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Réforme de l’université, c’est d’abord mettre fin à la reproduction sociale

Les réformes actuelles qui tentent de répondre à la crise de l'université vont en partie dans le bon sens. mais face aux forces de résistance et au manque de moyens attribués pour que universités soient à la hauteur de leur mission, elles risquent fort d'apparaître rapidement insuffisantes. L'enseignement supérieur est la matrice de la reproduction sociale et le gouvernement n'entend pas s'attaquer à cette question fondamentale. 

www.comitecarnot.org

 

Aline Charles

 

« Accomplir enfin la démocratisation de notre enseignement supérieur en accompagnant tous les étudiants, dans leur diversité, vers la réussite : voici tout l’enjeu de la transformation du premier cycle que gouvernement engage  ».

L’Égalité, valeur fondatrice de notre République, innerve le discours, sinon la réalité, des politiques éducatives. Pourtant les privilèges en Education semblent perdurer

Comme l’ensemble des pays européens, nous avons dû relever le défi de la modernisation de l’enseignement supérieur en y intégrant une dimension sociale forte et notamment « favoriser l’équité, la cohésion sociale et la citoyenneté active » . Avons-nous su faire face à cet afflux de nouveaux étudiants ?

L’Etat a-t-il mis en œuvre les outils nécessaires dans les réformes en cours pour se rapprocher de l’objectif, fixé par la loi, à savoir, « La réduction des inégalités sociales ou culturelles » et « la réussite de tous les étudiants et étudiantes  » ?

 

L’enseignement supérieur s’est massifié sans se démocratiser. Une sélection sournoise et féroce.

 

 Si 44% des jeunes Français (24-35 ans) sont diplômés de l’enseignement supérieur, ce qui place la France dans une position très légèrement plus favorable que la moyenne des pays de l’OCDE (43, 1 %), le taux de réussite est toutefois inégal selon séries de baccalauréat obtenu et choix de filières du supérieur, sélectives ou non.

Ce sont les filières sélectives qui forment le réservoir de recrutement des prestigieuses « Grandes Ecoles » de notre pays. Leurs lauréats sont destinés à occuper les postes à responsabilité, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé : 75% des membres des Conseils d’Administration de nos entreprises du CAC 40 et 80% des hauts fonctionnaires de nos cabinets ministériels sont issus de cinq grandes écoles.

L’accès très large, non sélectif à l’université, la grande richesse de l’offre de formation, le maillage du territoire, même inégal, a toutefois permis d’élever nettement le niveau d’études de la population française.

Les critères de sélection, sont en fait plus largement fondés sur l’échec que le mérite, synonyme de réussite. Le taux de réussite en licence illustre l’étendue du gaspillage et du désastre. Le fonctionnement des filières sélectives repose également sur un processus d’élimination déplorable, y compris dans les Classes Préparatoire aux Grandes Ecoles qui accueillent pourtant les meilleures élèves de terminale avec des conditions d’encadrement très favorables. Une sélection supplémentaire des candidats est également mise en place aux concours d’entrée des grandes écoles. Le fonctionnement d’un système aussi brutal et source de gaspillage génère nécessairement une dérive marchande. 

Ainsi, non seulement l’école échoue à former efficacement tous les étudiants, mais elle contribue à l’aggravation des inégalités sociales, territoriales et de genre face aux examens scolaires et universitaires.

Maîtrise de langue, fonds culturel commun, incompréhension, codes sociaux, implicite, méthodologies de l’apprentissage, stéréotypes, confiance en soi, modes d’évaluation, les causes de notre échec sont nombreuses.

A l’arrivée dans le supérieur, les lacunes culturelles, linguistiques, sociales, communicationnelles sont telles que le socle des compétences n’est pas assez solide pour aborder une formation exigeante, de haut niveau.

La bonne volonté des enseignants n’est pas à remettre en cause, mais il apparaît clairement qu’ils ne maîtrisent ni la nature, ni l’impact des obstacles qu’ils sont censés lever.

