-il ? Mais l’avancée est indéniable dans le cadre du Code Pénal

                Je souhaitais apporter ce complément

                Cdt

                 


              • Fergus Fergus 11 janvier 14:22

                @ Le Panda

                C’est précisément à cette étude que je me suis référé dans l’article.


              • Robert Lavigue Robert Lavigue 11 janvier 12:00

                Une fois de plus, un folliculaire mitoyen confusionne gravement !

                Le tabou de l’inceste et sa prohibition sont des faits sociaux. Selon Levi-Strauss (qui une fois de plus est cité n’importe comment), c’est un phénomène qui fait passer de l’état de nature à celui de culture en assurant une forme positive de l’échange des femmes.
                Chaque société a ses règles. Dans certaines sociétés, le mariage avec les cousins

                Les relations sexuelles avec un (ou une mineur) sont aussi un fait social, mais ça n’a rien à voir avec l’échange des femmes.

                Je renvoie l’auteur vers cet article wikipedia dont il ne se sert pas et c’est bien dommage, parce que cela lui aurait éviter d’appeler Levi-Strauss à la rescousse fort mal à propos !
                https://fr.wikipedia.org/wiki/Tabou_de_l’inceste

                PS : Je n’ai pas lu le reste de l’article, je vais d’abord consulter les 7 autres liens wikipedia qui enrichissent ce billet !


                • Robert Lavigue Robert Lavigue 11 janvier 12:38

                  @Robert Lavigue

                  Pour compléter.

                  Dans certaines sociétés, le mariage avec des cousins matrilinéaires relève de l’inceste, dans d’autres ce sont des conjoints autorisés... voire imposés ! Tout dépend des structures sociales mises en place pour assurer l’échange des femmes.

                  Dans les sociétés christianisées, le mariage avec des membres de la lignée de parrains-marraines relevait de l’inceste, au même titre que ceux de la parenté biologique.
                  Au point, que pendant certaines périodes du Moyen Âge, trouver un conjoint autorisé relevait de la gageure quand on appartenait au monde paysan.
                  Comme pour tous les faits sociaux, il y avait la norme et la pratique.

                  Pour ce qui est des relations sexuelles avec ceux qui sont considérés comme mineurs (que ces relations soient hétéro ou homosexuelles) chaque société a ses propres normes, en fonction de ses pratiques sociales et de sa morale.
                  Là encore, il y a la norme et la pratique,

                  Mais cela n’autorise pas à tout mélanger en tête de gondole mitoyenne pour le plus grand bonheur du cerveau azimuté de quelques comparses mitoyens...


                • Fergus Fergus 11 janvier 14:20

                  Bonjour, Robert Lavigue

                  Quel que soit le regard que l’on porte sur les mariages entre cousins, on en peut en aucune manière les comparer avec les rapports sexuels entre un parent et un enfant qui se traduisent dans l’écrasante majorité des cas par des traumatismes durables et dont les effets se font parfois sentir à vie.

                  Cela dit, merci pour vos réflexions.


                • Philippe VERGNES 11 janvier 15:00

                  @ Bonjour Fergus, bonjour Robert Lavigue,

                  Sujet hautement important à l’heure actuelle dans notre société qui encourage une éducation à la sexualité dès le plus jeune âge (c’est-à-dire, dès la naissance selon l’OMS dont les textes jouent sur la confusion entre le développement « psychosexuel » - plutôt devrions-nous dire psycholibidinal - de l’enfant et la séxualité génitale).

                  Il n’y a pas d’opposition entre l’approche de l’inceste de Claude-Lévis Strauss et celle que fait ici Fergus, car elles sont totalement complémentaires : l’une est sociologique, l’autre clinique. Le fait est que Claude-Lévis Strauss a démontré que le tabou de l’inceste était un élément important de notre socialisation et du processus culturel auquel nous sommes soumis.

                  Pour ce qui est des conséquences cliniques de l’inceste, elles sont pires encore que celles dénoncées ici, car nous sommes loin de comprendre ce que cela implique. Il s’agit ni plus ni moins que d’un meurtre psychique ou « meurtre d’âme ». Aucune statistique n’est en mesure de prendre en compte les relations incestuelles (et non pas incestueuses) au sein des familles et l’inceste n’est que la face émergée de la problématique qui est celle que j’expose dans la plupart de mes articles ayant trait à la perversion narcissique. j’ai été contant de constater que le site Wikipédia a récemment ouvert une page sur le problème de l’incestuel ou de l’incestualité qui correspond à la face cachée du problème de l’inceste. J’ai présenté ce problème dans divers articles ici et , par exemple, mais il est encore trop peu connu pour être pris en considération. Cependant, je constate une évolution des mentalités à ce sujet. C’est une bonne chose, car d’un point de vue psychopathologique, comme le dit Jean-Claude Maes, systémicien, dans son livre Emprise et manipulation : peut-on guérir des sectes ? s’il n’y avait qu’un seul concept à retenir de la psychanalyse, ce serait celui d’incestuel. Cela situe le problème du point de vue des sciences humaines aujourd’hui tournées vers la systémique.