 

 

Une révolution scolaire et universitaire ?

 

Le poids de l’échec scolaire en termes budgétaires et sociaux est tel qu’une révolution de l’enseignement supérieur et scolaire est nécessaire. Réformer notre Ecole en profondeur est le meilleur moyen de s’attaquer aux inégalités. Les réformes engagées par le projet de loi relatif à l’orientation et à la réussite des étudiants sont-elles suffisamment substantielles pour répondre à une situation qui s’est singulièrement dégradée ? Il faut reconnaître que certaines d’entre elles vont dans le bon sens.

Ce projet de loi instaure un nouveau dispositif relatif à l’inscription dans les formations d’enseignement supérieur, Parcoursup qui suit la plupart des préconisations de la Cour des Comptes.

Si le terme de sélection a été prudemment écarté du texte, en revanche « L’inscription (…) peut être subordonnée à l’acceptation, par le candidat, du bénéfice des dispositifs d'accompagnement pédagogique ou du parcours de formation personnalisé proposés par l’établissement pour favoriser sa réussite ». Dispositif ambitieux qu’il faut saluer et dont la déclinaison représentera un défi à ne pas négliger. . Mais en admettant que les universités adhèrent à cette démarche, auront-elles les capacités de la mettre en œuvre : l’Etat est-il prêt à leur attribuer des moyens financiers et humains supplémentaires ?

Le texte prévoit en outre le rattachement des étudiants au régime général de la sécurité sociale, une contribution unique pour la vie étudiante dès la rentrée 2018. Il reconnaît le principe de l’année de césure, ouverte à tous les étudiants quels que soient leur niveau d’études, leur projet ou leur université.

Toutefois, il faut regretter que le projet de loi n’ait pas ouvert le débat sur la question des inégalités territoriales :

-Faut-il continuer à permettre aux universités des grandes métropoles, Paris en premier lieu, de choisir les meilleurs élèves de leur académie et des autres académies dans les filières en tension ?

-Conviendrait-il d’envisager, dans le cadre de l’égalité à l’accès à l’enseignement supérieur, de sectoriser le premier cycle universitaire au niveau régional et de combattre les inégalités territoriales ?

Le Sénat a adopté un amendement prévoyant d’adapter les capacités d’accueil des filières universitaires en fonction du taux de réussite et de l’insertion professionnelle.

Ce texte adopté le 15/02/2018 par l’Assemblée après adoption par le Sénat le 08/2/2018, fait aujourd’hui l’objet d’un recours au Conseil Constitutionnel, saisi par au moins soixante députés.

La réforme du baccalauréat, minutieusement préparée par le gouvernement, apparaît en-deçà des espérances et des nécessités pour réussir une véritable révolution. Les modes d’évaluation évoluent peu et le contrôle continu a été remplacé par des partiels. Des avancées indéniables sont porteuses de progrès, comme la suppression des filières, la réduction du nombre d’épreuves terminales, la création d’une épreuve orale importante.

Des évolutions positives sont également à l’œuvre en primaire, là où se joue une bonne partie des fondements de l’accès au savoir et à la culture. « Réformer l’École pour concilier excellence et réussite scolaire pour tous est le meilleur moyen de s’attaquer aux inégalités sociales à la racine. »

Ces réformes vont-elles assez loin assez vite, assez fort ?

Les tentatives de réformes se sont succédées à un rythme très rapide, renforçant chez de nombreux personnels une attitude attentiste, voire de rejet. Les textes, dont il faut saluer la qualité et l’ambition pour certains d’entre eux, souffrent d’une mise en œuvre très imparfaite, lorsqu’ils ne restent pas lettre morte.

Le défi n’est sans doute pas insurmontable : tous les outils sont à portée de main. Toutefois, il faut prendre au sérieux l’existence de puissantes forces de résistance car les citoyens, les professionnels, les membres des partis politiques ne sont pas forcément prêts au changement brutal et rapide.

Notre système éducatif apparaît bien comme une matrice de la reproduction sociale, fonctionnant même comme une loupe à tous les niveaux du parcours scolaire. Un système conjuguant reproduction des inégalités et inefficacité croissante est condamné à disparaître.

Le volontarisme du gouvernement à se saisir de ces problèmes complexes doit être salué pour cela. Mais comme souvent dans les réformes récemment annoncées, nous attendons de vérifier que le niveau des moyens attribués soient cohérent avec la vigueur du discours tenu.

Une autre réforme, complémentaire à celle-ci, retiendra également toute l’attention : celle de la remise à plat de la formation des personnels de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur, indispensable pour que notre Ecole puisse enfin pleinement entrer dans le XXIème siècle. Réforme essentielle et pour cela très certainement redoutable.

 

 

 

Pour lire le rapport du comité Carnot sur l’enseignement supérieur :

https://docs.wixstatic.com/ugd/fcfcd9_bb70be6a83844732a7c51112805377a1.pdf

 

Pour lire les autres articles et travaux du comité Carnot

https://www.comitecarnot.org/


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6 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 28 février 09:25

    A la reproduction tout court , on est 3 milliard de trop sur notre boule ....


    • Diogène Diogène 28 février 09:52

      Les infrastructures précèdent les superstructures et les tentatives de « révolutions culturelles » (ce que serait le bouleversement proposé dans l’article) n’ont consisté qu’à justifier des rafles d’intellectuels et débouché sur la mise en place de capitalismes d’états.


      L’école, de la maternelle à l’université, n’est pas autonome : elle est au service de la classe dominante.

      C’est injuste, mais c’est logique.

      • V_Parlier V_Parlier 28 février 10:22

        Je ne sais pas si quelqu’un s’est amusé à compter combien de fois reviennent les mots « inégalités » et « moyens ». Bref, les trucs qu’on entend depuis 30 ans, un peu remixés.


        • Jean Roque Jean Roque 28 février 19:38

          La 1ère chose que fit le dieu décoré de la francisque fut de supprimer le doctorat d’état
           
          Vengeance du bas clergé gauchiste sur le haut clergé droitier.


          • nemuyoake nemuyoake 28 février 22:44

            Choisir les meilleurs élèves pour la fac, c’est peut-être une bonne idée à première vue, mais ça va juste renforcer les inégalités entre les personnes qui peuvent se payer des boites à bachot et les autres.

            La méthode « on fait entrer tout le monde et seuls ceux qui bossent leurs partiels peuvent valider leur année » est plus juste à mon avis. Il ne faut surtout pas baisser le niveau de la fac par contre, et plutôt faire remonter celui du bac et du brevet. Pour ça, il faut faire remonter le niveau de l’école primaire, du collège, du lycée.

            Pas mal de gamins ne bossent pas car ils savent que de toute façon ils vont passer. On a le même problème au Japon dans les pref rurales où il y a peu de compétition. Beaucoup de gamins ne bossent pas jusqu’au collège où ils passent de classe en classe allégrement (scolarité obligatoire) mais quand ils arrivent dans notre lycée (ou un autre lycée, même chose), c’est la douche froide : ils s’aperçoivent qu’ils doivent bosser et qu’ils ne passeront pas en classe supérieure si jamais ils ont une seule matière en dessous de la moyenne. Ca leur remet les idées en place, ils se mettent à vraiment bosser, et c’est pas plus mal. En plus, ils s’aperçoivent qu’en faisant des efforts ils peuvent réussir et ça leur donne confiance en eux. Pas mal d’élèves mauvais ou glandeurs en collège changent au lycée car ILS N’ONT PAS LE CHOIX.


            • zygzornifle zygzornifle 1er mars 08:52

              La reproduction sociale on la voit dans la queue d’attente a la CAF .....

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