                • Fergus Fergus 11 janvier 15:31

                  Bonjour, Philippe VERGNES

                  En complément à ce que vous écrivez et à l’un de mes précédents commentaires, je confirme les dégâts psychiques occasionnés sur les jeunes victimes d’inceste placées par l’ASE dans des familles d’accueil.


                • velosolex velosolex 11 janvier 19:11

                  @Fergus
                  Que vous fassiez un article sur l’inceste est un chose. 

                  Par contre tenter d’appâter le chaland par quelques lignes littéraires empruntés à Gary me semble soit maladroit, soit opportuniste. 
                  C’est de l’arithmétique à seule fin tenter de compter les étoiles, avec des accents d’indignation surjoué dans une belle chasse aux sorcières. C’est le style du mac carthysme,ou de l’époque actuelle, le nez sur le pare brise, confondant tout, opinion et fiction, voyant des seins nouveaux à cacher, ou nous révélant ceux qu’on n’avait pas vus. 
                  Ces lignes ont été écrites il faut le rappeler après la découverte des camps !
                   Bagatelle pour un cadavre, pour des millions de cadavres ? Scandale pour deux corps amoureux de même famille ?
                  Vous pouvez par contre aboyer derrière les écrits de Celine, qui ne sont pas des métaphores littéraires, mais de vrais pousse au crime. 
                  Le genre d’écrits que Gary ne supportaient pas.
                  Des valeurs contre lesquels il s’est battu, et pas qu’au premier degré, mais dans La RAF, pas dans les montes au PAF

                • Fergus Fergus 11 janvier 19:54

                  @ velosolex

                  Je vous ai répondu plus bas sur un autre commentaire de votre part.

                  « C’est de l’arithmétique à seule fin tenter de compter les étoiles »

                  Accusation totalement indigne ! Je me contrefiche des « étoiles ». Si je voulais cartonner, ce n’est pas ce genre de texte - en rapport avec l’actualité de manière incidente - que j’écrirais, mais un article pour démolir la politique fiscale de Macron ou le pourrissement du sport par le fric ! Notez d’ailleurs que les « étoiles » vous donnent tort : elles ne sont guère au rendez-vous. smiley

                  « une belle chasse aux sorcières. »

                  Relisez donc à tête reposée l’article et mes commentaires au lieu d’être aussi péremptoire, et vous verrez que l’on est bien loin de ce que vous dénoncez. En réalité l’« indignation surjouée » semble bien être de votre côté pour le coup ! smiley

                  Enfin, il se trouve que je suis un admirateur de Romain Gary. Dommage qu’il ait non seulement relativisé l’inceste, mais surtout passé sous silence les traumatismes nés de ces viols intra-familiaux.


                • velosolex velosolex 11 janvier 21:08

                  @Fergus
                  Comme vous le notez, je me moque des étoiles, très facile à obtenir, pourvu qu’on aboie avec la meute, ici ou ailleurs. Je fais ma délectation des mauvaises, quand je me trouve en mauvaise compagnie ; cela me rassure sur moi même....Par contre, quand vous dites "elles ne sont guère au RDV, cela fait sens de valeur pour vous en un beau lapsus révélateur.....

                  Je préfère être dérangé, et être ainsi stimulé, plutôt que de faire des courbettes et des salutations infinies, qu’on me dise dans mon discours ce qui ne plait, ou ne plait pas, ce qui dérange, et qu’on rebondisse dessus, plutôt que ce qui fait chorus aux idées reçues. Ces billets ne sont pas orientés que vers des avatars et quand je dis vous, de toute façon, je parle à tous ceux qui me lisent. 
                  Comparons Gary et d’Ormesson au banc d’’essai. . 
                  Vous devinerez facilement celui que je préfère, entre celui qui cirait les pompes, n’aurait jamais écrit les lignes incriminées, et l’autre qui prenait et envoyait des coups de pieds au cul, au point d’en voir 36 étoiles.
                   Les étoiles en fait n’étaient pas celles que vous imaginiez. 
                  On est toujours surpris de ne pas être à ce point compris. Gary en fait n’est pas un moraliste à la petite semaine, mais un romancier, qui romance, avec ses excés, ses provocations. Donc il n’y a pas lieu d’être surpris à ce qu’il se lance pas dans une critique sociologique et historique de l’inceste, du cannibalisme, du judaïsme, ou de je ne sais quoi. 
                  Qui lui avait donné mandat pour cela, dites moi, au point de lui demander des comptes comme un procureur ?
                  Quand les imbéciles lui pesaient, ou le ciel bas pesant comme un couvercle, il changeait de nom....Cela vaudrait une tentative d’analyse qui ne pèserait pas lourd. Il faut laisser la part au mystère. On ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments. 

                • Fergus Fergus 11 janvier 23:01

                  @ velosolex

                  « elles ne sont guère au RDV, cela fait sens de valeur pour vous en un beau lapsus révélateur »

                  N’importe quoi !!! Je rebondissais juste sur votre affirmation erronée, ledit « rendez-vous » étant lié à l’objectif que vous me prêtiez ! 

                  Entre Gary et d’Ormesson, nous sommes d’accord : le premier nommé était infiniment plus intéressant, tant comme écrivain que comme homme.

                  « au point de lui demander des comptes comme un procureur ? »

                  Là encore, c’est vous qui vous érigez en procureur ! A nouveau, je le redis : je ne condamne pas Gary, je m’étonne qu’il ait pu évoquer l’inceste sans le moindre mot pour les victimes dont on sait qu’en termes de traumatisme, elles sont parfois beaucoup plus marquées que les victimes de guerre.

                  Désolé, mais votre complaisance sur cette omission en devient suspecte !

                  Bonne nuit quand même !


                • kalachnikov kalachnikov 12 janvier 00:24

                  @ Fergus

                  Il ne s’agit pas d’inceste mais de pédophilie exercée dans le cadre familial, avec circonstance aggravante. En France, la pédophilie est réprimée et l’inceste n’est pas criminalisé. En revanche, la filiation est impossible.


                • velosolex velosolex 12 janvier 00:32

                  @Fergus
                   « A nouveau, je le redis : je ne condamne pas Gary, je m’étonne qu’il ait pu évoquer l’inceste sans le moindre mot pour les victimes dont on sait qu’en termes de traumatisme, »

                  On remarque la contradiction : L’étonnement fait office évidemment de condamnation.....Vous êtes bien juge de son texte et procureur au delà des années .....Il n’y a plus rien à attendre de Gary sur ce sujet... . Il parle de sa mère, et de la guerre, il n’a pas l’intention de faire une tribune à l’onu sur l’inceste, sujet trop vaste. C’est votre problème de vouloir le mêler à votre débat, de lui tenir rigueur de son récit. Ce type là à mon avis n’aurait pas trop aimé qu’on lui force la main, qu’on le censure, qu’on le travaille à la découpe...Un écrivain n’est pas un notaire. Il perd l’équilibre si on lui dit d’ouvrir un livre de comptes... 
                  Tout cela parlant d’une autre époque, ce qui rend bien moins audible votre billet, qui aurait gagné à mon avis, à ne pas tirer des bords vers la littérature, et des déclarations d’un homme adulte envers sa mère idéalisée, dans un livre dont la connaissance est somme toute réjouissante à l’esprit. 
                   C’est mon opinion, je la donne, c’est la règle du jeu de l’écrit et de s’exposer. Je donne mon avis sur l’ utilisation d’un texte littéraire dans ce débat, le copié collé que je réprouve, car trop simpliste à mon avis, confondant fiction et réalité, et perdant ainsi en pertinence. « Ma complaisance en deviendrait suspecte » ?....Encore une fois vous vous faites procureur, et pour tout dire assez abject sur ce coup bas, dans ce que cela induit ! Mais que connait on les uns des autres, la réalité derrière l’avatar que certains prennent pour une réalité. Combien de fois ai je entendu que je pédalais à coté du vélo. Est pour cela que Gary changea de nom ?
                  Peut être en colère de se faire contester sur un sujet dont je recadre simplement les intentions et les limites. Je connais pour les avoir rencontrés en pedopsychiatrie ou j’ai travaillé, malheureusement trop bien l’effet des rapports incestueux dévastateurs sur un enfant mineur, très graves à tous niveaux, et qui ont des retentissements considérables sur la construction, et l’élan vital, jusqu’à compromette le reste. Pas un jour presque sans penser à l’un d’eux qui s’est suicidé le jour de ses 18 ans. Il rêvait pourtant à de si belles choses, il avait tant de talent. Mais il avait tant de colère en lui et de désordres....C’était ce jour là pour moi et d’autres, comme si le ciel perdait ses racines. 

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